Wenka renga

KAWENI enfin dans la république ?

Wenka renga

Pour qu’il y ait éducation, il faut qu’il y ait en présence une génération d’adultes et une génération de jeunes, et une action exercée par les premiers sur les seconds. Il nous reste à définir la nature de cette action.

Emile Durkheim

Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons

Victor Hugo

 

Kawéni c’est avant tout deux mondes diamétralement opposés : une zone industrielle et un bourg aux allures de township. Réputé zone sensible et considéré comme étant le plus important bastion de sans-papiers français, les paniers à salade s’y rendent de tout temps. Reclus, discrédités, muselés se croient par le fait les jeunes de Kawéni. Ceux-là mêmes qui composent à eux seuls le 1/3 de la jeunesse mahoraise. Par ailleurs, Mayotte a le pourcentage de jeunes le plus élevé de tous les territoires français puisque 56% de sa population totale a moins de 20 ans. Cependant, derrière cette image négative que d’aucuns donnent  de Kawéni se cache une jeunesse forte et décente qui tente par tous les moyens de relever la tête.  Invitation à une plongée vertigineuse dans les arènes du bourg le plus complexe de Mayotte.

Manga-télé. 8h30. Housnou, 22 ans, et un groupe d’amis sont assis sous l’arbre à palabres. Housnou nous explique : « J’ai bien conscience que nombreux sont les gens à Mayotte qui n’aiment pas Kawéni. D’ailleurs, on est partout étiquetés délinquants ». « Même à l’école, on est mal vu. Par conséquent, on est renvoyé très tôt de l’école. Les professeurs n’ont que faire de la légalité, ils cherchent toujours la petite bête pour nous mettre à la porte. Les plus lésés sont ceux qui ont des parents qui sont en situation irrégulière. Comme ils espèrent régulariser leur situation grâce aux études, à leurs diplômes, et étant donné qu’une fois inscrit à un établissement scolaire on est inexpulsable, les professeurs font tout pour qu’ils deviennent des proies pour les gendarmes. » rajoute Saïd, âgé de 16 ans.

Au sénat, à l’entrée de Kawéni, Bolka, 19 ans, cheveux tressés, habillé comme une star de rap américaine, fait le pied de grue. Il raconte sous l’emprise de la frustration : « Quand on est jeune, renvoyé de l’école à 16 ans, et tout le temps en manque de liquidité, on n’a pas d’autre choix que voler. Tel est le système. » « Moi j’ai un CAP. Et j’ai cherché du travail sur le marché de l’emploi. En vain. Du coup, chaque après-midi, je me rends, comme beaucoup de jeunes de mon âge, sur le parking devant la SNIE de Kawéni où je noie mon chagrin dans l’alcool et me sers de la drogue comme exutoire. Et le soir venu je vais dévaliser les industries, les magasins et les maisons de tous ceux qui ont fait de ma vie un enfer. » conclut Bolka.

Sidi Nadjaydine est un enfant du pays. Il est fonctionnaire de la Direction de la Jeunesse et Sport du Conseil général. Et d’après lui «  les jeunes de Kawéni sont désœuvrés puisqu’ils n’ont ni plateau sportif ni Maison de la Jeunesse et de la Culture en tant que tels.  Le seul plateau sportif disponible à Kawéni est trop petit pour accueillir tous les jeunes du village. Il y a un temps, on a voulu faire une extension du plateau mais le terrain pour construire a fait défaut. En plus, bien que Kawéni accueille toutes les industries de Mayotte, il se trouve que le village enregistre un taux de chômage des plus importants. Et c’est inadmissible. Nos jeunes ont assez souffert de ce supplice de Tantale. Et si parfois, un des nôtres commet une déviance, casse une voiture ou cambriole une maison, c’est pour tout simplement dire qu’il en a marre de faire du lèche-vitrine. Êtes-vous au courant que dès qu’un CV est marqué Kawéni, il est directement mis de côté. Effectivement la mauvaise image qui nous colle à la peau  ne joue pas en notre faveur. » « Cette image erronée qu’on donne de Kawéni prend ses origines à l’époque où les habitants de Mamoudzou avaient leurs champs à Kawéni aux lieux-dits Majimbini, Kafeni, Pvilipvilini. En fait, quand les habitants de Mamoudzou se rendaient à leurs champs, les enfants de Kawéni, comme font tous les enfants du monde d’ailleurs, les taquinaient. Mais au jour d’aujourd’hui ces temps-là sont révolus. Autres temps, autres mœurs. Nos enfants se sont assagis. Néanmoins, ces mauvais souvenirs restent gravés dans les subconscients des habitants de Mamoudzou.  Aujourd’hui par contre comme il y a trop d’étrangers en situation irrégulière à Kawéni, à chaque descente des gendarmes, des enfants se retrouvent sans parents, sans repères. Donc pour survivre, ces jeunes sont obligés de se regrouper en bande et devenir en fin de compte des délinquants. » nous a appris Djamal, agent de la Mairie de Mamoudzou.

Pour relever l’image de Kawéni, une association s’est créée il y a deux ans.  L’association porte le nom de Wenka Culture. «  L’association Wenka Culture organise une remise de prix chaque année. Baptisé « La Nuit des Diplômés », nous remettons au cours de cet événement des cadeaux et des attestations de réussite à tous les jeunes fraîchement diplômés de Kawéni. Et nous avons remarqué que l’événement a un impact très positif sur les jeunes et leurs parents. Puisque ces deux dernières années, à chaque examen organisé sur le territoire, les pourcentages des jeunes diplômés de Kawéni surpassent ceux de tous les autres villages. Dommage qu’à chaque fois qu’on invite l’équipe de la radio et télévision Mayotte 1ère à venir couvrir l’événement elle ne vient jamais. Par contre, dès qu’il y a une bagarre, une grève, elle est la  première à être sur place ». nous a confié Ali Amassi alias Sakho, secrétaire de ladite association. En effet, les jeunes de Kawéni ont compris le mécanisme de l’effet Pygmalion visant à influencer l’évolution d’un élève ou d’une personne en émettant une hypothèse positive sur son devenir ( scolaire) .

Toutefois, depuis quelques temps, les gémissements de la jeunesse de Kawéni commencent à être entendus par les autorités françaises. No man’s land a pu prendre contact avec le sous-préfet délégué à la cohésion sociale et à la jeunesse M. Grégory KROMWELL : « En allant visiter Kawéni, nous nous sommes rendus compte qu’il y en a déjà une MJC, mais elle est complètement abandonnée. Elle est devenue un dépôt d’ordures. L’ État va  réhabiliter la MJC par l’intermédiaire d’un chantier école. C’est-à-dire nous allons remettre le bâtiment en état en collaboration avec les jeunes de Kawéni. Ce sont les jeunes eux-mêmes qui vont dire ce qu’ils veulent faire du bâtiment. Parce qu’il ne suffit pas d’avoir un bâtiment, une MJC, il faut surtout une vie culturelle autour ».

Et les autorités françaises ne comptent pas s’arrêter à une réhabilitation de la MJC de Kawéni. Elles ont à vrai dire fait d’une pierre deux coups après leur visite dans le village. Elles ont fait intégrer Kawéni sur la liste des secteurs pilotes d’où interviendra sous peu de temps les PEL. « Les PEL, c’est un dispositif d’accompagnement des communes pour les aider à construire une vraie politique de la jeunesse. Le projet se base sur ce qui existe déjà et associe tous les intervenants éducatifs ou sociaux. En particulier, nous associerons la parole des jeunes. Ce seront les jeunes eux-mêmes qui expliqueront ce qu’ils veulent vraiment. Dans la ville de Mamoudzou, nous avons ciblé un certains nombre de quartiers. Et nous avons fait intégrer Kawéni dans la liste  puisque c’est un quartier démuni et qui a toujours été délaissé. Pourtant c’est à Kawéni où se trouve une population de jeunes très importante. » a conclu M. Grégory KROMWELL.

Yssouf Rosette est chargée de mission au projet PEL. Elle nous explique : « Les PEL s’adressent aux jeunes de 0 à 28 ans des secteurs ci-nommés : M’gombani, Passamainty, Kavani et Kaweni. Et grâce aux PEL chaque problématique aura une réponse. Parce qu’avec des activités scolaires et extrascolaires, les PEL répondront à des besoins réels, notamment l’insertion professionnelle, la lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme, la prise en charge des enfants isolés, la prévention de la délinquance, l’éducation à l’environnement et à la citoyenneté, etc. En somme, les PEL (Politiques Educatives Locales) auront pour mission de mieux coordonner sur le plan territorial l’ensemble des actions et interventions éducatives en faveur de l’enfance et de la jeunesse. »

Il est à noter qu’il n’y a que la moitié des élèves scolarisés à Mayotte qui atteint la 6e et ce n’est que 16 % des bacheliers qui parviennent en 2ème année à l’Université. Et après s’être entretenus avec certains intellectuels mahorais, nous sommes arrivés à la conclusion suivante : l’école d’expression française à Mayotte est inadaptée aux situations et aux besoins réels des Mahorais. Puisque elle ne prend pas en compte la réalité socio-économique de l’île  ni ne prend racine dans ce qui forme l’identité culturelle et traditionnelle des Mahorais. En effet, la rapidité des changements socio-économiques actuels, les progrès précipités en matière d’infrastructures  et de technologies font perdre les repères socioculturels à de nombreux jeunes dont certains se retrouvent soit à la rue en devenant des inadaptés sociaux soit en prison.

Par ailleurs,  l’école doit viser sur le long terme. Elle doit essentiellement insérer l’élève dans son milieu naturel. Tout en l’aidant  à faire face aux défis de son temps, elle doit aussi toujours lui permettre d’être à jour à chaque transformation de sa société. De Socrate à Freinet en passant par Rousseau, l’éducation a toujours été perçue comme une sorte d’outil au service de la survie.  Cela dit, l’éducation doit assurer les meilleures chances à chacun de nous. Elle doit déclencher en chacun de nous les principes de la démarche scientifique, le besoin permanent d’une recherche constante et un esprit critique face au monde qui nous entoure. En somme, l’école moderne doit permettre à chaque membre des  différents groupes ethnolinguistiques de Mayotte et du reste de l’archipel des Comores d’influer sur son propre destin en suscitant chez lui des initiatives et des créations, individuelles et communautaires. Mais tout cela ne peut se faire sans une valorisation de la langue maternelle. Puisque c’est grâce à la langue de la mère, des premiers mots, des premières appellations, des premières réflexions,  des premières émotions que l’enfant développe ses capacités cognitives.

Notre équipe tient à rappeler qu’il est temps que les vrais acteurs de l’éducation des jeunes à Mayotte soient identifiés. Et une honnête identification ne peut se faire sans une comparaison entre éducation et instruction. Les jeunes mahorais, du moins ceux d’antan, ont toujours eu, avant de fréquenter l’école d’expression française, l’éducation de leurs parents et de leur maître du Coran. Dès le plus jeune âge, ces éducateurs traditionnels éduquaient les enfants à discerner le bien et le mal, à avoir du respect pour les grandes personnes et avoir des attitudes de tolérance, de justice et de solidarité.

Enfin, notre équipe a remarqué qu’à Kawéni, les enfants dont les parents arrivent à concilier traditions et modernités, éducation et instruction, s’en sortent facilement à l’école et s’épanouissent pleinement dans la vie, étant donné que ces parents  encadrent et soutiennent des enfants qui les écoutent et les respectent. Ce qui n’est pas effectivement le cas pour bon nombre de parents de Kawéni qui  croient que scolariser un enfant suffit ; que l’école du muzungu,  l’Européen, peut tout faire. En somme, il existe à Kawéni comme dans le reste des villages de Mayotte un conflit intergénérationnel aigu qui fait que parents et enfants ne communiquent plus. Beaucoup de jeunes sous-estimant et rejetant leurs parents qui sont pour la plupart pauvres, non francophones et analphabètes, et qui deviennent malgré eux des inadaptés sociaux.

F Dharma Eldorado 3

Wikileaks, venez nous sauver !!!!

Hacker

De nouveaux câbles diplomatiques mis en ligne sur le site consacré aux fuites d’information Wikileaks dévoilent au grand jour qu’Omar Bongo a, de son vivant bien sûr, détourné des fonds en faveur de partis politiques français. En vérité, cette nouvelle, secret de polichinelle par surcroît, a  laissé indifférents de nombreux comoriens. Pour une seule et unique raison : Les Comoriens ont toujours attendu de pieds ferme que cet « organe de renseignements le plus puissant au monde », comme aime à le vanter son fondateur, le cyberactiviste Julian Assange, leur dévoile enfin ce qui se cache derrière le tandem composés du président des Comores Sambi, qui est aussi connu sous les noms Père noël, Docteur Jekyll ou Mr Hyde et de l’homme d’affaire franco-syrien Bashar Kiwan.

Il y a quelques jours, un employé du quotidien Al-Balad Mayotte nous a mis dans le secret : « A ce qu’il paraît les renseignements généraux français se demandent d’où provient le fonds de fonctionnement du journal. Et ils ont même ouvert une enquête sur nous. D’ailleurs, parfois même, je me mets à douter du journal. Surtout quand nos salaires peinent à tomber à chaque fin de mois. Un de mes collègues m’a d’ailleurs appris que nos salaires sont versés de Moroni. Et c’est la raison pour laquelle ils arrivent toujours en retard.»

Et depuis notre équipe ne pense qu’en toucher deux mots aux hackers de Wikileaks. Elle ne pense qu’à la diffusion salvatrice de câbles diplomatiques mettant en cause le tandem docteur Jekyll-alias-Sambi-Bashar Kiwan. Que les hackers de Wikileaks jettent un œil sur les SMS et les courriels du maudit tandem et  disent aux Comoriens où sont passés les 200 millions de dollars de la vente de la citoyenneté économique à 4000 familles bédouines qui jusqu’à maintenant n’ont jamais foulé le sol comorien.  Toujours est-il que Bashar Kiwan s’est vu attribuer par Sambi alias Mr Hyde, en juin 2009, 175 millions de dollars, prélevés sur le fonds de la vente des passeports comoriens [oui en guise  de citoyenneté économique  plutôt utiliser le mot passeports comoriens parce qu’il paraît que  la société belge SEMLEX qui est à l’origine des passeports biométriques aux Comores a aussi été complice de cette transaction mafieuse].

En fait, les bédouins sont des apatrides  qui vivent aux Koweït. Et pour pouvoir voyager ou demander la nationalité koweitienne, il leur faut impérativement des papiers d’identités . En effet l’acquisition d’une quelconque titre d’identité est  naturellement impossible vu le fait que les bédouins n’ont pas de patrie. Autrement dit , l’achat de la citoyenneté comorienne leur a permis enfin de concrétiser leurs projets.

Beaucoup de Comoriens s’impatientent de savoir à quoi a servi la liasse de billets verts. Puisqu’aucun document officiel ne l’atteste jusqu’à ce jour. A part les rumeurs que le journal Al-Balad Mayotte fonctionne avec le fonds de la vente de la citoyenneté économique, personne ne sait ce que le tandem a fait de la liasse de billets verts. A part les rumeurs que bientôt Bashar Kiwan va créer une chaîne de télévision et une station de radio privées à Mayotte, personne ne sait ce que le tandem a fait de la liasse de billets verts. Ce qui est sûr, c’est que le 16 juillet 2008, Sambi a fait un communiqué au cours duquel il implique l’Emir du Koweït dans la transaction douteuse. Et quelque temps après, l’Emir du Koweït, par l’intermédiaire de son ambassadeur aux Comores avec résidence en Egypte, a fait un démenti formel à toute implication dans la transaction.

En 2009, Bashar Kiwan a été arrêté à Dubaï pour une affaire l’opposant au richissime Talal Alkhoury.  En fait, voilà la petite histoire. Talal Alkhoury avait investi 34 millions de dollars dans le projet d’une mise en place aux Comores d’une deuxième société de téléphonie mobile. Et l’Etat comorien, au nom de Mr Hyde, s’était associé à ce projet en délivrant gratuitement une licence d’exploitation à Bashar. Mais comme le projet ne voyait jamais le jour, Bashar avait vendu la licence d’exploitation à un autre opérateur de téléphonie mobile, le richissime Talal a porté plainte contre Bashar. Et certains disent que c’est grâce à l’intervention du Père Noël que Bashar a été relaxé par les autorités émérites.

Vraiment nous espérons que Wikileaks fasse la lumière sur ces affaires.

Julien Assange est né le 3 juillet en Australie. Il est le créateur de Wikileaks. Et après les révélations des télégrammes de la diplomatie américaine au mois de novembre dernier sur son site, il est accusé d’avoir eu des relations sexuelles consentantes mais sans préservatif avec une jeune femme suédoise. Il vient de révéler au monde entier que la prochaine guerre mondiale sera sans l’ombre d’un doute électronique : une cyberguerre.

 

Saïd AHAMADI

Entretien avec Saïd AHAMADI dit RAOS, président du Parti Social Mahorais

« Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite » RAOS

Ancien maire de la commune de Koungou, historien de profession, Saïd AHAMADI dit RAOS préside le Parti Social Mahorais (PSM). Quinquagénaire, père d’un enfant, cet ancien maire est, d’après un sondage IPSOS, l’homme politique le mieux écouté de la population mahoraise et a été classé par ce même sondage 2ème personnalité politique le plus appréciée des jeunes de Mayotte. Véritable Robin des bois moderne,  RAOS ne fait pas de la politique pour épater la galerie. C’est vraiment par pur esprit de générosité qu’il s’est lancé dans le combat politique. La preuve, c’est avec honnêteté et franchise qu’il a répondu à nos questions. Interview.

Saïd AHAMADI

No man’s land : Monsieur RAOS, parlez-nous de votre entrée en politique ?

RAOS : Je me suis engagé dans la politiqueà Mayotte car la plupartdes Mahorais connaissent une souffrance sociale. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’emploi bien rémunéré. Les adultes femmes ne bénéficient pas d’allocations familiales au même niveau que leurs compatriotes des autres DOM et de l’hexagone. Il n’y a pas d’Assedic à Mayotte pour aider les personnes qui ont perdu leur travail. Il n’y pas de revenu minimum d’insertion (RMI) pour les actifs de plus de 26 ans qui n’arrivent pas à avoir du travail. Les enfants ne sont pas valorisés parce qu’ils n’ont pas de cantines scolaires. Beaucoup de Mahorais ont des difficultés administratives parce que l’école publique a été négligée par le ministère de l’éducation nationale depuis la présence de la France à Mayotte qui remonte à 1843. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont poussé à m’engager dans la vie politique après avoir œuvré depuis des années dans le milieu associatif, en particulier dans l’association ENFANTS DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE que j’ai créée en 1996 pour venir en aide à tous les habitants de Mayotte qui rencontrent des difficultés administratives à obtenir des papiers d’identité.

No man’s land : Un petit mot sur cette association, monsieur RAOS…

RAOS : Cette association aidait les habitants qui sont nés à Anjouan, Mohéli, Grande-Comore, Madagascar et qui se sont installés à Mayotte avant l’indépendance des Comores en 1975. Parce que ces derniers sont Français dès lors qu’ils le réclament. Depuis 1946 ces îles ci-dessus citées formaient le territoire français d’outre-mer des Comores. L’association n’est pas dissoute, elle existe encore. Seulement le temps me fait défaut. A partir de 1998, j’ai commencé à militer à Mayotte dans la formation socialiste pour mieux aider ces populations démunies car ne parlant pas correctement français et par conséquent ignorant leurs droits.

No man’s land : Résumez-nous en une phrase les visées de votre parti le PSM.

 

RAOS : Le Parti Social Mahorais vise à l’égalité républicaine à Mayotte. C’est pour qu’il n’y ait plus de français de seconde zone à Mayotte que j’ai créé mon parti.

No man’s land : D’après des chiffres officiels, à Mayotte il y a plus de 60% d’analphabètes en français.

 

RAOS : Ce n’est pas vrai. C’est une utopie. 65% des Mahorais ont moins de 25ans. Déjà la population de Mayotte est une population scolarisée depuis 1985. La scolarisation depuis cette année-là est obligatoire. Par contre dire que 50% de plus de 50 ans ne parlent pas français, ça je peux l’accepter.

No man’s land : Au jour d’aujourd’hui on dénombre beaucoup de jeunes déscolarisés à Mayotte.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas déscolarisés. Ces sont les enfants d’étrangers qui le sont. Comme ils n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas s’inscrire à la Mission locale ni faire des formations en alternance. Les Mahorais eux peuvent faire des études jusqu’en 3ème. Mais au-delà de la 3ème, beaucoup ont des difficultés d’orientation pour cause de manque de structure scolaire.  Les établissements pour accueillir les élèves font défaut. Soit ces jeunes se retrouvent dans la rue sans qualifications soit selon les possibilités des familles, ils partent à la Réunion ou en France.

No mans’ land : Monsieur RAOS, appelons un chat un chat. D’après vous la plupart des jeunes Mahorais se retrouvent après la 3ème déscolarisés…

 

RAOS : Non pas la plupart. Beaucoup vont au lycée. Néanmoins c’est malheureux qu’un élève ne puisse pas avoir d’orientation par manque de structure. Mais tout cela c’est la responsabilité du ministère de l’éducation nationale.

No man’s land : Vous vous intéressez beaucoup à la société comorienne. Autrement dit, pourquoi accordiez-vous beaucoup d’intérêt à la société comorienne ?

 

RAOS : Je ne connaissais pas la société comorienne avant 2001. Je n’avais jamais mis les pieds aux Comores indépendantes avant 2001. C’est après avoir été élu maire de Koungou et confronté à un problème d’investissement que je me suis mis à m’intéresser à la société comorienne. J’ai investi parallèlement beaucoup d’énergie et d’argent pour connaître les voisins. Parmi les élus de Mayotte, je suis le seul qui ai pu œuvrer dans la compréhension des voisins comoriens qui sont pour beaucoup des frères, des cousins et des sœurs.

No man’s land : Vous venez d’évoquer un problème d’investissement. C’était quoi exactement ?

 

RAOS : En 2001, j’avais un projet de construction d’un lycée technique dans la commune de Koungou, au lieu-dit Mgombani entre Kangani et Longoni pour justement faire en sorte que les jeunes mahorais soient qualifiés dans le domaine technique. A Mayotte, les lycées techniques il y en a mais peu. Les élèves ne connaissent alors que l’enseignement théorique, les études longues. Pourtant la formation technique est importante pour développer Mayotte. Il faut vraiment former des cadres spécialisés dans le domaine technique. Le lycée devait être construit dans la zone industrielle de Longoni. Mais le Directeur de l’Equipement de l’époque était hostile au projet. Alors que le terrain existait pour accueillir le projet. Les services de l’Etat comme la direction de l’Equipement avaient une autre visée sur le terrain. Comme il y avait une entreprise de gaz dans la zone, le Directeur de l’Equipment m’a dit qu’il n’était pas possible d’y construire un établissement scolaire. Et il m’avait donné l’exemple de l’accident du ZEDF à Toulouse. Le propriétaire de l’entreprise de gaz était originaire de la Grande-Comore et était aussi propriétaire de l’entreprise Gaz-Com basée à Moroni. C’est dans ce sens que je me suis rendu à Moroni pour discuter avec ce responsable. Et j’ai constaté que le Directeur de l’Equipement avait bluffé. C’était une unité de production de gaz médical non pas de gaz combustible. Une suspicion s’est installée entre moi et quelques services de l’Etat qui avait voulu mentir à un élu de la République. J’ai donc pris mes distances avec les services de l’équipement … A la fin le projet n’a pas eu lieu

No man’s land : Ce n’est un secret pour personne. Mayotte est une île, elle ne peut vivre en autarcie. Elle a besoin d’ouverture. Et elle peut recevoir chaque année tout l’or des réserves d’or français, elle ne saurait s’en sortir sans une coopération avec les pays limitrophes. Vous, monsieur RAOS, lorsque vous étiez maire qu’avez-vous fait dans le domaine de la coopération régionale ?

 

RAOS : J’avais envisagé d’aider la commune de Mutsamudu à Anjouan parce que je trouvais le maire monsieur M’Baldé très actif. Je voulais lui céder des camions réformés de la commune de Koungou parce que son institution était prête à réparer les camions afin que le ramassage des ordures soit fait dans la commune. Et nous avions entrepris des démarches auprès de l’ambassade de France à Moroni et auprès du ministère de la coopération à Anjouan, mais le projet a été torpillé. Par qui ? Je ne sais pas.

J’avais aussi entrepris des projets de jumelage en vue d’entreprendre une formation des agents de la commune de Mutsamudu par des cadres municipaux mahorais.

En 2007, j’appliquais juste le contenu des accords du 27 janvier 2000, signés à Paris par tous les partis politiques de Mayotte représentés au Conseil général à l’exception du Mouvement Départemental Mahorais (MDM). Cet accord stipulait que l’insertion de Mayotte dans son environnement régional est une priorité.

J’ai aussi mené un travail auprès de l’ambassade de France à Moroni dans le domaine de l’état-civil au niveau de la lutte contre la fraude de papiers d’état-civil. On a été bien reçu par les agents de l’ambassade. Et plein d’actions et facilitations de régularisations ont été obtenues pour des ressortissants comoriens à Mayotte. C’est dans ce sens que je suis devenu l’élu de la coopération régionale.

No man’s land : Au début du mois, monsieur Saïd Omar Oili, ancien Président du Conseil général de Mayotte, a saisi le ministère des affaires sociales françaises quant au problème des enfants des rues à Mayotte. Des enfants dont les parents sont soit morts dans un naufrage en voulant rentrer clandestinement à Mayotte soit expulsés de l’île faute de papiers français.

 

RAOS : Saïd Omar Oili n’a pas été le premier à évoquer cette question. Le travail que j’ai fait durant tout mon mandat a été de sensibiliser les services étatiques et les autorités locales sur ce problème lié au visa Balladur. Je suis indigné de voir qu’aujourd’hui dans un pays comme la France, on observe sur le territoire de Mayotte des proches de non-droit. Et le fait que Saïd Omar Oili saisisse le ministère des affaires sociales est une bonne chose. Il faut que le ministère des affaires sociales à travers la DASS aide ces enfants à avoir des familles d’accueil et à accéder à l’éducation scolaire. Il ne faut pas oublier qu’à Mayotte l’école est obligatoire de 6 ans à 16 ans. Il ne faut surtout pas que ces enfants constituent des bombes à retardement dans les années à venir. L’Etat français a signé la Charte internationale des Droits des Enfants. Et dans cette charte chaque enfant a droit à un nom, à un prénom, à une famille, à une éducation, à la santé quelque soit l’origine sociale, éthnique, raciale ou religieuse de l’enfant. Dans mon livre intitulé « Mayotte j’écris ton nom », je dis clairement à la page 291 que « certains enfants, dont les parents ont été expulsés par les garants des « droits de l’homme », errent malheureusement dans les rues de Mayotte comme Cosette à l’époque de Victor Hugo en métropole. Cette situation inhumaine de ces « enfants clochards » est le résultat d’un travail administratif pensé et réalisé aveuglement par des fonctionnaires armés qui ne pensent qu’à leur carrière. »

No man’s land : Mais récemment à la télévision, le Préfet de Mayotte, représentant du gouvernement français sur le territoire, a affirmé que chaque année, de l’argent destiné à aider ces enfants en difficulté est donné au Conseil général de Mayotte.

RAOS : J’ai donné mon ouvrage au préfet en mars 2010. Bien avant l’intervention de Saïd Omar Oili. Juste pour rectifier que je suis à l’origine de ce travail. Et entre ce que dit et fait le préfet, il y a deux mondes. Moi ce que je veux c’est des actes. Les enfants errent toujours et aucune solution n’a été trouvée. Et quand il parle du Conseil général, il faut savoir que cette institution est endettée. Le Parti Social Mahorais est scandalisé par cette situation qui montre la faiblesse de l’Etat et du Conseil général dans leurs missions respectives dans la protection des personnes les plus démunies.

No man’s land : Partout en France, les gens descendent dans les rues, se mobilisent contre la réforme des retraites. A Mayotte, personne ne parle de la réforme, comme si elle n’intéressait pas les Mahorais.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite. L’espérance de vie à Mayotte est maximum de 60 ans. Le Mahorais qui est confronté à maints problèmes sociaux qui écourtent sa vie souhaite une amélioration de la vie d’aujourd’hui, non pas d’une mobilisation contre une réforme qu’il ne maîtrise pas du tout. Le pacte sarkozyste de la départementalisation annonce l’égalité sociale en 2020-2035.

No man’s land : Beaucoup de Mahorais partent à la Réunion ou en France où ils espèrent avoir une vie meilleure et subvenir aux besoins de leur famille restée sur l’île…

 

RAOS : Chaque Mahorais a envie de rester à Mayotte. J’ai créé mon parti dans le seul but de pousser les Mahorais à rester à Mayotte. Le Mahorais est considéré comme l’égal du Métropolitain une fois arrivé dans l’hexagone. Là-bas, il recouvre ses droits sociaux. J’ai bien conscience que c’est une politique soumise de l’Etat français d’exiler les Mahorais en métropole et à la Réunion. Si l’aide sociale était à l’identique à Mayotte, aucun Mahorais ne quitterait l’île. Les Mahorais revendiquent l’égalité républicaine. Par ailleurs, ce n’est pas 30 000 personnes qui vont bénéficier des aides sociales qui feront en sorte que le gouvernement français soit en faillite. Parce qu’encore une fois, selon le pacte sarkozyste de la départementalisation, il faut attendre 2025 pour que l’égalité sociale arrive à Mayotte.

A vrai dire, on ne peut pas dire que ceux qui sont partis soutiennent financièrement ceux qui sont restés à Mayotte. C’est un préjugé qu’il faut détruire. Tu ne peux pas faire des économies en France. Le seuil de pauvreté en France est à 900 euros. Et la plupart des Mahorais vivent sur le seuil de pauvreté là-bas. Dans une société de consommation comme la France, comment arrivera-t-on à vivre avec 900 euros par mois. Pour être honnête, ceux qui sont partis survivent et ceux qui sont restés survivent aussi. La différence c’est que ceux qui sont partis sont loin de leur terre, de leur famille, des regards des gens, donc ils vivent bien la chose. Et à vrai dire cette émigration fait qu’il n’y a pas de développement social à Mayotte.

Vous êtes-vous rendu compte qu’on parle aujourd’hui à Mayotte de surendettement. Les plupart des Mahorais sont endettés. Ici aussi on n’est pas épargné par la société de consommation, le téléphone portable, les voitures … Et s’il n’y avait pas la solidarité mahoraise, beaucoup de Mahorais seraient à la rue. A Mayotte, les salaires ne sont pas conformes à la réalité seule de l’île. Et les centres de distribution de l’île pratiquent des prix qui ne sont pas calculés selon le niveau de vie des Mahorais. Ce qui fait que beaucoup de Mahorais sont insolvables.  Les prix ne sont pas à  la portée du pouvoir d’achat du Mahorais, seuls les fonctionnaires expatriés arrivent à s’en sortir dans cette situation puisqu’ils perçoivent des primes. Toutefois, si ces fonctionnaires sont Français, les primes qu’ils perçoivent ne sont pas justifiées.  Parce que normalement les primes sont octroyées à des fonctionnaires travaillant sur un territoire étranger à la France. Donc le mot expatrié n’a pas de sens à Mayotte. Parce que Mayotte fait partie de la patrie française. Donc ces fonctionnaires ne sont expatriés à Mayotte.

No man’s land : On vient d’annoncer à la radio, que vous vous porterez candidat aux prochaines élections cantonales . Est-ce exact ?

 

RAOS : Je suis Mahorais. Je vis au jour le jour. Je ne peux pas parler de l’avenir. Et si je suis candidat, cela ne veut pas dire que je serai élu. Je trouve qu’il est très tôt pour moi de présenter mon programme. Toutefois, je n’ai pas de projet particulier. Sinon peut-être celui de faire en sorte que Mayotte ait l’égalité sociale. D’ailleurs le jour où Mayotte aura l’égalité sociale, mon parti n’aura plus de raison d’être.

Pêcheurs comoriens ( Crédit photo : Said Mchangama)

Madi Saïd ou le quotidien d’un pêcheur comorien

Pendant que maints pays de l’Océan Indien (les Seychelles, Maurice, Madagascar) font fortune grâce à leurs industries thonières, aux Comores le secteur pêche reste le dernier des soucis de l’Etat. Les  pêcheurs  comoriens, bien que, contre vents et marées, triment comme des damnés pour fournir du poisson à l’ensemble des ménages de l’archipel, aucune considération, même pas la moindre- être secouru en cas d’égarement en mer- n’est portée à leurs égards. Aujourd’hui, à bout, et surtout, pour qu’il y ait du changement, ils ont accepté de nous ouvrir les portes de leur vie. Des vies que seuls la misère, le mensonge et le désespoir se côtoient à la fierté de pêcheur.

Pêcheur comorien / crédit photo M. Saïd Mchangama

Pêcheur comorien / crédit photo M. Saïd Mchangama

Madi Saïd, la quarantaine et père de quatre enfants, quitte sa maison, sise Météo, dès les premiers versets du Coran qui annoncent l’appel à la prière de l’aube. Arrivé à Chezani, pas loin de l’hôtel Le Moroni, en contrebas de la Direction Générale de la Pêche, il va d’abord chercher sa pagaie qu’il avait enfouie sous un tas d’herbes, pour ensuite pousser avec force sa pirogue pour rejoindre la mer.

Après avoir passé huit heures d’entre les vagues, il nous rejoint sur la rive. Ereinté. « Vous voyez, seul un pêcheur peut rester à jeun plus longtemps », nous lance-t-il. Et quand on lui demande de nous montrer sa prise, il nous dit « Je peux être fier, parce que, parfois, je rentre bredouille. Je suis sûr d’apporter 10.000 fc (20 euros) à ma femme aujourd’hui ».

Depuis trente ans qu’il pêche, il n’a jamais eu une quelconque aide venant de l’Etat, bien qu’il laisse sa pirogue dans la cour du ministère de la pêche. Dans la plupart du temps il a du mal à subvenir aux besoins de sa famille. Il peut aller pendant trois semaines à la mer sans pouvoir pêcher des poissons d’une valeur de 5000 fc (10 euros). Toutefois les pêcheurs qui sillonnent les côtes de Chezani, et qui sont au nombre de dix, se sont réunis en une association. Ils se cotisent et s’entraident à chaque fois qu’un des leurs à des problèmes.

Il voudrait bien, Madi Saïd, s’acheter une vedette motorisée parce que la pêche sur les côtes n’est plus rentable. « Les gens qui utilisent les filets font qu’il n’y ait plus de poissons sur les côtes. Ils pêchent les petits poissons, alors que les gros poissons viennent surtout au littoral  pour assouvir leur faim. Et comme il n’y a plus de petits poissons, les gros restent au large, où seules les vedettes motorisées ont accès » dit-il.

Et quand on lui pose la question « aviez-vous déjà parlé de cela au ministère ? », sa réponse est la suivante : « c’est l’Etat qui est à la source de tous ces problèmes. On s’est rendu plusieurs fois au ministère pour leur parler des ces gens qui utilisent des filets et détruisent l’environnement. Jamais il n’a réagi. Des gens se sont tués tout près du port à cause de ce problème de filet. On n’a rien fait. Maintenant, seuls les pêcheurs, à l’instar de ceux d’Iconi et Itsandra protègent leurs côtes. »

D’ailleurs, pendant notre entretien avec Madi Saïd, en ce lieu qui se trouve quasiment dans la cour de la Direction Générale de la Pêche, une femme et sont fils extraient du sable destiné à la vente, et six hommes pêchaient avec un filet. Après qu’on lui ait prodigué le conseil d’intégrer le Syndicat National pour le Développement de la  pêche aux Comores, ils nous a répondu : « Le syndicat ne défend que les intérêts de ceux qui font la pêche artisanale. D’ailleurs un jour un des nôtres s’était égaré en mer. On a sollicité leur aide et puis celle de l’Etat. Aucun d’eux n’a voulu nous aider. Il a fallu secourir notre ami en affrétant une vedette. »

Mais très pressé d’aller vendre ses poissons, Madi Saïd nous dit : « Revenez si vous voulez encore me voir à la fin de la journée. Puisque je retourne en mer à 17 heures pour revenir à 4 heures du matin. »

Que disent le ministère et le syndicat ?

A la Direction Nationale de la Pêche, on a pu s’entretenir avec le Directeur national adjoint, M. Youssouf Ali Mohamed. Selon lui, « grâce au ministère de la pêche, le syndicat des pêcheurs est devenu une institution à part entière. Le ministère a mis à la disposition des pêcheurs des chambres froides, des poissonneries, des fabriques de glaces, des vedettes et des matériaux informatiques. Elle assure leur sécurité en mer et leur facilite les crédits dans les banques et microfinances [Sanduk, Meck, AMIE]. De temps en temps, elle fait des suivis et des évaluations par rapport à leurs activités et leurs productions ».

Propos démenti par les membres du Syndicat. Ali Mroimana, conseiller technique du président régional, et Chaoil Ali Abdallah, nous ont confié : « Déjà pour avoir les trois poissonneries construites dans les trois îles, il a fallu qu’on se batte. Le ministère n’a jamais accepté qu’elle ait reçu une enveloppe de 80 millions d’euros du Fed. C’est quand on est parti au siège de l’Union Européenne, saisi les responsables, que le ministère a bien voulu débourser la somme. On a d’abord mené une rude bataille. A part un bateau en mauvais état et deux camions frigorifiques, on n’a rien reçu d’eux. Quant aux crédits, les banques et les microfinances exigent des cautionnaires. Le ministère n’a jamais accepté d’être cautionnaire. Les intérêts de ces instituions sont tellement élevés que beaucoup d’entre nous n’ont jamais pu s’acquitter de leur dettes et ont perdu leurs vedettes, des maisons et  des terres. D’ailleurs, on croyait que Sambi allait faire appel à nous quand il a reçu les deux bateaux de pêches de l’Iran. En effet, depuis que Mohamed Halifa n’est plus à la Direction Nationale de la Pêche, on ne sait vraiment rien de ce qui se passe au ministère. »

Dans le monde de la pêche comorienne, les gros poissons mangent les petits, pendant qu’au sein de l’Etat, on  navigue en pleine schizophrénie. « Toutes les recettes perçues par l’Etat servent à payer les fonctionnaires de l’administration. C’est vraiment une absurdité. Il est l’heure d’inverser la tendance ; il faut que l’Etat soit au service de tous les citoyens », exige Mr Assoumani Saandi, Ministre de la Fonction publique de l’île autonome de Ngazidja. Enfin,  en matière de  « gouvernance » et « bonne gouvernance », de réduction de la pauvreté, l’Union des Comores a encore beaucoup de chemin à parcourir