Saïd Ahamadi

Interview avec le Vice-président Saïd Ahamadi sur la Coopération Régionale

Saïd AHAMADI est Conseiller Général PSM de Koungou. 3ème Vice-président au Conseil Général de Mayotte, il est à la tête de la commission chargée de la Coopération Régionale et des Affaires Européennes. Fin diplomate, profondément humaniste, doté naturellement d’un sens de la communication et de la politique, il est celui qui a pu constituer in extremis la nouvelle majorité, qui gère depuis le mois d’avril 2011, le Conseil général du nouveau département français. Il nous parle, à travers cette interview, de la coopération régionale entre Mayotte et les autres îles de l’Océan indien.

Saïd Ahamadi

Mr Saïd Ahamadi

No man’s land : Tout juste après être désigné Vice-président chargé de la Coopération Régionale et des Affaires Européennes au Conseil Général de Mayotte, votre première volonté a été d’importer des produits de Madagascar, des zébus surtout. Où en est le projet ?

Saïd AHAMADI : Le projet est en bonne voie. Le Conseil Général a donné son accord en Commission Permanente, le 13 juillet 2011. Une mission officielle se rendra à Madagascar, où sera signé début octobre 2011 « l’Accord de Coopération décentralisée » entre le Président du Conseil Général de Mayotte , Daniel Zaïdani, et le Chef de Région Boeny (Majunga). Cet Accord est transmis à l’Ambassade de France à Madagascar dans un souci de transparence avec notre Etat qui a la charge de faciliter notre insertion dans la région Océan indien et la sous région.

No man’s land : Mayotte et Madagascar se limiteront à des échanges économiques, ou étendront-ils leur coopération sur d’autres champs ?

Saïd AHAMADI : Les échanges avec Madagascar concerneront plusieurs domaines :
• La connaissance réciproque des populations et des territoires ;
• Le développement des deux territoires entraînant une amélioration des conditions de vie des populations ;
• L’amélioration des échanges commerciaux entre la Région Boeny et Mayotte ;
• Le développement économique et touristique des deux territoires ;
• L’agriculture et l’élevage ;
• Les échanges professionnels ;
• La formation professionnelle, technique et universitaire.


No man’s land : On a l’impression que vous vous intéressez peu aux échanges entre Mayotte et l’Union des Comores. Est-ce exact ?

Saïd AHAMADI : Ce n’est pas exact. Nous nous intéressons aux échanges avec l’Union des Comores.

No man’s land : Alors qu’envisagez-vous entreprendre, dans le cadre de votre fonction, pour les échanges entre Mayotte et l’Union des Comores ?

Saïd AHAMADI : Nous attendons cependant une évolution de la vision politique des autorités de l’Union des Comores. Les nouveaux élus de l’Union et des îles autonomes doivent enfin accepter que le Choix des Mahorais de rester Français est définitif. Le statut de Mayotte, Département français d’outre Mer (depuis le 31 mars 2011) et bientôt Région Ultra Périphérique de L’Union Européenne (2014), est également une chance pour les pays du Canal de Mozambique, et en particulier l’Union des Comores qui entretient des liens de proximité et historique.
De ma part, il ne doit plus y avoir de contentieux politicien à propos d’un prétendu « Contentieux franco-comorien sur l’île de Mayotte ».
Nos préoccupations communes doivent s’inscrire dans le développement des échanges économiques indispensables à la création des richesses, d’emplois durables dans l’intérêt de nos populations respectives. C’est dans ce cadre que des filières économiques stratégiques, telles que l’élevage de cabris, de volailles, de bovins sans oublier la pêche dont les Anjouanais ont une grande maîtrise, doivent être développées dans un réel esprit de partenariat dans un respect mutuel et dans un climat de confiance.
Dans le domaine de la santé, Mayotte dispose d’un plateau technique performant et de normes européennes accessible à nos partenaires et voisins comoriens dans le cadre d’une coopération décentralisée comportant des droits et des obligations réciproques.

No man’s land : Avez-vous des projets pour Maurice, les Seychelles, le Mozambique et les autres pays anglophones et lusophones de la zone ?

Saïd AHAMADI : Je suis ravi de la question. Nos avons des projets économiques, éducatifs et culturels à développer avec ces pays. Nous projetons de signer des conventions de coopération décentralisée avec Maurice, les Seychelles et l’Afrique du Sud pour former nos jeunes qui souhaitent se perfectionner en Anglais ou qui souhaitent travailler dans le domaine du tourisme. Avec le Mozambique, les projets porteraient sur le bois et la culture. Vous n’êtes pas sans savoir que l’essentiel des ethnies qui composent le peuplement originel de Mayotte vient de cette partie du continent africain. Nous ne devons pas nous couper de nos racines africaines sous aucun prétexte.

No man’s land : Mayotte participe aux 8ème jeux des îles de l’Océan Indien en ce mois d’août aux Seychelles, mais sans emblème ni hymne national. D’après vous, est-ce normal que Mayotte soit le seul pays au monde qui participe à des compétitions internationales sans symboles particuliers ?

Saïd AHAMADI : Mayotte participe aux jeux des îles avec l’hymne des jeux et le drapeau olympique ; c’est le règlement de la charte organisant ces compétitions depuis 2003.
Je propose qu’à l’avenir Mayotte participe avec le drapeau de notre île « RAHACHIRI » et l’hymne produit par un jeune artiste talentueux BO HOUSS. Cela permettrait de faire mieux connaître notre archipel au lagon dans la région. Et les Réunionnais garderaient le drapeau français et l’hymne national. L’essentiel pour moi, c’est que les jeunes se rencontrent dans un bon esprit de partage, de reconnaissance mutuelle et dans la fraternité.

No man’s land : Avec la départementalisation de Mayotte, une flopée de jeunes diplômés des pays membres de l’Union Européenne arrivera sur le marché du travail de l’île. Que vont devenir les jeunes mahorais qu’on dit peu formés, moins qualifiés, et, avant le changement statutaire de l’île, on disait déjà peiner à s’insérer dans la vie active ?

Saïd AHAMADI : Les jeunes diplômés de l’Union Européenne, une fois à Mayotte, sont sur leur territoire au même titre que les jeunes mahorais qui sont en Europe. La question de l’emploi dépend aujourd’hui du positionnement personnel et des entreprises. En développant tous les secteurs de productions endogènes, les jeunes mahorais ont une longueur d’avance sur les autres candidats venus de l’extérieur dès lors qu’ils maîtrisent l’environnement insulaire et régional. Ils n’auront pas de problème d’intégration. Ils seront immédiatement opérationnel, ce que recherchent en réalité les employeurs.

No man’s land : L’Union Européenne, à travers l’accord unanime de ses Etats membres, en votant les différentes résolutions de l’ONU, reconnaît Mayotte comme partie à part entière de l’Union des Comores. En toute franchise, la rupéisation de Mayotte sera-t-elle possible ?

Saïd AHAMADI : L’Union Européenne a déjà reconnu la personnalité juridique des Mahorais depuis très longtemps. Les Mahorais sont des citoyens européens depuis 1979. Pour preuve, les citoyens européens originaires de Mayotte ont participé à l’élection des députés européens en juin 2009.
Département d’outre-mer le 31 mars 2011, la rupéïsation de Mayotte est de fait acquise. Il reste aux élus que nous sommes de la construire effectivement en répondant aux exigences d’adhésion (bonne gouvernance à travers un plan de mandature 2011-2013). Pour votre gouverne, l’Union Européenne n’est pas membre de l’ONU.

No man’s land : Dans le dernier numéro de la revue XXI, dans un article intitulé « Mayotte, une « sentinelle » dans l’Océan indien », lit-on que le centre d’écoute qui se trouve en Petite-terre, à Mayotte, « associé aux autres sites implantés sur le territoire français, permet de contrôler la quasi-totalité des appels téléphoniques, e-mails, SMS et fax, échangés sur la planète, sur le modèle du réseau Echelon, conduit par les Etats-Unis ». D’après vous, quand on voit le peu de développement qu’il y a à Mayotte, le Département ne serait-il pas, en conscience, qu’une simple base arrière de l’espionnage français ?

Saïd AHAMADI : je ne m’intéresse pas à ce genre d’élucubrations. Ma mission, c’est de participer à l’amélioration des conditions de vie des habitants de Mayotte et de sa région.

No man’s land : Pourtant le Préfet Hubert Derache a presque approuvé l’affirmation de la revue XXI dans un documentaire diffusé sur France Télévision, à la veille de la Départementalisation de Mayotte ?

Saïd AHAMADI : Pour la sûreté de notre Patrie, je suis fier que ces installations soient sur notre territoire ; c’est la marque d’une reconnaissance et de la valeur géostratégique de Mayotte.
En matière de développement, notre archipel au lagon est devenu une référence dans le Canal de Mozambique. Et certains ressortissants des pays de la zone risquent leur vie chaque jour, malheureusement, pour entrer illégalement dans le pays à bord d’embarcation de fortune : « les kwassa-kwassa ».

Commerçant à Kaweni

LE VILLAGE DE KAWENI VEUT FAIRE SECESSION AVEC LA COMMUNE DE MAMOUDZOU

Ahmed Adama est responsable associatif à Kaweni. Il nous parle de l’état actuel de son village. Interview.

Jeune de Kaweni( N.S)

Jeune de Kaweni( N.S)

No man’s land : Le lundi 25 juillet dernier, les jeunes de Kaweni sont allés fermer la Mairie de Mamoudzou. Quelles raisons qui les avaient motivés ?

Ahmed Adama : Le village de Kaweni a toujours été délaissé par la Mairie de Mamoudzou. Il n’y a d’infrastructures ni socioculturelles ni éducatives. Et le peu d’infrastructures sportives qu’il y a sont en mauvais état. Tout est vétuste à Kaweni, les habitations sont insalubres, les voiries font défaut, et celles qui existent sont remplies d’immondices. Le Maire manifeste une insouciance totale vis-à-vis de l’avenir de la jeunesse de Kaweni. Depuis une dizaine d’années, presque tous les 2 ans, nous manifestons notre hargne. Le 4 octobre 2009, nous avons signé un protocole d’accord avec la Mairie de Mamoudzou pour la construction d’une MJC. Le Maire avait promis que les travaux allaient démarrer au mois d’avril 2010. Et depuis, rien.
Et le lundi 25 juillet dernier, le Maire a repris devant nous la même litanie : « Les travaux sont en cours, mais les financements font défaut ».

No man’s land : Le village de Kaweni a envoyé une requête à l’Etat français dans laquelle il explique vouloir faire sécession avec la commune de Mamoudzou. Où en êtes-vous avec les négociations ?

Ahmed Adama : Nous avons demandé un entretien avec le Préfet Hubert Derache, justement pour lui faire part de notre intention de s’affranchir de la commune de Mamoudzou. Nous avons réceptionné, quelques jours après, un courrier de son cabinet nous conviant à aller voir le sous-préfet délégué à la cohésion sociale et à la jeunesse, M. Grégory KROMWELL. Ce dernier nous a reçus, puis nous a déconseillé l’idée de faire sécession, en évoquant des raisons historiques, politiques[ NDLR : Kaweni a une forte population originaire des autres îles de l’archipel ] et économiques [NDLR : étant donné que c’est à Kaweni où il y a la zone industrielle de Mayotte, en cas de sécession, la nouvelle commune prélèvera certaines taxes sur les entreprises, au détriment de la Mairie de Mamoudzou et de la Préfecture]

Quant à nous, nous n’allons pas baisser les bras, nous allons continuer à faire montre de diplomatie, et, épuiserons toutes les voies légales de recours pour avoir gain de cause, quitte à porter l’affaire au haut sommet de l’Etat. Kaweni est la première maternité de France, 65% de la population a moins de 20 ans, et, officiellement, nous sommes 11 562 habitants, mais officieusement, nous avons dépassé les 12 000 habitants. Dans les prochaines élections cantonales, nous souhaitons que Kaweni soit érigé en canton, parce que le découpage se fait au nombre d’habitant.

No man’s land : Vous organisez une remise de prix chaque année à Kaweni. Comment l’événement s’est-il déroulé cette année ?

Ahmed Adama : Le 16 juillet dernier a eu lieu à Kaweni la 3ème édition de la remise de prix connue sous le nom de « la Nuit des Diplômés ». Nous avons octroyé des prix à tous les jeunes kaweniens qui ont été diplômés cette année, tous niveaux confondus. Et encore une fois, il y a eu une absence totale des élus. Seul le sous-préfet délégué à la cohésion sociale et à la jeunesse, M. Grégory Kromwell, a honoré la cérémonie de sa présence. D’ailleurs, il nous a fait cette remarque : « Mais où sont passés les élus ? » avant de nous renouveler son soutien en nous promettant de faire en sorte qu’il y ait un changement dans la localité. Et nous avons confiance en lui, parce qu’il vient souvent à Kaweni pour organiser des rencontres avec les jeunes.

Actuellement, grâce à la sous-préfecture déléguée à la cohésion sociale et à la jeunesse, il y a des centres d’accueil pour les jeunes ouverts durant toutes les vacances. Et des jeunes de Kaweni ont été formés, grâce à M. Kromwell, aux métiers de la pêche. De plus, le 4 avril de cette année, un chantier école a été inauguré officiellement à Kaweni en présence de la Ministre chargée de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, et le sous-préfet, Grégory Kromwell.

La Mairie de Mamoudzou n’a rien à gagner en écartant les jeunes de Kaweni, bien au contraire : ces jeunes représentent l’avenir de Mayotte. Kaweni est le poumon économique de Mayotte puisqu’il y a ici la zone industrielle de l’île. Ces jeunes, désœuvrés et abandonnés, peuvent faire de ce lieu le cœur d’attaques violentes. Donc, pour éviter que cette population, en majorité jeune, devienne une bombe sociale, il faut, pendant qu’il est encore temps, lui donner les moyens qui permettent de prévenir une délinquance juvénile.

No man’s land : Avez-vous des solutions à proposer ?

Commerçant à Kaweni

Commerçant à Kaweni (N.S)


Ahmed Adama :
J’ai deux solutions à proposer :

– Construire des infrastructures socioculturelles, éducatives et sportives adéquates pour les jeunes.
– Régulariser tous ces jeunes venus à Mayotte depuis l’âge de 3 ans, voire moins, et qui, à l’âge de 18 ans, se retrouvent injustement sans-papiers français. Ces jeunes ne sont pas des étrangers, ils sont désormais des Français à part entier.

Un Message d’un jeune maorais à l’endroit de Maandhui Yazidou

Nos seuls risala (messages), ô Comoriens !

Nous avons voulu à travers la marche du mercredi 23 février 2011 à Mamoudzou, tirer la sonnette d’alarme, démontrer le populisme irresponsable et mensonger de la diplomatie du gouvernement Comorien, rappeler à l’Etat français ses devoirs démocratiques, pour que nos jeunes d’Anjouan, de Mohéli et de Grande Comore, ceux qui subissent la houle meurtrière et la voracité des squales, n’aient plus à mourir pour se rendre chez nous, un peu chez eux et beaucoup aux Comores, à cause d’un visa Balladur, un homme dont ignore, la naissance le lieu et le lien.

Foumbouni à la Grande-comore

Foumbouni à la Grande-comore

La France des droits de l’Homme ne peut-elle pas être celle des droits de tous les hommes, Comoriens fussent-ils ?

C’était le sens de notre Marche !
Nous ne revendiquions ni l’indépendance ni le rattachement à Moroni.

Nous exigeons que la démocratie à Mayotte soit aussi respectée par les maîtres des lieux, car nous ne sommes pas enclins aux émeutes et encore moins à la chasse à l’homme, Yazidou !

Nous sommes français de quelque manière et nous voulons que notre parcelle de France soit aussi respectueuse de la liberté, de la fraternité et de l’égalité. Une devise faite de mots, diriez-vous, vu votre réaction, mais pour certains porteurs de sens.

Comme les Comoriens obtiennent des visas pour aller à Paris, ils doivent les avoir pour venir à Mamoudzou. Point barre !
Et un Comorien comme un Tunisien, un Egyptien, un Afghan, un Irakien a le droit de sauver sa peau, si les systèmes qui leur sont proposés sont iniques, injustes et corrompus.

Nous aussi, à Mayotte, nous désertons Maore Yatrou pour les allocations de Saint Denis de -La Réunion, de Sarcelles, de Marseille et de Paris. La survie.

Nos seuls conseils viennent de la Terre. Simples, ils sont. Naturels avant d’être historiques car on sait que l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Et nos îles sont le ferment de cette langue, de cette culture, de cette religion, de cette couleur et de cet imaginaire djinnique que nous imposons au Monde, de Fomboni à Dembeni. C’est notre impondérable, notre axis mundi. L’identité comorienne.
La nationalité, l’histoire en cours ? Des billevesées qui ne doivent pas obérer notre humanité !
Nous étions donc quelques humanistes à marcher, pacifiquement et dignement.

Yazidou, nos sourates et non les épîtres ont cristallisé nos croyances, notre Etant et cimenté notre appartenance à une civilisation-même s’il y a à dire- afro musulman. Elle se situe en dehors de l’histoire coloniale, qui est pour souvent, le lieu de dispute entre ceux qui pensent le pouvoir en mains et ceux qui subissent ce pouvoir pris. Inscrite dans une telle altérité que le parchemin qui la contient peut devenir palimpseste sans teneur.

Jusqu’ici l’histoire est écrite par ceux qui diffusent ; et ceux qui lisent, lorsqu’ils ne se sentent pas bien représentés par ce qui les concerne, ils se lèvent, se soulèvent et disent, nous savons écrire, nous savons lire, nous savons dire ce qui nous concerne, mais nous observons la pudeur contrainte de n’avoir encore les outils pour choisir entre la peste coloniale et le choléra dictatorial. Et c’est ça l’histoire, telle qu’elle se fait chez nous.

A Mayotte nous sommes dans une histoire qui s’écrit comme en Martinique, en Guadeloupe et dans n’importe quelle colonie française aux heures sombres de l’humanité noire. Ici nous sommes aux temps obscurs que ces peuples ont déjà dépassés au mitan des choix discutés.
Le reste n’est que rapport de force. Nous sommes ici sans des Césaire, sans des Chamoiseau, sans des Walcott ni des Glissant. Mais avec des comme vous qui élèvent des récifs dans la mer, pour nous ramener à des Gobineau et des Ferry, civilisateurs coûte que coûte, que des mers et des océans séparent de nos cases.

Yazidou, nous sommes des colonisés ! Mais nous cheminons ensemble tout en sachant pourquoi. Que nous l’ayons choisi ou non, nous n’avons pas notre destin en mains !
Nous sommes sur la route de l’histoire sans connaître la fin d’un voyage commun.

Nous sommes des Comoriens mais nous hésitons entre la colonisation rondement matérialisée et faussement paternaliste et le caillou natif qui, aux saisons de pluie, laisse nos mômes les pieds dans la gadoue ! Nous sommes tristes à entendre, tristes à voir, tristes à nous aimer même aux confins de nous-mêmes, car nous ne dormons point sur nos deux oreilles. A cause de l’histoire qui fracasse à l’aube, les Banga en soupçon et nous réveille en sueur !

Schizophrène devant l’éternel, nos maîtres et, devant l’histoire, nous vivons dans un asile à ciel ouvert. Pourquoi ? Parce que la misère et vous l’avez dit, nous fait peur. Cette misère que l’on imagine dans les autres îles et que l’on ne sait même pas analyser, qui s’impose abrupte, à Poroani, Hajangoua et dans la creuse où je vécus, les banlieues parisiennes qu’on entend parler à Télé Mayotte ; puis vous dites nous avons choisi la liberté. La liberté est un absolu qui peut être un choix ou un contre choix. Ici nous sommes dans le non choix.

Un politicien de chez nous a assumé en disant (il est encore actif en politique), nous avons choisi la France pour avoir de l’argent. Mes collègues wazungu le pensent, la préf. le sait, le conseil général le perpétue dans sa mauvaise gestion, les hommes politiques indigènes le clament…Mais cela n’engage qu’eux et vous.

Nous n’avons pas choisi une liberté qui nous met au crible des critiques de l’autre, omnipotent même sans compétence, sans qualités, mais Mzungu, aussi moindre soit-il, détenteur des lois, missi dominici d’une superpuissance en démonstration, pour des intérêts que nous ne lui disputons même pas, mais qui pour s’imposer doit montrer ses muscles, car on ne se sait jamais…

Mais l’Histoire, la vraie, celle des Hommes est en marche….

Et lorsque Brel chante au suivant, il fustige la force des lois écrites qui embrigade des jeunes hommes dans les casernes et qui nus dans leurs serviettes, revendiquaient leurs personnalités uniques, plutôt qu’une file indienne de culs blancs et de bleues bites alignés, pour une inspection d’un colonel gueulard, symbole de l’histoire des maîtres…Une nation nommée…Et qu’il condamnait. Mouton de Panurge, Brel ? Non ! Ironie rebelle d’un homme avisé ; votre ironie du suivant est une course désespérée à contre courant de l’histoire.

Mayotte fait-elle partie de la nation française aujourd’hui comme le Sénégal, les Comores,
L’Indochine, Pondichéry, la Tunisie, la guinée, le Dahomey, il y a plus de 100 ans ? Oui ! Comme il y a belle lurette, Mayotte est une entité coloniale.
Je n’en tire aucune fierté en tant que français d’outre mer et encore moins aucune honte ; sauf que, lorsqu’au nom de la France, je deviens dépositaire de milliers de victimes innocents, des enfants, des femmes et des vieillards brûlés dans leurs cases sur leur île Comorienne, ces êtres qui ne seraient que le fruit d’un fantasme appelé Comores, Yazidou, je me demande sincèrement si vous ne seriez pas un extraterrestre comme tant d’autres à Mayotte ?

Au suivant…Entre la Tunisie, l’Egypte, la Libye, Bahreïn…. ?
Et alors… Alors, comme dit Saint John Perse, « si un homme vient à manquer à son image de vivant qu’on le tienne de force la tête face au vent »…Le vent de l’Histoire.

M .A. Bacar Kaïm