Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Interview avec Saïd Omar Oili, Président du parti NEMA

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

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Saïd Omar Oili, président du parti Nouvel Elan pour Mayotte (NEMA), est conseiller général de Dzaoudzi-Labattoir. Il a présidé, de 2004 à 2008, le Conseil Général de Mayotte. Suite à la grève générale qui a eu lieu du 20 janvier au 4 mars 2009 en France ultramarine, en particulier en Guadeloupe où elle a été amorcée par le Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), le gouvernement français à travers son secrétariat d’Etat à l’Outre-mer avait mis en place les états généraux d’outre-mer. Saïd Omar Oili a été à la tête de l’atelier local des états généraux consacré à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional. Interview.

No man’s land : Monsieur le Président, les états généraux de l’outre-mer qu’est-ce que c’est ?

Saïd Omar Oili : Les états généraux d’outre-mer ont été mis en place par le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, suite aux événements des Antilles françaises, notamment en Guadeloupe : les Ultramarins étaient descendus dans les rues pour demander que l’égalité républicaine soit réelle. Les états généraux ont été une réponse aux nombreuses difficultés que rencontrent les Français d’outre-mer. Les Ultramarins subissent la vie chère étant donné qu’ils n’ont que leur salaire pour survivre.

C’est à partir des mouvements de contestations contre la vie chère que le Président Nicolas Sarkozy a mis en place dans chaque territoire français d’outre-mer des ateliers locaux. Et moi j’avais en charge l’atelier relatif à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional.

No man’s land : Et quels sont les résultats de l’atelier que vous avez présidé ?

Saïd Omar Oili : Plusieurs réunions ont eu lieu à Mayotte. Et des propositions ont été faites. Parmi les actions à mettre en place rapidement, on peut citer :

• Le désenclavement numérique de Mayotte par le développement et la vulgarisation des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIIC). Si aujourd’hui les Mahorais se sentent complètement enclavés, c’est parce que les moyens de communication ne sont pas vraiment développés. Il y a une époque, nous arrivions à capter certaines stations de radio de la zone, notamment des stations de radio du Mozambique, de Madagascar, de Zanzibar, etc. Force est de constater que toutes ces stations de radio de la région ont disparu de nos postes.
• La création d’une zone d’activités régionale qui passera impérativement par une libre circulation des biens et des personnes et une acceptation de Mayotte par toutes les organisations régionales telles que la SADC (Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe), la COI (Commission de l’Océan Indien), le COMESA (Marché commun d’Afrique Orientale et Australe), etc. L’intégration économique régionale est indispensable car plus des pays voisins sont unis économiquement plus ils sont forts.
• L’entrepreneur mahorais qui aimerait investir à Madagascar ou aux Comores indépendantes veut être assuré par les autorités des ces pays-là que son investissement sera en sûreté. Ça doit être aussi le cas à Mayotte, l’Etat français doit procéder à une politique d’ouverture, c’est-à-dire permettre aux investisseurs de la région de venir investir à Mayotte en assouplissant le visa d’entrée.

Malheureusement, force est de constater que la montagne a accouché d’une souris. On nous a occupés pendant plusieurs mois à faire des propositions qui sont restées jusqu’à ce jour lettre morte. La coopération régionale est bloquée parce qu’il y a tellement de politique politicienne …On reproche souvent aux élus Mahorais de ne jamais faire de propositions de projets, et quand ils font des propositions, l’Etat n’accorde pas de suivi.

No man’s land : Mayotte a participé aux derniers jeux des Îles de la COI en tant que membre à part entière. D’a près vous est-ce une avancée dans ce combat que vous êtes en train de mener pour intégrer Mayotte dans son environnement régional ?

Saïd Omar Oili : Le sport peut être le vecteur principal dans la compréhension et la connaissance de nos jeunes de cette région et c’est une bonne chose.
Donc pour la coopération régionale je dirais que c’est un bon début.
Que Mayotte participe en tant que telle c’est bien.

No man’s land : Il se dit que c’est grâce à l’accord de l’Etat comorien que la convention régissant la COI a été bravée et permis alors à la France de présenter deux délégations à savoir une délégation mahoraise et une délégation réunionnaise. Est-ce exact ?

Saïd Omar Oili : Je ne suis pas au courant.

No man’s land : Monsieur le Président, si vous nous parliez de la coopération régionale entre Mayotte et les Comores indépendantes …

Saïd Omar Oili : On a mis en place le GTHN (Groupe de Travail de Haut Niveau) pour que les gens discutent de la coopération régionale. Malheureusement, force est de constater que les discussions sont au point mort. Au point mort puisque les gens ne se parlent plus et sont en train de se regarder en chiens de faïence. Et moi je trouve cela dommage. Aberrant. Parce qu’il faut vraiment réactiver les discussions pour que nous puissions trouver des solutions pérennes aux difficultés de la région.

Considérons que nous appartenons à une famille où un des frères a épousé la France. Bien sûr tant qu’on ne respectera pas les choix des uns et des autres, il y aura toujours des blocages. Donc il faudrait dépasser ces blocages et apporter des solutions à nos populations qui souffrent. Il ne faut pas croire qu’il n’y a qu’à la Grande-comore, à Anjouan et à Mohéli où les gens sont endeuillés quand il y a des naufrages de kwassa-kwassa. Nous aussi nous avons de la famille là-bas et sommes endeuillés quand il y a des morts. Il ne faut pas se voiler la face. Donc jusqu’à quand allons-nous continuer à se regarder en chiens de faïence et laisser nos populations souffrir ? Il faut s’asseoir enfin autour d’une même table et ensemble trouver enfin des solutions pérennes à nos difficultés. Moi personnellement je ne crois pas à un développement dans l’archipel sans une stabilité de nos relations.

La Chine intervient énormément aux Comores indépendantes. Les pays du Golfe, dont le Qatar, les Emirats Arabes Unis… aident énormément les Comores indépendantes. Je crois que les Comores n’ont pas besoin de l’aval de la France pour aller coopérer avec la Chine et les pays du Golfe. Mayotte non plus. Au nom d’une économie mondiale, Mayotte et les Comores indépendantes doivent fédérer les énergies, doivent monter des projets communs, des projets fédérateurs pour qu’ensemble nous puissions bénéficier de cette coopération avec la Chine et les pays du Moyen-Orient. Il faut ouvrir aussi Mayotte à cette coopération, parce que Mayotte aussi est dans une pauvreté incroyable. Il ne faut pas se mentir.

La réalité de la guerre froide n’existe plus. Le temps d’un monde bipolaire est révolu. Maintenant, nous sommes dans la globalisation, dans la mondialisation. Et Mayotte fait partie de cette globalisation, de cette mondialisation. Mayotte ne peut pas vivre à jamais en vase clos. Mayotte ne peut pas ignorer la région. Mayotte ne peut pas continuer à ignorer ce qui se passe chez ses voisins. C’est ensemble que nous pourrions trouver des solutions. En essayant de nous balkaniser, en s’enfermant aux autres, nous allons finir étouffés.

Il faut trouver des solutions pour qu’enfin nous atténuions cette méfiance entre nous. Parfois je me demande d’où vient cette méfiance, cette suspicion dans la mesure où nous avons la même culture, la même religion, les mêmes origines. Cette peur de l’autre en conscience ne doit pas exister. Bien au contraire.

Mayotte doit aussi bénéficier des retombées économiques des pays qui investissent aux Comores. Néanmoins, il faut d’abord que ces investissements arrivent à stabiliser les populations comoriennes aux Comores. On peut citer l’exemple du quotidien AlBald Mayotte (filiale du Groupe international Awi Company). C’est grâce aux Comores indépendantes, que le journal a pu s’implanter à Mayotte. A vrai dire, l’investissement se trouve aux Comores et à Mayotte les gens bénéficient de cet investissement qui est à l’origine de la création de nombreux emplois. Et c’est dans ce sens qu’il faut y aller. Il faut que les investissements soient profitables à toutes les îles de l’archipel voire de la région.

Sur le plan touristique, il serait mieux que toutes les îles de l’archipel des Comores créent un centre d’accueil commun de touristes. Pour que le touriste qui vient visiter Mayotte ou les Comores indépendantes ait la chance de découvrir toutes les faunes et les flores de tout l’archipel. A la Grande-comore, il y a le Karthala qui est le plus grand cratère du monde, à Anjouan il y a les arbres fruitiers, à Mohéli il y a les belles plages, à Mayotte il y le lagon. Et pour ce qui est de l’agriculture, il faut créer un marché commun pour que chaque île puisse importer et exporter des produits dans la région.

On peut aussi échanger le savoir-faire (know-how). Là-bas aux Comores indépendantes, il y a des gens qui sont bien formés sur le plan professionnel. A Mayotte peut-être avons-nous aussi des gens qui ont de l’expérience. Alors pourquoi ne pas échanger le savoir-faire. Et assurément ça nous coûterait moins cher puisque nous ferons dans ce sens des économies d’échelle. Pourquoi au lieu d’aller chercher un expert en France, ne pas demander les services d’un expert comorien qui connaît la réalité locale. Pour promouvoir le développement de Mayotte et des Comores indépendantes, il faut faire une vraie coopération régionale. C’est un faux problème le fait de dire que c’est à cause des autres que nous n’arrivons pas à avancer. A force de stigmatiser l’autre, nous oublions d’apporter des solutions à nos problèmes. C’est seulement ensemble que nous pourrons apporter des solutions pérennes à la région.

Saïd AHAMADI

Entretien avec Saïd AHAMADI dit RAOS, président du Parti Social Mahorais

« Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite » RAOS

Ancien maire de la commune de Koungou, historien de profession, Saïd AHAMADI dit RAOS préside le Parti Social Mahorais (PSM). Quinquagénaire, père d’un enfant, cet ancien maire est, d’après un sondage IPSOS, l’homme politique le mieux écouté de la population mahoraise et a été classé par ce même sondage 2ème personnalité politique le plus appréciée des jeunes de Mayotte. Véritable Robin des bois moderne,  RAOS ne fait pas de la politique pour épater la galerie. C’est vraiment par pur esprit de générosité qu’il s’est lancé dans le combat politique. La preuve, c’est avec honnêteté et franchise qu’il a répondu à nos questions. Interview.

Saïd AHAMADI

No man’s land : Monsieur RAOS, parlez-nous de votre entrée en politique ?

RAOS : Je me suis engagé dans la politiqueà Mayotte car la plupartdes Mahorais connaissent une souffrance sociale. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’emploi bien rémunéré. Les adultes femmes ne bénéficient pas d’allocations familiales au même niveau que leurs compatriotes des autres DOM et de l’hexagone. Il n’y a pas d’Assedic à Mayotte pour aider les personnes qui ont perdu leur travail. Il n’y pas de revenu minimum d’insertion (RMI) pour les actifs de plus de 26 ans qui n’arrivent pas à avoir du travail. Les enfants ne sont pas valorisés parce qu’ils n’ont pas de cantines scolaires. Beaucoup de Mahorais ont des difficultés administratives parce que l’école publique a été négligée par le ministère de l’éducation nationale depuis la présence de la France à Mayotte qui remonte à 1843. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont poussé à m’engager dans la vie politique après avoir œuvré depuis des années dans le milieu associatif, en particulier dans l’association ENFANTS DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE que j’ai créée en 1996 pour venir en aide à tous les habitants de Mayotte qui rencontrent des difficultés administratives à obtenir des papiers d’identité.

No man’s land : Un petit mot sur cette association, monsieur RAOS…

RAOS : Cette association aidait les habitants qui sont nés à Anjouan, Mohéli, Grande-Comore, Madagascar et qui se sont installés à Mayotte avant l’indépendance des Comores en 1975. Parce que ces derniers sont Français dès lors qu’ils le réclament. Depuis 1946 ces îles ci-dessus citées formaient le territoire français d’outre-mer des Comores. L’association n’est pas dissoute, elle existe encore. Seulement le temps me fait défaut. A partir de 1998, j’ai commencé à militer à Mayotte dans la formation socialiste pour mieux aider ces populations démunies car ne parlant pas correctement français et par conséquent ignorant leurs droits.

No man’s land : Résumez-nous en une phrase les visées de votre parti le PSM.

 

RAOS : Le Parti Social Mahorais vise à l’égalité républicaine à Mayotte. C’est pour qu’il n’y ait plus de français de seconde zone à Mayotte que j’ai créé mon parti.

No man’s land : D’après des chiffres officiels, à Mayotte il y a plus de 60% d’analphabètes en français.

 

RAOS : Ce n’est pas vrai. C’est une utopie. 65% des Mahorais ont moins de 25ans. Déjà la population de Mayotte est une population scolarisée depuis 1985. La scolarisation depuis cette année-là est obligatoire. Par contre dire que 50% de plus de 50 ans ne parlent pas français, ça je peux l’accepter.

No man’s land : Au jour d’aujourd’hui on dénombre beaucoup de jeunes déscolarisés à Mayotte.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas déscolarisés. Ces sont les enfants d’étrangers qui le sont. Comme ils n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas s’inscrire à la Mission locale ni faire des formations en alternance. Les Mahorais eux peuvent faire des études jusqu’en 3ème. Mais au-delà de la 3ème, beaucoup ont des difficultés d’orientation pour cause de manque de structure scolaire.  Les établissements pour accueillir les élèves font défaut. Soit ces jeunes se retrouvent dans la rue sans qualifications soit selon les possibilités des familles, ils partent à la Réunion ou en France.

No mans’ land : Monsieur RAOS, appelons un chat un chat. D’après vous la plupart des jeunes Mahorais se retrouvent après la 3ème déscolarisés…

 

RAOS : Non pas la plupart. Beaucoup vont au lycée. Néanmoins c’est malheureux qu’un élève ne puisse pas avoir d’orientation par manque de structure. Mais tout cela c’est la responsabilité du ministère de l’éducation nationale.

No man’s land : Vous vous intéressez beaucoup à la société comorienne. Autrement dit, pourquoi accordiez-vous beaucoup d’intérêt à la société comorienne ?

 

RAOS : Je ne connaissais pas la société comorienne avant 2001. Je n’avais jamais mis les pieds aux Comores indépendantes avant 2001. C’est après avoir été élu maire de Koungou et confronté à un problème d’investissement que je me suis mis à m’intéresser à la société comorienne. J’ai investi parallèlement beaucoup d’énergie et d’argent pour connaître les voisins. Parmi les élus de Mayotte, je suis le seul qui ai pu œuvrer dans la compréhension des voisins comoriens qui sont pour beaucoup des frères, des cousins et des sœurs.

No man’s land : Vous venez d’évoquer un problème d’investissement. C’était quoi exactement ?

 

RAOS : En 2001, j’avais un projet de construction d’un lycée technique dans la commune de Koungou, au lieu-dit Mgombani entre Kangani et Longoni pour justement faire en sorte que les jeunes mahorais soient qualifiés dans le domaine technique. A Mayotte, les lycées techniques il y en a mais peu. Les élèves ne connaissent alors que l’enseignement théorique, les études longues. Pourtant la formation technique est importante pour développer Mayotte. Il faut vraiment former des cadres spécialisés dans le domaine technique. Le lycée devait être construit dans la zone industrielle de Longoni. Mais le Directeur de l’Equipement de l’époque était hostile au projet. Alors que le terrain existait pour accueillir le projet. Les services de l’Etat comme la direction de l’Equipement avaient une autre visée sur le terrain. Comme il y avait une entreprise de gaz dans la zone, le Directeur de l’Equipment m’a dit qu’il n’était pas possible d’y construire un établissement scolaire. Et il m’avait donné l’exemple de l’accident du ZEDF à Toulouse. Le propriétaire de l’entreprise de gaz était originaire de la Grande-Comore et était aussi propriétaire de l’entreprise Gaz-Com basée à Moroni. C’est dans ce sens que je me suis rendu à Moroni pour discuter avec ce responsable. Et j’ai constaté que le Directeur de l’Equipement avait bluffé. C’était une unité de production de gaz médical non pas de gaz combustible. Une suspicion s’est installée entre moi et quelques services de l’Etat qui avait voulu mentir à un élu de la République. J’ai donc pris mes distances avec les services de l’équipement … A la fin le projet n’a pas eu lieu

No man’s land : Ce n’est un secret pour personne. Mayotte est une île, elle ne peut vivre en autarcie. Elle a besoin d’ouverture. Et elle peut recevoir chaque année tout l’or des réserves d’or français, elle ne saurait s’en sortir sans une coopération avec les pays limitrophes. Vous, monsieur RAOS, lorsque vous étiez maire qu’avez-vous fait dans le domaine de la coopération régionale ?

 

RAOS : J’avais envisagé d’aider la commune de Mutsamudu à Anjouan parce que je trouvais le maire monsieur M’Baldé très actif. Je voulais lui céder des camions réformés de la commune de Koungou parce que son institution était prête à réparer les camions afin que le ramassage des ordures soit fait dans la commune. Et nous avions entrepris des démarches auprès de l’ambassade de France à Moroni et auprès du ministère de la coopération à Anjouan, mais le projet a été torpillé. Par qui ? Je ne sais pas.

J’avais aussi entrepris des projets de jumelage en vue d’entreprendre une formation des agents de la commune de Mutsamudu par des cadres municipaux mahorais.

En 2007, j’appliquais juste le contenu des accords du 27 janvier 2000, signés à Paris par tous les partis politiques de Mayotte représentés au Conseil général à l’exception du Mouvement Départemental Mahorais (MDM). Cet accord stipulait que l’insertion de Mayotte dans son environnement régional est une priorité.

J’ai aussi mené un travail auprès de l’ambassade de France à Moroni dans le domaine de l’état-civil au niveau de la lutte contre la fraude de papiers d’état-civil. On a été bien reçu par les agents de l’ambassade. Et plein d’actions et facilitations de régularisations ont été obtenues pour des ressortissants comoriens à Mayotte. C’est dans ce sens que je suis devenu l’élu de la coopération régionale.

No man’s land : Au début du mois, monsieur Saïd Omar Oili, ancien Président du Conseil général de Mayotte, a saisi le ministère des affaires sociales françaises quant au problème des enfants des rues à Mayotte. Des enfants dont les parents sont soit morts dans un naufrage en voulant rentrer clandestinement à Mayotte soit expulsés de l’île faute de papiers français.

 

RAOS : Saïd Omar Oili n’a pas été le premier à évoquer cette question. Le travail que j’ai fait durant tout mon mandat a été de sensibiliser les services étatiques et les autorités locales sur ce problème lié au visa Balladur. Je suis indigné de voir qu’aujourd’hui dans un pays comme la France, on observe sur le territoire de Mayotte des proches de non-droit. Et le fait que Saïd Omar Oili saisisse le ministère des affaires sociales est une bonne chose. Il faut que le ministère des affaires sociales à travers la DASS aide ces enfants à avoir des familles d’accueil et à accéder à l’éducation scolaire. Il ne faut pas oublier qu’à Mayotte l’école est obligatoire de 6 ans à 16 ans. Il ne faut surtout pas que ces enfants constituent des bombes à retardement dans les années à venir. L’Etat français a signé la Charte internationale des Droits des Enfants. Et dans cette charte chaque enfant a droit à un nom, à un prénom, à une famille, à une éducation, à la santé quelque soit l’origine sociale, éthnique, raciale ou religieuse de l’enfant. Dans mon livre intitulé « Mayotte j’écris ton nom », je dis clairement à la page 291 que « certains enfants, dont les parents ont été expulsés par les garants des « droits de l’homme », errent malheureusement dans les rues de Mayotte comme Cosette à l’époque de Victor Hugo en métropole. Cette situation inhumaine de ces « enfants clochards » est le résultat d’un travail administratif pensé et réalisé aveuglement par des fonctionnaires armés qui ne pensent qu’à leur carrière. »

No man’s land : Mais récemment à la télévision, le Préfet de Mayotte, représentant du gouvernement français sur le territoire, a affirmé que chaque année, de l’argent destiné à aider ces enfants en difficulté est donné au Conseil général de Mayotte.

RAOS : J’ai donné mon ouvrage au préfet en mars 2010. Bien avant l’intervention de Saïd Omar Oili. Juste pour rectifier que je suis à l’origine de ce travail. Et entre ce que dit et fait le préfet, il y a deux mondes. Moi ce que je veux c’est des actes. Les enfants errent toujours et aucune solution n’a été trouvée. Et quand il parle du Conseil général, il faut savoir que cette institution est endettée. Le Parti Social Mahorais est scandalisé par cette situation qui montre la faiblesse de l’Etat et du Conseil général dans leurs missions respectives dans la protection des personnes les plus démunies.

No man’s land : Partout en France, les gens descendent dans les rues, se mobilisent contre la réforme des retraites. A Mayotte, personne ne parle de la réforme, comme si elle n’intéressait pas les Mahorais.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite. L’espérance de vie à Mayotte est maximum de 60 ans. Le Mahorais qui est confronté à maints problèmes sociaux qui écourtent sa vie souhaite une amélioration de la vie d’aujourd’hui, non pas d’une mobilisation contre une réforme qu’il ne maîtrise pas du tout. Le pacte sarkozyste de la départementalisation annonce l’égalité sociale en 2020-2035.

No man’s land : Beaucoup de Mahorais partent à la Réunion ou en France où ils espèrent avoir une vie meilleure et subvenir aux besoins de leur famille restée sur l’île…

 

RAOS : Chaque Mahorais a envie de rester à Mayotte. J’ai créé mon parti dans le seul but de pousser les Mahorais à rester à Mayotte. Le Mahorais est considéré comme l’égal du Métropolitain une fois arrivé dans l’hexagone. Là-bas, il recouvre ses droits sociaux. J’ai bien conscience que c’est une politique soumise de l’Etat français d’exiler les Mahorais en métropole et à la Réunion. Si l’aide sociale était à l’identique à Mayotte, aucun Mahorais ne quitterait l’île. Les Mahorais revendiquent l’égalité républicaine. Par ailleurs, ce n’est pas 30 000 personnes qui vont bénéficier des aides sociales qui feront en sorte que le gouvernement français soit en faillite. Parce qu’encore une fois, selon le pacte sarkozyste de la départementalisation, il faut attendre 2025 pour que l’égalité sociale arrive à Mayotte.

A vrai dire, on ne peut pas dire que ceux qui sont partis soutiennent financièrement ceux qui sont restés à Mayotte. C’est un préjugé qu’il faut détruire. Tu ne peux pas faire des économies en France. Le seuil de pauvreté en France est à 900 euros. Et la plupart des Mahorais vivent sur le seuil de pauvreté là-bas. Dans une société de consommation comme la France, comment arrivera-t-on à vivre avec 900 euros par mois. Pour être honnête, ceux qui sont partis survivent et ceux qui sont restés survivent aussi. La différence c’est que ceux qui sont partis sont loin de leur terre, de leur famille, des regards des gens, donc ils vivent bien la chose. Et à vrai dire cette émigration fait qu’il n’y a pas de développement social à Mayotte.

Vous êtes-vous rendu compte qu’on parle aujourd’hui à Mayotte de surendettement. Les plupart des Mahorais sont endettés. Ici aussi on n’est pas épargné par la société de consommation, le téléphone portable, les voitures … Et s’il n’y avait pas la solidarité mahoraise, beaucoup de Mahorais seraient à la rue. A Mayotte, les salaires ne sont pas conformes à la réalité seule de l’île. Et les centres de distribution de l’île pratiquent des prix qui ne sont pas calculés selon le niveau de vie des Mahorais. Ce qui fait que beaucoup de Mahorais sont insolvables.  Les prix ne sont pas à  la portée du pouvoir d’achat du Mahorais, seuls les fonctionnaires expatriés arrivent à s’en sortir dans cette situation puisqu’ils perçoivent des primes. Toutefois, si ces fonctionnaires sont Français, les primes qu’ils perçoivent ne sont pas justifiées.  Parce que normalement les primes sont octroyées à des fonctionnaires travaillant sur un territoire étranger à la France. Donc le mot expatrié n’a pas de sens à Mayotte. Parce que Mayotte fait partie de la patrie française. Donc ces fonctionnaires ne sont expatriés à Mayotte.

No man’s land : On vient d’annoncer à la radio, que vous vous porterez candidat aux prochaines élections cantonales . Est-ce exact ?

 

RAOS : Je suis Mahorais. Je vis au jour le jour. Je ne peux pas parler de l’avenir. Et si je suis candidat, cela ne veut pas dire que je serai élu. Je trouve qu’il est très tôt pour moi de présenter mon programme. Toutefois, je n’ai pas de projet particulier. Sinon peut-être celui de faire en sorte que Mayotte ait l’égalité sociale. D’ailleurs le jour où Mayotte aura l’égalité sociale, mon parti n’aura plus de raison d’être.