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Regarder l’archipel des Comores autrement
Article : Entretien /Hachimiya AHAMADA : Une cinéaste du terroir
Culture
4
1 janvier 2011

Entretien /Hachimiya AHAMADA : Une cinéaste du terroir

 Née en France en 1976 de parents d’origine comorienne, Hachimiya AHAMDA est effectivement une cinéaste du terroir. Sa caméra toujours braquée sur sa terre d’origine, l’archipel des Comores, ses thèmes de prédilection sont l’identité et la mémoire. En 2008, elle a réalisé la fiction « La résidence Ylang Ylang ». Co-produit par Aurora Films à Paris et Washko Ink à Moroni, ce court-métrage a été projeté dans une soixantaine de festivals internationaux : du festival de Cannes au festival International du Film Black de Montréal en passant par le Women’s Films Festival in Chennai en Inde. « La Résidence Ylang Ylang »  a remporté rien qu’en 2009 de nombreux prix comme le Grand Prix du court métrage du Festival Quintessence de Ouidah, le Prix du meilleur scenario du Festival Francophone de Vaulx en Velin, la Mention Spéciale du Jury au Festival du Cinéma d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine de Milan . A travers cet entretien qu’elle nous a accordé, Hachimiya nous révèle un pan de sa vie professionnelle et intime.
HACHIMIYA AHAMADA
HACHIMIYA AHAMADA

 1-        No man’s land : Hachimiya, comment s’est faite votre arrivée dans le cinéma ?

 Adolescente, je passais tous mes samedis après midi dans un atelier vidéo à Dunkerque : l’Ecole de la Rue. Dans cet atelier avec une bande de copains passionnés de cinéma, j’avais fait mes premiers pas en réalisant de petits portraits documentaires. Il y avait eu une telle cohésion dans le groupe et un tel engouement pour les films qu’aujourd’hui certains d’entre nous ont transformé cette passion en métier. Parmi nous il y a des réalisateurs, un producteur, un projectionniste (qui est comorien d’ailleurs) et des programmateurs de films. Par ailleurs, cet atelier se trouvait dans le même bâtiment qu’une salle de cinéma d’Art et d’Essai dont le programmateur de l’époque organisait chaque année un festival de rencontres internationales de cinéma dans lequel on avait eu la chance d’échanger avec des cinéastes venant de pays différents. Ils nous aidaient à aiguiser notre regard sur le monde et à construire un discours cinématographique avec l’aide de l’image et du son. A mon regret ce festival n’existe plus. Cette période de jeunesse est ma persistance rétinienne qui aujourd’hui encore me pousse à aller plus loin dans cette voie.

 Par la suite, je me suis inscrite à l’INSAS, une école de cinéma à Bruxelles. J’ai suivi une formation de Réalisation et j’en suis sortie diplômée en 2004. 

 2-        No man’s land : Vous êtes une jeune femme, musulmane de surcroît, née dans une famille d’origine comorienne. Comment votre famille a réagi lorsque vous leur avez annoncé que vous alliez désormais embrasser une carrière de cinéaste ?

 Depuis mon adolescence, mes parents m’avaient toujours vue avec une caméra en main. Ils savaient que je passais tous mes samedis dans cet atelier. En dehors de ça, je filmais parfois des mariages traditionnels qui se faisaient dans la communauté comorienne de Dunkerque. Je prenais aussi des images propres à la famille … ça allait de soi que je voulais poursuivre cette passion comme un métier. Toutefois, ne comprenant pas le terme ‘cinéaste’ ma famille est en train de le découvrir au fil de mon parcours.  J’essaie de faire comprendre que je ne suis pas une ‘journaliste ‘! Un terme plus facile à conceptualiser.  

 Femmes ou hommes cinéastes issus du milieu musulman (et comorien de surcroît) on est tous dans le même bateau. Ce n’est pas le fait d’être une femme qui serait un obstacle ou la religion qui serait un frein pour embrasser cette carrière.  C’est l’ignorance sur les métiers qui touche à l’art en général. Nos parents ont été bercés par le cinéma de Hollywood, de Bollywood et du cinéma asiatique et comme nous n’avons pas encore conquis industriellement ce terrain là, il est normal qu’un parent craigne que son enfant se lance dans ce monde qui lui est inconnu. Pour notre jeune génération, femmes ou hommes, il faut aller de l’avant, ne pas se poser de faux problèmes ou de fausses questions sur la religion ou les traditions : on a vivement besoin d’artistes, et, dans mon domaine de cinéastes, d’acteurs qui en se mettant dans la peau de super héros seraient nos miroirs, de producteurs, de techniciens … A ce jour, on est dans une phase où l’on pose des jalons pour la génération future. 

 3-        Quel regard portez-vous sur la femme comorienne, qu’elle soit de la diaspora en France ou des Comores en général ? La femme comorienne, vous la trouvez comment ?

 J’avoue que j’ai du mal à répondre à ce genre de question très féministe.

La femme comorienne est intérieurement très forte. Quelque soit le milieu dans lequel elle se trouve, quelque soit sa dépendance à la tradition (car la femme comorienne en reste la gardienne de génération en génération), elle arrive à imposer sa place face aux hommes. C’est par elle que se font les grandes décisions familiales ou collectives contrairement à ce que l’on peut penser. Les femmes ont de la poigne ! Par ailleurs, on reste quand même une société dont la vie des femmes se fait plus ou moins en gynécée et cela renforce les femmes entre elles, elles se soutiennent vraiment. Le côté positif, c’est la solidarité pour apaiser leurs maux individuels, ô combien nombreux ! Je suis très admirative de la jeune génération de femmes qui est très dynamique, très ambitieuse, très combative et qui sait allier Modernité et Tradition. Elles donnent un bel espoir pour notre futur idéal comorien. Qu’il en soit ainsi !

 4-        Vous avez passé toute votre vie en Europe. Pourquoi avez-vous choisi de tourner votre film « Résidence Ylang Ylang » aux Comores ? La langue de ce film est le comorien, est-ce un hasard ?

  Après ma formation à l’INSAS, j’ai voulu me lancer dans une fiction. « La Résidence Ylang Ylang » est mon premier court métrage de fiction. J’ai toujours fait du documentaire qui est une très bonne école pour passer vers la fiction ou vers la fiction détournée vers le réel. Je suis partie d’un sujet qui me tient à cœur : la maison. Ce court métrage est très important pour moi car il y a des inspirations autobiographiques et il fallait aussi que je retourne à mes origines par le biais du cinéma. Je suis née à Dunkerque donc j’appartiens à la diaspora comorienne et forcément mon regard reste celui du « Je viens ».  Par « La Résidence Ylang Ylang » je voulais en moi-même casser ce regard. Le film effectué je n’arrive toujours pas à savoir si j’y suis arrivée.

 Par contre c’est ma meilleure introspection vers les Comores. Lors de mes phases de recherche pour préparer le film,  j’ai fait des rencontres qui m’ont fait comprendre ce qu’était le quotidien comorien quel que soit le milieu social. L’expérience de ce court métrage est aussi une preuve que l’on peut faire des projets de toute sorte dans le pays et que les insulaires sont en attente de ce type d’initiative. Il y a du potentiel et une telle énergie qu’on ne peut pas passer à côté de ça. La problématique majeure reste tout de même toujours : par quel moyen y arriver ?

Pour la question de la langue, un film reflétant un pays doit se faire dans la langue du pays où l’on tourne. Les insulaires sont nés et ont baigné dans la langue comorienne : cela n’aurait eu aucun sens si les acteurs avaient joué en langue française. Et, les spectateurs comoriens doivent s’accaparer un imaginaire qui se base sur leurs propres repères. Pour cela, j’ai tourné en comorien même si moi-même je ne maîtrise pas bien la langue. Je dois faire des progrès pour pousser encore plus loin mes travaux.

 5-        Vous avez présenté votre film un peu partout dans le monde, dans des festivals qui ne sont pas des moindres, de renommée internationale. Quels souvenirs avez-vous gardé de ces rencontres du 7ème art ?

 Le film a effectivement bien tourné. Un court métrage vit normalement deux ans. En deux ans et demi, « la Résidence Ylang Ylang » a été diffusé dans plus de  35 festivals internationaux. C’est génial et inattendu car je ne pense pas que mes prochains films auront un tel parcours. Le souvenir que j’en garde, c’est l’immense curiosité des spectateurs envers un pays qu’ils ne connaissent pas vraiment. Ils ont déjà entendu le nom mais ne savent pas vraiment où cela se situe dans le Monde : les Comores, dans l’imaginaire des autres, c’est un monde très reculé. Ce qui me marque c’est aussi leur surprise à voir l’omniprésence du vert (végétation luxuriante) ou à entendre une langue qui leur est inconnue. Ces rencontres en festival sont stimulantes pour continuer à travailler dans cette voie. Sans le vouloir, j’étais un peu un porte-drapeau ou un porte-parole des Comores à chaque rencontre avec un public différent. Il y a une réelle soif de voir des images venant de l’Océan Indien en cinéma, non pas en télévision mais en Cinéma. Pour cela, il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine là pour apaiser cette soif extérieure (et intérieure aussi d’ailleurs).

 6-        Le prochain Hachimiya parlera de quoi et dans quel pays sera-t-il tourné ?

 Je travaille actuellement sur un projet de documentaire long qui s’intitule ‘L’Ivresse d’une Oasis’ produit par Shõnagon Film et le CBA à Bruxelles. Cinq ans de travail qui sont en train d’aboutir. Un vrai parcours du combattant en terme de production. Ce temps de réalisation a été très long car je me focalise sur un thème qui apparemment ne plaît pas aux télévisions. Ce n’est pas plus mal car j’ai une liberté d’écriture et de format pour le moment. Je tourne toujours autour de ce même thème : la maison non terminée qui attend le retour de son propriétaire exilé ailleurs. Pour un ‘Je viens’ ce qui nous fait revenir au bled c’est la fierté du père : la maison familiale qu’il a construite dans son village  natal.

 Mais, en tant qu’enfant de la diaspora, que fait-on de cette maison en dur demeurant inoccupée durant de longues années?

 Et plus largement, que fait-on de notre héritage culturel comorien quand on est de France ou quand on s’en va de l’Archipel des Comores -qu’on soit de la Grande Comore, d’Anjouan, de Mohéli ou de Mayotte-?

 Je suis partie seule en 2006 faire un repérage sur les 4 îles de l’archipel et je suis revenue avec une petite équipe cette année pour filmer à nouveau dans ces îles. C’est un film d’introspection sur l’identité comorienne qui part de ma famille pour aller vers les autres. Encore une fois, les pérégrinations à travers les îles ont été de vraies révélations sur ma quête identitaire en rencontrant des gens du peuple, dans le sens noble du terme. Toutefois, ils m’ont fait comprendre chacun à sa manière ce que pouvait être un idéal comorien. Je suis actuellement en phase de montage à Bruxelles. Avec le monteur, nous essayons de réunir les 4 îles au sein de ce long film road-movie. J’espère au final avoir un film en ‘Cinéma’ qui reflète vraiment la température actuelle de l’ensemble de l’archipel.

 7-         No man’s land : Que peut le cinéma dans nos sociétés actuelles ?  Que peut apporter de positif le cinéma dans les sociétés Comoriennes en particulier et dans les sociétés du monde en général?

 Quelque soit la forme du film (fiction, documentaire, fiction-docu, cinéma expérimental), faire du cinéma, c’est donner une vision singulière sur le Monde qui nous entoure. On partage avec l’Autre nos histoires en image et en son. Dans les pays où il y a carence de cinéma, même s’il y a évasion, ce moyen d’expression a un rôle politique. Il donne la température contemporaine des pays en crise ou en expansion. Plus il y a crise, plus il y a de la matière à narrer. Plus il y a crise, plus il y a censure et plus cette contrainte oblige l’auteur à trouver une forme particulière à son œuvre (je pense au cinéma iranien et chinois dont les auteurs s’en sortent par des propositions stylistiques intéressantes malgré les condamnations lourdes dont ils écopent pour juste avoir eu envie de filmer leur pays). Cela en est de même pour les pays sans moyens industriels cinématographiques. 

 En ce qui concerne nos îles, il y a tellement d’histoires à raconter dans la culture comorienne… On est une société riche en contradictions et il y a de quoi puiser en nous pour réaliser des milliers de films avec des sujets très forts. Faire le portrait de cette société par le biais du cinéma, sans faire de concession, aurait un impact infini sur nos projections en nous-mêmes et sur notre imaginaire. Car actuellement, dans le Nord (voire aussi dans les îles mêmes), quelles images sont véhiculées sur nous ? Nous reconnaissons-nous en ces images ? Je n’arrive pas à savoir si nos images sont encore floues sur nous ?

 Il y a un besoin énorme de mettre en place un miroir pour corriger nos propres maux, pour réfléchir, pour se divertir ou pour s’évader avec un héros qui ressemble aux insulaires. On est en manque d’identification avec des personnages comoriens face à la circulation massive de films américains, asiatiques et de Bollywood en DVD. A part à Mayotte (mais il faut s’interroger sur le public qui fréquente les salles obscures), on est surtout en manque d’une salle de cinéma sur les autres îles. Au moins une dans chaque capitale, ce serait déjà pas mal.  

 8-        No man’s land : Quand on parle de cinéma, on parle toujours d’investissement, de salles de cinéma, de téléspectateurs qui se déplacent et qui achètent des tickets, de distribution, en un mot, d’industrie du cinéma. Ne pensez-vous pas qu’un développement du cinéma aux Comores implique une création d’une industrie du cinéma à l’instar de Nollywood au Nigéria, de Bollywood en Inde et de Hollywood aux Etats-Unis ?

 Avec quels moyens faire et diffuser le cinéma comorien?

C’est une question cruciale qui touche également tout le cinéma d’Afrique noire francophone à ce jour. Dans le Nord, on s’inquiète sur le manque de représentation africaine plus franche à diffuser dans les salles obscures (en dehors des festivals pour l’Afrique) alors que dans le Sud, il existe tout de même des productions qui se font chaque année (avec difficulté selon la nécessité budgétaire) sur des supports différents et de qualités différentes. Néanmoins, il y a une réelle absence de structures qui s’occuperaient essentiellement de la circulation de ces films entre les pays africains et en dehors des festivals ponctuels.

 Pour le moment je suis un peu pessimiste sur l’existence d’une industrie du cinéma comorien. Je suis plutôt dans l’ordre du rêve : il faudrait une création industrielle qui serait un mélange entre un Nollywood, un Bollywood et aussi un cinéma exigeant d’auteur. Chacun y trouverait son compte.

 Mais par quel procédé ? Par l’Etat comorien qui créerait comme cela se fait dans quelques pays africains une Commission du Film qui dépendrait du Ministère de la Culture ? Si déjà une structure de la sorte n’existe pas pour les autres formes d’art, comme la littérature ou comme le spectacle vivant dans le pays, je peux encore rêver longtemps.

 Puis, il y a une autre alternative qui est l’ensemble des aides culturelles venant du Nord ou du Moyen Orient, mais cette solution là doit-elle en être l’unique réponse pour faire accoucher nos créations?  

C’est à  méditer…

https://www.dailymotion.com/video/xtxq3w_la-residence-ylang-ylang_shortfilms

 

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Article : Wikileaks, venez nous sauver !!!!
News
1
31 décembre 2010

Wikileaks, venez nous sauver !!!!

Hacker

De nouveaux câbles diplomatiques mis en ligne sur le site consacré aux fuites d’information Wikileaks dévoilent au grand jour qu’Omar Bongo a, de son vivant bien sûr, détourné des fonds en faveur de partis politiques français. En vérité, cette nouvelle, secret de polichinelle par surcroît, a  laissé indifférents de nombreux comoriens. Pour une seule et unique raison : Les Comoriens ont toujours attendu de pieds ferme que cet « organe de renseignements le plus puissant au monde », comme aime à le vanter son fondateur, le cyberactiviste Julian Assange, leur dévoile enfin ce qui se cache derrière le tandem composés du président des Comores Sambi, qui est aussi connu sous les noms Père noël, Docteur Jekyll ou Mr Hyde et de l’homme d’affaire franco-syrien Bashar Kiwan.

Il y a quelques jours, un employé du quotidien Al-Balad Mayotte nous a mis dans le secret : « A ce qu’il paraît les renseignements généraux français se demandent d’où provient le fonds de fonctionnement du journal. Et ils ont même ouvert une enquête sur nous. D’ailleurs, parfois même, je me mets à douter du journal. Surtout quand nos salaires peinent à tomber à chaque fin de mois. Un de mes collègues m’a d’ailleurs appris que nos salaires sont versés de Moroni. Et c’est la raison pour laquelle ils arrivent toujours en retard.»

Et depuis notre équipe ne pense qu’en toucher deux mots aux hackers de Wikileaks. Elle ne pense qu’à la diffusion salvatrice de câbles diplomatiques mettant en cause le tandem docteur Jekyll-alias-Sambi-Bashar Kiwan. Que les hackers de Wikileaks jettent un œil sur les SMS et les courriels du maudit tandem et  disent aux Comoriens où sont passés les 200 millions de dollars de la vente de la citoyenneté économique à 4000 familles bédouines qui jusqu’à maintenant n’ont jamais foulé le sol comorien.  Toujours est-il que Bashar Kiwan s’est vu attribuer par Sambi alias Mr Hyde, en juin 2009, 175 millions de dollars, prélevés sur le fonds de la vente des passeports comoriens [oui en guise  de citoyenneté économique  plutôt utiliser le mot passeports comoriens parce qu’il paraît que  la société belge SEMLEX qui est à l’origine des passeports biométriques aux Comores a aussi été complice de cette transaction mafieuse].

En fait, les bédouins sont des apatrides  qui vivent aux Koweït. Et pour pouvoir voyager ou demander la nationalité koweitienne, il leur faut impérativement des papiers d’identités . En effet l’acquisition d’une quelconque titre d’identité est  naturellement impossible vu le fait que les bédouins n’ont pas de patrie. Autrement dit , l’achat de la citoyenneté comorienne leur a permis enfin de concrétiser leurs projets.

Beaucoup de Comoriens s’impatientent de savoir à quoi a servi la liasse de billets verts. Puisqu’aucun document officiel ne l’atteste jusqu’à ce jour. A part les rumeurs que le journal Al-Balad Mayotte fonctionne avec le fonds de la vente de la citoyenneté économique, personne ne sait ce que le tandem a fait de la liasse de billets verts. A part les rumeurs que bientôt Bashar Kiwan va créer une chaîne de télévision et une station de radio privées à Mayotte, personne ne sait ce que le tandem a fait de la liasse de billets verts. Ce qui est sûr, c’est que le 16 juillet 2008, Sambi a fait un communiqué au cours duquel il implique l’Emir du Koweït dans la transaction douteuse. Et quelque temps après, l’Emir du Koweït, par l’intermédiaire de son ambassadeur aux Comores avec résidence en Egypte, a fait un démenti formel à toute implication dans la transaction.

En 2009, Bashar Kiwan a été arrêté à Dubaï pour une affaire l’opposant au richissime Talal Alkhoury.  En fait, voilà la petite histoire. Talal Alkhoury avait investi 34 millions de dollars dans le projet d’une mise en place aux Comores d’une deuxième société de téléphonie mobile. Et l’Etat comorien, au nom de Mr Hyde, s’était associé à ce projet en délivrant gratuitement une licence d’exploitation à Bashar. Mais comme le projet ne voyait jamais le jour, Bashar avait vendu la licence d’exploitation à un autre opérateur de téléphonie mobile, le richissime Talal a porté plainte contre Bashar. Et certains disent que c’est grâce à l’intervention du Père Noël que Bashar a été relaxé par les autorités émérites.

Vraiment nous espérons que Wikileaks fasse la lumière sur ces affaires.

Julien Assange est né le 3 juillet en Australie. Il est le créateur de Wikileaks. Et après les révélations des télégrammes de la diplomatie américaine au mois de novembre dernier sur son site, il est accusé d’avoir eu des relations sexuelles consentantes mais sans préservatif avec une jeune femme suédoise. Il vient de révéler au monde entier que la prochaine guerre mondiale sera sans l’ombre d’un doute électronique : une cyberguerre.

 

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Article : Mayotte …au rendez-vous du porno international
Société
7
30 octobre 2010

Mayotte …au rendez-vous du porno international

« Car, qu’est-ce qu’un peuple ? Un peuple est une population .C’est pour moi la même chose. Mais le peuple, c’est la population consciente d’elle-même. Consciente de son histoire, consciente de sa culture, consciente de sa dignité. Et c’est ça qui devient un peuple. La population devient un peuple par un processus de conscience. Laquelle conscience se conquiert au fur et à mesure que les peuples brandissent leur fierté, leur propre reconnaissance. »

Aimé Césaire.

Ce n’est un secret pour personne, la population de Mayotte est musulmane à 95 %. La plupart des Mahorais, avant de fréquenter l’école d’expression française, doivent nécessairement passer à l’école coranique dès l’âge de 4 ans pour être initié à l’alphabet phonique arabe et à la lecture du coran. D’ailleurs, pour ne pas vexer les Mahorais, l’Etat français a, pendant qu’il interdisait le port de signes religieux dans les milieux scolaires à l’hexagone, permis le port du voile à Mayotte ; prétextant que le voile mahorais est culturel et non pas religieux : les femmes zanzibarites grinceront sûrement des dents en entendant ce truisme, elles dont les aïeules ont emboîté le pas aux femmes voilées venues d’Hadramaout. Néanmoins, au lendemain du vote pour la départementalisation de Mayotte, les chefs religieux sont convaincus de tomber de leur piédestal, de ne plus avoir voix au chapitre. En ce samedi 23 octobre, quand les cadis et autres musulmans de Mayotte se sont réunis à la Maison des Jeunes de Mamoudzou, sise au quartier Mgombani,  pour parler de l’avenir de l’Islam sur leur île, No man’s land a profité de l’occasion pour recueillir les avis des religieux et autres citoyens sur le spectacle érotique de la n°1 du X français, Katsuni, qui aura lieu ce 6 novembre à la discothèque le Koropa. Reportage.

La porno-star française Katsumi
La porno-star française Katsumi

 « C’est grave. Ce spectacle doit être interdit à Mayotte. Mayotte est une terre musulmane, la population doit se soulever contre des pratiques de ce genre. D’ailleurs, un hadith du prophète interdit à la femme de montrer sa nudité à une personne autre que son époux. Nous allons faire des invocations… peut-être même investir les rues pour dénoncer ce spectacle. Et sûrement les Mahorais qui ont  foi dans l’Islam vont se joindre à nous. » nous a appris Mouridi Halidi, cadi de Sada. Pour Ibrahim Souleïmane « ce spectacle est contraire à notre religion musulmane. Des orgies pareilles existent déjà à Mayotte, mais se font en cachette. Mais faire venir carrément une professionnelle du porno à Mayotte et inviter des gens à aller la voir est inadmissible. C’est un virus qui risque de se propager dans toute l’île. »

 Après les religieux, nous avons aussi interrogé le citoyen lambda. « Les mahorais veulent être département. Ils doivent accepter les lois qui vont avec le département. Mayotte ne sera pas un département musulman, il sera un département comme les autres. » nous a dit Patrice Roux, qui est responsable d’usine. Pour Gabriel qui est artisan « à Mayotte, on est Français avant tout. C’est vrai que la majorité de la population est musulmane, mais la France n’est pas musulmane ». Pour Stéphane qui est barman «  Mayotte a voté département donc elle doit accepter les lois de la république, la laïcité y compris. Toute culture a droit à une ouverture d’esprit. Koropa est un endroit clos et privé. Et personne n’est obligé d’aller voir ce spectacle. »

 Pour Saïd Soilihi, qui est enseignant au collège de Doujani, « c’est bien qu’un spectacle pareil soit fait à Mayotte. Il faut que les jeunes grandissent d’une manière ou d’une autre. Ces pratiques vicieuses vont de pair avec la situation actuelle de Mayotte. Cette orgie va aveugler davantage cette jeunesse sacrifiée, détruire l’avenir de Mayotte. Les jeunes mahorais ne sont pas avertis, n’ont pas l’esprit critique, ils vont adhérer facilement… ». Djamal est chargé d’exécution des marchés scolaires et selon lui « les jeunes mahorais ont tourné le dos à leurs traditions. Et cela est lamentable. A force de se tourner vers tout ce qui est moderne, les jeunes n’ont plus le temps de réfléchir parce qu’ils n’ont plus de repères. Ils sont incapables de séparer le bon grain de l’ivraie. Raison pour laquelle, ils se laissent influencer facilement. Et rassurez-vous que la mention qui est  apposée sur le dépliant «  EXCLUSIVEMENT RESERVE AUX ADULTES CONSENTANTS» est un miroir aux alouettes. Puisque ce qui fait la réputation du Koropa, c’est les mineures de 15-17 ans… ».

 Pour Bacar Ali Boto « par rapport à la religion, c’est interdit. Devant les lois traditionnelles, c’est une mauvaise chose. Mais il ne faut pas oublier qu’à Mayotte on vit en démocratie. Chacun de nous a le droit de faire ce que bon lui semble à condition que ça ne dérange autrui. Ce spectacle aura lieu dans un endroit clos et privé, alors pourquoi pas. Moi personnellement je n’irai pas à ce spectacle, mais je ne peux pas empêcher les autres de ne pas y aller ». « J’ai vécu un peu partout dans le monde. Et je suis marin. Et il ne faut pas oublier que le métier de marin et la prostitution font partie des plus vieux métiers du monde. Toutefois, si Mayotte est un pays super musulman, ce n’est pas bien de faire un spectacle pareil ici. Si Katsuni vient juste pour visiter l’île, ce n’est pas un problème. Mais si elle vient faire des spectacles de folie, là c’est grave. C’est une insulte aux gens d’ici, moi non plus je n’accepterais pas qu’en Belgique on se mette à faire de la drogue dans les rues. » nous a affirmé Ray , qui est Belge . « Mayotte est un pays où il y a un brassage de population. Et moi je suis pour le multiculturel. Mais des spectacles de cette envergure vont inciter les jeunes à se prostituer. Et département ne veut pas dire se porter à la débauche. Même la culture judéo-chrétienne des Français interdit ces pratiques vicieuses qui banalisent la femme, la réduisent à quelque chose de sans importance, la rabaisse. » nous a appris Mondroha Saïd Ali, qui travaille au bureau Justice musulmane du Conseil général de Mayotte.

 Geneviève Klaver nous fait part de ses sentiments : « En tant que femme et  mère de famille, je suis choquée que mon fils âgé de 12 ans ait accès à des images pornographiques, dégradantes pour la femme, en allant tout simplement acheter son pain à la boulangerie. Là, je fais référence à cette plaquette censée annoncer les événements de la semaine à Mayotte et que l’on peut trouver un peu partout. Annoncer ce genre de spectacle, pourquoi pas, mais l’illustrer par de telles photos, c’est inacceptable. Il n’est pas là question de culture ni de religion, mais de valeur morale, bien loin de celle que je tente d’inculquer à mon fils, tout comme beaucoup de mères, j’imagine.»

 Pour Papajan, qui est artiste peintre, « sur l’échelle des vices, les strip-teases sont moins graves que les débauches alcooliques. Dans une île comme Mayotte, où l’on propose aux consommateurs un grand choix de produits… ». Loin de vouloir enfoncer le clou, il est à noter que le Qatar et Dubaï sont des terres musulmanes, pourtant les étrangers qui y vivent ont le droit de construire des églises, des synagogues … Pour rafraîchir les mémoires, il ne faut pas oublier que la liberté des uns commence là où s’arrête la liberté des autres. En somme,  les Mahorais doivent marcher dans le sillage des Qataris et des Emiriens quant au respect des choix et des religions des autres. Ils doivent être tolérants en un mot. Et les exemples à ne pas suivre sont ceux de la Suisse qui interdit les minarets et de la France qui ôte le voile à ses citoyennes. « Pour moi, il faut respecter la spécificité culturelle de l’île, je ne dis pas religieuse, mais bien culturelle, c’est-à-dire que ce genre d’évènement peut se produire, mais dans un espace clos et privé. Par contre, afficher des fesses dans un dépliant disponible partout et accessible à tous me paraît choquant par rapport à la culture de Mayotte. On parle de départementalisation adaptée et ce doit être le cas, Mayotte n’est pas l’Auvergne ni la Bretagne. Tout ça, c’est du pain béni pour les djaoulas. » nous a confié Fred, animateur de l’émission la 7ème vagues à la radio Kwezi FM. .

 En effet, la démocratie est d’abord  un contrat social. Et en démocratie, c’est la majorité qui fait la loi. Maintenant il reste à savoir ce que pensent tous les Mahorais du spectacle de Katsuni. Toutefois, Aimé Césaire a forgé au milieu des années 40 l’expression départementalisation progressive et adaptée, parce que lucide. Il savait désormais que les changements brusques et précipités peuvent avoir des impacts négatifs sur les sociétés. Reste à savoir combien de jeunes inadaptés sociaux ont fait la perte des repères socioculturels à Mayotte ces dix dernières années.  Néanmoins, soucieux de conserver la culture et le mode de vie des Mahorais, l’Etat français a proposé aux Mahorais un département progressif et surtout adapté à la réalité, aux spécificités et aux particularités de la société mahoraise. Une proposition qui n’est pas bien vue par beaucoup d’élus mahorais à l’instar du député Abdoulatuf Aly qui, lui, demande un département muhakaka : un département qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux départements de la France hexagonale et des autres Dom. Ce qui est sûr, c’est que l’entêtement de certains élus aura un effet boomerang, si jamais les Mahorais ne se réveillent pas dès à présent … parce qu’il est encore tôt. Et pour ceux qui disent qu’il  est tard, qu’ils sachent que mieux vaut tard que jamais.

 Katsuni, anciennement appelée Katsumi, est une actrice de films pornographiques franco-vietnamienne née en 1979 à Lyon.  Après des études Politiques et de Lettres Modernes, elle s’oriente vers les films pornographiques. Elle vit entre la France et les Etats-Unis où elle fait partie des actrices les plus cotées du cinéma X américain. Elle a tourné dans une cinquantaine de films à gros ou petit budget et a reçu plus d’une trentaine de récompenses internationales. En 2006, elle se fait poser des implants mammaires, et la taille de ses seins est passée de 85 B à 90D. En France, elle a été invitée à des émissions de France-Télévision comme ON EST PAS COUCHE ou CE SOIR OU JAMAIS. Et sur le câble, elle anime aussi une émission de Manga pour adulte (connus sous le nom d’ Hentaï au Nippon )sur la chaîne musicale MCM, et a participé au clip du rappeur Doc Gynéco Funky Maxime. A Mayotte, Katsuni mettra surtout en avant ses performances de show-girl, en interprétant une partie de strip-tease sur la scène de la discothèque le Koropa. Elle fera également la promotion de sa marque de lingerie Petit cœur. Elle parlera aussi de sa carrière, des prouesses de la chirurgie plastique, des prothèses et signera des autographes. Une boutique de sex toy sera mise à la disposition des clientes.

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Article : Entretien avec Saïd AHAMADI dit RAOS, président du Parti Social Mahorais
Politique
1
21 octobre 2010

Entretien avec Saïd AHAMADI dit RAOS, président du Parti Social Mahorais

« Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite » RAOS

Ancien maire de la commune de Koungou, historien de profession, Saïd AHAMADI dit RAOS préside le Parti Social Mahorais (PSM). Quinquagénaire, père d’un enfant, cet ancien maire est, d’après un sondage IPSOS, l’homme politique le mieux écouté de la population mahoraise et a été classé par ce même sondage 2ème personnalité politique le plus appréciée des jeunes de Mayotte. Véritable Robin des bois moderne,  RAOS ne fait pas de la politique pour épater la galerie. C’est vraiment par pur esprit de générosité qu’il s’est lancé dans le combat politique. La preuve, c’est avec honnêteté et franchise qu’il a répondu à nos questions. Interview.

Saïd AHAMADI

No man’s land : Monsieur RAOS, parlez-nous de votre entrée en politique ?

RAOS : Je me suis engagé dans la politiqueà Mayotte car la plupartdes Mahorais connaissent une souffrance sociale. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’emploi bien rémunéré. Les adultes femmes ne bénéficient pas d’allocations familiales au même niveau que leurs compatriotes des autres DOM et de l’hexagone. Il n’y a pas d’Assedic à Mayotte pour aider les personnes qui ont perdu leur travail. Il n’y pas de revenu minimum d’insertion (RMI) pour les actifs de plus de 26 ans qui n’arrivent pas à avoir du travail. Les enfants ne sont pas valorisés parce qu’ils n’ont pas de cantines scolaires. Beaucoup de Mahorais ont des difficultés administratives parce que l’école publique a été négligée par le ministère de l’éducation nationale depuis la présence de la France à Mayotte qui remonte à 1843. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont poussé à m’engager dans la vie politique après avoir œuvré depuis des années dans le milieu associatif, en particulier dans l’association ENFANTS DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE que j’ai créée en 1996 pour venir en aide à tous les habitants de Mayotte qui rencontrent des difficultés administratives à obtenir des papiers d’identité.

No man’s land : Un petit mot sur cette association, monsieur RAOS…

RAOS : Cette association aidait les habitants qui sont nés à Anjouan, Mohéli, Grande-Comore, Madagascar et qui se sont installés à Mayotte avant l’indépendance des Comores en 1975. Parce que ces derniers sont Français dès lors qu’ils le réclament. Depuis 1946 ces îles ci-dessus citées formaient le territoire français d’outre-mer des Comores. L’association n’est pas dissoute, elle existe encore. Seulement le temps me fait défaut. A partir de 1998, j’ai commencé à militer à Mayotte dans la formation socialiste pour mieux aider ces populations démunies car ne parlant pas correctement français et par conséquent ignorant leurs droits.

No man’s land : Résumez-nous en une phrase les visées de votre parti le PSM.

 

RAOS : Le Parti Social Mahorais vise à l’égalité républicaine à Mayotte. C’est pour qu’il n’y ait plus de français de seconde zone à Mayotte que j’ai créé mon parti.

No man’s land : D’après des chiffres officiels, à Mayotte il y a plus de 60% d’analphabètes en français.

 

RAOS : Ce n’est pas vrai. C’est une utopie. 65% des Mahorais ont moins de 25ans. Déjà la population de Mayotte est une population scolarisée depuis 1985. La scolarisation depuis cette année-là est obligatoire. Par contre dire que 50% de plus de 50 ans ne parlent pas français, ça je peux l’accepter.

No man’s land : Au jour d’aujourd’hui on dénombre beaucoup de jeunes déscolarisés à Mayotte.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas déscolarisés. Ces sont les enfants d’étrangers qui le sont. Comme ils n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas s’inscrire à la Mission locale ni faire des formations en alternance. Les Mahorais eux peuvent faire des études jusqu’en 3ème. Mais au-delà de la 3ème, beaucoup ont des difficultés d’orientation pour cause de manque de structure scolaire.  Les établissements pour accueillir les élèves font défaut. Soit ces jeunes se retrouvent dans la rue sans qualifications soit selon les possibilités des familles, ils partent à la Réunion ou en France.

No mans’ land : Monsieur RAOS, appelons un chat un chat. D’après vous la plupart des jeunes Mahorais se retrouvent après la 3ème déscolarisés…

 

RAOS : Non pas la plupart. Beaucoup vont au lycée. Néanmoins c’est malheureux qu’un élève ne puisse pas avoir d’orientation par manque de structure. Mais tout cela c’est la responsabilité du ministère de l’éducation nationale.

No man’s land : Vous vous intéressez beaucoup à la société comorienne. Autrement dit, pourquoi accordiez-vous beaucoup d’intérêt à la société comorienne ?

 

RAOS : Je ne connaissais pas la société comorienne avant 2001. Je n’avais jamais mis les pieds aux Comores indépendantes avant 2001. C’est après avoir été élu maire de Koungou et confronté à un problème d’investissement que je me suis mis à m’intéresser à la société comorienne. J’ai investi parallèlement beaucoup d’énergie et d’argent pour connaître les voisins. Parmi les élus de Mayotte, je suis le seul qui ai pu œuvrer dans la compréhension des voisins comoriens qui sont pour beaucoup des frères, des cousins et des sœurs.

No man’s land : Vous venez d’évoquer un problème d’investissement. C’était quoi exactement ?

 

RAOS : En 2001, j’avais un projet de construction d’un lycée technique dans la commune de Koungou, au lieu-dit Mgombani entre Kangani et Longoni pour justement faire en sorte que les jeunes mahorais soient qualifiés dans le domaine technique. A Mayotte, les lycées techniques il y en a mais peu. Les élèves ne connaissent alors que l’enseignement théorique, les études longues. Pourtant la formation technique est importante pour développer Mayotte. Il faut vraiment former des cadres spécialisés dans le domaine technique. Le lycée devait être construit dans la zone industrielle de Longoni. Mais le Directeur de l’Equipement de l’époque était hostile au projet. Alors que le terrain existait pour accueillir le projet. Les services de l’Etat comme la direction de l’Equipement avaient une autre visée sur le terrain. Comme il y avait une entreprise de gaz dans la zone, le Directeur de l’Equipment m’a dit qu’il n’était pas possible d’y construire un établissement scolaire. Et il m’avait donné l’exemple de l’accident du ZEDF à Toulouse. Le propriétaire de l’entreprise de gaz était originaire de la Grande-Comore et était aussi propriétaire de l’entreprise Gaz-Com basée à Moroni. C’est dans ce sens que je me suis rendu à Moroni pour discuter avec ce responsable. Et j’ai constaté que le Directeur de l’Equipement avait bluffé. C’était une unité de production de gaz médical non pas de gaz combustible. Une suspicion s’est installée entre moi et quelques services de l’Etat qui avait voulu mentir à un élu de la République. J’ai donc pris mes distances avec les services de l’équipement … A la fin le projet n’a pas eu lieu

No man’s land : Ce n’est un secret pour personne. Mayotte est une île, elle ne peut vivre en autarcie. Elle a besoin d’ouverture. Et elle peut recevoir chaque année tout l’or des réserves d’or français, elle ne saurait s’en sortir sans une coopération avec les pays limitrophes. Vous, monsieur RAOS, lorsque vous étiez maire qu’avez-vous fait dans le domaine de la coopération régionale ?

 

RAOS : J’avais envisagé d’aider la commune de Mutsamudu à Anjouan parce que je trouvais le maire monsieur M’Baldé très actif. Je voulais lui céder des camions réformés de la commune de Koungou parce que son institution était prête à réparer les camions afin que le ramassage des ordures soit fait dans la commune. Et nous avions entrepris des démarches auprès de l’ambassade de France à Moroni et auprès du ministère de la coopération à Anjouan, mais le projet a été torpillé. Par qui ? Je ne sais pas.

J’avais aussi entrepris des projets de jumelage en vue d’entreprendre une formation des agents de la commune de Mutsamudu par des cadres municipaux mahorais.

En 2007, j’appliquais juste le contenu des accords du 27 janvier 2000, signés à Paris par tous les partis politiques de Mayotte représentés au Conseil général à l’exception du Mouvement Départemental Mahorais (MDM). Cet accord stipulait que l’insertion de Mayotte dans son environnement régional est une priorité.

J’ai aussi mené un travail auprès de l’ambassade de France à Moroni dans le domaine de l’état-civil au niveau de la lutte contre la fraude de papiers d’état-civil. On a été bien reçu par les agents de l’ambassade. Et plein d’actions et facilitations de régularisations ont été obtenues pour des ressortissants comoriens à Mayotte. C’est dans ce sens que je suis devenu l’élu de la coopération régionale.

No man’s land : Au début du mois, monsieur Saïd Omar Oili, ancien Président du Conseil général de Mayotte, a saisi le ministère des affaires sociales françaises quant au problème des enfants des rues à Mayotte. Des enfants dont les parents sont soit morts dans un naufrage en voulant rentrer clandestinement à Mayotte soit expulsés de l’île faute de papiers français.

 

RAOS : Saïd Omar Oili n’a pas été le premier à évoquer cette question. Le travail que j’ai fait durant tout mon mandat a été de sensibiliser les services étatiques et les autorités locales sur ce problème lié au visa Balladur. Je suis indigné de voir qu’aujourd’hui dans un pays comme la France, on observe sur le territoire de Mayotte des proches de non-droit. Et le fait que Saïd Omar Oili saisisse le ministère des affaires sociales est une bonne chose. Il faut que le ministère des affaires sociales à travers la DASS aide ces enfants à avoir des familles d’accueil et à accéder à l’éducation scolaire. Il ne faut pas oublier qu’à Mayotte l’école est obligatoire de 6 ans à 16 ans. Il ne faut surtout pas que ces enfants constituent des bombes à retardement dans les années à venir. L’Etat français a signé la Charte internationale des Droits des Enfants. Et dans cette charte chaque enfant a droit à un nom, à un prénom, à une famille, à une éducation, à la santé quelque soit l’origine sociale, éthnique, raciale ou religieuse de l’enfant. Dans mon livre intitulé « Mayotte j’écris ton nom », je dis clairement à la page 291 que « certains enfants, dont les parents ont été expulsés par les garants des « droits de l’homme », errent malheureusement dans les rues de Mayotte comme Cosette à l’époque de Victor Hugo en métropole. Cette situation inhumaine de ces « enfants clochards » est le résultat d’un travail administratif pensé et réalisé aveuglement par des fonctionnaires armés qui ne pensent qu’à leur carrière. »

No man’s land : Mais récemment à la télévision, le Préfet de Mayotte, représentant du gouvernement français sur le territoire, a affirmé que chaque année, de l’argent destiné à aider ces enfants en difficulté est donné au Conseil général de Mayotte.

RAOS : J’ai donné mon ouvrage au préfet en mars 2010. Bien avant l’intervention de Saïd Omar Oili. Juste pour rectifier que je suis à l’origine de ce travail. Et entre ce que dit et fait le préfet, il y a deux mondes. Moi ce que je veux c’est des actes. Les enfants errent toujours et aucune solution n’a été trouvée. Et quand il parle du Conseil général, il faut savoir que cette institution est endettée. Le Parti Social Mahorais est scandalisé par cette situation qui montre la faiblesse de l’Etat et du Conseil général dans leurs missions respectives dans la protection des personnes les plus démunies.

No man’s land : Partout en France, les gens descendent dans les rues, se mobilisent contre la réforme des retraites. A Mayotte, personne ne parle de la réforme, comme si elle n’intéressait pas les Mahorais.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite. L’espérance de vie à Mayotte est maximum de 60 ans. Le Mahorais qui est confronté à maints problèmes sociaux qui écourtent sa vie souhaite une amélioration de la vie d’aujourd’hui, non pas d’une mobilisation contre une réforme qu’il ne maîtrise pas du tout. Le pacte sarkozyste de la départementalisation annonce l’égalité sociale en 2020-2035.

No man’s land : Beaucoup de Mahorais partent à la Réunion ou en France où ils espèrent avoir une vie meilleure et subvenir aux besoins de leur famille restée sur l’île…

 

RAOS : Chaque Mahorais a envie de rester à Mayotte. J’ai créé mon parti dans le seul but de pousser les Mahorais à rester à Mayotte. Le Mahorais est considéré comme l’égal du Métropolitain une fois arrivé dans l’hexagone. Là-bas, il recouvre ses droits sociaux. J’ai bien conscience que c’est une politique soumise de l’Etat français d’exiler les Mahorais en métropole et à la Réunion. Si l’aide sociale était à l’identique à Mayotte, aucun Mahorais ne quitterait l’île. Les Mahorais revendiquent l’égalité républicaine. Par ailleurs, ce n’est pas 30 000 personnes qui vont bénéficier des aides sociales qui feront en sorte que le gouvernement français soit en faillite. Parce qu’encore une fois, selon le pacte sarkozyste de la départementalisation, il faut attendre 2025 pour que l’égalité sociale arrive à Mayotte.

A vrai dire, on ne peut pas dire que ceux qui sont partis soutiennent financièrement ceux qui sont restés à Mayotte. C’est un préjugé qu’il faut détruire. Tu ne peux pas faire des économies en France. Le seuil de pauvreté en France est à 900 euros. Et la plupart des Mahorais vivent sur le seuil de pauvreté là-bas. Dans une société de consommation comme la France, comment arrivera-t-on à vivre avec 900 euros par mois. Pour être honnête, ceux qui sont partis survivent et ceux qui sont restés survivent aussi. La différence c’est que ceux qui sont partis sont loin de leur terre, de leur famille, des regards des gens, donc ils vivent bien la chose. Et à vrai dire cette émigration fait qu’il n’y a pas de développement social à Mayotte.

Vous êtes-vous rendu compte qu’on parle aujourd’hui à Mayotte de surendettement. Les plupart des Mahorais sont endettés. Ici aussi on n’est pas épargné par la société de consommation, le téléphone portable, les voitures … Et s’il n’y avait pas la solidarité mahoraise, beaucoup de Mahorais seraient à la rue. A Mayotte, les salaires ne sont pas conformes à la réalité seule de l’île. Et les centres de distribution de l’île pratiquent des prix qui ne sont pas calculés selon le niveau de vie des Mahorais. Ce qui fait que beaucoup de Mahorais sont insolvables.  Les prix ne sont pas à  la portée du pouvoir d’achat du Mahorais, seuls les fonctionnaires expatriés arrivent à s’en sortir dans cette situation puisqu’ils perçoivent des primes. Toutefois, si ces fonctionnaires sont Français, les primes qu’ils perçoivent ne sont pas justifiées.  Parce que normalement les primes sont octroyées à des fonctionnaires travaillant sur un territoire étranger à la France. Donc le mot expatrié n’a pas de sens à Mayotte. Parce que Mayotte fait partie de la patrie française. Donc ces fonctionnaires ne sont expatriés à Mayotte.

No man’s land : On vient d’annoncer à la radio, que vous vous porterez candidat aux prochaines élections cantonales . Est-ce exact ?

 

RAOS : Je suis Mahorais. Je vis au jour le jour. Je ne peux pas parler de l’avenir. Et si je suis candidat, cela ne veut pas dire que je serai élu. Je trouve qu’il est très tôt pour moi de présenter mon programme. Toutefois, je n’ai pas de projet particulier. Sinon peut-être celui de faire en sorte que Mayotte ait l’égalité sociale. D’ailleurs le jour où Mayotte aura l’égalité sociale, mon parti n’aura plus de raison d’être.

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Article : Madi Saïd ou le quotidien d’un pêcheur comorien
Economie
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17 octobre 2010

Madi Saïd ou le quotidien d’un pêcheur comorien

Pendant que maints pays de l’Océan Indien (les Seychelles, Maurice, Madagascar) font fortune grâce à leurs industries thonières, aux Comores le secteur pêche reste le dernier des soucis de l’Etat. Les  pêcheurs  comoriens, bien que, contre vents et marées, triment comme des damnés pour fournir du poisson à l’ensemble des ménages de l’archipel, aucune considération, même pas la moindre- être secouru en cas d’égarement en mer- n’est portée à leurs égards. Aujourd’hui, à bout, et surtout, pour qu’il y ait du changement, ils ont accepté de nous ouvrir les portes de leur vie. Des vies que seuls la misère, le mensonge et le désespoir se côtoient à la fierté de pêcheur.

Pêcheur comorien / crédit photo M. Saïd Mchangama
Pêcheur comorien / crédit photo M. Saïd Mchangama

Madi Saïd, la quarantaine et père de quatre enfants, quitte sa maison, sise Météo, dès les premiers versets du Coran qui annoncent l’appel à la prière de l’aube. Arrivé à Chezani, pas loin de l’hôtel Le Moroni, en contrebas de la Direction Générale de la Pêche, il va d’abord chercher sa pagaie qu’il avait enfouie sous un tas d’herbes, pour ensuite pousser avec force sa pirogue pour rejoindre la mer.

Après avoir passé huit heures d’entre les vagues, il nous rejoint sur la rive. Ereinté. « Vous voyez, seul un pêcheur peut rester à jeun plus longtemps », nous lance-t-il. Et quand on lui demande de nous montrer sa prise, il nous dit « Je peux être fier, parce que, parfois, je rentre bredouille. Je suis sûr d’apporter 10.000 fc (20 euros) à ma femme aujourd’hui ».

Depuis trente ans qu’il pêche, il n’a jamais eu une quelconque aide venant de l’Etat, bien qu’il laisse sa pirogue dans la cour du ministère de la pêche. Dans la plupart du temps il a du mal à subvenir aux besoins de sa famille. Il peut aller pendant trois semaines à la mer sans pouvoir pêcher des poissons d’une valeur de 5000 fc (10 euros). Toutefois les pêcheurs qui sillonnent les côtes de Chezani, et qui sont au nombre de dix, se sont réunis en une association. Ils se cotisent et s’entraident à chaque fois qu’un des leurs à des problèmes.

Il voudrait bien, Madi Saïd, s’acheter une vedette motorisée parce que la pêche sur les côtes n’est plus rentable. « Les gens qui utilisent les filets font qu’il n’y ait plus de poissons sur les côtes. Ils pêchent les petits poissons, alors que les gros poissons viennent surtout au littoral  pour assouvir leur faim. Et comme il n’y a plus de petits poissons, les gros restent au large, où seules les vedettes motorisées ont accès » dit-il.

Et quand on lui pose la question « aviez-vous déjà parlé de cela au ministère ? », sa réponse est la suivante : « c’est l’Etat qui est à la source de tous ces problèmes. On s’est rendu plusieurs fois au ministère pour leur parler des ces gens qui utilisent des filets et détruisent l’environnement. Jamais il n’a réagi. Des gens se sont tués tout près du port à cause de ce problème de filet. On n’a rien fait. Maintenant, seuls les pêcheurs, à l’instar de ceux d’Iconi et Itsandra protègent leurs côtes. »

D’ailleurs, pendant notre entretien avec Madi Saïd, en ce lieu qui se trouve quasiment dans la cour de la Direction Générale de la Pêche, une femme et sont fils extraient du sable destiné à la vente, et six hommes pêchaient avec un filet. Après qu’on lui ait prodigué le conseil d’intégrer le Syndicat National pour le Développement de la  pêche aux Comores, ils nous a répondu : « Le syndicat ne défend que les intérêts de ceux qui font la pêche artisanale. D’ailleurs un jour un des nôtres s’était égaré en mer. On a sollicité leur aide et puis celle de l’Etat. Aucun d’eux n’a voulu nous aider. Il a fallu secourir notre ami en affrétant une vedette. »

Mais très pressé d’aller vendre ses poissons, Madi Saïd nous dit : « Revenez si vous voulez encore me voir à la fin de la journée. Puisque je retourne en mer à 17 heures pour revenir à 4 heures du matin. »

Que disent le ministère et le syndicat ?

A la Direction Nationale de la Pêche, on a pu s’entretenir avec le Directeur national adjoint, M. Youssouf Ali Mohamed. Selon lui, « grâce au ministère de la pêche, le syndicat des pêcheurs est devenu une institution à part entière. Le ministère a mis à la disposition des pêcheurs des chambres froides, des poissonneries, des fabriques de glaces, des vedettes et des matériaux informatiques. Elle assure leur sécurité en mer et leur facilite les crédits dans les banques et microfinances [Sanduk, Meck, AMIE]. De temps en temps, elle fait des suivis et des évaluations par rapport à leurs activités et leurs productions ».

Propos démenti par les membres du Syndicat. Ali Mroimana, conseiller technique du président régional, et Chaoil Ali Abdallah, nous ont confié : « Déjà pour avoir les trois poissonneries construites dans les trois îles, il a fallu qu’on se batte. Le ministère n’a jamais accepté qu’elle ait reçu une enveloppe de 80 millions d’euros du Fed. C’est quand on est parti au siège de l’Union Européenne, saisi les responsables, que le ministère a bien voulu débourser la somme. On a d’abord mené une rude bataille. A part un bateau en mauvais état et deux camions frigorifiques, on n’a rien reçu d’eux. Quant aux crédits, les banques et les microfinances exigent des cautionnaires. Le ministère n’a jamais accepté d’être cautionnaire. Les intérêts de ces instituions sont tellement élevés que beaucoup d’entre nous n’ont jamais pu s’acquitter de leur dettes et ont perdu leurs vedettes, des maisons et  des terres. D’ailleurs, on croyait que Sambi allait faire appel à nous quand il a reçu les deux bateaux de pêches de l’Iran. En effet, depuis que Mohamed Halifa n’est plus à la Direction Nationale de la Pêche, on ne sait vraiment rien de ce qui se passe au ministère. »

Dans le monde de la pêche comorienne, les gros poissons mangent les petits, pendant qu’au sein de l’Etat, on  navigue en pleine schizophrénie. « Toutes les recettes perçues par l’Etat servent à payer les fonctionnaires de l’administration. C’est vraiment une absurdité. Il est l’heure d’inverser la tendance ; il faut que l’Etat soit au service de tous les citoyens », exige Mr Assoumani Saandi, Ministre de la Fonction publique de l’île autonome de Ngazidja. Enfin,  en matière de  « gouvernance » et « bonne gouvernance », de réduction de la pauvreté, l’Union des Comores a encore beaucoup de chemin à parcourir

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Article : AYSD : un poète au cœur des bidonvilles de Moroni
Culture
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11 octobre 2010

AYSD : un poète au cœur des bidonvilles de Moroni

Jeune rappeur comorien Rappeur prodige, certes. Fin manipulateur de rimes conscientes, sûrement. La preuve, la voix de ce jeune rimbaldien du rap comorien – qui aime bien vivre dans l’ombre tel un poète maudit du 19ème siècle- a une longue portée. Mayotte, Tanzanie, Moroni, Sarcelle, Plan Dao, ces textes crus qui osent parler de la misère et des déviances des jeunes dans les quartiers, émeuvent et décrassent un large auditoire. Génie à l’état pur, reste le moins qu’on puisse dire de lui, puisque au jour d’aujourd’hui personne n’avance le contraire.

Six heures du matin. Zone rouge. Ainsi, sont baptisés les quartiers Sans-fil et Oasis par AYSD. D’ailleurs, dans ces quartiers, on voue à ce jeune rappeur, qui n’a que 30 ans, une vénération digne d’un parrain d’une mafia sicilienne. Si dans la plupart des quartiers de Moroni, après l’aube, les chaînes stéréo émettent des versets de Coran, dans la Zone Rouge d’aucuns se réveillent au rythme des morceaux de AYSD.

« C’est toujours la même musique, donc çà sera toujours la même danse. A chaque lever de soleil, tu as toujours l’impression que c’est la première matinée de ta vie », nous a-t-il lancé, le jeune rappeur, dès qu’il nous a vu, pour essayer de savoir si nous aussi nous avons remarqué que le mal-être collectif perdure dans ce pays qu’il voit comme « un paradis en enfer ». Cheveux tressés, une de ses deux filles dans les bras, et, sa femme, Queen Hoo, auprès de lui. « J’ai connu le rap à la fin des années 80. Et tout de suite, je suis devenu fanatique. En 1995, avec des potes de mon quartier Irougoudjani, on s’est constitué en groupe. Lyrical Mafia, était son nom. Et « Tout est gouré » fut notre premier tube. »

En effet, au travers de toutes ses chansons AYSD dénonce la mauvaise gouvernance. Surtout, il revendique la dignité de tout un chacun. Dans les bidonvilles de Caltex et Oasis où il vit, la misère crève les yeux. D’ailleurs, selon lui, « si dans ces quartiers les jeunes se sont retournés vers la drogue et le sexe, c’est seulement pour oublier ce qu’ils vivent ». « Bordel », une des chassons qui cartonne en ce moment, ne parle que de cette délinquance tolérée.

« Comme tout le monde, j’ai pris la barque de l’espoir en 2001 pour Mayotte. Dieu merci, j’ai eu la chance que de milliers de gens n’ont pas eu. Paix à leurs âmes. Mais là-bas, je ne suis resté que 9 mois. Je m’étais interdit de voler ou de braquer des maisons comme  certains de mes compatriotes  le font là-bas pour pouvoir survivre », nous a-t-il confié. Toutefois, s’il y a un rappeur qui a fait parler de lui dans l’île Hippocampe, qui était au top, c’est sûrement AYSD.

Dans toutes les fêtes, dans tous les concerts, de la Grande-Terre et de Petite-Terre, le jeune AYSD mettait le feu. Dans les rues, surtout celles de Kavani, Mamoudzou, où il habitait, les bambins fredonnaient à longueur de journée les refrains de ses chansons. Il a appartenu un temps au célèbre groupe de rap de Kavani, Garde Impériale.

Entre 2005 et 2006, il est parti deux fois en Afrique continentale. Et de Tanzanie l’Ouganda, en passant par le Burundi, il a pu découvrir la vraie culture Hip-hop et s’aguerrir auprès de grands noms de la culture rap de ces pays non francophones. D’ailleurs, il y a peu, une de ses chansons « Vungudza mwendo » a été parmi les meilleurs tubes du hit-parade tanzanien.

« Mon rap est une rafale de mitrailleuse contre ces politiques. Et une eau bénite pour les jeunes. J’essaie à l’aide de mes rimes de conscientiser les uns et responsabiliser les autres. Le fait qu’ils m’en veulent ne me fait ni chaud ni froid. Je suis un artiste et je fais mon boulot », a conclu Azad Ali Moustakim alias AYSD, dans l’entretien qu’il nous a accordé.

En tout cas, AYSD persiste et signe dans sa voie. Et tant que les choses n’auront pas changé dans le pays, sa voix se refuse de tarir. Et nous, nous l’engageons de milles feux, car des artistes engagés aux Comores, il n’y en a pas beaucoup, comme on en a connu par le passé à l’exemple de Boule, Abou Chihabi et autres.

 

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Article : Koni, le paradis des damnés
Environnement
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11 octobre 2010

Koni, le paradis des damnés

Si quelqu’un te dit qu’il a le courage de supporter la faim, c’est qu’il n’a jamais été abandonné en sa compagnie

Le Livre de la sagesse nègre

Nombreux sont ceux qui croient à tort que les populations des localités comoriennes sont clairsemées à cause des mouvements migratoires vers la France ou Mayotte. Sachant que Mayotte est pour l’Anjouanais ce qu’est Marseille pour le Grand-comorien. Evidemment la répartition de la densité entre les îles reste importante et inégalitaire : 517h/km² pour Anjouan, 227 h/km² pour la Grand-comore et 99 h/km² pour Mohéli : soit une moyenne de 273 h/km² pour l’ensemble du pays. Cette surpopulation résulte aussi d’une absence de centres d’intérêt en tant que tels pour les jeunes, qui se tournent facilement vers le sexe, et, deviennent précocement parents. Encore si la lutte contre la mortalité infantile enregistre des succès éloquents, les campagnes de sensibilisation pour le planning familial restent vaines. Conséquence, l’insécurité alimentaire ou la dépendance de l’agriculteur vis-à-vis de la prochaine récolte n’est plus que source d’exode rural, elle incite l’homme à détruire la faune et la flore pour étendre ses parcelles, mais aussi pour avoir du bois de chauffe, du charbon de bois, du sable pour construire un gîte. Reportage.

Dimanche 18 avril. Après avoir parcouru durant une heure layons et monts, croisé bambins en proie à la sous-alimentation, avec moins de 2000 calories par jour, [squelettiques, ventres ballonnés, cheveux jaunâtres] et des femmes en haillons que ne leur restent que la peau sur les os, nous arrivons enfin à Koni N’gani.

« Ce faix de bois, je vais le vendre, si jamais il y a quelqu’un qui veut bien le prendre, à 1000fc (2 euros) maximum. Puis avec cet argent je vais payer une dette à l’épicier pour pouvoir encore acheter à crédit deux autres kilos de riz. J’ai commencé à couper les arbres pour avoir du bois de chauffe depuis 2002, après que je me suis fait expulser de Mayotte. Je fais de la culture maraîchère à côté .Mais ce n’est pas tous les jours qu’on récolte ce qu’on a semé. C’est grâce au bois de chauffe que j’arrive à entretenir mes 3 enfants et ma femme. Bien sûr qu’on détruit l’environnement, mais on n’a pas le choix. On doit vivre… » nous a confié, tout méfiant, Maoulida Saïd, âgé de 25 ans et analphabète en français.

A Koni Jojo et Koni N’gani, la misère se lit dans les yeux des gens. La pauvreté crève les yeux. A part quelques bornes fontaines, empruntes vivaces de la présidence de Bacar, personne n’a l’eau dans sa case. Et il faut aller la puiser dans une rivière qui tarit tous les jours, comme une centaine d’autres sources d’eau de l’archipel. Et bien qu’Anjouan soit réputée d’avoir des cours d’eau en abondance, c’est seulement 15% de sa population qui a accès à l’eau courante. Pour ne pas dire eau potable vu les nombreuses maladies qu’elle provoque pendant les saisons de pluies : typhoïde, choléra etc. A la Grande-Comore et Mohéli, se sont respectivement 30% et 80% des habitants qui ont accès à l’eau courante.

« Tous ces padzas sont récents. Avant les plaines étaient parsemées d’arbres. Mais au fur et à mesure que le village s’agrandit, les villageois coupent les arbres pour en faire du fagot et les vendre. La vente du fagot nous permet juste d’acheter le riz. On mange rarement de la viande ou du poisson. Par contre on mange beaucoup de feuilles de tarots ou de maniocs. Comme élever des bœufs n’est plus possible à cause des voleurs, la vente de fagot est la seule activité génératrice de revenue » nous a dit Ahmadi Halidi de Koni Jojo, la soixantaine, père de 9 enfants, et qui dans ses bras, il tenait un enfant rachitique dont les yeux affichaient une manque de protéine.

Les padzas, la mise à nu ou la stérilisation des sols prévaut dans tout l’archipel. Et personne n’ignore que le déboisement accéléré par les délestages et la hausse du prix du pétrole lampant et la construction de maisons a favorisé comme érosions et inondations ces dernières semaines. Et si la faune comorienne est appelée à disparaître bientôt, si rien ne se fait rapidement, la flore quant à elle n’est pas épargnée. En plus des ordures et déchets qui longent, pullulent et polluent les côtes des îles, les gens s’y pressent chaque jour pour extraire du sable et différentes roches pour la revente.

« Pour extraire du sable les chauffeurs de camions payent 10 000 fc (20 euros) pour le trajet. L’argent recueilli permet la construction d’un marché et d’une mosquée dont les travaux ont déjà commencé » nous a dit à Bambao M’tsanga Amadi Houmadi. Qui bien que né vers 1975, ignore, puisque pas informé, tout ce que l’extraction du sable peut avoir comme retombés sur l’environnement.

Néanmoins, tous les opérateurs économiques d’Anjouan, comme à la Grande-Comore, se sont tournés vers l’extraction du sable et de différentes roches qui est devenue un business vraiment juteux. Si florissant que créer une pseudo-association de protection de l’environnement. Ces businessmen sont convaincus que le Comorien, trop rattaché à ses coutumes, consomme plus de fers et de ciment que de riz. D’ailleurs, comme partout dans le monde les riches polluent et détruisent plus la terre que les pauvres étant donné que leur commerces reposent en partie sur cette destruction.

En parlant de construction, il est à savoir que toutes les belles maisons des médinas sont le fruit d’une importante destruction de divers écosystèmes puisque anciennement construite de coraux et de bois. Toutefois, la pêche au filet, source de nombreux conflits inter-villageois, et au thephrosia vogelii, que pratiquent beaucoup de femmes de Bimbini à l’instar de Salima Mouendhui, ne sont point du reste dans la dégradation de la nature.

Enfin, ce qui est surprenant dans l’histoire, c’est que tous les gens qu’on a eu à rencontrer étaient méfiants parce qu’ils croyaient qu’on était des policiers. Parce qu’ils sont tout le temps persécutés et sanctionnés par ces derniers. Nous, en tout cas, nous faisons part aux autorités étatiques cette phrase tirée du Livre de la sagesse nègre : « Si quelqu’un te dit qu’il a le courage de supporter la faim, c’est qu’il n’a jamais été abandonné en sa compagnie ».

Au lieu de construire un bureau de poste et télécommunication- mettre en place une machine à arnaque, à Koni Djodjo- il fallait d’abord savoir que dans ce village les gens n’ont ni accès à l’électricité, à l’eau courante, à la santé, à l’école (le taux de déscolarisés atteint les 60%). Reste à dire qu’il est temps de suivre à la lettre et ce qui a été dit lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992 et les Objectifs du Millénaire pour le Développement. « Pour faire des grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux » disait Montesquieu. Pour dire que le développement doit prendre en compte la réalité du pays.

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Auteur·e

L'auteur: Adjimaël HALIDI
a collaboré au magazine économique mahorais Horizon Austral , à l’hebdomadaire Mayotte Avance , au quotidien La Gazette des Comores et à l'Agence de presse HZK-Presse.

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