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Interview : « La vraie richesse des Comores ce sont les produits de rente »

Venu pour la première fois aux Comores en 1983 pour repartir en 1987, après avoir travaillé pour la société Bambao à Anjouan et à la Grande-Comore, le responsable sur place de la société Huiles Essentielles Comores (HEC), sise à Domoni sur l’île d’Anjouan, et qui est d’origine française, a accepté de répondre à nos questions. Mais pour des raisons personnelles, notre interlocuteur n’a pas souhaité que son nom soit mentionné ici.

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No Man’s Land : Comment avez-vous découvert les Comores ? Quelles sont les raisons qui ont motivé votre venue dans l’archipel ?

Le Responsable local HEC : Je suis revenu aux Comores en 2007 pour des raisons professionnelles. Un des actionnaires d’Huiles Essentielles Comores cherchait quelqu’un pour construire une distillerie d’ylang. Et comme on était en contact depuis bien longtemps, il a fait appel à moi. Pour dire que je ne suis pas propriétaire d’Huiles Essentielles Comores comme beaucoup le pensent. Je suis juste salarié.
Les actionnaires de HEC ont pris la décision de construire la distillerie dans laquelle je travaille parce qu’il fut un temps, à Anjouan, toutes les huiles d’ylang étaient frelatées. 55% ont été adultérés.
Ce qui fait qu’on est dans la situation actuelle. La fraude avait pris de l’ampleur, surtout, parce qu’il y avait une pénurie d’essence d’ylang. Et du coup, un beau jour, le commerce s’est arrêté. Les clients ont cessé d’acheter l’essence d’ylang venant d’Anjouan.
Donc, comme il n’était pas facile de trouver de l’ylang en collecte, pour satisfaire les clients, relancer le commerce, il avait fallu distiller l’ylang nous-mêmes.

No Man’s Land : De 1983 à 1987 par rapport à aujourd’hui comment se porte le commerce de l’ylang ?

RLHEC : On est dans une période qui est extrêmement difficile. Et avec les hauts et les bas de la crise mondiale, le marché de l’ylang a globalement baissé. Les clients ont réduit leurs commandes.
Pour ce qui est du marché de l’ylang aux Comores, il faut savoir que de 1983 à 2008, il est passé de 150 tonnes par an à 80 tonnes par an. D’où une baisse de 50%. Mayotte, qui était un grand fournisseur, a représenté la moitié de cette baisse. Elle qui produisait 30 à 35 tonnes par an est passée aujourd’hui à 7 tonnes par an. On ne peut pas être département et produire de l’ylang. Economiquement il n’est pas rentable de produire de l’ylang à Mayotte. Malgré les aides, s’il fallait payer les agriculteurs autour du Smig [salaire minimum garanti] ça s’arrêterait tout de suite. Aujourd’hui les exploitants sont obligés de faire travailler des clandestins. A la Grande-comore, les exploitations sont abandonnées. Et la production qui était de 10 tonnes avant est passée aujourd’hui à 2,3 tonnes. Par contre ce n’est pas trop grave pour Anjouan comme pour l’île malgache de Nosy-Be. Puisqu’Anjouan produit 50 tonnes par an.

No Man’s Land : Au jour d’aujourd’hui les producteurs d’ylang se plaignent que les prix ont baissé. Est-ce que cela est lié aux fluctuations des cours mondiaux ?

RLHEC : Il n’y a pas de cours mondial dans le commerce de l’ylang. Ce n’est pas un produit qui a une cotation boursière. C’est un marché de fournisseur à client. C’est une question de qualité. Il y a beaucoup de variétés de qualité d’ylang. Et chaque qualité a son prix. Je ne peux pas donner les prix actuels. Le marché est inactif depuis 6 mois. On ne vent quasiment plus.


No Man’s Land : Les matières semi-finies vous les acheminez où ? Vers quelles entreprises ?

RLHEC : Les meilleures qualités d’huile comme l’extra-sup et l’extra sont destinées à la parfumerie, à titre d’exemple à la préparation de l’eau de toilette. Et nos clients sont en Europe et aux Etats-Unis. Et les basses qualités sont destinées à la fabrication des lessives et des produits bas de gamme en cosmétique.

No Man’s Land : Ne peut-on pas transformer l’ylang comorien sur place ? En faire un produit fini sur place ?

RLHEC : Les Comores resteront un fournisseur d’ylang. On ne peut pas mettre plus de valeur à l’ylang comorien. On n’utilise pas l’ylang pour faire du parfum. Un parfum a une quantité variable d’alcool. Et dans l’essence d’ylang il y a plus de 50 produits différents. Ce n’est pas jouable. Les firmes qui produisent les parfums sont des grosses entreprises internationales.

No Man’s Land : Les petits distillateurs d’ylang déboisent la forêt pour pouvoir faire fonctionner leurs alambics. Y a-t-il une solution qui puisse éviter le déboisement sans que les petits distillateurs soient lésés ?

RLHEC : Il est facile d’accuser les distillateurs. Pourtant il faut qu’ils mangent. Il faut que chacun travaille et gagne de l’argent. On ne peut pas dire qu’il ne faut pas distiller au bois si on n’a rien à proposer. La solution n’est pas technique. Elle est économique. Il faut de l’argent. Aussi est-il que les distillateurs ne sont pas ouverts à l’idée de progrès. Tout ce qui est nouveau pour eux est difficile. Regardez depuis que je suis là, personne n’est jamais venue me questionner sur comment on fait fonctionner une distillerie INOX.
Même si c’est vrai, le Comorien ne vit pas pour demain. Il y a eu un temps, les distillateurs ont gagné beaucoup d’argent. Ils n’ont jamais pensé renouvelé leur alambic.
Le système à pétrole peut fonctionner partout du moins tant qu’il y a de l’électricité. S’il n’y a pas de courant, le distillateur ne peut pas fonctionner. Le système coûte moins cher que le bois. Mais ce n’est pas le paysan tout seul qui peut le faire. Il doit avoir le soutien de l’Etat puisque je sais qu’il y a des fonds internationaux aujourd’hui pour la protection de l’environnement. L’alambic traditionnel installé, prêt à fonctionner coûte 800 000 FC. Le petit paysan ne pourra jamais se le payer. Il est temps que l’Etat comorien pense acheter comme cela a été fait à Mayotte des alambics Inoxydables. A Mayotte, par l’intermédiaire du Conseil Général de l’île, 15 alambics INOX qui permettent de produire l’ylang aux normes européennes ont été financés par le STABEX (Système de stabilisation des exportations [des produits agricoles] financé par l’Union Européenne).

No Man’s Land : Votre métier a-t-il un avenir dans l’archipel des Comores ?

RLHEC : Il y a un avenir pour l’ylang. A condition de ne pas reproduire les bêtises qui ont été faites à Anjouan auparavant. L’ylang a un avenir étant donné que l’ylang est un produit de base de la parfumerie. Et tant qu’il y aura de la parfumerie, on vendra toujours de l’ylang. Dans 50 ans, l’ylang se vendra encore. La nature a protégé les Comores. Il faut savoir que l’ylang c’est les Comores. La meilleure qualité d’ylang, aujourd’hui, c’est Mayotte. Mais avec la départementalisation, il faut mettre une croix. Dans dix ans, c’est sûr il n’y aura plus d’ylang à Mayotte. Quand les gens sont riches ils ne veulent plus cultiver.
Il ne faut pas s’imaginer que le distillateur de la brousse fait de la mauvaise qualité d’ylang. Il faut faire un effort sur la modernité, mais ce n’est pas la peine de faire du luxe. Les paysans ont, durant ces dernières années, planté beaucoup d’ylang. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle aujourd’hui on arrive à en produire 50 à 60 tonnes par an. Maintenant il reste à entretenir ce qu’on a planté malgré la crise. Parce que je sais que d’ici peu la crise va passer.
Il est bon à savoir que la vraie richesse des Comores c’est sont les produits de rente. L’argent des « Je viens » est une fausse richesse. Donc, il est temps que l’Etat comorien s’intéresse à l’agriculture.
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L’ylang l’or des îles de la Lune

L’ylang est une plante importée des Philippines au début du siècle dernier pour reboiser les pentes caillouteuses et les padza .Elle appartient à l’espèce cananga odora var macrophylla. Sa fleur aux reflets d’or et de safran, exhalant une senteur douce et capiteuse, est un ingrédient essentiel pour les parfumeurs du monde entier . Du moins son hexane qui est utilisée pour l’extraction de l’essence. La première distillation des fleurs d’ilang remonte vers 1860 à Manille ,aux Philippines , et est l’œuvre du marin Albert Schwenger. Mais la première production commerciale de l’ylang-ylang à grande échelle sera entreprise par les planteurs des possessions françaises de l’océan Indien pour le compte des parfumeurs français. D’abord à la Réunion, puis à Nosy-Be ( Madagascar) et aux Comores .
Les Comores, malgré la mévente sur le marché international, avec 60 tonnes d’essence d’ylang distillées chaque année sur 100 tonnes au niveau mondiale, reste le premier producteur d’ylang du monde.
« Des pays comme l’île Maurice et le Ghana se sont mis récemment à planter de l’ylang. Mais leur ylang n’est pas de bonne qualité comme celui des Comores » nous a confié le responsable sur place de HEC à Domoni . Pour dire que l’ylang comorien est le meilleur du monde. « On cueille deux fois par mois l’ylang. Mais l’important ce sont les qualités d’essence. Parce que qu’il y a plusieurs qualités après fractionnement du produit eu après distillation : Extra S, Extra première, Seconde et Troisième. Donc les acheteurs nous payent selon le poids et le degré de l’huile » nous a dit Nakibou Souf , un jeune paysan âgé de 38 ans , père de 10 enfants et vivant à Limbi .
Deuxième source de devise pour le pays, l’ylang dont son élaboration et sa commercialisation durent toute l’année, reste, comme les autres produits de rente, le moyen de survie de 80% de paysans comoriens. « Nous, on nous paye pour cueillir l’ylang dans les champs. Nous cueillons l’ylang pendant 6 heures de temps, et on nous paye par kilos. Chaque kilo cueilli, on nous donne 75 fc. Honnêtement pour avoir un kilo de fleurs d’ilang, il faut faire au moins 3 heures de cueillette » nous a confié Makiliko de Mromaji , âgée de 60 ans et mère de 2 enfants . Par ailleurs, il faut compter environ 100 kg de fleurs pour faire 2 kg d’essence.
Même si les paysans ne produisent pas l’ylang comme avant, comme nous a confié Issouf Abdallah de la société Bambao Tropikal , la culture de l’ylang reste le moyen de survie de toute une population voire même l’avenir de tout un archipel .
Selon la note de conjoncture de la Banque centrale de mars 2009 , le prix plancher de vente du kg de fleurs est passé de 150 fc en 2007 à 350fc en 2008. L’on a observé une amélioration du prix de vente d’un degré variant de 1280 et 1350 fc en 2008 , contre une fourchette de 900 à 1300 fc l’année précédente.

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Les Comores, plaque tournante du trafic de drogue ?

L’archipel des Comores, en raison de sa position géostratégique et de ses difficultés socio-économiques et politiques, est devenu une plaque tournante du trafic international de drogue à destination de l’Europe et de l’Océan indien. Puisque les contrôles sont de plus en plus stricts sur les frontières entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord et aussi sur les frontières entre l’Afrique du Nord et l’Europe, les cartels sud-américains et libanais par la complicité de Comoriens travaillant dans le commerce, à la Douane, à la Chambre de Commerce, dans la police et dans l’armée, ont fait des Comores un point de transit de drogue, notamment la cocaïne et l’héroïne, vers l’Europe et d’autres îles de l’Océan indien à l’exemple de Mayotte, Maurice et la Réunion. Néanmoins, le bangue, herbe de cannabis, une drogue de mauvaise qualité et à bon marché, est en circulation sur le territoire national où il est cultivé et consommé par de nombreux jeunes en raison du relâchement des mœurs par les parents, de la perte de repères socioculturels due à la rapidité des mutations sociales et économiques et surtout à cause du dénuement et de l’absence d’un Etat en tant que tel dans le pays.

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Wazé a 26 ans et habite à Madjadjou, quartier défavorisé de Moroni. Il raconte : « En 1997, alors âgé de 12 ans, un ami m’a invité à fumer du cannabis avec lui. J’ai répondu à son invite. Et depuis, j’ai continué. A chaque fois que je consomme de l’alcool, je fume forcément de l’herbe de cannabis. Et dieu seul sait combien de fois je consomme d’alcool par semaine. » Al Pachino est âgé de 29 ans, ces propos reflètent une crise de dépersonnalisation puisque parle de mimétisme. « Je suis arrivé à la consommation de drogue en 1988 parce que je voulais devenir rasta. J’avais des dreadlocks. Et je fumais tous les jours. Et comme je n’avais pas de travail, je volais pour pouvoir me payer de l’herbe de cannabis. D’ailleurs, en 1989, j’ai été jugé et incarcéré pour vol. Etant souvent indexé, marginalisé et rejeté par mon entourage, je me suis exilé à Mayotte en 1992. Et c’est là-bas où une petite-amie créole réunionnaise m’a poussé à consommer pour la première fois du shit et aussi de la cocaïne et de l’héroïne par injection intraveineuse. Aujourd’hui, comme j’ai un travail, je ne vole plus pour acheter de la drogue. Toutefois, comme ici la cocaïne et l’héroïne ne sont pas à ma portée, puisque elles coutent les yeux de la tête, je suis obligé de fumer malheureusement de l’herbe de cannabis. La pression communautaire n’est plus comme avant, elle a perdu de sa force, la drogue est devenue quelque chose de banal, du coup je fume au su et au vu de tout le monde. Chaque jour je dépense 3500 fc… j’ai besoin de fumer et boire pour me sentir vivant ».

Franky a la quarantaine. Il est dealer au marché de Volo-Volo. Assis dans le coin des bouchers et des vendeurs de poisson, il fait semblant d’être lui-aussi boucher pour pouvoir se fondre dans la masse, pour pouvoir tromper la vigilance des policiers qui guettent dans les parages. Il nous a confiés « Je ne vends pas de la drogue pour faire fortune. Je risque plutôt ma vie pour survivre. J’ai une famille, une femme et des enfants en bas âge, et je n’ai pas de travail, la drogue est ma seule issue. » « Entre le vol des douaniers, le mensonge des politiques et la drogue, moi j’ai choisi la drogue. Quand on est sans-argent, on a des enfants qui ne mangent pas à leur faim, quand on n’arrive pas à soigner sa progéniture en cas de maladie ou à la scolariser, parfois on est appelé à faire des choses terribles, injustes. Je sais que je corrompe cette jeunesse peu éduquée, sans avenir, qui n’a d’autres choses à faire que se tourner vers la drogue comme passe-temps. Mais devant un cul-de-sac, on fait des pieds et des mains pour se frayer un chemin. C’est ce qu’on appelle l’instinct de survie, qui est propre à l’homme. En vendant de la drogue, je me soulève contre Dieu, qu’il pardonne mon péché, et surtout contre cet Etat qui m’a délaissé. La drogue me permet seulement de survivre, de pallier la misère. D’ailleurs, je vis dans la clandestinité, je suis obligé de me soustraire aux yeux des policiers, ma famille m’a tourné le dos, elle a honte de moi. Mais je ne peux arrêter ce travail bien que risqué, sinon ma petite famille et moi mourrons de faim » nous a appris Z, âgé de 36 ans.

« Les stupéfiants forcent même les portes de l’hôpital. Je vais vous raconter l’anecdote de Dany, un jeune de 14 ans qui a été hospitalisé à l’hôpital de Hombo pour greffe de peau sur brûlure des 2 membres inférieurs. A 14 ans, il fume du chanvre indien comme une locomotive. Etant dépendant, l’hospitalisation a sûrement été pour lui une sorte de séquestration, de sevrage. Etant en manque, Dany a activé son réseau depuis sa chambre d’hôpital. Sitôt une flopée d’enfants et de galopins, les amis de Dany, pénètre à l’hôpital, et glisse des tiges fortement roulées par les fenêtres. Dans tous ses états, il s’en prend aux infirmiers, provoque un remue-ménage dans les couloirs de l’hôpital, s’autoflagelle en arrachant les greffons de sa peau que lui avait faits un chirurgien venu de Belgique. La scène se répète tous les jours. L’hôpital a identifié la flopée de jeunes fournisseurs de Dany, et a porté plainte, mais l’affaire a été tout de suite classée » nous a témoigné Docteur Anssoufouddine Mohamed, cardiologue à l’hôpital de Hombo.

Jeannine est née au début des années 70. A 25 ans, alors mère de 7 enfants, elle a été dealer jusqu’à son arrestation. «  A l’époque, j’avais un voisin qui était dans le marché de la drogue. Je voyais les gens, des petits dealers, affluaient chez lui, et ressortir avec le sourire. Certains laissaient même entendre que le commerce de la drogue est vraiment juteux. Du coup, comme j’étais dans le besoin, je n’arrivais même pas à acheter du lait pour mon bébé de 3 mois, j’ai été tenté par la vente de drogue. Mais un mois après, j’ai été arrêté après avoir comparu devant la justice. En tout cas, je peux vous assurer que ce n’est pas un marché juteux du tout, du moins pour nous les petits».

Les gros bonnets restent impunis

En effet, les petits dealers ne sont que des victimes du système, ils sont l’arbre qui cache la forêt. Et la drogue de mauvaises qualité et à bon marché qu’ils vendent à savoir l’herbe de cannabis « ou la drogue des pauvres », si on peut reprendre le terme d’un rapport de la BRIMAD, ne sert qu’à brouiller les pistes, ou sinon qu’à camoufler la réalité. On inquiète le petit dealer pour faire croire à travers les médias qu’on lutte contre les narcotrafiquants, pendant que secrètement les gros bonnets s’enrichissent sur le trafic d’héroïne et de cocaïne. Ils sont souvent autorités de l’Etat, armateurs, transitaires, douaniers, hommes d’affaires, policiers, militaires, etc. D’ailleurs, un douanier s’est enrichi ces dernières années grâce au trafic, et est même devenu un homme influent du pays. Il corrompt les jeunes grâce au pactole. Il fait venir la drogue d’Afrique australe dans des conteneurs sous scellés, pour envoyer par la suite la marchandise vers l’Europe. En 1998, la BRIMAD (Brigade Mixte Anti-Drogue) dont la Coopération Française, à travers le service de Coopération Technique Internationale de Police [le S.C.T.I.P.] a contribué à sa mise en place en 1995, avait interpelé des militaires, des douaniers, et des agents de la Chambre de Commerce, impliqués dans une affaire de drogue. Ces derniers avaient tous été libérés pour manque de charges suffisantes.

« Le problème qui se pose c’est l’efficacité des sanctions. Nous au tribunal nous jugeons les suspects et quand ils sont coupables, nous les transférons à la maison d’arrêt. Et c’est là où beaucoup demandent une liberté provisoire pour se retrouver au-dehors. Toutefois, le marché de la drogue, étant juteux, a toujours été en expansion dans notre pays. Maintenant il est temps que l’Etat, la douane et la justice travaillent main dans la main afin de lutter efficacement contre le narcotrafic. La douane doit renforcer la surveillance sur les frontières, la justice doit juger d’une manière impartiale les coupables, et l’Etat doit aller au bout des sanctions. Et pour l’instant ce n’est pas le cas » nous a appris Youssouf Ali Djaé, 1er substitut du Procureur.

« Des Libanais, il y a quelques années, avaient fait venir de la drogue aux Comores depuis leur pays via le Zaïre. La drogue était destinée au marché français. Les trafiquants ont été expulsés manu militari des Comores » a-t-on appris de source militaire. A défaut d’informations suffisantes, nous n’avons pas pu remonter les réseaux sud-américains, toutefois nous savons que leurs marchandises transitent par des pays lusophones d’Afrique pour arriver aux Comores. Depuis 1995, pas moins de 9 tonnes ont été saisies sur le territoire national. Les saisies de cocaïnes sont fréquentes à Mayotte. Récemment deux cas d’overdose par injections intraveineuses ont nécessité une hospitalisation à l’hôpital El-Maarouf. En 2010 une ressortissante comorienne a été arrêtée dans un aéroport de l’île Maurice avec 600 grammes d’héroïne. En 2011, une jeune fille de 18 ans connue sous le nom de Roukia originaire de Mayotte est décédée à la suite d’une consommation d’héroïne qui provenait des Comores indépendantes.

Dans un rapport de la BRIMAD de Moroni de cette année 2011 lit-on : « D’une manière générale, l’entrée des drogues de toutes sortes étaient constatée, pour preuve le GIR [Groupe d’Intervention Régional, initié par M. Nicolas Sarkozy, alors ministre français de l’Intérieur pour lutter contre tout ce qui est économie souterraine] de la Réunion a témoigné dans un rapport du shite en provenance de Dar Es Salam [via les Comores] […] Il serait souhaitable de donner les moyens nécessaires à la BRIMAD pour mettre des garde-fous en vue d’endiguer ce trafic aux Comores, pays qui sert aussi de transit de drogue vers Mayotte et la Métropole. »

Comme au temps des mercenaires avec le trafic d’armes à feu, les Comores sont devenues un oasis de blanchiment d’argent sale, une plaque tournante du trafic international de drogue et de bois précieux. L’île d’Anjouan est surtout le point de transit idéal des trafiquants de tout bord, puisque depuis 1997, date à laquelle a été amorcée la crise séparatiste, l’île est devenue incontrôlée et incontrôlable.

Le laxisme des autorités de l’Etat

« La position géographique et le fond culturel swahili, arabe et européen de l’archipel font des Comores un lien, sinon un nœud entre l’Afrique continental et l’Océan indien. N’importe qui peut passer dans l’archipel sans se faire remarquer. Aussi est-il que le laxisme qui sévit dans l’Etat, le manque de contrôle au niveau des douanes, et le fait que la corruption est généralisée, il est facile de s’assurer des complicités. Quand même les quelques mouvements d’avion devraient facilement être contrôlés, du moins à l’arrivée. Les Comores ne sont pas tout de même une plate-forme touristique ? D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne, le trafic maritime est tout à fait incontrôlé. Etant donné que le marché comorien n’est pas solvable, la drogue est envoyée vers Mayotte et ailleurs où l’écoulement est rentable » s’étonne M. Saïd Abdallah Mchangama, Président de la Fédération Comorienne des Consommateurs.

Aboubacar Ahmed Mzé, officier de police à la BRIMAD, nous apprend : « 90% de drogue importée saisie localement et aux frontières provient de Madagascar contre 10% de la Tanzanie. La production locale est vraiment moindre. La drogue une fois dans le pays circule entre les îles par le biais de vedettes rapides . Souvent elle est enfouie dans des produits vivriers quand elle n’est pas débarquée sur les côtes de nos îles. Et une fois dans le port de Moroni, elle passe inaperçue dans la mesure où les colis en provenance d’Anjouan et Mohéli ne font pas l’objet d’un contrôle systématique. Notre problème c’est que nous n’avons pas de moyens de locomotion, de détection et d’identification modernes nous permettant de faire face au fléau de la drogue. » Même son de cloche du côté de la Brigade de surveillance du port de Moroni. « Nous n’avons pas beaucoup de moyens pour contrôler le trafic des navires. Faute de moyens pour acheter les renseignements, du matériel d’identification et des chiens détectives pour détecter les stupéfiants, nous sommes obligés de faire avec nos petits moyens » se plaint le chef de brigade Djalim Ben Mohamed.

« Jusqu’en 2002, la BRIMAD a fait ses preuves. Ce n’est qu’entre 2005 et 2007 que les choses ont commencé à se détériorer. Les efforts entrepris ont été délaissés, ce qui a contribué à décourager tous les partenaires, jusqu’à la dispersion des éléments ayant servi à la cause de la lutte de narcotrafic au sein de la BRIMAD » s’attriste Elhad Abdérémane, secrétaire général de l’Association Comorienne de Prévention contre la Drogue.

Un citoyen est avant tout une personne qui, dans un pays, jouit des droits civils et politiques en particulier. Et parmi ces droits civils et politiques, il y a le droit à la vie et le droit à la santé. Et selon l’OMS, la santé est à la fois un bien-être physique, mental et social. Alors comment peut-on laisser ces 56% de jeunes de moins de 20 ans qui composent la population de ce pays, se noyer dans une marre de substances nocives et illicites. Dans quatre secteurs où nous avons été 2 jeunes sur 6 consomment de la drogue, 1 jeune sur 6 en vend, c’est un fait réel. Fait favorisé par l’absence d’un Etat en tant que tel et du fait que les parents et les maîtres du Coran se sont détournés de leur mission d’éducateurs. Peu éduqués, moins instruits, les jeunes comoriens ont un surmoi tellement fragile ; n’ayant pas de personnalité, ils sont, du coup, influençables. Et les narcotrafiquants en profitent pour faire du pays à la fois un fumoir et un bordel à ciel ouvert.

Procureur Soilihi Mahamoud

Interview avec Soilihi Mahamoud, procureur de la République

Pas d’aménagement de territoire sans une réglementation foncière

Soilihi Mahamoud est magistrat de profession. Anciennement à la tête du ministère de la culture, de la jeunesse et des sports, il est aujourd’hui Procureur de la République. Il nous parle à travers cette interview de l’insécurité dans les exploitations agricoles et des problèmes liés au foncier aux Comores.

Procureur Soilihi Mahamoud

Procureur Soilihi Mahamoud

No Man’s Land : Nombreux sont les agriculteurs qui se plaignent de l’insécurité dans leurs exploitations. Qu’avez-vous à dire par rapport à ces plaintes ?

Soilihi Mahamoud : L’insécurité dans les exploitations agricoles a toujours existé dans notre pays. Aucune génération d’agriculteurs n’a été à l’abri des maraudeurs, encore moins des animaux laissés en divagation. Toutefois, pour le bien-être de toute la société, plus de la moitié de notre population est paysanne, vit exclusivement grâce à l’agriculture et à l’élevage, il nécessite une application rigoureuse des lois, afin de mettre un terme à cette injustice. Il est temps que nos gouvernants fassent preuve d’éthique et de justice sociale, étant donné que tout Etat a pour devoir de protéger tous les hommes, ainsi que leurs biens. Dans beaucoup de localités de notre pays, ce sont les chefs de village qui essayent de remédier, d’une manière informelle, puisque cela ne relève pas de leurs compétences, les problèmes liés à l’insécurité dans les exploitations agricoles. On ne peut les condamner, en raison de la vacance de pouvoir que connaissent beaucoup de nos localités.
En somme, il est temps que nos gouvernants augmentent l’effectif des policiers et gendarmes, afin que ces derniers puissent faire respecter l’ordre sur tout le territoire, en ordonnant que les animaux soient tenus en laisse, en empêchant les maraudeurs de sévir. Et pour que ces derniers travaillent convenablement, il ne faut plus qu’ils soient payés au rabais.

No Man’s Land: Y-a-t-il des dispositions dans le code pénal qui punissent les maraudeurs et les personnes qui laissent leurs animaux divaguer ?

S.M. : Naturellement, il y a des textes, à l’instar de l’article 368 du code pénal, qui punit le vol de produits agricoles. Néanmoins, c’est surtout le vol de produits de rente qui est sévèrement puni par la loi, sûrement pour ce qu’ils représentent en valeur économique. Pour ce qui concerne la divagation d’animal, l’article 423 du code pénal interdit à tout exploitant agricole victime de dégât causé par un animal en divagation de mutiler ou d’abattre l’animal, surtout si cet animal a été attrapé en-dehors de la propriété. Si l’animal a été surpris dans la propriété de la victime, la loi est tolérante quand ce dernier ne s’est pas approprié de la viande de l’animal abattu. Néanmoins, moi j’entends par dégâts la dévastation totale d’un terrain par un animal, non pas deux pousses d’arachides ou de maniocs arrachées ou broutées par un animal. Toutefois, libre à chaque juge d’avoir sa propre appréciation des faits. Toute personne laissant son animal en divagation, en cas de dégât causé par l’animal, reçoit deux types de sanctions : une sanction publique, en raison du fait qu’il a laissé son animal divaguer, et une sanction pénale, en raison du préjudice causée par l’animal.

No Man’s Land : Après nous avoir parlé de l’insécurité dans les champs, si vous nous parliez aussi des problèmes liés au foncier ?

S.M. : Pour développer un territoire, il faut d’abord l’aménager. Et il ne saurait y avoir d’aménagement de territoire sans une réglementation foncière. Au jour d’aujourd’hui aux Comores, l’Etat est propriétaire de si peu de terrains. Il ne peut pas entreprendre des constructions d’intérêt public, notamment des infrastructures administratives, hospitalières, scolaires, sportives ou éducatives. Pendant l’Autonomie Interne, à l’époque coloniale, des particuliers se sont appropriés certains terrains délaissés par les colons ; et à l’Indépendance, des particuliers et des communautés villageoises se sont appropriés des terrains domaniaux, notamment ceux de la Société Bambao. Pourtant c’étaient des terrains qui revenaient de droit à l’Etat. C’était l’Etat qui devait exproprier les terrains aux sociétés coloniales. D’ailleurs, juridiquement, tous les terrains domaniaux appartiennent toujours aux colons, puisqu’aucun acte ne stipule que l’Etat les a expropriés, parce qu’il est le seul en droit de le faire. Il est temps que l’Etat mette fin à cette injustice. Mais aucun gouvernant n’oserait réclamer ces terrains, par peur de n’être élu en cas d’élections. Ici tout est politisé, personne ne voit l’intérêt public, seul l’intérêt individuel prime.
En vrai, les textes régissant le foncier aux Comores datent de l’époque coloniale, surtout de 1926-1928. Ils ne sont pas adaptés aux réalités actuelles du pays. Ils doivent être revus, pour l’intérêt de tous.
Le foncier est au cœur de nombreux conflits familiaux et villageois aux Comores. Il y représente un problème très grave. De nos jours, à défaut de titre foncier fiable, un champ peut être vendu à plusieurs reprises, par différentes personnes. Peu de propriétaires ont immatriculé leurs terrains, beaucoup se contentent du droit musulman et du droit coutumier, au lieu de se rendre au service des domaines où ils acquerront des documents fiables de propriété, à l’instar d’un titre foncier, d’un acte administratif ou d’une décision de justice. Malheureusement, des gens sont devenus propriétaires de terrain qui ne leur appartenaient pas légalement, puisque toute personne qui a occupée paisiblement un terrain pendant une trentaine d’année, le terrain lui revient de droit : c’est ce qu’on appelle l’acquisition trentenaire. Néanmoins rien n’est perdu d’avance. Il suffit que des dirigeants fassent preuve de patriotisme, d’humanisme et de sagesse pour que « l’injustice sociale » soit remédiée.

Rivo

Interview avec le syndicaliste Rivo sur la situation de l’enseignement à Mayotte

Rivo, de son vrai nom Rakotondravelo Rivomalala, est Secrétaire départemental de la corporation des instituteurs SNUIPP-Mayotte. A la veille de l’arrivée sur l’île de Luc Chatel, Ministre français de l’Education, il a accepté de nous parler de la situation actuelle de l’enseignement à Mayotte.

Rivo

Rivo

No man’s land : Dans l’après-midi du mercredi 15 juin dernier, des professionnels de l’enseignement et des responsables associatifs ont marché dans Mamoudzou pour dénoncer les propos du Vice-recteur François-Marie Perrin sur « l’accent des élèves maorais » et sur « les utérus des mères mahoraises » . Parlez-nous, monsieur Rivo, de cette marche ?

Rivo : Le Vice-recteur est un raciste [NDLR : Charles Maurras a créé le mot racisme pour signifier que les races nordiques et germaniques sont supérieures aux autres races]. Désolé, mais je n’ai pas d’autres termes pour le qualifier. C’est quelqu’un qui a perdu la notion du temps et de l’espace. Il se croit quelque part, pendant le colonialisme, où des colonisés bons à trimer devraient tout singer, jusqu’à la façon de parler. Tout le monde parle avec un accent. L’accent du Marseillais n’est pas celui du Parisien, encore moins du Martiniquais ou du Kanak. Alors, à quoi bon stigmatiser le jeune français des banlieues ou de Mayotte ? Pour ce qui concerne le propos sur « le rythme des constructions scolaires ne pouvant jamais suivre le rythme des utérus des Mahoraises », je tiens à rappeler à la personne qui l’a tenu que le temps où on traitait les Africains de primate est révolu.

Ce Vice-recteur fait partie de cette Droite décomplexée qui se croit tout permis. Et si le SNUIPP-Mayotte et le FSU ont organisé la marche, c’est pour demander le départ de cet énergumène qui tient sans pudeur des propos anachroniques, et, antirépublicains de surcroît.

No man’s land : Vous venez de suspendre un mouvement de grève qui a duré plusieurs semaines. Quelles raisons ont-ils motivé ce mouvement ?

Rivo : La grève a duré longtemps que prévu, parce que nous le SNUIPP, qui représente 70% de la profession, et l’Etat (le Vice-rectorat et la Préfecture) avions du mal à établir un dialogue. Nous avions fait part de nos propositions à l’Etat, mais jamais ce dernier n’a daigné nous répondre. Il n’a jamais voulu que nous trouvions un compromis. Du coup, pour que nos revendications soient entendues, nous avions pris nos responsabilités, en déposant un préavis de grève. Et la suite, vous la connaissez.

No man’s land : Quelles étaient ces revendications ?

Rivo : Nous demandions qu’il y ait :
• Des constructions scolaires, notamment des écoles primaires et maternelles ; d’après Médecins du Monde, plus de 50 00 enfants de plus de 6 ans ne sont pas scolarisés à Mayotte. D’après le Vice-rectorat de Mayotte, seulement 70% des enfants de 3 ans sont scolarisés, et seulement 40% de 4 ans, c’est une aberration dans un pays où l’éducation est un droit inaliénable. 75% des écoles mahoraises sont très insalubres, elles ne respectent pas les normes d’hygiène et de sécurité européennes. L’Etat a toujours dit supprimer les rotations, pourtant en raison de manque d’écoles, une salle de classe est partagée par 2 classes et 2 professeurs. Un groupe fait 5 heures d’affilée le matin, et un autre groupe, 5 heures d’affilée l’après-midi. Et à chaque rentrée scolaire, les Mairies n’achètent pas les fournitures scolaires, ce sont les instituteurs qui le font.
• L’indexation des salaires et la mobilité, les instituteurs de Mayotte demandent à avoir les mêmes droits que leurs collègues des autres Départements.

No man’s land : Si vous avez suspendu le mouvement de grève, c’est parce que vous aviez eu gain de cause ?

Rivo : Le blocage existe toujours. Pour les constructions scolaires, nous avons obtenu l’ouverture du dialogue, qui était au point mort depuis le mois de mai dernier. Pour les autres propositions, il y a eu une intervention des nouveaux élus de la nouvelle majorité du Conseil Général et le Député Abdulatif Aly : ils ont envoyé une requête au gouvernement. Nous sommes en attente d’une réponse. Je ne puis qu’être optimiste, puisque les choses ont un peu évolué.

No man’s land : Quel est le niveau scolaire des élèves mahorais actuellement ?

Rivo : L’enseignement à Mayotte laisse à désirer. La politique éducative mise en place sur le territoire a désormais échoué. Il n’y a que 20% des élèves de la CM2 qui ont des acquis convenables. Et ces 20% ne sont ni les enfants de l’agriculteur ni ceux du pêcheur. Ce ne sont pas les enfants de monsieur tout le monde ni du monsieur de la France d’en bas. Ce sont les enfants issus des milieux favorisés, où des parents ont les moyens pécuniaires pour mettre à la disposition de leurs enfants des fournitures scolaires, des livres, le câble, l’Internet et d’autres matériaux informatiques, indispensables aujourd’hui. En effet, les responsables de cet échec, ce ne sont pas seulement les 75% d’élèves qui n’ont pas acquis les compétences minimales inhérentes à la réussite scolaire. Les responsabilités sont partagées. Le Vice-rectorat, les parents d’élèves, les élus, les élèves, les professeurs, tout le monde est complice. Puisque ce sont eux tous qui devraient saisir l’Etat pour qu’il mette les moyens adéquats pour rehausser le niveau de l’enseignement à Mayotte. Enfin, seulement 15 % d’une tranche d’âge arrive au bac.

No man’s land : Monsieur Rivo, avez-vous des propositions à faire à l’Etat ?

Rivo : Déjà, l’Etat doit construire des écoles pour pouvoir scolariser tout le monde dès l’âge de 3 ans. Réhabiliter les écoles vétustes doit toujours rester une priorité. Ensuite, l’Etat doit mettre en place une politique éducative plus appropriée, notamment une méthode qui tient compte de la situation linguistique de l’île. La langue française à Mayotte n’est pas une langue native, elle est plutôt une langue étrangère. Cela dit, il faudra dispenser plutôt dans les écoles des cours de Français Langue Etrangère (FLE) pour la bonne réalisation des missions éducatives. Toutefois, scolariser les enfants dès l’âge de 3 ans permettra d’atténuer les difficultés de la langue. Je peux aussi citer le problème des professeurs payés au rabais et celui des Mairies qui ne respectent pas l’engagement qui est le leur et qui est d’acquérir les fournitures scolaires pour les élèves.

Il y a aussi le problème de la formation des professeurs. A Mayotte, comme partout à ailleurs, il y a des bons et de moins bons professeurs. L’incompétence n’est jamais généralisée. Depuis 1991, le niveau scolaire ne s’est pas amélioré. Il est donc temps de former les moins bons. Et toute formation doit prendre en compte les réalités locales. Je donnerai l’exemple des professeurs métropolitains, qu’une fois sur le territoire, prennent vite conscience de leurs incompétences et demandent à faire autre chose. L’ignorance de la sociologie des élèves mahorais et des langues natives peuvent être un frein pour beaucoup de professeurs. Et ce sont les élèves qui sont dans ce cas penalisés. En ce moment, il y a l’IFM (Institut de Formation des Maîtres) qui forme les instituteurs. Mais au lieu de solliciter notre collaboration, ils font tout pour qu’on n’ait pas un droit de regard.

No man’s land : Monsieur Rivo, c’est quoi réellement le rôle de l’école ?

Rivo : L’école, en conscience, ne consiste pas seulement à permettre à l’élève à savoir lire, écrire et compter. Son objectif à terme est de mettre à la disposition de l’enfant les moyens de comprendre les phénomènes de la vie, de les analyser et de les critiquer. L’école est le lieu par excellence où l’enfant apprend le vivre-ensemble, prend conscience de lui-même et du monde qui l’entoure. L’école est censée faire de l’enfant un citoyen libre capable de choisir en connaissance de cause. En somme, l’école a pour mission première de fabriquer des futurs intellectuels, des citoyens dotés d’une intelligence, qui sauront s’intégrer dans n’importe quelle société de ce monde. Tout cela est le rôle de l’école, tout cela devrait être le rôle de l’école à Mayotte.