Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Interview avec Saïd Omar Oili, Président du parti NEMA

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

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Saïd Omar Oili, président du parti Nouvel Elan pour Mayotte (NEMA), est conseiller général de Dzaoudzi-Labattoir. Il a présidé, de 2004 à 2008, le Conseil Général de Mayotte. Suite à la grève générale qui a eu lieu du 20 janvier au 4 mars 2009 en France ultramarine, en particulier en Guadeloupe où elle a été amorcée par le Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), le gouvernement français à travers son secrétariat d’Etat à l’Outre-mer avait mis en place les états généraux d’outre-mer. Saïd Omar Oili a été à la tête de l’atelier local des états généraux consacré à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional. Interview.

No man’s land : Monsieur le Président, les états généraux de l’outre-mer qu’est-ce que c’est ?

Saïd Omar Oili : Les états généraux d’outre-mer ont été mis en place par le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, suite aux événements des Antilles françaises, notamment en Guadeloupe : les Ultramarins étaient descendus dans les rues pour demander que l’égalité républicaine soit réelle. Les états généraux ont été une réponse aux nombreuses difficultés que rencontrent les Français d’outre-mer. Les Ultramarins subissent la vie chère étant donné qu’ils n’ont que leur salaire pour survivre.

C’est à partir des mouvements de contestations contre la vie chère que le Président Nicolas Sarkozy a mis en place dans chaque territoire français d’outre-mer des ateliers locaux. Et moi j’avais en charge l’atelier relatif à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional.

No man’s land : Et quels sont les résultats de l’atelier que vous avez présidé ?

Saïd Omar Oili : Plusieurs réunions ont eu lieu à Mayotte. Et des propositions ont été faites. Parmi les actions à mettre en place rapidement, on peut citer :

• Le désenclavement numérique de Mayotte par le développement et la vulgarisation des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIIC). Si aujourd’hui les Mahorais se sentent complètement enclavés, c’est parce que les moyens de communication ne sont pas vraiment développés. Il y a une époque, nous arrivions à capter certaines stations de radio de la zone, notamment des stations de radio du Mozambique, de Madagascar, de Zanzibar, etc. Force est de constater que toutes ces stations de radio de la région ont disparu de nos postes.
• La création d’une zone d’activités régionale qui passera impérativement par une libre circulation des biens et des personnes et une acceptation de Mayotte par toutes les organisations régionales telles que la SADC (Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe), la COI (Commission de l’Océan Indien), le COMESA (Marché commun d’Afrique Orientale et Australe), etc. L’intégration économique régionale est indispensable car plus des pays voisins sont unis économiquement plus ils sont forts.
• L’entrepreneur mahorais qui aimerait investir à Madagascar ou aux Comores indépendantes veut être assuré par les autorités des ces pays-là que son investissement sera en sûreté. Ça doit être aussi le cas à Mayotte, l’Etat français doit procéder à une politique d’ouverture, c’est-à-dire permettre aux investisseurs de la région de venir investir à Mayotte en assouplissant le visa d’entrée.

Malheureusement, force est de constater que la montagne a accouché d’une souris. On nous a occupés pendant plusieurs mois à faire des propositions qui sont restées jusqu’à ce jour lettre morte. La coopération régionale est bloquée parce qu’il y a tellement de politique politicienne …On reproche souvent aux élus Mahorais de ne jamais faire de propositions de projets, et quand ils font des propositions, l’Etat n’accorde pas de suivi.

No man’s land : Mayotte a participé aux derniers jeux des Îles de la COI en tant que membre à part entière. D’a près vous est-ce une avancée dans ce combat que vous êtes en train de mener pour intégrer Mayotte dans son environnement régional ?

Saïd Omar Oili : Le sport peut être le vecteur principal dans la compréhension et la connaissance de nos jeunes de cette région et c’est une bonne chose.
Donc pour la coopération régionale je dirais que c’est un bon début.
Que Mayotte participe en tant que telle c’est bien.

No man’s land : Il se dit que c’est grâce à l’accord de l’Etat comorien que la convention régissant la COI a été bravée et permis alors à la France de présenter deux délégations à savoir une délégation mahoraise et une délégation réunionnaise. Est-ce exact ?

Saïd Omar Oili : Je ne suis pas au courant.

No man’s land : Monsieur le Président, si vous nous parliez de la coopération régionale entre Mayotte et les Comores indépendantes …

Saïd Omar Oili : On a mis en place le GTHN (Groupe de Travail de Haut Niveau) pour que les gens discutent de la coopération régionale. Malheureusement, force est de constater que les discussions sont au point mort. Au point mort puisque les gens ne se parlent plus et sont en train de se regarder en chiens de faïence. Et moi je trouve cela dommage. Aberrant. Parce qu’il faut vraiment réactiver les discussions pour que nous puissions trouver des solutions pérennes aux difficultés de la région.

Considérons que nous appartenons à une famille où un des frères a épousé la France. Bien sûr tant qu’on ne respectera pas les choix des uns et des autres, il y aura toujours des blocages. Donc il faudrait dépasser ces blocages et apporter des solutions à nos populations qui souffrent. Il ne faut pas croire qu’il n’y a qu’à la Grande-comore, à Anjouan et à Mohéli où les gens sont endeuillés quand il y a des naufrages de kwassa-kwassa. Nous aussi nous avons de la famille là-bas et sommes endeuillés quand il y a des morts. Il ne faut pas se voiler la face. Donc jusqu’à quand allons-nous continuer à se regarder en chiens de faïence et laisser nos populations souffrir ? Il faut s’asseoir enfin autour d’une même table et ensemble trouver enfin des solutions pérennes à nos difficultés. Moi personnellement je ne crois pas à un développement dans l’archipel sans une stabilité de nos relations.

La Chine intervient énormément aux Comores indépendantes. Les pays du Golfe, dont le Qatar, les Emirats Arabes Unis… aident énormément les Comores indépendantes. Je crois que les Comores n’ont pas besoin de l’aval de la France pour aller coopérer avec la Chine et les pays du Golfe. Mayotte non plus. Au nom d’une économie mondiale, Mayotte et les Comores indépendantes doivent fédérer les énergies, doivent monter des projets communs, des projets fédérateurs pour qu’ensemble nous puissions bénéficier de cette coopération avec la Chine et les pays du Moyen-Orient. Il faut ouvrir aussi Mayotte à cette coopération, parce que Mayotte aussi est dans une pauvreté incroyable. Il ne faut pas se mentir.

La réalité de la guerre froide n’existe plus. Le temps d’un monde bipolaire est révolu. Maintenant, nous sommes dans la globalisation, dans la mondialisation. Et Mayotte fait partie de cette globalisation, de cette mondialisation. Mayotte ne peut pas vivre à jamais en vase clos. Mayotte ne peut pas ignorer la région. Mayotte ne peut pas continuer à ignorer ce qui se passe chez ses voisins. C’est ensemble que nous pourrions trouver des solutions. En essayant de nous balkaniser, en s’enfermant aux autres, nous allons finir étouffés.

Il faut trouver des solutions pour qu’enfin nous atténuions cette méfiance entre nous. Parfois je me demande d’où vient cette méfiance, cette suspicion dans la mesure où nous avons la même culture, la même religion, les mêmes origines. Cette peur de l’autre en conscience ne doit pas exister. Bien au contraire.

Mayotte doit aussi bénéficier des retombées économiques des pays qui investissent aux Comores. Néanmoins, il faut d’abord que ces investissements arrivent à stabiliser les populations comoriennes aux Comores. On peut citer l’exemple du quotidien AlBald Mayotte (filiale du Groupe international Awi Company). C’est grâce aux Comores indépendantes, que le journal a pu s’implanter à Mayotte. A vrai dire, l’investissement se trouve aux Comores et à Mayotte les gens bénéficient de cet investissement qui est à l’origine de la création de nombreux emplois. Et c’est dans ce sens qu’il faut y aller. Il faut que les investissements soient profitables à toutes les îles de l’archipel voire de la région.

Sur le plan touristique, il serait mieux que toutes les îles de l’archipel des Comores créent un centre d’accueil commun de touristes. Pour que le touriste qui vient visiter Mayotte ou les Comores indépendantes ait la chance de découvrir toutes les faunes et les flores de tout l’archipel. A la Grande-comore, il y a le Karthala qui est le plus grand cratère du monde, à Anjouan il y a les arbres fruitiers, à Mohéli il y a les belles plages, à Mayotte il y le lagon. Et pour ce qui est de l’agriculture, il faut créer un marché commun pour que chaque île puisse importer et exporter des produits dans la région.

On peut aussi échanger le savoir-faire (know-how). Là-bas aux Comores indépendantes, il y a des gens qui sont bien formés sur le plan professionnel. A Mayotte peut-être avons-nous aussi des gens qui ont de l’expérience. Alors pourquoi ne pas échanger le savoir-faire. Et assurément ça nous coûterait moins cher puisque nous ferons dans ce sens des économies d’échelle. Pourquoi au lieu d’aller chercher un expert en France, ne pas demander les services d’un expert comorien qui connaît la réalité locale. Pour promouvoir le développement de Mayotte et des Comores indépendantes, il faut faire une vraie coopération régionale. C’est un faux problème le fait de dire que c’est à cause des autres que nous n’arrivons pas à avancer. A force de stigmatiser l’autre, nous oublions d’apporter des solutions à nos problèmes. C’est seulement ensemble que nous pourrons apporter des solutions pérennes à la région.

JEAN MARTIN : Hobereau de la République ou vieux gaga ?

Lundi 24 janvier 2011, 18h, la salle de cinéma de Mamoudzou est comble -pour une fois, il faut le souligner !-, en vedette américaine, Jean Martin, historien, spécialiste de la colonisation française, est « l’expert » choisi par les Naturalistes pour venir éclairer de ses lumières la grande question qui hante tous les résidents de Mayotte, à savoir : « Pourquoi Mayotte est-elle restée Française ? »

Darissama à la Grande-comore

Darissalama à la Grande-comore

Pourquoi ce choix des Naturalistes d’abord ?

Il faut savoir que Mr Jean Martin est l’auteur de « Histoire de Mayotte département français », un livre sorti juste après la visite du Président Sarkozy et qui essaie tant bien que mal de donner –d’inventer?- une légitimité historique à la départementalisation de Mayotte (un « livre de commande » comme l’a souligné un intervenant pendant la conférence). En outre, il est à noter que l’ancien Vice-Recteur, Mr Cirioni avait lui aussi fait appel à cet « expert » pour la préface de « Raconte-moi l’histoire », le livre d’histoire destiné aux écoles de Mayotte (préface où la mise en avant par l’auteur du concept des trois races –blanches, noires et jaunes !- avait choqué plus d’un lecteur habitué à des conceptions un peu plus « modernes » de l’histoire…). Bref, les Naturalistes ont choisi le seul historien français assez partisan –pour ne pas dire plus…- pour vouloir bien se mouiller sur cette sombre affaire qui établit en 75 une frontière là où il n’y en avait jamais eu…

Alors, maintenant, que dire de cette conférence tant attendue ?

Personnellement, j’y étais allé avec son livre sous le bras, non pas pour me le faire dédicacer, mais parce que j’y avais relevé des inexactitudes ou des non-dits très tendancieux, voir franchement fallacieux. Or, nous avons assisté à une conférence aux propos plus mesurés que ceux de son livre, preuve que l’expert savait qu’il serait attendu au tournant par d’autres spécialistes de l’histoire locale et qu’il est moins facile de faire passer des idées partisanes au sein d’une conférence publique que dans un livre tiré à peu d’exemplaires chez une obscure maison d’édition…

Quelques amoureux de l’histoire régionale s’étaient effectivement déplacés et on a pu assister à un débat riche et contradictoire et non pas, comme l’a dit la journaliste de Kwesi-fm le lendemain à la radio, à un débat houleux mené par des partisans d’une Mayotte comorienne. Je tiens à vous dire, Madame la journaliste, qu’il y a une différence notable entre partisans d’une Mayotte comorienne et intellectuels seulement soucieux d’une vérité historique objective.

Alors, finalement, quel genre d’histoire Mr Jean Martin nous a-t-il conté ? L’éternelle histoire du pot de fer contre le pot de terre… Pour Mr Martin, il est évident que « l’histoire avec un grand H ne retient que l’histoire des vainqueurs ». Pas un mot sur les « serrez la main », pas un mot sur le lobbying de l’extrême droite française et des nostalgiques de l’Empire français, pas un mot sur la perte –pour la République- de la baie de Diego-Suarez en 73… Par contre, ces diables d’  « anjouanais qui s’accaparaient la terre des Mahorais » n’ont pas été oubliés par l’historien, comme quoi, quand on tient un bon bouc émissaire, il ne faut pas le lâcher… Pour le reste, le vieil historien a botté en touche pour toutes les questions dérangeantes qui lui étaient posées.

Alors, que retirer de tout ça finalement ?

Que ce vieux monsieur, comme certains journalistes, est aux ordres de la pensée dominante ? Ce n’est guère un scoop. Par contre, il faut souligner la lourde responsabilité  de laisser traîner de tels livres auprès d’une jeunesse mahoraise seulement soucieuse de connaître son histoire et son identité et qui ne dispose pas d’autres références bibliographiques. Car s’ils doivent croire Mr Martin, ils sont les descendants d’une civilisation indonésienne voire polynésienne -allez, on n’est pas à quelques milliers de km près !-, alors que « Makoua » -l’ancêtre africain- est devenu une insulte… Pas même une allusion à « l’homme de Bagamoyo », plus vieux reste humain retrouvé à Mayotte, daté de 800 ap. J.C. et qui, selon ses dents taillées en pointe, est de toute évidence un Makonde, ethnie vivant au nord du Mozambique qui a la particularité de se tailler les dents. C’est un peu comme si un historien écrivait un livre sur l’histoire de France en oubliant de mentionner l’homme de Tautavel ! Révisionnisme historique ? Oui, nous sommes tout simplement là dans le conditionnement anodin de la mémoire collective de tout un peuple. Et il est grand temps que les historiens mahoro-comoriens se réapproprient leur histoire commune avant que leurs enfants se mettent à réciter « nos ancêtres les Gaulois ».

Car, n’en déplaise à Mr Martin, Mayotte est bien une ancienne colonie (il essaie de démontrer le contraire dès la première page de son livre en disant que « Mayotte a la particularité de n’être pas une vieille colonie »), tout comme les trois autres îles d’ailleurs et que la seule différence qui les oppose est que Mayotte a été achetée alors que les trois autres ont été conquises par la force du canon et la diplomatie de la poudre. Que s’est-il passé ensuite ? En métropole ou ailleurs, on pourrait parler de lobbying, mais ici, on parle juste de familles et de la fameuse « démocratie de l’enveloppe »…

DHARMA –Mkhubwa makoua-

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