Sania de Sadani Tsindami

« La parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration »

SANIA est un livre qui vient à point nommé : à l’heure où des peuples de toute part se soulèvent contre des pouvoirs dictatoriaux. SANIA est une poésie de la révolte, de l’insoumission. Dans ce recueil de poèmes écrit avec une verve hors du commun, le poète Sadani Tsindami, au moyen de vers subversifs, s’est obstiné à ériger au fil des pages un Tour de Babel poétique. Ainsi espère-t-il commettre le déicide ultime : tordre le cou au silence qui hante les Comores depuis des millénaires. A travers un entretien qu’il a accepté de nous accorder, le poète Sadani Tsindami aborde cette poétique et cet imaginaire qui rendent atypique son œuvre et que lui seul connaît le secret.

SANIA de Sadani Tsindami

SANIA de Sadani Tsindami

No Man’s Land : Qui êtes-vous en fait, Sadani ?

Sadani : Je ne suis pas Sadani, justement, « je est un autre »…pour simplifier votre question, en chaque individu, il y a un corps et un esprit. Je comprends que votre question est directement liée à l’état civil, seulement, le poète n’a pas d’identité visible ou ne doit pas en avoir, dès lors qu’il a choisi de la refuser, cette identité. Je suis un esprit sensible qui décrit une réalité palpable au sein d’un peuple. Je suis Comorien, c’est tout…


No Man’s Land : Certains affirment que vous vous cachez, pour ne pas assumer vos prises de position publiques, souvent très dures et emportées….

Sadani : Ils ne me verraient pas si je me cachais, ils ne me connaîtraient pas ou ils ne sauraient jamais qui je suis. Croyez-vous vraiment que le fait de dire que je ne suis pas celui qui écrit, soit un jeu de cache-cache ? Beaucoup de gens savent qui est Sadani, mais pour eux, et je crois qu’ils ont raison, l’essentiel ne se situe pas à une curiosité sans effet. C’est ce qui se trouve sous la plume qui justifie la personne réelle. Vous, vous connaissez mon état civil, ma vie familiale, mes lieux communs et tout le reste…Est-ce pour autant que je ne suis pas Sadani ? Il faut éviter cette question confuse. Puis, je ne suis pas « anonyme » puisque je suis Sadani, un « pseudonyme ».

No Man’s Land : Vous êtes connu pour avoir un moment animé avec vos mots et vos histoires sur les réseaux sociaux (Bangwe), développé une approche d’écriture (qui connut un certain succès) pourriez-vous nous parler un peu de votre poétique ?

Sadani : C’est un regard porté sur les fondements de l’imaginaire comorien dans sa relation aux autres imaginaires. Je crois que Glissant appelle cela, sans prétention de ma part, « poétique de la relation ».Ce que nous sommes, ce que nous avons hérité de l’histoire et ce qui doit entrer dans le mouvement de la renaissance en opposition à une certaine dégénérescence que l’on constate dans le pays Comores. Il n y a rien de particulièrement nouveau dans cette démarche, qui est défendue avec beaucoup de talent par les poéticiens antillais, Chamoiseau et Confiant, par exemple, dans « Eloge de la créolité »… Il y a une certaine radicalité chez ces derniers, mais en fait, entre les « nègritudistes », Glissant et les chantres de la créolité, demeure une continuité revendicative, englobant l’Esthétique comme le politique, à des degrés variables. J’essaie de lier l’utile à l’agréable dans ce que vous appelez, la poétique.

Dans le choix des thèmes, l’écriture est la manière de valoriser mes idées, je me réfère à ce silence obsessionnel d’une appartenance mystique à une réalité opprimée. Le fait d’avoir voulu nous faire croire que Dieu est blanc….Ce qui limiterait toute tentative d’affranchissement de notre part….Vous voyez ce que je veux dire…


No Man’s Land : Comment dans des textes, ce silence obsessionnel, s’exprime-t-il ?

Sadani : Par une fureur instinctive, orale, publique et sans concession. La spontanéité du geste d’écrire est dictée par un instinct qui tire sa raison d’une appartenance à un lieu, une histoire et le désir de dire. Ma poésie est ainsi faite, enrichie par des lectures qui ont colporté cet instinct jusqu’à découvrir qu’en mes îles méconnues, ce frisson de l’impératif de dire avait déjà soulevé les grands hommes, que j’ai cités, des poètes îliens d’origine, ayant raconté l’être dans son universalité la plus incontestable…L’écrit cristallise une reconnaissance intellectuelle, tout simplement. Il affirme et défend l’idée selon laquelle, la parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration. Contrairement à l’adage du silence qui serait d’or- silence peut-être sur un matelas en diamant-, au réveil, à un certain âge, on se rend compte que dans un pays aussi spécial que l’archipel, sous la coupe de pas mal de vérités contestables qui convergent en tous points vers l’oppression sociale, on ne peut pas défendre un art qui tourne le dos à la misère multiforme de la majorité. Je tente d’exprimer cette sensibilité car « le beau n’est pas dégradé pour avoir servi la multitude », disait Victor Hugo. C’est dans ce sens que l’art, la poésie en particulier, se doit d’être engagée. La forme adoptée doit obéir à une certaine beauté et il n y a pas plus beau que le regard d’une vie à travers le prisme matriciel.

No Man’s Land : En est-il ainsi de Sania ?

Sadani : Oui, bien sûr aussi bien dans le fond que dans la forme. Sania peut paraître comme une imitation de l’exacerbation romantique, telle que les Ronsard avec Hélène, Aragon avec Elsa, l’ont chanté…Mais si je vous disais que dans Sania, il y a une volonté de défendre la liberté de choisir sa vie, son homme, sa femme, et que l’on retombe dans une dialectique politique absolue, qui est celle de la révolte. Sania est une révolte. La révolte est consubstantielle à la liberté. Le contexte mercenarial dans « Sania » est un prétexte politico-littéraire, bien sûr. Et bien que tout cela soit ancré dans une vérité testimoniale. Le fond est cette douloureuse obsession d’une femme. La forme est certes moins virulente, mais je l’ai voulue immédiate, des coups de flash, si je puis le dire, correspondants à mes sentiments du moment.

No Man’s Land : Il est vrai que dans la forme de vos écrits connus, vous mélangez les langues et dans Sania, ce n’est pas trop présent…Y a-t-il une raison à ça ?

Sadani : Il y a une raison simple qui est que Sania est un dialogue entre deux personnes. Chacun dispose de son propre registre de langue et ne se doit en aucun cas d’imposer une vision différente de l’histoire commune. Je ne m’approprie pas cette démarche (développé dans un long article, repris dans la revue project-îles, de juillet 2011), car Sania n’est pas supposée adopter ma propre vision littéraire. Si vous voulez, Sania est une parenthèse formelle dans mon approche de l’oralité scripturale. Je compte ajouter aussi le fait que la littérature est une affaire personnelle…

No Man’s Land : Alors, pourquoi, avoir souhaité que l’on écrive d’une manière que vous n’utilisez pas dans votre premier texte vraiment public ?
Sadani : Parce que je vous le dis, Sania, est une identité parmi une somme d’autres. Je me suis adapté à la personne, par le caractère intime, solitaire et unique de la thématique sentimentale.
A d‘autres occasions, dans mon prochain ouvrage (qui est prêt), je me suis fait plaisir à cultiver cette théorie de la poésie qui ose dire son Non, car le point de vue adopté offre un large panorama qui rend favorable la tentative multilingue (je ne suis pas polyglotte, pour un sou).

No Man’s Land : Merci Sadani et au plaisir de pouvoir reparler de cette poésie de l’irrévérence, car on se pose encore beaucoup de questions sur ce concept littéraire.

Sadani : A la prochaine et merci .

Titre du livre : SANIA
Auteur : SADANI Tsindami
Genre : Poésie
Editions : Cœlacanthes
Date de Parution : 12/10/2011

en finir avec bob/ source : editions-harmattan.fr

En finir avec Bob (Denard) : Revendication d’un parricide / de Sadani Tsindami

C’est une musique que l’on aimerait entendre souvent. Une musique au rythme des mots qui nous parlent, parce qu’ils nous concernent et traduisent cet air violent et triste des histoires confisquées. Loin des aubades viriles des assassins de l’aube, des orgues de Staline crépitant dans les imaginaires de peur, un instant de pur plaisir, comme une sonate au crépuscule précède une bonne nuit aux côtés de nos amours.

en finir avec bob/ source : editions-harmattan.fr

en finir avec bob/ source : editions-harmattan.fr

Il s’agit de donner la mort et pas n’importe quelle mort, une mort qui délivre et qui rend fiers.

Un livre, un Chien, une histoire et un pays.

Il en est de ce que j’entends louer, « en finir avec Bob », opus du poète, nouvelliste et romancier Comorien, Nassuf Djaïlani, natif de Chiconi, Mayotte, œuvrant dans la droite ligne des Serrez-la-main, ces illustres aînés qui ont combattu le double péché insulaire, le reniement et le séparatisme.

En finir avec Bob

L’entreprise de l’auteur ?

« Se réapproprier ….l’histoire [comorienne]… fouiller… interroger, pour reconstituer des trajectoires rompues ». Et il a réussi en ce sens que sa dernière livraison littéraire pose et dispose de notre Histoire récente avec un H majuscule.

Un jeune homme de 25 ans, a nourri et réussi le projet d’assassiner un autre homme.

La belle entreprise !

Cet autre homme l’est-il vraiment ? Qu’est-ce un homme, finalement ?

Il a décidé de faire passer à trépas, Bob Denard, le mercenaire beau frère de certains d’entre vous, qui a assassiné deux chefs d’état de chez nous et qui reste un mythe pour des esprits égarés. Il a réussi. Et de quelle manière dis donc !

Il l’a dépecé comme on prépare un saurien, une tortue dans le clair obscur. Pour un festin de pauvre.

Il fallait qu’un jour un Comorien talentueux, ose cette sortie. Et Dieu que cela fait plaisir !
Plaisir de lire ces instantanés visuels, plaisir de sentir la colère émergeant suivi d’actes définitifs : Tuer un mercenaire qui a tué tant d’Africains. Tant de Comoriens, même si c’est une fiction. Mais la fiction, n’imite t-elle pas le réel ?

Plaisir d’outre-tombe

Ahamada C., jeune Comorien, mort, fusillé sûrement, se définit et définit l’acte cathartique d’avoir tué le père. Ce père, c’est Bob Denard. Par forts détails, il énumère comment, son couteau s’est planté dans les viscères du mercenaire, jusqu’à la mort de ce dernier. Avec la satisfaction d’une mission accomplie entre dérision et cynisme, tout cela devant un tribunal ….

Après avoir tué Bob, Ahamada C. a été occis lui aussi. Mais avant, il a subi un texte, un texte colonial, une loi écrite par les vainqueurs, au tribunal de Moroni.

Ici le loufoque se dispute à la bêtise du président du tribunal. Dans ses frusques comiques, dépassé par l’avènement d’un monde en gestation, le juge ne comprend pas comment, un jeune Comorien a pu tuer, cette honorable personne, Monsieur Mustwafa Mhadjou et exige tout le respect dû à Bob Denard, dans le langage emporté d’Ahamada C., évoquant minutieusement la mort du Chien. Evidemment, Ahamada C. a copieusement « pissé dans la raie » de Bob, devant monsieur le président du tribunal.

Pour Ahamada C. cet individu est un « grand salaud », point barre. Et il a fait œuvre utile en lui faisant dégouliner le sang par la moindre aspérité de ses pores, à ce porc !

Ahamada C. dans sa tombe, ne fait pas que se remuer, il se remémore et nous rappelle qui est sa victime, -est et non pas était- car, Bob Denard est de ces spectres obsessionnels que l’Histoire comorien ne retient qu’au présent, tellement ses péchés- L’enfer aura ses restes minables- ont marqué nos années de jeunesse et hante encore et toujours nos vies.

Le discours est direct dans « En finir avec Bob ». Point de chichis. Les chiens ne le méritent pas. Point de concessions, les mercenaires devraient être voués à ce genre de mort. Point de regrets. Un révolutionnaire sait toujours ce qui l’attend. Une mort expéditive dans un pays aux lois des autres.

Au tribunal, Ahamada C. explique au juge, le sens de son acte : Un acte de contrition. Un rachat de et pour son peuple, à l’instar de ce garde qui devait le pendre et qui s’y refusa, estimant que quiconque aura donné la mort à tel individu, revêt les habits de l’héroïsme .On l’aura compris toute la démarche procède non pas de l’analyse mais de la catharsis.

Plus tard, La mère d’Ahamada , reprend symboliquement le combat de l’espoir, en plantant des mots dans un jardin imaginaire : Des mots au sens de liberté, de justice, de dignité. Pour garder le souvenir digne d’un fils digne d’être son fruit.

Malheureusement, de ces efforts, la mère ne reçoit pas non plus de réponse et désolée et attristée, retombe dans la morosité et le désespoir caractéristiques, cette sorte de fatum, qui fait naître des figues de barbarie à la place de roses souhaitées : « C’est pathétique, mais le génie de ce pays réside dans notre capacité à poser les bonnes questions et d’être éternellement résolus à apporter les mauvaises réponses »…Paroles d’une mère !

Dieu omniprésent, en son sein, Ahamada C., lui a permis de dire le mot de la fin, de sa tombe : « Fouiller, fouiller toujours….dans une quête désespéré du sens »…

Ce sens, c’est le sens comorien, la réhabilitation de notre étant focalisé autour de notre propre identité et de notre approche par rapport au monde. En terme littéraire puisque EN FINIR AVEC BOB est une fiction socialisée et historiquement testimoniale, Nassuf pose la véritable question de l’affranchissement et de la dignité de l’homme, quel qu’en soit le prix.

La mort d’Ahamada Combo- avec le symbole obsédant du nom de Combo- connu pour être le fils de Bob Denard, est un clin d’œil, pour signifier comme dit le SAINT Coran « Faman Ya’an mala Mithkala Dharati haïran ya ra’u » . Comme le Christ a porté sur ses épaules, les péchés de son peuple, nous accordons au Combo fictif de « En finir avec Bob », la rémission des nôtres.

Il nous a débarrassés de nos cauchemars, du honni Bob Denard !

Personnellement, j’ai trouvé le ton juste, l’écriture limpide, la compréhension immédiate et le sens interrogateur. Le livre est parsemé de symboles identificateurs. 6 juillet 1975. 5, place de l’indépendance. Protocole du don de parole. Tsi unika ‘om drongo… Le Coran. Les bœufs que l’on mène à l’abattoir …

J’ai aimé. De sorte que dans ce little bled où je vis, en Comores traditionnelles, j’ai tout fait pour rencontrer l’auteur. Il était là, entre un Trembo (moi) et un coca (lui). Nous avons devisé, ri un peu (notre condition ne permet pas la connivence avec le malheur).

Nassuf, Chapeau !

Lisez « En finir avec Bob », on pourra en parler finalement, ensemble, comme au beau vieux temps de l’exil.

Sadani Tsindami

Œuvres de Nassuf Djailani :

Théâtre :

En finir avec Bob- L’Harmattan, 2011
La vertu des Ombres-Inédit, 2006 ( monté par le théâtre Djumbé)
Les balbutiements d’une louve- inédit
Sur le pic du hurlement- inédit
Cette schizophrénie que nous avons en partage-inédit

Poésie :

Le songe d’une probable renaissance- Komedit, 2010
Roucoulement (variations poétique)-Komedit, 2006
Spirales. Editions les Belles Pages ()Marseille, 2004 (épuisé)

Roman :

Comorian vertigo- inédit
Lorsque j’étais une espérance (à paraître)
Cette morsure lente et insidieuse (à paraître)

A l’ombre des badamiers

 Avant que Facebook soit ouvert à tous, les internautes comoriens dont la plupart vivent en France  se donnaient rendez-vous sur des forums (sic) de Yahoo.fr tels que Habari ou Bangwe Comores et Karibangwe pour converser sur des sujets sociétaux. Sadani Tsindami, ancien membre de ces réseaux sociaux, nous parle de ces ancêtres de Facebook et Twitter.  

Qasuda à Moroni

No man’s land : Comment avez-vous connu la liste d’échange d’information et de discussion Habari Bangwe-Comores?  

Sadani Tsindami : Le Bangwe, comment je l’ai connu ? En cherchant des infos sur le net, je suis tombé sur un lien proposé par un compatriote ; c’était en 1999, à une époque où mes relations avec la communauté comorienne s’étaient fortement distendues.

 No man’s land : Et quels étaient les thèmes de discussions à l’époque ?

 Sadani Tsindami : J’ai commencé par participer mollement aux débats dont les thèmes fusaient dans tous les sens, sans organisation : le Bangwe (place publique villageoise) à la comorienne. Il y avait à l’époque des interventions de qualité, orientées politiquement contre les putschistes qui venaient de s’approprier les rênes de l’Etat : c’était Azali Assoumani. J’ai pris part à la curée, puisque c’était l’homme à noyer dans la salive, sans savoir exactement ce qui s’y passait. Il faut dire que j’avais cessé de jouer au football avec la naissance des enfants. Il fallait que je trouve un autre terrain de jeu… Celui-là me convenait, était facile, moi caché derrière un écran et massacrant les bits et autres octets, sans coup férir.

Puis un jour, ô sublime autre hasard, j’ai découvert la rubrique littérature de ce Bangwe Habari Comores : les écrits compilés, surtout les textes poétiques, des extraits dont généralement on en retient le meilleur m’avaient énervés. Par contre, la bibliographie assez exhaustive sur les Comores m’a poussé à choisir quelques textes, puis à en parler autour de moi, en asseyant de déceler quelque chose, un frisson véritablement littéraire. Je ne le rencontrai pas. Du coup, j’ai remis le couvert sur le Bangwe et faisais la critique de quelques uns, dans un sens assez provocateur. La réaction ne s’est pas fait attendre : je me suis fait admonester sans dégâts. Dans cette arène, j’étais le toréador avec mon chiffon rouge et Dieu sait que des cornes ne se furent-elles pas acérées. On m’accusa de tout. On vérola mon ordinateur. On parla de ma famille alors que j’ai toujours écrit sous pseudo …

No man’s land : Quels impacts les forums ont eu  sur la société comorienne ?

 Sadani Tsindami : Bangwe Habari Comores, Karibangwe, m’ont sorti d’une sorte d’exil involontaire, travaillant dans le massif central et vivant de le Sud-ouest. Premier intérêt et non des moindres ; puis les joutes pluriformes ont quelquefois influencé parait-il des comportements « républicains » au bled. Personnellement, j’ai été surpris de lire mes opinions dans des journaux à Moroni. Le débat sur le Anda (grand mariage à Ngazidja), si je ne me trompe a été assez riche, foisonnant d’éclairage et a observé une certaine constance dans la durée et dans l’émergence des arguments des uns et des autres. Ces débats ont été constructifs dans l’émergence d’une nouvelle citoyenneté cybernétique : la reconnaissance des maux du pays que d’aucuns ne voulaient en entendre parler, soi-disant que chaque pays avaient ses tares et les nôtres devaient rester cachées. Puis il y eut le débat sur la littérature comorienne où des auteurs de talent comme Salim Hatubou avaient pris part, ce qui a mobilisé pas mal d’intervention, somme toute honorables et a permis la sortie de quelques textes d’excellence. Bien sûr il vit apparaitre aussi des bavardages d’un ennui à vouloir massacrer leurs auteurs, poètes à rimes doigtées, asthmatiques et éjaculateurs précoces sur des parchemins innocents. Je ne citerai pas de noms, mais bon, on ne canalise pas l’imaginaire avec des panneaux de signalisation comme on n’invente rien si dans la tête, il n’y a que de la flotte. Les poètes, écrivains opportunistes, atteints d’ hydrocéphalie  ont fini par avoir la grosse tête : je les ai mouchés avec «  Pour une poésie qui n’ose pas dire son Non » et j’ai retiré mon pied de l’arène. Et il paraît que les Bangwe virtuel sont moribonds, de toute façon, je vis dans un bled sans électricité et je n’ai plus d’ordinateur. Mon Bangwe a cessé d’être virtuel, il est désormais sous l’ombre des badamiers.