Feu Andhum Houmadi /source Komedit.net

Hommage à feu Andhum Houmadi , interview avec Ahmed-Chamanga Mohamed

L’intellectuel par excellence à Tsémbéhou, c’est bien évidemment feu Andhum Houmadi, juriste de formation, auteur de textes littéraires et aussi personnalité politique. Né en 1952 à Tsémbéhou, il nous quitta brutalement le 23 novembre 2000. Docteur Ahmed-Chamanga Mohamed, linguiste, éditeur et enseignant-chercheur à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) de Paris a été un fidèle ami de feu Andhum . No man’s land l’a rencontré, malgré son emploi du temps très chargé, pour nous parler, en guise d’hommage, du regretté.

Feu Andhum Houmadi /source Komedit.net

Andhum Houmadi /source Komedit.net

No man’s land: Dans quelles circonstances avez-vous fait la connaissance de feu Andhum Houmadi ?

J’ai connu Andhum, pour la première fois en 1964. En effet, cette année-là, il avait commencé sa classe de CM1 ou CM2 (je ne m’en souviens plus très bien) à Ouani avant de regagner son village de Tsembehu, je crois un mois après, quand la classe a été ouverte là-bas. Ensuite, après le concours d’entrée en 6e, nous nous sommes retrouvés au lycée annexe de Mutsamudu en 1965.

No man’s land : Quel genre d’homme était-il alors ?

Nous étions de jeunes élèves à l’époque. Andhum était, comme moi, un garçon assez réservé ; mais il était brillant en classe, cela s’était remarqué dès les premiers jours.

No man’s land: Pouvez-vous nous parler de son parcours scolaire et universitaire ?

Après l’école primaire à Mtsimba-Ntsi (Bambao Mtruni) et brièvement à Ouani, Andhum est entré en 6e à Mutsamudu, comme moi. L’internat avait renforcé notre amitié. Nous formions, avec Ali Ben Said, élève originaire de Mohéli aujourd’hui médecin, un trio qui occupait, jusqu’en 3e, les trois premiers rangs aux examens. Nous étions d’ailleurs les trois seuls reçus à l’examen du B.E. (Brevet élémentaire) d’Anjouan, et parmi les cinq reçus de l’archipel. À partir de la 4e, Andhum était devenu le meilleur élève de notre promotion en français. Ses rédactions étaient très souvent citées et lues en classe.

A partir de la seconde à Moroni en 1969, nos chemins se sont quelque peu écartés. Mais nous sommes toujours restés amis. Après le baccalauréat en 1972, Andhum s’oriente vers des études de droit à Rouen, puis à Paris. Après ses études, il rentre aux Comores, dans les années quatre-vingts (je ne me rappelle plus de la date exacte), où il a occupé différents postes au tribunal et au ministère de la justice. Il a également enseigné à l’école nationale d’administration.

No man’s land: Vous avez tous les deux milité au sein de l’ASEC (Association des Stagiaires et Etudiants des Comores) en France. Est-il possible de nous parler du militant qu’il a été ?

Quand Andhum était à Rouen, on ne peut pas considérer qu’il était militant de l’ASEC. Il l’était devenu après son installation à Paris. Mais au moment où il s’engageait dans le mouvement « asecois », moi j’ai entamé ma sortie, car je ne partageais plus l’orientation prise par la nouvelle direction de l’ASEC : j’estimais qu’on se trompait de combat. Dès lors nos positions politiques ont divergé. Aussi, ne pourrai-je pas vous dire plus sur sa vie militante.

Ahmed-Chamanga Mohamed/ source Komdit.net

Ahmed-Chamanga Mohamed/ source Komdit.net

No man’s land: L’Asec a publié au début des années 80 un recueil de nouvelles, qui est, de fait, la première publication comorienne d’expression française. Est-ce vrai que feu Andhum a fait partie des auteurs anonymes ? De quoi parle sa nouvelle ? Enfin, quel a été l’objectif d’une telle entreprise ?

Il semble effectivement qu’Andhum est co-auteur de ce recueil. Mais je n’en sais pas plus, car je ne faisais pratiquement plus partie de l’ASEC et, je n’ai jamais eu de discussion avec lui sur ce sujet. Mais cela ne m’étonne pas car il avait une belle plume.

No man’s land: En tant qu’éditeur, vous avez publié en 2005 un roman posthume de feu Andhum . Il s’intitule AUX PARFUMS DES ÎLES . Honnêtement qu’est-ce qui a motivé ce choix éditorial?

Comme je vous l’ai dit, j’étais resté ami avec lui, malgré nos « divergences » politiques. Quand, en 1998, je lui ai fait part de mon intention de créer une maison d’édition, il m’avait beaucoup encouragé. Connaissant ses capacités d’écriture, j’en ai profité pour lui demander de me proposer un texte à publier. Un an plus tard, lorsque nous nous sommes revus, il m’avait assuré qu’il avait quelque chose en chantier et qu’il me le remettrait dès que possible.

Quand, en novembre 2000, il est frappé par une brutale et terrible maladie, il a pu, avant de partir, confier à son épouse de me remettre son manuscrit inachevé. Pour des raisons que vous comprendrez bien en pareilles circonstances, je n’ai reçu le document qu’un an plus tard.

Pour moi, c’était un devoir moral de sortir son texte et une façon de lui rendre hommage. Certes le texte n’était pas bien au point. Car c’était un premier jet. Il n’a pas eu le temps de le finir, de le relire et de le reprendre. En même temps, il traitait d’un sujet qui me tenait à cœur : la lutte contre le séparatisme. Sur ce point, nous étions tous les deux totalement en phase. J’ai donc jugé utile de publier son roman, après avoir apporté quelques petites corrections d’orthographe et de forme. Je regrette toutefois de n’avoir pas suffisamment médiatisé ce roman. Mais l’œuvre est là : elle mérite d’être défendue. Avec d’autres, je m’y attellerai.

No man’s land: feu Andhum Houmadi s’est aussi intéressé à la politique. Une activité qui l’a même conduit en prison. Si vous nous parliez d’Andhum, le militant politique ?!?

C’était tout naturellement, une fois rentré au pays, qu’Andhum était devenu membre actif du Front démocratique dont il était certainement un des membres fondateurs. C’est à ce titre qu’il a été en prison, suite à la tentative du putsch de 1985 dont le Front a été l’instigateur. Je ne peux pas en dire plus, vu que j’étais assez loin de cette agitation.

Nous avions repris contact en 1988, quand je suis allé en vacances. Depuis, je ne manquais pas d’aller lui rendre visite régulièrement à Moroni lors de mes passages au pays tous les ans. Il en était d’ailleurs très sensible à ce geste d’amitié. Nous nous échangions beaucoup, mais j’évitais toute discussion politique, même s’il insistait souvent à ce que je rejoigne le Front Démocratique.

Vers la fin de sa vie, il se plaignait beaucoup de l’incompréhension de ses camarades du parti quand il devenait de moins en moins militant du Front démocratique, pour des raisons professionnelles, vu sa position au parquet de Moroni où il était soumis à un devoir de réserve. Je sentais en réalité qu’il commençait à se poser des questions sur son engagement dans un parti dont les méthodes et la pratique devenaient de plus en plus contestables…

Aux parfums des îles / Komédit éditions 2006

Aux parfums des îles / Komédit éditions 2006

No man’s land: Un petit mot sur sa carrière professionnelle.

Dans ce domaine, je suis mal placé pour vous en parler, car je connais peu de chose sur cette carrière. Ce que je sais, c’est qu’il avait gardé un très mauvais souvenir au tribunal de Mutsamudu, dans une île où le clivage social entre « kabaila » et « mmatsaha » demeurait encore très vivace. Son expulsion de sa maison de fonction, avec des méthodes d’un autre âge, l’avait très marqué. A Moroni, capitale des Comores, il se sentait plus à l’aise et, en tout cas, plus épanoui.