Alcoolisme et tabagisme à MAYOTTE, un véritable fléau

Julie Jacquet est psychologue spécialiste des addictions. Elle exerce à l’IREPS Mayotte et a accepté de nous accorder un entretien sur le fléau de l’alcoolisme et du tabagisme qui prévaut dans le nouveau département.

No man’s land : Est-ce que les drogues posent vraiment problème à Mayotte ?

Julie Jacquet : Mayotte est au cœur de profondes mutations socioculturelles. Ainsi, même si les substances psychoactives sont considérées religieusement comme étant « haram », interdites, la consommation semble être en constante augmentation.

Peu d’études épidémiologiques existent sur le territoire, mais les données dont on dispose montrent que la plupart des jeunes consomment, et que cela se fait de manière excessive (plus de 5 verres en une occasion), dans un contexte festif, en groupe. D’après une étude Angalia menée en 2003, par le Centre Information Jeunesse auprès de 3 852 jeunes de Mayotte de 12 à 26 ans :
– 1 jeune sur 10 déclare boire
– 1 garçon sur 4 déclare boire
– l’alcool est impliqué dans 11% des accidents corporels et 28 % des accidents mortels.

Il y a aussi un nombre de contrôles positifs au test d’alcoolisme en hausse de 57% entre 2002 et 2006.
[NDLR: Certains Mahorais, arrivés à l’âge adolescent, pour manifester leur colère envers les parents et la société, pour exprimer leur besoin de liberté, se mettent à consommer des substances psychoactives. Hors-la-loi, comme tout adolescent, consommer ces substances permet de transgresser les valeurs et les normes des adultes, parents et maîtres d’école coranique : sont à la recherche de paricide (veulent tuer le père, comme aurait dit le psychanalyste Sigmund Freud). On peut aussi souligner que certains jeunes à Mayotte ont une faible personnalité, et, à cause de cette dépersonnalisation, tombent facilement dans le mimétisme, imitent le muzungu, l’Européen, qui est souvent, à cause de son influence économique, sociale et politique, pris pour modèle à Mayotte. Consommer des drogues peut parfois être considéré comme synonyme de réussite, d’ascension, de francité sur le territoire ]

No man’s land : Est-ce que l’alcool contribue à la délinquance ?

Julie Jacquet : L’effet de l’alcool sur l’organisme est notamment qu’il désinhibe. Ainsi adapte-t-on facilement un comportement nouveau, que jamais on ne se permettrait en état normal. Quelqu’un d’humeur bagarreuse passe donc plus facilement à l’acte, mais quelqu’un n’ayant pas de propension à se battre n’aura alors pas de raison de devenir bagarreur.

No man’s land : Pourquoi les jeunes du monde consomment-ils des substances psycho-actives (alcool, tabac, cannabis …) ?

Julie Jacquet : Plusieurs raisons sont possibles, un comportement est de plus toujours le résultat de plusieurs facteurs.
On peut citer notamment les facteurs suivants :
– L’influence des pairs : lorsque les amis consomment, on a davantage tendance à consommer soi-même. Cela est vrai pour toutes les personnes importantes pour nous.
– Certains traits de la personnalité tels que la curiosité, le goût du risque, la recherche de sensation, peuvent constituer des facteurs de risque pour la consommation.
– Certaines croyances poussent des jeunes à consommer , comme l’idée fausse que cela rend plus fort, qu’ils auront plus de facilité à séduire les filles/garçons ou que cela donne une bonne image auprès des pairs.
– Les jeunes citent souvent l’idée de plaisir à consommer, associée à la fête et aux partages entre amis.
– Certains disent consommer finalement pour se soulager, se détendre, ou oublier les problèmes, tout en reconnaissant que les problèmes restent irrésolus.

No man’s land : Qu’est-ce que l’addiction ?

Julie Jacquet : L’addiction est le mot anglais qui correspond à la dépendance en français.
On parle de dépendance quand une personne adopte un comportement (par exemple consommer une substance psychoactive) tout en connaissant les conséquences négatives pour sa santé (physique, mentale et /ou sociale), mais sans pour autant pouvoir s’en passer.


No man’s land : Qu’est-ce qu’une substance psychoactive ?

Julie Jacquet: C’est une substance agissant notamment sur le cerveau. On parle aussi de « drogue ». Et l’alcool aussi rentre dans la définition des substances psychoactives/drogues. Ces substances :
 provoquent des modifications des sensations, de la perception et du comportement.
 ont des conséquences négatives pour la santé
 peuvent entraîner une dépendance

No man’s land : Quels sont les risques de l’alcool pour la santé ?

Julie Jacquet: L’alcool nuit aux systèmes cérébral, digestif et cardiaque. Il peut également provoquer des problèmes au niveau social (relations avec les autres altérées) et professionnel.

No man’s land : Le tabac calme, vrai ou faux ?

Julie Jacquet: En réalité, le tabac augmente le rythme cardiaque. La sensation de relaxation provient du fait que l’état de manque est comblé par la prise de tabac après un certain temps d’abstinence.

No man’s land : Pourquoi la vente de l’alcool est-elle interdite aux moins de 18 ans ?

Julie Jacquet: On estime que le cerveau arrive à maturation entre 20 et 25 ans. La prise de substance psychoactive avant cela peut favoriser une dépendance future.
De plus, l’alcool est principalement éliminé par le foie, et les enzymes responsables de cette action sont présentes en plus petite quantité chez un jeune que chez un adulte.


No man’s land : Est-ce que les drogues procurent vraiment du plaisir ?

Julie Jacquet : Il existe dans le cerveau un circuit dit « du plaisir » qui est naturellement activé par toute activité qu’on aime pratiquer. Les drogues activent artificiellement ce circuit, ce qui procure du plaisir. Mais elles prennent ainsi progressivement la place des voies naturelles. Le risque est d’en devenir dépendant et que seules les drogues aient le pouvoir finalement d’activer cette voie.

No man’s land : Combien de temps faut-il pour éliminer 2 cannettes de bière ? ( )

Julie Jacquet : 2 canettes = 66 cl 0,66g /L de sang dans le corps.
On élimine entre 0,1 et 0,15 g/L par heure.
Il faut entre 4h 30 et 6h 30 pour éliminer 2 canettes de bière à . L’alcool passant dans le sang, rien ne peut accélérer ce processus.

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Adjimaël HALIDI
a collaboré au magazine économique mahorais Horizon Austral , à l’hebdomadaire Mayotte Avance , au quotidien La Gazette des Comores et à l'Agence de presse HZK-Presse.

2 réflexions au sujet de « Alcoolisme et tabagisme à MAYOTTE, un véritable fléau »

  1. Adrienne Flemmaque dit :

    Bonjour,

    Les cigarettes électroniques existent elles là-bas? Un documentaire à la télé a dit que ces trucs sont une bonne alternative pour les fumeurs…

    Merci de me répondre

    Adrienne

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