Antoissi Said Allaoui, lors de la réunion annuelle de samedi 9 février

ACUM une association de Mohéliens en diaspora

Maintenir une solidarité dans la dispersion. Adoucir l’épreuve migratoire. Promouvoir et entretenir avec la terre originelle des relations de natures diverses : économiques, financières, humanitaires, informationnelles et/ou culturelles. Tels sont les objectifs que se sont fixés les adhérents de l’ACUM, unique association de Mohéliens à Marseille, qui, en ce samedi 9 février, se sont réunis dans l’enceinte de l’association Espace-Accueil aux Etrangers sise dans la rue Mathieu Stilati.

Antoissi Said Allaoui, lors de la réunion annuelle de samedi 9 février

Antoissi Said Allaoui, lors de la réunion annuelle de samedi 9 février

Mohéli est l’île comorienne numériquement la plus sous-représentée à Marseille. Pourtant l’histoire de l’installation des Mohéliens dans la cité Phocéenne est concomitante de celle des Grand-Comoriens et des Anjouanais. Elle est amorcée à l’époque coloniale par les Comoriens recrutés dans la marine de guerre mais aussi dans la marine marchande, qui s’y installèrent d’une manière sporadique surtout au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, et qui servirent de « têtes de pont » aux rapatriés de Majunga de 1976 et aussi à un bon nombre de réfugiés économiques à la recherche d’un meilleur confort matériel et financier (à l’accession des Comores à l’indépendance). « On était 78 Mohéliens à Marseille en 1979, date à laquelle on a fondé notre association » se souvient Boinaissa Maoudjoudi, originaire de Fomboni, actuellement vice-président de l’ACUM.

Au jour d’aujourd’hui les Mohéliens se comptent par centaines à Marseille. Les maigres moyens de l’ACUM seraient impuissants à comptabiliser correctement les ressortissants mohéliens. Forte d’une cinquantaine d’adhérents, l’ACUM (Association Comores Unie Mohélienne), bien que fondée en 1979, est demeurée inactive durant une trentaine d’années. Ce n’est qu’en 2009 qu’elle a repris du poil de la bête. « Quand je suis arrivé en France en 2001, j’ai tout de suite remarqué que ce n’était que les Grand-comoriens, réunis en associations villageoises, qui, par sentiment d’empathie et de solidarité, menaient des actions ici et là-bas (dans leur localité d’origine) en vue d’un bien-être collectif. Touché dans mon orgueil, je me suis renseigné auprès de mes co-insulaires de Mohéli pour apprendre qu’il y avait une association de Mohéli mais qui n’était pas active. Du coup, j’ai pris contact avec Ahamada Madi, natif de Mbantsé, alors président de l’ACUM, pour relancer l’association » confie Antoissi Said Allaoui, du village de Boigoma, présentement secrétaire général de l’ACUM. Et depuis, l’association est pourvue d’un numéro de compte, son statut a été mis à jour et un site internet est en création.

L’ACUM un levier de développement pour Mohéli

De droite à gauche , Mounir Hamada Hamza, Boinaissa Maoudjoudi,Antoissi Said Allaoui, Taendhuma Attoumani

De droite à gauche , Mounir Hamada Hamza, Boinaissa Maoudjoudi,Antoissi Said Allaoui, Taendhuma Attoumani, Haloi Houtoibou

Si la Grande-Comore et Anjouan comptent chacune des centaines d’associations villageoises à Marseille, Mohéli n’en compte qu’une. Et c’est l’ACUM. Les ressortissants de Mohéli dans la cité Phocéenne comptent fédérer toutes leurs forces vives en diaspora afin de lancer le développement sur leur île d’origine. La preuve ! l’Association des femmes de Mohéli a été dissoute et ses membres ont tous rejoint l’ACUM. D’ailleurs, aujourd’hui c’est une des membres les plus actifs de cette association féminine qui est à la tête de l’ACUM pour un mandant de deux ans, madame Taendhuma Attoumani, née à Ziroudani. En ce qui concerne les actions à mener au pays, l’ACUM, en partenariat avec le Programme Co-développement en Union des Comores, l’association humanitaire Aide Médicale et Développement sise à Grenoble, et, la fondation Haloitété de la première dame des Comores, projettent d’améliorer le système de santé à Mohéli. Par le biais de ce projet de démocratisation des soins de santé, l’association diasporique et ses partenaires comptent réhabiliter le centre hospitalier de Fomboni et aussi de construire des dispensaires dans les zones rurales. Doter les centres de santé de base d’échographies mobiles et prendre en charge les enfants malades figurent en premier place dans leurs projets. Enfin, la rénovation du marché de Fomboni fait aussi partie des projets en cours.

A Marseille, dans le but de promouvoir l’unité et la solidarité de ses membres, et surtout dans un souci d’insertion et d’intégration dans le pays d’installation, des ateliers de théâtre en langue française seront animés prochainement par le comédien Mounir Hamada Hamza. « On fera, à travers ces ateliers, d’une pierre deux coups. Etant donné que le théâtre est un organe culturel, il nous permettra de transmettre les pratiques et les croyances de notre pays aux plus jeunes. Et compte tenu du fait que les textes seront en français, l’association aura une très grande visibilité auprès des autres communautés. » nous a appris Mounir Hamada.

Enfin, dans une cité Phocéenne où la communauté comorienne a toujours souffert d’éclatement, de fragmentation, d’une absence d’une identité comorienne, nationale, dont les heurts entre Comoriens de différentes îles sont récurrents, l’ACUM se veut ouverte à tous les ressortissants des Comores sans distinction aucune. Ses adhérents veulent faire œuvre de pionnier !

Interview-hommage à feu docteur Benali Bacar avec l’inspecteur Ahamada Mohamed

Benali BACAR, né sur l’île d’Anjouan, à Tsémbéhou, le 14 mai 1933. Il est issu d’une famille noble (famille Baco Bacar, du nom d’un commis sous les ordres des exploitants de la société coloniale de Bambao à Anjouan). Médecin et homme politique comorien,il est mort le 1 décembre 1995 dans sa ville natale. Formé à l’Ecole de Médecine de Befelatanana de Tananarive, il a été ministre de la santé sous le régime révolutionnaire d’Ali Soilihi, puis, ministre de la fonction publique et du travail sous Ahmed Abdallah Abdérémane. M. Ahamada Mohamed, natif de Foumbouni au sud de la Grande Comore (1er janvier 1952) , a connu docteur Benali. Il nous donne le privilège de le connaître à notre tour à travers cette interview.

Dr Benali Bacar. © M.B. Assoumani

Dr Benali Bacar. © M.B. Assoumani

No man’s land: A quelle occasion avez-vous rencontré pour la première fois Docteur Benali Bacar ?

Comme tout enfant issu d’une famille plus ou moins avertie, pendant la période coloniale, j’ai fait l’école des Blancs après l’école coranique. C’est au Lycée Said Mohamed Cheikh où, après le Brevet élémentaire, j’ai choisi de servir mon pays : c’est à la suite d’un concours organisée à l’époque par la Direction de la Sûreté Générale, que je suis devenu Inspecteur de Police, en 1971.
A partir de cette date, je vais tantôt travailler à Moroni, tantôt à Mutsamudu-Anjouan, où mon chemin va se croiser avec celui du Dr Benali Baco Bacar, à l’époque exerçant à l’hôpital de Missiri.

Ce n’était pas une rencontre fortuite, ce n’était pas non plus une rencontre voulue. J’avais mal à l’estomac, et c’est ainsi que j’étais amené à le consulter. J’ai vu le médecin et j’ai découvert un homme qui m’a immédiatement mis à l’aise en optant de s’adresser à moi en Grand comorien ou bien en « Ki Ngazidja ».

No man’s land:Parlez-nous du médecin qu’a été docteur Benali.

La génération des médecins autochtones que notre pays a eu la chance d’avoir, courant la période précédant et même après l’autonomie interne, a été formée à Madagascar, à l’Ecole de Médecine de Befelatanana. Après une formation intensive, nos médecins rentraient au pays pour y exercer en qualité de médecin résident et obtenaient par la suite une bourse pour aller se perfectionner et soutenir leur thèse de Doctorat en France (plus précisément à la faculté de Médecine de Marseille). Ils devaient passer le Bac en France, avant de franchir la faculté de Médecine.

Le Dr Benali faisait partie de cette génération, comme tant d’autres concitoyens, tel le Dr Halidi Boudra, un de nos meilleurs chirurgiens, le Dr Said Bacar Turqui, également un excellent chirurgien, le Dr Abasse, le Dr Mouhtare Ahmed, avant lui le Dr Youssouf Mdahoma et les autres.

Je saisis cette opportunité, pour rendre hommage à leurs ainés : le Dr Said Mohamed Cheikh, formé dans l’armée française, le Dr Youssouf Said, et le Dr Maturaf, que j’ai eu l’occasion de connaitre, lors de mon séjour professionnel à Mutsamudu-Anjouan.

No man’s land: Quels étaient ses traits de caractère ?

Mon Premier séjour à Mutsamudu-Anjouan datait du mois de mars 1971. Le Dr Benali va exercer à l’hôpital de Missiri. L’homme était très apprécié, le médecin aussi. Il était ouvert, courtois, humble, et, très attaché à son métier.

« Kabayla, Mmatsaha ou mchambara » sont des termes qui résonnaient très fort ces années-là. Malgré son statut « Mmatsaha », ou venant de la campagne, le Dr Benali a pu s’imposer dans la cité mutsamudienne. On n’avait pas intérêt à être « Mchambara » ou Mmatsaha » ces années-là à Mutsamudu. On était mal considéré.

A Mutsamudu, le Dr Benali B. Bacar n’était pas le seul médecin comorien; il y avait les Dr Boudra, Maturaf, Kassim, et aussi des Européens tel le Dr Mavic.

Benali Baco Bacar n’avait pas un cabinet privé. Il exerçait à l’hôpital public, et accueillait ses malades chaleureusement et ne quittait son poste qu’après s’être assuré que tout le monde a été reçu.

Attention, le Dr Benali Baco Bacar ne pouvait pas souffrir du clivage Kabaila et Mmatsaha car ne l’oublions pas, c’est un enfant bien né, issu de la grande famille Baco Bacar de la cuvette de Tsémbéhou.

M. Ahamada Mohamed. © M.B. Assoumani

M. Ahamada Mohamed. © M.B. Assoumani

No man’s land:Docteur Ben Ali a aussi occupé des postes politiques. Parlez-nous cette fois-ci de l’homme politique.

Le 3 Août 1975, Ali Soilihi a renversé le premier gouvernement issu de l’Indépendance déclarée unilatéralement le 6 Juillet de la même année.

Comme Ali Soilihi l’a martelé dans un de ses discours, le but de ce coup d’Etat n’était pas de remplacer un gouvernement par un autre gouvernement.

Le coup d’état du 3 août 1975 s’inscrit dans un processus logique d’une révolution qui a pris date le 6 juillet de la même année et qui ne doit donner aucunement à un mode de gouvernance basé sur un système féodal. La période qui va du 3 août 1975 au 2 janvier 1976, le camarade Ali Soilihi va occuper le poste de Délégué à la Défense et à la justice, et quant à moi, je continue à occuper mon poste à Mutsamudu où je fais fonction de Commissaire de police de la même juridiction.

Je rappelle que durant la même période le Dr Benali occupe toujours le poste de médecin, à l’hôpital El Maarouf de Moroni tout en suivant l’évolution de la révolution. L’ile d’Anjouan devient inaccessible car Ahmed Abdallah et les membres de son gouvernement s’y sont retirés quelques jours avant le coup d’Etat, pour un premier conseil de gouvernement délocalisé ; et M. Ahmed Abdallah a décidé par la suite de faire la résistance. Le camarade Ali Soilihi a vite compris qu’il fallait établir le pouvoir sur l’ensemble du territoire national et que de ce fait, la libération de cette ile s’impose. C’est à partir de ce moment-là que Bob Denard, le mercenaire, va entrer en scène.

No man’s land : Quel a été le contexte ?

Je n’ai pas eu l’occasion de mentionner un certain Yves Lebret, un ancien de la société coloniale SCB, dont le siège était basé à Bambao la M’tsanga, situé sur la route de Domoni vers le Nioumakélé. Cet homme, très proche d’Ali Soilihi, va jouer un rôle très important. Elevé au rang d’Ambassadeur itinérant plénipotentiaire, Yves Lebret va se rendre à Paris, où il prend contact avec Bob Denard qui va avoir la mission de recruter d’autres éléments aguerris en matière de combat, afin qu’avec des autochtones qu’il formera sur place, va faire le 29 septembre 1975, le débarquement d’Anjouan. Le débarquement d’Anjouan a eu lieu à la date susdite, et on va déplorer deux morts : un élément de l’armée nommé Mohamed Moissi qui va donner le nom du  » Commando Moissy » et un jeune garçon de Mutsamudu atteint mortellement par une balle perdue. Mutsamudu est sous contrôle, et Ahmed Abdallah se trouvant à Domoni décide de se rendre, après un entretien avec Ali Soilihi qui lui a promis la vie sauve.

No man’s land : Benali va-t-il jouer un rôle important ?

Le Dr Benali reste très actif, participe à toutes les réunions du Front National Uni, constitué par tous les partis de l’opposition à savoir : le parti Blanc, le Pasoco, le Mrenda, et le Pek Molinaco : faisant tous blocs autour du Camarade Ali Soilih. Le 3 Janvier 1976, Ali Soilihi succédant au Prince Said Mohamed Djaffar, devient Président de la République, et forme son premier Gouvernement et choisi Mr Abdillah Mohamed de Mutsamudu comme Premier Ministre : ce dernier occupait le poste de Préfet d’Anjouan jusqu’au 29 septembre 1975, date du débarquement. Le Dr Benali entre dans le Gouvernement et occupe le Ministère de la santé. Il y restera jusqu’à la dissolution de la fonction publique. Le Dr Benali est un homme honnête, dévoué et qui a témoigné loyauté au Camarade Ali Soilihi jusqu’à la fin du régime. Je ne m’engage pas aujourd’hui à vous parler des étapes de la révolution, puisque ce n’était pas l’objet de notre entretien. Le 13 Mai 1978 voit la fin de la révolution, et tous ses acteurs compris moi-même, sont emprisonnés excepté le camarade Ali Soilihi, qui fut lâchement et violemment poignardé et assassiné le 29 mai 1978.

En revanche, il faut savoir que le Dr Benali n’était pas homme à se laisser faire; il exerçait son métier certes, mais il restait fidèle à ses convictions politiques. Les années 60, correspondent à la période de l’Autonomie interne, et c’est une période où feu Ahmed Abdallah, régnait en maître sur l’ile d’Anjouan, sous le parti « Vert » puis sous le « Oudzima ». Malgré l’omniprésence de cet homme en politique sur l’île et même sur la Grande Comore, le Dr Benali n’a jamais cessé de marquer son opposition face au rouleau compresseur qu’était Ahmed Abdallah. Ce dernier, très fortuné, arrosait avec son argent toute la population de la région de Nioumakélé.

No man’s land :Quels souvenirs avez-vous gardé de vos voyages à Tsémbéhou ?

Honnêtement, je ne me rappelle pas des personnes que j’ai vues à Tsémbéhou, lors de ma tournée là-bas, accompagné de mon ami- paix à son âme- le Dr Benali. Tout ce que je sais et qui m’est resté en mémoire, c’est l’hospitalité, et la gentillesse de la Famille Baco Bacar. Je peux vous certifier que cette famille là ce n’est pas une quelconque famille à Tsémbéhou. Je profite d’ailleurs de cette occasion, pour remercier à titre posthume le Dr Benali pour m’avoir ouvert la porte de sa famille dont je ne regrette pas d’avoir fait connaissance.

Feu Andhum Houmadi /source Komedit.net

Hommage à feu Andhum Houmadi , interview avec Ahmed-Chamanga Mohamed

L’intellectuel par excellence à Tsémbéhou, c’est bien évidemment feu Andhum Houmadi, juriste de formation, auteur de textes littéraires et aussi personnalité politique. Né en 1952 à Tsémbéhou, il nous quitta brutalement le 23 novembre 2000. Docteur Ahmed-Chamanga Mohamed, linguiste, éditeur et enseignant-chercheur à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) de Paris a été un fidèle ami de feu Andhum . No man’s land l’a rencontré, malgré son emploi du temps très chargé, pour nous parler, en guise d’hommage, du regretté.

Feu Andhum Houmadi /source Komedit.net

Andhum Houmadi /source Komedit.net

No man’s land: Dans quelles circonstances avez-vous fait la connaissance de feu Andhum Houmadi ?

J’ai connu Andhum, pour la première fois en 1964. En effet, cette année-là, il avait commencé sa classe de CM1 ou CM2 (je ne m’en souviens plus très bien) à Ouani avant de regagner son village de Tsembehu, je crois un mois après, quand la classe a été ouverte là-bas. Ensuite, après le concours d’entrée en 6e, nous nous sommes retrouvés au lycée annexe de Mutsamudu en 1965.

No man’s land : Quel genre d’homme était-il alors ?

Nous étions de jeunes élèves à l’époque. Andhum était, comme moi, un garçon assez réservé ; mais il était brillant en classe, cela s’était remarqué dès les premiers jours.

No man’s land: Pouvez-vous nous parler de son parcours scolaire et universitaire ?

Après l’école primaire à Mtsimba-Ntsi (Bambao Mtruni) et brièvement à Ouani, Andhum est entré en 6e à Mutsamudu, comme moi. L’internat avait renforcé notre amitié. Nous formions, avec Ali Ben Said, élève originaire de Mohéli aujourd’hui médecin, un trio qui occupait, jusqu’en 3e, les trois premiers rangs aux examens. Nous étions d’ailleurs les trois seuls reçus à l’examen du B.E. (Brevet élémentaire) d’Anjouan, et parmi les cinq reçus de l’archipel. À partir de la 4e, Andhum était devenu le meilleur élève de notre promotion en français. Ses rédactions étaient très souvent citées et lues en classe.

A partir de la seconde à Moroni en 1969, nos chemins se sont quelque peu écartés. Mais nous sommes toujours restés amis. Après le baccalauréat en 1972, Andhum s’oriente vers des études de droit à Rouen, puis à Paris. Après ses études, il rentre aux Comores, dans les années quatre-vingts (je ne me rappelle plus de la date exacte), où il a occupé différents postes au tribunal et au ministère de la justice. Il a également enseigné à l’école nationale d’administration.

No man’s land: Vous avez tous les deux milité au sein de l’ASEC (Association des Stagiaires et Etudiants des Comores) en France. Est-il possible de nous parler du militant qu’il a été ?

Quand Andhum était à Rouen, on ne peut pas considérer qu’il était militant de l’ASEC. Il l’était devenu après son installation à Paris. Mais au moment où il s’engageait dans le mouvement « asecois », moi j’ai entamé ma sortie, car je ne partageais plus l’orientation prise par la nouvelle direction de l’ASEC : j’estimais qu’on se trompait de combat. Dès lors nos positions politiques ont divergé. Aussi, ne pourrai-je pas vous dire plus sur sa vie militante.

Ahmed-Chamanga Mohamed/ source Komdit.net

Ahmed-Chamanga Mohamed/ source Komdit.net

No man’s land: L’Asec a publié au début des années 80 un recueil de nouvelles, qui est, de fait, la première publication comorienne d’expression française. Est-ce vrai que feu Andhum a fait partie des auteurs anonymes ? De quoi parle sa nouvelle ? Enfin, quel a été l’objectif d’une telle entreprise ?

Il semble effectivement qu’Andhum est co-auteur de ce recueil. Mais je n’en sais pas plus, car je ne faisais pratiquement plus partie de l’ASEC et, je n’ai jamais eu de discussion avec lui sur ce sujet. Mais cela ne m’étonne pas car il avait une belle plume.

No man’s land: En tant qu’éditeur, vous avez publié en 2005 un roman posthume de feu Andhum . Il s’intitule AUX PARFUMS DES ÎLES . Honnêtement qu’est-ce qui a motivé ce choix éditorial?

Comme je vous l’ai dit, j’étais resté ami avec lui, malgré nos « divergences » politiques. Quand, en 1998, je lui ai fait part de mon intention de créer une maison d’édition, il m’avait beaucoup encouragé. Connaissant ses capacités d’écriture, j’en ai profité pour lui demander de me proposer un texte à publier. Un an plus tard, lorsque nous nous sommes revus, il m’avait assuré qu’il avait quelque chose en chantier et qu’il me le remettrait dès que possible.

Quand, en novembre 2000, il est frappé par une brutale et terrible maladie, il a pu, avant de partir, confier à son épouse de me remettre son manuscrit inachevé. Pour des raisons que vous comprendrez bien en pareilles circonstances, je n’ai reçu le document qu’un an plus tard.

Pour moi, c’était un devoir moral de sortir son texte et une façon de lui rendre hommage. Certes le texte n’était pas bien au point. Car c’était un premier jet. Il n’a pas eu le temps de le finir, de le relire et de le reprendre. En même temps, il traitait d’un sujet qui me tenait à cœur : la lutte contre le séparatisme. Sur ce point, nous étions tous les deux totalement en phase. J’ai donc jugé utile de publier son roman, après avoir apporté quelques petites corrections d’orthographe et de forme. Je regrette toutefois de n’avoir pas suffisamment médiatisé ce roman. Mais l’œuvre est là : elle mérite d’être défendue. Avec d’autres, je m’y attellerai.

No man’s land: feu Andhum Houmadi s’est aussi intéressé à la politique. Une activité qui l’a même conduit en prison. Si vous nous parliez d’Andhum, le militant politique ?!?

C’était tout naturellement, une fois rentré au pays, qu’Andhum était devenu membre actif du Front démocratique dont il était certainement un des membres fondateurs. C’est à ce titre qu’il a été en prison, suite à la tentative du putsch de 1985 dont le Front a été l’instigateur. Je ne peux pas en dire plus, vu que j’étais assez loin de cette agitation.

Nous avions repris contact en 1988, quand je suis allé en vacances. Depuis, je ne manquais pas d’aller lui rendre visite régulièrement à Moroni lors de mes passages au pays tous les ans. Il en était d’ailleurs très sensible à ce geste d’amitié. Nous nous échangions beaucoup, mais j’évitais toute discussion politique, même s’il insistait souvent à ce que je rejoigne le Front Démocratique.

Vers la fin de sa vie, il se plaignait beaucoup de l’incompréhension de ses camarades du parti quand il devenait de moins en moins militant du Front démocratique, pour des raisons professionnelles, vu sa position au parquet de Moroni où il était soumis à un devoir de réserve. Je sentais en réalité qu’il commençait à se poser des questions sur son engagement dans un parti dont les méthodes et la pratique devenaient de plus en plus contestables…

Aux parfums des îles / Komédit éditions 2006

Aux parfums des îles / Komédit éditions 2006

No man’s land: Un petit mot sur sa carrière professionnelle.

Dans ce domaine, je suis mal placé pour vous en parler, car je connais peu de chose sur cette carrière. Ce que je sais, c’est qu’il avait gardé un très mauvais souvenir au tribunal de Mutsamudu, dans une île où le clivage social entre « kabaila » et « mmatsaha » demeurait encore très vivace. Son expulsion de sa maison de fonction, avec des méthodes d’un autre âge, l’avait très marqué. A Moroni, capitale des Comores, il se sentait plus à l’aise et, en tout cas, plus épanoui.

Saïd AHAMADI

Interview avec Saïd Ahamadi « La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores « 

Saïd AHAMADI est, depuis le 3 avril 2011, le 3ème Vice-Président du Conseil Général de Mayotte : il est en charge de la coopération régionale et des affaires européennes. Rencontré par No man’s land, il évoque son combat mené autour de la rupéisation de Mayotte et ses nombreux projets axés sur la promotion d’une coopération régionale concrète et fructueuse entre Mayotte et l’ensemble des pays du Canal du Mozambique.

Saïd AHAMADI, 3ème Vice-Président du Conseil Général en charge de la coopération régionale et des affaires européennes depuis le 3 avril 2011.

1) No man’s land : En ce mois de juillet, Mayotte vient d’accéder au statut de Région ultrapériphérique de l’Union européenne (RUP). En votre qualité de vice-président chargé de la Coopération régionale et des Affaires Européennes, pouvez-vous nous dire ce que représente un tel statut pour Mayotte ?

Réponse : Après la consultation populaire du 2 juillet 2000, le législateur français fait évoluer par la loi du 11 juillet 2001 l’ancien statut de Collectivité territoriale de la République (TOM) en Collectivité Départementale qui prévoit la départementalisation à l’horizon 2010. La réforme constitutionnelle de 2003 permet l’inscription de notre archipel de Mayotte dans la Constitution de la 5ème République. Mayotte vient alors de tourner le dos définitivement au statut de territoire d’outre-mer (TOM) et par conséquent à la famille des pays et territoires d’outre-mer de l’Europe (PTOM). Par délibération du Conseil Général N°10/2003/CG du 31 janvier 2003 en effet, les conseillers généraux sous la Présidence du feu Younoussa BAMANA adoptent le principe de l’éligibilité de Mayotte au statut de région ultrapériphérique (RUP) à l’instar des 4 départements français d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion).
La validation du statut de RUP de Mayotte par la Commission Européenne, cet été, représente aujourd’hui l’aboutissement d’un combat politique initié par nos aînés, que nous avons su relayer avec efficacité. Mais, cette rupéisation va provoquer des conséquences économiques, sociales et culturelles majeures à Mayotte dès son entrée en vigueur en 2014.

2) No man’s land : Virtuellement, ce nouveau statut (RUP) ne devait être effectif qu’en 2014, pourquoi une anticipation du processus ?

Réponse : Le statut de « département d’outre-mer » approuvé le 29 mars 2009 à 95% des suffrages par les Mahorais, est intervenu le 31mars 2011 avec le renouvellement du Conseil Général. Cette anticipation du processus s’explique par les négociations liées à la réforme de l’Union européenne par l’adoption de la stratégie « Europe 2014-2020 » qui concerne également les régions ultrapériphériques (RUP).

3) No man’s land : Vous êtes en quelque sorte à l’origine de cette anticipation, dîtes-nous comment se sont déroulées les négociations ?

Réponse : Vous pouvez en effet le dire à propos des élus de Mayotte. Aux élections européennes de juin 2009, alors porte-parole des Forces progressistes (Alliance, MPM, Parti communiste rénové de Mayotte et Parti Social Mahorais), j’ai obtenu du député européen de la circonscription océan Indien Elie HOARAU, la nomination d’un cadre Mahorais en la personne d’ADACOLO Kira comme attaché parlementaire en charge du dossier « Europe » de Mayotte à Bruxelles.
Installé à Bruxelles dès janvier 2010 aux côtés d’Elie HOARAU, ADACOLO Kira a permis que Mayotte obtienne l’Instrument de préadhésion ; c’est à dire une enveloppe de près de deux millions d’euros pour assurer la formation des acteurs du public ou du privé qui auront à connaître l’utilisation des Fonds structurels européens.
Elu 3ème Vice Président du Conseil Général le 3 avril 2011, et chargé par le Président du Conseil Général de Mayotte Daniel ZAIDANI de la coopération régionale et des affaires européennes, je n’ai jamais ménagé mes efforts à propos de la mission qui m’a été confiée.
Les négociations se sont déroulées dans de bonnes conditions étant entendu que nous avons été capables de fédérer toutes les capitales européennes à notre projet porté par notre Gouvernement, et au final, par le Président de la République Nicolas SARKOZY lui-même.

4) No man’s land : Quels étaient les soutiens ?

Réponse : Depuis l’adoption du principe par la délibération du Conseil Général en 2003, les élus de Mayotte se sont contentés de voter des « vœux » transmis au Gouvernement par l’intermédiaire du Préfet de Mayotte. Mais, jamais un élu local avant moi ne s’est réellement attelé au travail de lobbying. A l’échelle de l’Europe et au sein des autres RUP, j’ai porté avec force et enthousiasme le dossier de Mayotte. On dit chez nous, « maji ya chijavou woujiva chijavouni[On défend mieux ses intérêts soi-même.]». Les soutiens ont été multiples.

Mon premier déplacement a eu lieu au Département et Région de La Réunion pour participer à la conférence de coopération régionale des 19 et 20 mai 2011. J’ai pu obtenir le soutien des collègues de La Réunion, notamment le Président de la Région ainsi que le Vice-Président délégué aux affaires européennes. Lors de cette conférence, j’ai rencontré madame Anne CROZAT, Chef de secteur-Secrétariat Général pour les affaires européennes au Ministère à Paris. Je l’ai sensibilisée sur la nécessité d’intégrer Mayotte dans les simulations financières dans le cadre des négociations européennes, notamment dans les perspectives financières concernant l’outre-mer.

En juin 2011, je me suis rendu en Sicile où j’ai sensibilisé, en marge des jeux des jeunes des îles européennes, les élus accompagnant leurs délégations sur le dossier RUP de Mayotte.

Du 26 au 30 septembre 2011, j’ai participé à l’assemblée générale de la Conférence des Régions Périphériques maritime d’Europe (CRPM) sous la présidence de Jean-Yves LE DRIAN qui a accepté d’être l’un des relais de la rupéisation de Mayotte dans les différents rencontres organisées avec les commissaires européens et le gouvernement français. A cette conférence, nous avons présenté notre département ; et nous avons insisté sur les atouts de notre archipel notamment dans la géopolitique et dans la richesse de sa biodiversité maritime. Notre présence a été saluée par tous les participants y compris les commissaires européens présents qui ont noté notre réel engagement d’intégrer la famille des RUP.

Du 11 au 16 octobre 2011, pendant la grève contre la vie chère, j’ai conduit une délégation de 27 personnes (cadres, élus et militants progressistes) à Bruxelles pour vivre l’Europe au Parlement. Durant ce déplacement, nous nous sommes entretenus le député européen Elie HOARAU et moi avec le Commissaire Michel BARNIER en charge du Marché intérieur et de la lutte contre les monopoles commerciaux, le mercredi 12.
A près avoir visité le parlement européen le 13 avec toute la délégation mahoraise, j’ai rencontré le 14, assisté de l’attaché du député européen et des camarades Darouèche BOINA, Hamada-Hamidou SIDI, Chamsidine BOURA à la Représentation française permanente à Bruxelles Jean- Noël LADOIS, chargé des RUP. Nous avons fait le point sur l’avancement de notre dossier RUP. Il m’a certifié que le dossier était bien ficelé et ne souffrait d’aucune contestation au niveau de la Commission européenne. Et que le Président de la République devait le déposer lui-même officiellement avant la fin du mois. Et que le Commissaire Johannes HAHN était favorable à notre proposition d’être acceptée comme « Membre observateur » au sein des RUP dès 2012.

Du 1er au 5 novembre 2011, je me suis rendu aux Antilles, en Martinique où a lieu la 17ème Conférence des Présidents des RUP sous la présidence de Serge LETCHIMY. Le vendredi 4 novembre, dans son intervention de clôture des travaux, le Commissaire Johannes HAHN a confirmé l’intégration de Mayotte dans la famille des RUP comme « Membre observateur » dès la 18ème Conférence des Présidents qui aura lieu en septembre 2012 aux Açores. A ce titre, j’ai été convié à la photo de famille des Présidents avec le Commissaire européen.
Ce travail de lobbying n’a pas été de tout repos. J’ai eu un agenda très chargé sur la scène nationale et européenne jusqu’au 6 juillet 2012.

5) No man’s land : Les conditions pour accéder au statut de RUP ?

Réponse : Seules les régions d’outre-mer des Etats membres de l’Union européenne peuvent accéder au statut de RUP. Les autres conditions tiennent à la bonne gouvernance (le respect de la démocratie, une transparence dans la gestion des fonds publics, etc.), à la capacité de respecter les directives européennes, autrement dit l’acquis communautaire…

6) No man’s land : Que bénéficiera Mayotte à travers ce statut ?

Réponse : Le département de Mayotte qui bénéficie seulement du FED à cause de son statut de PTOM jusqu’au 31 décembre 2013 recevra l’ensemble des Fonds structurels européens afin de rattraper ses retards en matière de développement économique et social. Le Fonds Européen Développement Régional (FEDER) et le Fonds Social Européen (FSE) restent les dispositifs financiers phares de l’Europe à propos des RUP. Mais il en existe au moins six, notamment le FEADER, le FEP. C’est une manne importante qui peut permettre la réalisation d’équipements d’envergure régionale ou internationale sur le territoire mahorais. A ces aspects économiques et financiers, les Mahorais renforcent en l’élargissant leur espace de liberté, de sécurité et de justice. Enfin, bien qu’éloigné du continent européen, Mayotte fait désormais partie de ce grand ensemble constitué de réseaux transeuropéens.

Saïd AHAMADI au milieu de ministres, Présidents de RUP, chefs de gouvernement des PTOM au 10ème Forum de l’OCTA-UE, le 25 janvier 2012, Bruxelles, au hall de « The Hotel »,

Saïd AHAMADI au milieu de ministres, Présidents de RUP, chefs de gouvernement des PTOM au 10ème Forum de l’OCTA-UE, le 25 janvier 2012, Bruxelles, au hall de « The Hotel »

 

7) No man’s land : L’Union des Comores, par la voix de son Ministère des affaires étrangères, a dénoncé la rupéisation de Mayotte par le Conseil Européen. Quel message adressez-vous à vos homologues de l’Union des Comores concernant la rupéisation de Mayotte ?

Réponse : La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores. Nos frères élus ou ministres comoriens ne doivent pas continuer à adopter une position rétrograde au vu de l’évolution du monde. Cette attitude qui consiste à critiquer toute évolution de l’archipel mahorais voisin pénalise en premier lieu les ressortissants comoriens sur place ou installés à Mayotte.
C’est surtout une position défendue par une élite politique et un corps intermédiaire (composé de journalistes, intellectuels, responsables d’associations) qui, même minoritaires, tentent de masquer leurs propres insuffisances dans la gestion des affaires publiques aux Comores.
Je leur demande enfin de regarder la vérité en face en abandonnant leur projet désuet de vouloir intégrer Mayotte dans l’ « Etat » comorien. Les autorités comoriennes ont tout à y gagner en nouant des relations saines de coopération régionale avec nous au lieu de pousser à la mer leurs ressortissants à bord d’embarcations de fortune, les « japawa » et périr le plus souvent dans les eaux du lagon de Mayotte.
Je voudrais qu’ils pensent au Jugement dernier puisqu’ils se disent musulmans.


8) No man’s land : Une mission sénatoriale française, composés d’élus de différents bords politiques, en visite ce mois-ci à Mayotte, préconise la suppression du visa Balladur et une coopération sérieuse entre la France et l’Union des Comores. Quelle est votre réaction vis-à-vis d’un tel projet ?

Réponse : La suppression de ce visa n’est pas la panacée, même si cela aura un effet positif psychologiquement aux Comores et dans les îles du Canal de Mozambique en général.

Les Mahorais et les habitants des trois îles autonomes (Anjouanais, Mohéliens et Grand- Comoriens) de l’Union des Comores doivent s’asseoir autour d’une table et régler les problèmes existentialistes qui se posent à nous. Le problème, ce n’est pas tant le « visa Balladur » même s’il cristallise les tensions. C’est plutôt le mal vivre aux Comores, le désespoir qui engendre l’immigration irrégulière disproportionnée à Mayotte, ravivant ainsi les haines primaires et les rancoeurs. La mauvaise gestion administrative et financière aux Comores est parmi les réelles de la faillite de l’Etat comorien. Il est urgent de réhabiliter la notion d’Etat dans la conscience des Comoriens, et surtout le respect des institutions fondées sur des bases démocratiques partagées par l’ensemble de la population.

9) No man’s land: Vous serez à Moroni au mois d’octobre prochain. Quel est le but de cette visite ? Autrement dit, que doit-on s’attendre de ce séjour ?

Réponse : Maire de Koungou de 2001 à 2007, j’allais régulièrement dans les îles de l’Union des Comores. Ainsi, j’ai appris beaucoup de l’histoire et de la société comorienne. J’ai pu relever les points de convergence et les points de discorde avec notre société mahoraise. J’ai noué des contacts précieux dans la recherche d’une solution au dilemme de nos îles du Canal de Mozambique.

Depuis 2007, le revirement politique inattendu du Président comorien Sambi m’a décontenancé, et je ne suis plus jamais retourné à Moroni. L’orientation islamique du régime était devenue un facteur de blocage. Les Comoriens, musulmans mais laïcs, ne parlent pas l’arabe pour la grande majorité d’entre eux.

Aujourd’hui, de par mes responsabilités au sein du Conseil Général de Mayotte, je me dois de ma rendre à Moroni après avoir rempli avec succès la mission européenne et après la conclusion de deux conventions stratégiques de coopération régionale avec deux régions malgaches, Diana au Nord et Boeny au Sud-ouest en octobre 2011.

Je me dois d’accompagner et de favoriser l’intensification des économiques et commerciaux avec les Comores, notre principal partenaire dans la région. Les sources de notre douane attestent que dans les échanges en valeur dans la zone océan Indien, les Comores restent le premier partenaire économique de Mayotte, de loin devant tous les autres. Les Mahorais exportent aux Comores à hauteur de 707 millions d’euros par an (chiffres douane France 2004). Dans le contexte de crise mondiale actuelle, nous devons travailler de manière intelligente avec nos principaux partenaires dans un esprit de co-développement ; autrement dite, la coopération « gagnant -gagnant ». Je m’inscris dans les orientations de notre Gouvernement, notamment celles du ministre des affaires étrangères et européennes Laurent FABIUS qui place le développement économique comme sa première priorité dans le cadre de la diplomatie française.

10) No man’s land : Le président du Conseil Général de Mayotte, notamment Daniel Zaïdani, envisage d’intégrer Mayotte dans la Commission de l’Océan indien. Sachant que seul un Etat a le droit d’intégrer la COI, que même Zanzibar après maintes demandes a toujours essuyé un refus et que c’est seulement la France qui est membre de la COI, mais pas la Réunion, dites-nous, vous qui êtes dans le secret des dieux, comment Mayotte va-t-elle procéder pour être membre de la COI ?

Réponse : Que Mayotte siège dans la COI, c’est un projet que je partage. Malgré la difficulté de la réalisation d’un tel projet comme vous le suggérez, nous travaillerons avec les différents acteurs (en particulier notre Etat et la région Réunion) pour relever le défi de la cohérence dans la coopération régionale avec notre reconnaissance comme Département et Région ultrapériphérique de l’Europe.


11) No man’s land : Une délégation de jeunes mahorais a participé au 8 ème jeu des îles de l’Océan Indien qui se sont déroulés ce mois-ci à Moroni. Quelles sont les leçons que nous devrions tirer de cet évènement ?

Réponse : Tout ce qui participe au développement des rencontres entre les jeunes de l’océan Indien doit être encouragé. Ces échanges permettent aux uns et aux autres de corriger leurs préjugés négatifs, et d’appréhender l’avenir avec sérénité. La connaissance mutuelle des populations de la zone océan Indien permettra de mieux identifier des projets communs de développement. Mayotte doit se doter des équipements sportifs adéquats pour accueillir un jour ces jeux, en 2020 par exemple. Au-delà nos devises nationales respectives (Unité, Solidarité et Développement pour l’Union des Comores, et Liberté, Égalité et Fraternité pour la France), j’invite les différents responsables à plus de courage et d’audace dans nos relations communes afin de relever les nombreux défis qui se présentent à nous. Assez de faux-fuyants!