« Personne n’ignore qu’entre Anjouan et Mayotte, il y a un bras de mer qui est devenu un cimetière »

Question : Depuis la réouverture du consulat de France à Anjouan, au début du mois de janvier dernier, le taux d’obtention de visas s’élève à 98 %. Ce chiffre explique-t-il une ouverture des frontières ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Et qu’est-ce qui a vraiment motivé cette décision ?

Fréderic de Souza : Anjouan a connu par le passé une période un peu mouvementée. Nous étions obligés de fermer le consulat. Aujourd’hui, la stabilité est revenue. Dans le souci de pérenniser les rapports, de conserver les bonnes relations entre la France et les Comores, notre premier acte était d’ouvrir le consulat, qui répond à une véritable demande de la part des Anjouanais. Les Anjouanais devaient aller à Moroni où ils passaient des mois pour un visa. Imaginez les dépenses qu’ils étaient amenés à faire. La réouverture du consulat est un signe plus qu’amical. Il y a aussi une question humanitaire essentielle. Personne n’ignore qu’entre Anjouan et Mayotte, il y a un bras de mer qui est devenu un cimetière. Des gens qui cherchent à entrer à Mayotte à bord de kwassa y périssent. Et pire, il y a des gens qui profitent de ces traversées sans issue. Nous voulons juste permettre aux gens d’aller à Mayotte légalement. D’ailleurs quand on allait ouvrir le consulat on s’attendait juste à 3 à 6 personnes par jour. Et quand je vois ces 90 à 100 personnes qui se présentent tous les jours au consulat pour demander un visa, pour moi c’est un grand contentement.

Frédéric de Souza, consul de France à Anjouan, de janvier 2009 à mai 2010.

Frédéric de Souza, consul de France à Anjouan de janvier 2009 à mai 2010.

Question : Certains estiment que la réouverture du consulat et le taux élevé d’obtention de visas  sont deux mesures pour éviter qu’il ait une rupture du dialogue entre les Comores et la France au lendemain du référendum du 29 mars à Mayotte.

F.S. : Rien à voir. Le référendum est dans l’emploi du temps depuis très longtemps. C’est dans un esprit de bonne volonté qu’on a ouvert le consulat. Je ne me mettrais pas à faire tout ce que je fais si on devait fermer. D’ailleurs la réouverture du consulat représente une somme très importante qui s’élève à plus de 100 millions de francs comoriens.

Question : Quels critères tenez-vous compte pour donner suite favorable ou défavorable à une demande de visa ?

F.S. : Il faut bien comprendre que le consulat à Anjouan n’applique pas la réglementation en vigueur pour le visa. Avant mon arrivée, le demandeur devait présenter une quarantaine de documents. Il devait justifier son état civil et sa fonction. On a réduit la liste de 40 à 3 documents indispensables. Et parmi ces trois documents, la base du dossier est l’attestation d’accueil. Et nous donnons suite défavorable à une demande de visa si les documents présentés ne sont pas authentiques ; ou si, par simple déclaration, le demandeur nous a fait comprendre que son intention n’était pas de revenir.
J’essaie d’établir une relation de confiance. Je demande aux demandeurs de visa qui partent à Mayotte soit pour un mariage, soit pour des affaires, soit pour rendre visite à la famille, de revenir à la fin de leur visa. Et de bien respecter ce contrat moral. Et s’ils n’honorent pas leur engagement, ils seront recherchés et retrouvés par la PAF (Police aux Frontières). Et la confiance est rompue.

Question : Peu d’Anjouanais à Mayotte ont la nationalité française. Et ceux qui n’ont pas des parents, des proches, qui peuvent les héberger, que doivent-ils faire pour se rendre à Mayotte ?

F.S. : En fait, ce qui prouve qu’on n’a pas l’intention de fermer le consulat c’est qu’on cherche par tous les moyens d’influencer les gens à venir faire des demandes de visa. Les gens de Nyumakélé surtout. Puisqu’ils sont nombreux à partir à Mayotte à bord de kwassa et croient qu’ils ne peuvent pas fournir les documents requis. Mon cheval de bataille c’est d’influencer les gens. Je me déplace dans le Nyumakélé de temps en temps, pour voir les mairies et pour leur expliquer comment les gens doivent faire pour avoir un visa. Dans le souci d’influencer le plus de candidats possible ? Je suis même allé à la RTA (Radio télévision Anjouan) et j’ai accordé une interview à des journalistes de l’ORTC.
En ce qui concerne la question de la nationalité, permettez-moi de vous dire que ce ne sont que des rumeurs. On n’est pas obligé d’avoir la nationalité française pour héberger quelqu’un. Dès que la personne est légale et responsable, il peut le faire. Parce que si la personne hébergée ne revient pas, celui qui a établi l’attestation d’accueil peut être inquiété et sanctionné par la préfecture à Mayotte.

Question : Vous exigez une assurance voyage à chaque bénéficiaire de visa. Selon vous, les assureurs sont-ils fiables, sont-ils honnêtes ? Ou sont-ils juste des assureurs fictifs, des imposteurs, qui ne sont même pas représentés à Mayotte et qui se font de l’argent sur le dos du petit Comorien ?

F.S. : Les assureurs ont des statuts. C’est aux responsables anjouanais de s’assurer que les ces derniers sont dans la légalité. Cependant, l’assurance voyage est vraiment fait pour le bien des gens. En cas d’accident, on est couvert. L’assurance peut couvrir le rapatriement pour Anjouan. C’est vraiment pour la protection de l’assuré. D’ailleurs au début, j’étais appelé à résoudre un simple problème mathématique. Et je me suis rendu compte que la traversée en kwassa (500 euros) coûte plus cher qu’un visa. Et suite à de nombreuses plaintes des bénéficiaires estimant que l’assurance et le transport sont chers, je suis allé voir en premier lieu les assureurs pour leur dire que leurs contrats sont chers. Certains ont compris. Et maintenant l’assurance coûte 50% moins cher. En second lieu, je suis allé voir les transporteurs, Comores Aviation y compris. Seul Maria Galanta a accepté de faire une réduction de 50% du tarif de ses billets pour les personnes munies d’un visa.

Question : Beaucoup de parents anjouanais partent à Mayotte à bord de kwassa-kwassa dans le seul but d’aller scolariser leurs enfants. Puisque, selon eux, l’éducation scolaire aux Comores laisse à désirer. Envisagez-vous de mettre en place une coopération qui porte beaucoup plus sur l’éducation ?

F.S. : Aux jeunes qui font des études à Mayotte, mais qui sont en situation illégale, je leur dis qu’il ne faut plus vivre dans la semi-clandestinité. Ces jeunes doivent régler leur situation. Ils doivent revenir à Anjouan pour faire un passeport. Et quand ils auront leur passeport, ils peuvent régulariser leur situation auprès de la préfecture à Mayotte. Moi ce que je peux faire, une fois qu’ils m’auront soumis un dossier de demande de visa, j’appellerai la préfecture, et au cas par cas, je demanderai la réglementation de leur séjour à Mayotte. Ces jeunes ont aussi des parents. Donc, je demande aussi à ces parents de ne plus rester dans la clandestinité. Il faut revenir faire un passeport et demander un visa. Qu’ils viennent en confiance. Parce qu’il y a des gens qui se présentent au consulat et qui nous racontent des histoires abracadabrantes.

Question : Beaucoup de Comoriens cherchent à entrer à Mayotte dans l’espoir d’aller se faire soigner. Y a-t-il une coopération entre Mayotte et les Comores indépendantes dans le domaine de la santé ?

F.S. : Quand un malade est admis à l’hôpital de Hombo et que les médecins se sont aperçus qu’ils ne peuvent pas le soigner, comme par exemple s’il demande une chirurgie importante, son dossier est transféré à un comité de médecins à Mayotte. Ce comité s’appelle Evasan (Evacuation sanitaire). Et après examen du dossier, une réponse favorable ou défavorable est donnée aux médecins d’Anjouan. En cas de réponse favorable, le malade est évacué à Mayotte et bénéficie du soutien du comité. Par contre si quelqu’un souffre d’une maladie qui peut se soigner à Anjouan mais qui veut tout de même partir à Mayotte, il n’a qu’à présenter un dossier de demande de visa et justifier ces ressources.
Question : L’Anjouanais vit avec moins de 25000 francs comoriens (50 euros) par mois. Beaucoup de gens sur l’île qui considèrent Mayotte comme un « eldorado » s’endettent pour avoir les frais de visa, d’assurance, du transport et un peu d’argent de poche pour subvenir à leur besoins une fois à Mayotte. D’ailleurs certaines personnes voient dans cette immigration une fuite de capitaux, une perte de devises, un appauvrissement du Comorien et de l’économie nationale au profit de l’économie française. Autrement dit, le petit Comorien fait du tourisme et l’eau va à la rivière. Que pensez-vous de cette remarque ?

F.S. : Ce n’est pas trop mon domaine. Toutefois au consulat on a ouvert un bureau qui s’appelle Co-développement. Si des personnes ont des projets, quelque soit le projet, elles peuvent venir nous le présenter. Nous les étudions et aidons à leur réalisation. D’ailleurs, il y a déjà des promoteurs qui verront bientôt leur projet mis en œuvre. Nous sommes actifs et ouverts à toutes propositions.

Questions : Et les passeurs ? Qu’envisagez-vous pour eux. Puisque la plupart d’entre eux, sont devenus passeurs malgré eux. Ils s’adonnent à cette activité seulement pour subvenir aux besoins de leur famille.

F.S. : Anjouan est un pays d’agriculture. Un pays très favorable à l’agriculture. De la bonne terre. Un bon climat. L’idée est d’aider à développer ce domaine. Le paysan de Nyumakélé produit 300 kg de pomme de terre. Et comme il vend sa récolte sur la route, il a du mal à l’écouler. Mon idée est de garantir que la production soit entièrement achetée. C’est à nous de l’acheminer à Mayotte pour permettre la vente de la totalité de la récolte. Le consommateur de Mayotte aura un produit moins cher et la paysan aura quant à lui vendu toute sa récolte. Comme le paysan n’est pas instruit, il lui sera difficile de vendre lui-même sa récolte. C’est la raison pour laquelle, nous allons le faire à sa place. D’ailleurs le SNAC [syndicat national des agriculteurs comoriens] a déjà tous les moyens pour accomplir cette tâche. Nous allons les accompagner. Et si la production atteint 100 kg, le Maria Galanta peut faire un tarif spécial pour le fret.

Question : Etes-vous optimiste pour ce que vous êtes en train de faire ? Croyez-vous que les traversées en kwassa-kwassa cesseront un jour ?

F.S. : Optimiste? Les résultats sont déjà là. Il y aura toujours des gens qui continueront à faire de trafic d’hommes. Il y aura toujours des gens qui auront de l’influence. C’est tout un système. Ils payent même les policiers de la région pour arriver à leurs fins.

Questions : Quels policiers ? Les policiers mahorais ?

F.S. : Non, des policiers anjouanais. Mais il ya aussi des Mahorais qui appartiennent à ces réseaux. Ils font venir des gens à Mayotte pour les faire travailler dans l’agriculture et la maçonnerie.
D’ailleurs la semaine dernière, on a arrêté un trafiquant. En effet, c’est facile d’influencer des personnes analphabètes et illettrées.

NB: L’interview date d’avril 2009. 

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Interview avec Saïd Omar Oili, Président du parti NEMA

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Saïd Omar Oili, président du parti Nouvel Elan pour Mayotte (NEMA), est conseiller général de Dzaoudzi-Labattoir. Il a présidé, de 2004 à 2008, le Conseil Général de Mayotte. Suite à la grève générale qui a eu lieu du 20 janvier au 4 mars 2009 en France ultramarine, en particulier en Guadeloupe où elle a été amorcée par le Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), le gouvernement français à travers son secrétariat d’Etat à l’Outre-mer avait mis en place les états généraux d’outre-mer. Saïd Omar Oili a été à la tête de l’atelier local des états généraux consacré à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional. Interview.

No man’s land : Monsieur le Président, les états généraux de l’outre-mer qu’est-ce que c’est ?

Saïd Omar Oili : Les états généraux d’outre-mer ont été mis en place par le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, suite aux événements des Antilles françaises, notamment en Guadeloupe : les Ultramarins étaient descendus dans les rues pour demander que l’égalité républicaine soit réelle. Les états généraux ont été une réponse aux nombreuses difficultés que rencontrent les Français d’outre-mer. Les Ultramarins subissent la vie chère étant donné qu’ils n’ont que leur salaire pour survivre.

C’est à partir des mouvements de contestations contre la vie chère que le Président Nicolas Sarkozy a mis en place dans chaque territoire français d’outre-mer des ateliers locaux. Et moi j’avais en charge l’atelier relatif à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional.

No man’s land : Et quels sont les résultats de l’atelier que vous avez présidé ?

Saïd Omar Oili : Plusieurs réunions ont eu lieu à Mayotte. Et des propositions ont été faites. Parmi les actions à mettre en place rapidement, on peut citer :

• Le désenclavement numérique de Mayotte par le développement et la vulgarisation des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIIC). Si aujourd’hui les Mahorais se sentent complètement enclavés, c’est parce que les moyens de communication ne sont pas vraiment développés. Il y a une époque, nous arrivions à capter certaines stations de radio de la zone, notamment des stations de radio du Mozambique, de Madagascar, de Zanzibar, etc. Force est de constater que toutes ces stations de radio de la région ont disparu de nos postes.
• La création d’une zone d’activités régionale qui passera impérativement par une libre circulation des biens et des personnes et une acceptation de Mayotte par toutes les organisations régionales telles que la SADC (Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe), la COI (Commission de l’Océan Indien), le COMESA (Marché commun d’Afrique Orientale et Australe), etc. L’intégration économique régionale est indispensable car plus des pays voisins sont unis économiquement plus ils sont forts.
• L’entrepreneur mahorais qui aimerait investir à Madagascar ou aux Comores indépendantes veut être assuré par les autorités des ces pays-là que son investissement sera en sûreté. Ça doit être aussi le cas à Mayotte, l’Etat français doit procéder à une politique d’ouverture, c’est-à-dire permettre aux investisseurs de la région de venir investir à Mayotte en assouplissant le visa d’entrée.

Malheureusement, force est de constater que la montagne a accouché d’une souris. On nous a occupés pendant plusieurs mois à faire des propositions qui sont restées jusqu’à ce jour lettre morte. La coopération régionale est bloquée parce qu’il y a tellement de politique politicienne …On reproche souvent aux élus Mahorais de ne jamais faire de propositions de projets, et quand ils font des propositions, l’Etat n’accorde pas de suivi.

No man’s land : Mayotte a participé aux derniers jeux des Îles de la COI en tant que membre à part entière. D’a près vous est-ce une avancée dans ce combat que vous êtes en train de mener pour intégrer Mayotte dans son environnement régional ?

Saïd Omar Oili : Le sport peut être le vecteur principal dans la compréhension et la connaissance de nos jeunes de cette région et c’est une bonne chose.
Donc pour la coopération régionale je dirais que c’est un bon début.
Que Mayotte participe en tant que telle c’est bien.

No man’s land : Il se dit que c’est grâce à l’accord de l’Etat comorien que la convention régissant la COI a été bravée et permis alors à la France de présenter deux délégations à savoir une délégation mahoraise et une délégation réunionnaise. Est-ce exact ?

Saïd Omar Oili : Je ne suis pas au courant.

No man’s land : Monsieur le Président, si vous nous parliez de la coopération régionale entre Mayotte et les Comores indépendantes …

Saïd Omar Oili : On a mis en place le GTHN (Groupe de Travail de Haut Niveau) pour que les gens discutent de la coopération régionale. Malheureusement, force est de constater que les discussions sont au point mort. Au point mort puisque les gens ne se parlent plus et sont en train de se regarder en chiens de faïence. Et moi je trouve cela dommage. Aberrant. Parce qu’il faut vraiment réactiver les discussions pour que nous puissions trouver des solutions pérennes aux difficultés de la région.

Considérons que nous appartenons à une famille où un des frères a épousé la France. Bien sûr tant qu’on ne respectera pas les choix des uns et des autres, il y aura toujours des blocages. Donc il faudrait dépasser ces blocages et apporter des solutions à nos populations qui souffrent. Il ne faut pas croire qu’il n’y a qu’à la Grande-comore, à Anjouan et à Mohéli où les gens sont endeuillés quand il y a des naufrages de kwassa-kwassa. Nous aussi nous avons de la famille là-bas et sommes endeuillés quand il y a des morts. Il ne faut pas se voiler la face. Donc jusqu’à quand allons-nous continuer à se regarder en chiens de faïence et laisser nos populations souffrir ? Il faut s’asseoir enfin autour d’une même table et ensemble trouver enfin des solutions pérennes à nos difficultés. Moi personnellement je ne crois pas à un développement dans l’archipel sans une stabilité de nos relations.

La Chine intervient énormément aux Comores indépendantes. Les pays du Golfe, dont le Qatar, les Emirats Arabes Unis… aident énormément les Comores indépendantes. Je crois que les Comores n’ont pas besoin de l’aval de la France pour aller coopérer avec la Chine et les pays du Golfe. Mayotte non plus. Au nom d’une économie mondiale, Mayotte et les Comores indépendantes doivent fédérer les énergies, doivent monter des projets communs, des projets fédérateurs pour qu’ensemble nous puissions bénéficier de cette coopération avec la Chine et les pays du Moyen-Orient. Il faut ouvrir aussi Mayotte à cette coopération, parce que Mayotte aussi est dans une pauvreté incroyable. Il ne faut pas se mentir.

La réalité de la guerre froide n’existe plus. Le temps d’un monde bipolaire est révolu. Maintenant, nous sommes dans la globalisation, dans la mondialisation. Et Mayotte fait partie de cette globalisation, de cette mondialisation. Mayotte ne peut pas vivre à jamais en vase clos. Mayotte ne peut pas ignorer la région. Mayotte ne peut pas continuer à ignorer ce qui se passe chez ses voisins. C’est ensemble que nous pourrions trouver des solutions. En essayant de nous balkaniser, en s’enfermant aux autres, nous allons finir étouffés.

Il faut trouver des solutions pour qu’enfin nous atténuions cette méfiance entre nous. Parfois je me demande d’où vient cette méfiance, cette suspicion dans la mesure où nous avons la même culture, la même religion, les mêmes origines. Cette peur de l’autre en conscience ne doit pas exister. Bien au contraire.

Mayotte doit aussi bénéficier des retombées économiques des pays qui investissent aux Comores. Néanmoins, il faut d’abord que ces investissements arrivent à stabiliser les populations comoriennes aux Comores. On peut citer l’exemple du quotidien AlBald Mayotte (filiale du Groupe international Awi Company). C’est grâce aux Comores indépendantes, que le journal a pu s’implanter à Mayotte. A vrai dire, l’investissement se trouve aux Comores et à Mayotte les gens bénéficient de cet investissement qui est à l’origine de la création de nombreux emplois. Et c’est dans ce sens qu’il faut y aller. Il faut que les investissements soient profitables à toutes les îles de l’archipel voire de la région.

Sur le plan touristique, il serait mieux que toutes les îles de l’archipel des Comores créent un centre d’accueil commun de touristes. Pour que le touriste qui vient visiter Mayotte ou les Comores indépendantes ait la chance de découvrir toutes les faunes et les flores de tout l’archipel. A la Grande-comore, il y a le Karthala qui est le plus grand cratère du monde, à Anjouan il y a les arbres fruitiers, à Mohéli il y a les belles plages, à Mayotte il y le lagon. Et pour ce qui est de l’agriculture, il faut créer un marché commun pour que chaque île puisse importer et exporter des produits dans la région.

On peut aussi échanger le savoir-faire (know-how). Là-bas aux Comores indépendantes, il y a des gens qui sont bien formés sur le plan professionnel. A Mayotte peut-être avons-nous aussi des gens qui ont de l’expérience. Alors pourquoi ne pas échanger le savoir-faire. Et assurément ça nous coûterait moins cher puisque nous ferons dans ce sens des économies d’échelle. Pourquoi au lieu d’aller chercher un expert en France, ne pas demander les services d’un expert comorien qui connaît la réalité locale. Pour promouvoir le développement de Mayotte et des Comores indépendantes, il faut faire une vraie coopération régionale. C’est un faux problème le fait de dire que c’est à cause des autres que nous n’arrivons pas à avancer. A force de stigmatiser l’autre, nous oublions d’apporter des solutions à nos problèmes. C’est seulement ensemble que nous pourrons apporter des solutions pérennes à la région.

Marche à la mémoire des milliers de victimes en mer

Marche à la mémoire des victimes en mer/© MIB

Dans l’après-midi de ce mercredi 23 février, plusieurs centaines de personnes ont marché dans les rues de Mamoudzou, capitale de l’île de Mayotte,   à la mémoire des milliers de noyés en mer. La marche qui a été organisée par la CIMADE Mayotte, le RESFIM (Réseau Éducation Sans Frontière Ile de Mayotte), FSU Mayotte (Fédération Syndicale Unitaire) et  de SUD Éducation Mayotte a débuté devant la MJC de Mamoudzou et a pris fin  au parvis du Comité de Tourisme avec la mise à l’eau d’un cercueil et un lancer de fleurs.

En plus de la dénonciation du silence qui a autour des noyés en mer, les manifestants exprimaient leur hargne vis-à-vis du Vice-rectorat et des policiers en brandissant des photos d’élèves expulsés du territoire mahorais. Et parmi les élèves sur les photos, il y en a un qui a perdu la vie en voulant retourner à Mayotte en kwassa-kwassa.

Depuis 1995 date à laquelle  le visa Balladur a été imposé aux Comoriens désirant se rendre à Mayotte le nombre de victimes en mer se compte par milliers. Et à Mayotte pour gonfler le chiffre des sans-papiers français expulsés en France les atteintes aux droits et aux lois sont flagrantes.

 

Anjouan (c) Stéphanie Lepage

Documentaire « Archipel à reconstruire »

Un film de Stéphanie Lepage – Minute78 Production

Tourné aux Comores et à Mayotte au cours de l’été 2009

Diffusé en nov 2010 sur TV5 Monde et RTBF

Synopsis :

 

Niché en plein océan indien, l’archipel des Comores est une ancienne colonie française. En 1975, suite à un référendum d’autodétermination, l’ONU reconnait l’état comorien comme constitué des quatre îles. Mais dans les faits, seules trois d’entre elles prennent l’indépendance, alors que la quatrième, Mayotte, reste rattachée à la France. Futur département d’Outre-mer, l’île devient un véritable eldorado à seulement 80 km des côtes comoriennes.

En 95, le gouvernement Balladur instaure un visa préalable à toute traversée pour mettre un frein à l’immigration des comoriens vers Mayotte. Depuis lors, c’est sur des bateaux de pêche, surnommés kwassa-kwassa que les comoriens s’y rendent au péril de leur vie.

A l’arrivée, ils s’installent dans la précarité entre exploitation et vie cachée, par peur des rafles quotidiennes. En 2009, 19 972 comoriens ont été expulsés de Mayotte vers les Comores.

Pour 2010,  la France annonçait 25 000 expulsions. Des objectifs assignés qui seront probablement atteints alors que 12 321 reconduites à la frontière ont déjà été effectuées lors du premier semestre de cette année.

Tournés dans les 4 îles lunes, le film offre la parole aux migrants, passeurs, observateurs comoriens et mahorais,

…en questionnant leurs regards et expériences…