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Regarder l’archipel des Comores autrement
Article : Interview avec Saïd Ahamadi « La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores « 
Politique
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31 juillet 2012

Interview avec Saïd Ahamadi « La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores « 

Saïd AHAMADI est, depuis le 3 avril 2011, le 3ème Vice-Président du Conseil Général de Mayotte : il est en charge de la coopération régionale et des affaires européennes. Rencontré par No man’s land, il évoque son combat mené autour de la rupéisation de Mayotte et ses nombreux projets axés sur la promotion d’une coopération régionale concrète et fructueuse entre Mayotte et l’ensemble des pays du Canal du Mozambique.

Saïd AHAMADI, 3ème Vice-Président du Conseil Général en charge de la coopération régionale et des affaires européennes depuis le 3 avril 2011.

1) No man’s land : En ce mois de juillet, Mayotte vient d’accéder au statut de Région ultrapériphérique de l’Union européenne (RUP). En votre qualité de vice-président chargé de la Coopération régionale et des Affaires Européennes, pouvez-vous nous dire ce que représente un tel statut pour Mayotte ?

Réponse : Après la consultation populaire du 2 juillet 2000, le législateur français fait évoluer par la loi du 11 juillet 2001 l’ancien statut de Collectivité territoriale de la République (TOM) en Collectivité Départementale qui prévoit la départementalisation à l’horizon 2010. La réforme constitutionnelle de 2003 permet l’inscription de notre archipel de Mayotte dans la Constitution de la 5ème République. Mayotte vient alors de tourner le dos définitivement au statut de territoire d’outre-mer (TOM) et par conséquent à la famille des pays et territoires d’outre-mer de l’Europe (PTOM). Par délibération du Conseil Général N°10/2003/CG du 31 janvier 2003 en effet, les conseillers généraux sous la Présidence du feu Younoussa BAMANA adoptent le principe de l’éligibilité de Mayotte au statut de région ultrapériphérique (RUP) à l’instar des 4 départements français d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion).
La validation du statut de RUP de Mayotte par la Commission Européenne, cet été, représente aujourd’hui l’aboutissement d’un combat politique initié par nos aînés, que nous avons su relayer avec efficacité. Mais, cette rupéisation va provoquer des conséquences économiques, sociales et culturelles majeures à Mayotte dès son entrée en vigueur en 2014.

2) No man’s land : Virtuellement, ce nouveau statut (RUP) ne devait être effectif qu’en 2014, pourquoi une anticipation du processus ?

Réponse : Le statut de « département d’outre-mer » approuvé le 29 mars 2009 à 95% des suffrages par les Mahorais, est intervenu le 31mars 2011 avec le renouvellement du Conseil Général. Cette anticipation du processus s’explique par les négociations liées à la réforme de l’Union européenne par l’adoption de la stratégie « Europe 2014-2020 » qui concerne également les régions ultrapériphériques (RUP).

3) No man’s land : Vous êtes en quelque sorte à l’origine de cette anticipation, dîtes-nous comment se sont déroulées les négociations ?

Réponse : Vous pouvez en effet le dire à propos des élus de Mayotte. Aux élections européennes de juin 2009, alors porte-parole des Forces progressistes (Alliance, MPM, Parti communiste rénové de Mayotte et Parti Social Mahorais), j’ai obtenu du député européen de la circonscription océan Indien Elie HOARAU, la nomination d’un cadre Mahorais en la personne d’ADACOLO Kira comme attaché parlementaire en charge du dossier « Europe » de Mayotte à Bruxelles.
Installé à Bruxelles dès janvier 2010 aux côtés d’Elie HOARAU, ADACOLO Kira a permis que Mayotte obtienne l’Instrument de préadhésion ; c’est à dire une enveloppe de près de deux millions d’euros pour assurer la formation des acteurs du public ou du privé qui auront à connaître l’utilisation des Fonds structurels européens.
Elu 3ème Vice Président du Conseil Général le 3 avril 2011, et chargé par le Président du Conseil Général de Mayotte Daniel ZAIDANI de la coopération régionale et des affaires européennes, je n’ai jamais ménagé mes efforts à propos de la mission qui m’a été confiée.
Les négociations se sont déroulées dans de bonnes conditions étant entendu que nous avons été capables de fédérer toutes les capitales européennes à notre projet porté par notre Gouvernement, et au final, par le Président de la République Nicolas SARKOZY lui-même.

4) No man’s land : Quels étaient les soutiens ?

Réponse : Depuis l’adoption du principe par la délibération du Conseil Général en 2003, les élus de Mayotte se sont contentés de voter des « vœux » transmis au Gouvernement par l’intermédiaire du Préfet de Mayotte. Mais, jamais un élu local avant moi ne s’est réellement attelé au travail de lobbying. A l’échelle de l’Europe et au sein des autres RUP, j’ai porté avec force et enthousiasme le dossier de Mayotte. On dit chez nous, « maji ya chijavou woujiva chijavouni[On défend mieux ses intérêts soi-même.]». Les soutiens ont été multiples.

Mon premier déplacement a eu lieu au Département et Région de La Réunion pour participer à la conférence de coopération régionale des 19 et 20 mai 2011. J’ai pu obtenir le soutien des collègues de La Réunion, notamment le Président de la Région ainsi que le Vice-Président délégué aux affaires européennes. Lors de cette conférence, j’ai rencontré madame Anne CROZAT, Chef de secteur-Secrétariat Général pour les affaires européennes au Ministère à Paris. Je l’ai sensibilisée sur la nécessité d’intégrer Mayotte dans les simulations financières dans le cadre des négociations européennes, notamment dans les perspectives financières concernant l’outre-mer.

En juin 2011, je me suis rendu en Sicile où j’ai sensibilisé, en marge des jeux des jeunes des îles européennes, les élus accompagnant leurs délégations sur le dossier RUP de Mayotte.

Du 26 au 30 septembre 2011, j’ai participé à l’assemblée générale de la Conférence des Régions Périphériques maritime d’Europe (CRPM) sous la présidence de Jean-Yves LE DRIAN qui a accepté d’être l’un des relais de la rupéisation de Mayotte dans les différents rencontres organisées avec les commissaires européens et le gouvernement français. A cette conférence, nous avons présenté notre département ; et nous avons insisté sur les atouts de notre archipel notamment dans la géopolitique et dans la richesse de sa biodiversité maritime. Notre présence a été saluée par tous les participants y compris les commissaires européens présents qui ont noté notre réel engagement d’intégrer la famille des RUP.

Du 11 au 16 octobre 2011, pendant la grève contre la vie chère, j’ai conduit une délégation de 27 personnes (cadres, élus et militants progressistes) à Bruxelles pour vivre l’Europe au Parlement. Durant ce déplacement, nous nous sommes entretenus le député européen Elie HOARAU et moi avec le Commissaire Michel BARNIER en charge du Marché intérieur et de la lutte contre les monopoles commerciaux, le mercredi 12.
A près avoir visité le parlement européen le 13 avec toute la délégation mahoraise, j’ai rencontré le 14, assisté de l’attaché du député européen et des camarades Darouèche BOINA, Hamada-Hamidou SIDI, Chamsidine BOURA à la Représentation française permanente à Bruxelles Jean- Noël LADOIS, chargé des RUP. Nous avons fait le point sur l’avancement de notre dossier RUP. Il m’a certifié que le dossier était bien ficelé et ne souffrait d’aucune contestation au niveau de la Commission européenne. Et que le Président de la République devait le déposer lui-même officiellement avant la fin du mois. Et que le Commissaire Johannes HAHN était favorable à notre proposition d’être acceptée comme « Membre observateur » au sein des RUP dès 2012.

Du 1er au 5 novembre 2011, je me suis rendu aux Antilles, en Martinique où a lieu la 17ème Conférence des Présidents des RUP sous la présidence de Serge LETCHIMY. Le vendredi 4 novembre, dans son intervention de clôture des travaux, le Commissaire Johannes HAHN a confirmé l’intégration de Mayotte dans la famille des RUP comme « Membre observateur » dès la 18ème Conférence des Présidents qui aura lieu en septembre 2012 aux Açores. A ce titre, j’ai été convié à la photo de famille des Présidents avec le Commissaire européen.
Ce travail de lobbying n’a pas été de tout repos. J’ai eu un agenda très chargé sur la scène nationale et européenne jusqu’au 6 juillet 2012.

5) No man’s land : Les conditions pour accéder au statut de RUP ?

Réponse : Seules les régions d’outre-mer des Etats membres de l’Union européenne peuvent accéder au statut de RUP. Les autres conditions tiennent à la bonne gouvernance (le respect de la démocratie, une transparence dans la gestion des fonds publics, etc.), à la capacité de respecter les directives européennes, autrement dit l’acquis communautaire…

6) No man’s land : Que bénéficiera Mayotte à travers ce statut ?

Réponse : Le département de Mayotte qui bénéficie seulement du FED à cause de son statut de PTOM jusqu’au 31 décembre 2013 recevra l’ensemble des Fonds structurels européens afin de rattraper ses retards en matière de développement économique et social. Le Fonds Européen Développement Régional (FEDER) et le Fonds Social Européen (FSE) restent les dispositifs financiers phares de l’Europe à propos des RUP. Mais il en existe au moins six, notamment le FEADER, le FEP. C’est une manne importante qui peut permettre la réalisation d’équipements d’envergure régionale ou internationale sur le territoire mahorais. A ces aspects économiques et financiers, les Mahorais renforcent en l’élargissant leur espace de liberté, de sécurité et de justice. Enfin, bien qu’éloigné du continent européen, Mayotte fait désormais partie de ce grand ensemble constitué de réseaux transeuropéens.

Saïd AHAMADI au milieu de ministres, Présidents de RUP, chefs de gouvernement des PTOM au 10ème Forum de l’OCTA-UE, le 25 janvier 2012, Bruxelles, au hall de « The Hotel »,
Saïd AHAMADI au milieu de ministres, Présidents de RUP, chefs de gouvernement des PTOM au 10ème Forum de l’OCTA-UE, le 25 janvier 2012, Bruxelles, au hall de « The Hotel »

 

7) No man’s land : L’Union des Comores, par la voix de son Ministère des affaires étrangères, a dénoncé la rupéisation de Mayotte par le Conseil Européen. Quel message adressez-vous à vos homologues de l’Union des Comores concernant la rupéisation de Mayotte ?

Réponse : La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores. Nos frères élus ou ministres comoriens ne doivent pas continuer à adopter une position rétrograde au vu de l’évolution du monde. Cette attitude qui consiste à critiquer toute évolution de l’archipel mahorais voisin pénalise en premier lieu les ressortissants comoriens sur place ou installés à Mayotte.
C’est surtout une position défendue par une élite politique et un corps intermédiaire (composé de journalistes, intellectuels, responsables d’associations) qui, même minoritaires, tentent de masquer leurs propres insuffisances dans la gestion des affaires publiques aux Comores.
Je leur demande enfin de regarder la vérité en face en abandonnant leur projet désuet de vouloir intégrer Mayotte dans l’ « Etat » comorien. Les autorités comoriennes ont tout à y gagner en nouant des relations saines de coopération régionale avec nous au lieu de pousser à la mer leurs ressortissants à bord d’embarcations de fortune, les « japawa » et périr le plus souvent dans les eaux du lagon de Mayotte.
Je voudrais qu’ils pensent au Jugement dernier puisqu’ils se disent musulmans.


8) No man’s land : Une mission sénatoriale française, composés d’élus de différents bords politiques, en visite ce mois-ci à Mayotte, préconise la suppression du visa Balladur et une coopération sérieuse entre la France et l’Union des Comores. Quelle est votre réaction vis-à-vis d’un tel projet ?

Réponse : La suppression de ce visa n’est pas la panacée, même si cela aura un effet positif psychologiquement aux Comores et dans les îles du Canal de Mozambique en général.

Les Mahorais et les habitants des trois îles autonomes (Anjouanais, Mohéliens et Grand- Comoriens) de l’Union des Comores doivent s’asseoir autour d’une table et régler les problèmes existentialistes qui se posent à nous. Le problème, ce n’est pas tant le « visa Balladur » même s’il cristallise les tensions. C’est plutôt le mal vivre aux Comores, le désespoir qui engendre l’immigration irrégulière disproportionnée à Mayotte, ravivant ainsi les haines primaires et les rancoeurs. La mauvaise gestion administrative et financière aux Comores est parmi les réelles de la faillite de l’Etat comorien. Il est urgent de réhabiliter la notion d’Etat dans la conscience des Comoriens, et surtout le respect des institutions fondées sur des bases démocratiques partagées par l’ensemble de la population.

9) No man’s land: Vous serez à Moroni au mois d’octobre prochain. Quel est le but de cette visite ? Autrement dit, que doit-on s’attendre de ce séjour ?

Réponse : Maire de Koungou de 2001 à 2007, j’allais régulièrement dans les îles de l’Union des Comores. Ainsi, j’ai appris beaucoup de l’histoire et de la société comorienne. J’ai pu relever les points de convergence et les points de discorde avec notre société mahoraise. J’ai noué des contacts précieux dans la recherche d’une solution au dilemme de nos îles du Canal de Mozambique.

Depuis 2007, le revirement politique inattendu du Président comorien Sambi m’a décontenancé, et je ne suis plus jamais retourné à Moroni. L’orientation islamique du régime était devenue un facteur de blocage. Les Comoriens, musulmans mais laïcs, ne parlent pas l’arabe pour la grande majorité d’entre eux.

Aujourd’hui, de par mes responsabilités au sein du Conseil Général de Mayotte, je me dois de ma rendre à Moroni après avoir rempli avec succès la mission européenne et après la conclusion de deux conventions stratégiques de coopération régionale avec deux régions malgaches, Diana au Nord et Boeny au Sud-ouest en octobre 2011.

Je me dois d’accompagner et de favoriser l’intensification des économiques et commerciaux avec les Comores, notre principal partenaire dans la région. Les sources de notre douane attestent que dans les échanges en valeur dans la zone océan Indien, les Comores restent le premier partenaire économique de Mayotte, de loin devant tous les autres. Les Mahorais exportent aux Comores à hauteur de 707 millions d’euros par an (chiffres douane France 2004). Dans le contexte de crise mondiale actuelle, nous devons travailler de manière intelligente avec nos principaux partenaires dans un esprit de co-développement ; autrement dite, la coopération « gagnant -gagnant ». Je m’inscris dans les orientations de notre Gouvernement, notamment celles du ministre des affaires étrangères et européennes Laurent FABIUS qui place le développement économique comme sa première priorité dans le cadre de la diplomatie française.

10) No man’s land : Le président du Conseil Général de Mayotte, notamment Daniel Zaïdani, envisage d’intégrer Mayotte dans la Commission de l’Océan indien. Sachant que seul un Etat a le droit d’intégrer la COI, que même Zanzibar après maintes demandes a toujours essuyé un refus et que c’est seulement la France qui est membre de la COI, mais pas la Réunion, dites-nous, vous qui êtes dans le secret des dieux, comment Mayotte va-t-elle procéder pour être membre de la COI ?

Réponse : Que Mayotte siège dans la COI, c’est un projet que je partage. Malgré la difficulté de la réalisation d’un tel projet comme vous le suggérez, nous travaillerons avec les différents acteurs (en particulier notre Etat et la région Réunion) pour relever le défi de la cohérence dans la coopération régionale avec notre reconnaissance comme Département et Région ultrapériphérique de l’Europe.


11) No man’s land : Une délégation de jeunes mahorais a participé au 8 ème jeu des îles de l’Océan Indien qui se sont déroulés ce mois-ci à Moroni. Quelles sont les leçons que nous devrions tirer de cet évènement ?

Réponse : Tout ce qui participe au développement des rencontres entre les jeunes de l’océan Indien doit être encouragé. Ces échanges permettent aux uns et aux autres de corriger leurs préjugés négatifs, et d’appréhender l’avenir avec sérénité. La connaissance mutuelle des populations de la zone océan Indien permettra de mieux identifier des projets communs de développement. Mayotte doit se doter des équipements sportifs adéquats pour accueillir un jour ces jeux, en 2020 par exemple. Au-delà nos devises nationales respectives (Unité, Solidarité et Développement pour l’Union des Comores, et Liberté, Égalité et Fraternité pour la France), j’invite les différents responsables à plus de courage et d’audace dans nos relations communes afin de relever les nombreux défis qui se présentent à nous. Assez de faux-fuyants!

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Article : Etudiants mahorais en Hexagone, AUTOPSIE D’UN ÉCHEC
Société
11
30 juillet 2012

Etudiants mahorais en Hexagone, AUTOPSIE D’UN ÉCHEC

Les Mahorais qui étudient en Hexagone dans le supérieur sont estimés à 2 200. Les uns s’orientent vers des études courtes, les autres, peu nombreux, font des études longues. Néanmoins, il n’y a que 16 % des primo étudiants qui parviennent en 2èmeannée à l’Université : un taux de réussite très faible, comparé au taux national qui avoisine les 50%. Aussi, 18 % mettent-ils fin à leurs études dès la première année contre une moyenne de 6% en Hexagone. Cette situation alarmante a fait couler beaucoup d’encre et de salive, mais jamais une réponse appropriée n’a été apportée à ce problème qui hypothèque l’avenir du nouveau département. Des étudiants ont accepté de décortiquer ce problème avec nous, ils se prénomment Bensoumeitte Diva Toybou, étudiant à l’Institut National des Sciences Appliquées de Rennes, Ibrahim Assane , étudiant en Lettres Arabes à Aix-Marseille Université, Radhuya Saïd , étudiante en seconde année de BTS Science Technologie des Aliments à Limoges , Ali Amir , doctorant en Droit et chargé de Travaux dirigés à l’Université Paul-Cézanne d’Aix-en-Provence et, enfin, Fahoullia Mohamadi, doctorante en Chimie à l’Université de Perpignan . A l’ombre des statistiques et des discours politiciens, ces derniers se livrent.

Bensoumeitte Diva Toybou / Rennes

Limoges, vendredi 23 mars. Entre deux arrêts de bus, Radhuya Saïd, née à Labatoire il y a 22 ans et étudiante en seconde année de BTS Science Technologie des Aliments, nous confie : « Je suis arrivée en Hexagone en 2009 pour faire des études de sociologie. Une filière que j’ai dû abandonner au bout d’une année en raison de difficultés d’ordre pédagogique. Déjà mon Bac STG Communication n’était pas adapté à la filière que je faisais et surtout mon niveau de français n’était pas bon pour pouvoir me frayer un chemin à la faculté. Je ne suis pas la seule dans ce cas, comme à Mayotte on ne parle pas français entre nous dans les foyers, le niveau de langue laisse à désirer. Du coup, je n’ai pas pu valider mon premier semestre, Le second, je l’ai réussi mais difficilement. Suite à cet échec, j’ai décidé de faire un BTS Science Technologie des Aliments. Et depuis, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. »

Né à Kaweni il y a vingt ans, Bensoumeitte Diva Toybou est arrivé en Hexagone en aout 2010. Il est titulaire d’un Bac S option Mathématiques. Rencontré à Rennes où il est en 1ère année dans une école d’Ingénieur connue sous le nom d’INSA, il nous raconte : « J’ai fait une année de Prépa PCSI (Physique, Chimie et Sciences de l’Ingénieur), que j’ai validé tant bien que mal. Donc j’ai changé pour faire une 1ère année à l’INSA de Rennes. J’ai remarqué que le système de prépa classique qui est en vigueur dans la première école où j’étais n’est pas adapté aux étudiants mahorais désireux de faire un cursus d’Ingénieur. Par contre, le système de ma nouvelle école est beaucoup plus souple, il est à la portée des étudiants mahorais. En fait, à Mayotte le niveau de français en particulier et le niveau scolaire en général sont défaillants. Je faisais partie des meilleurs de ma classe et même du lycée Younoussa Bamana. Ici, je me sens perdu, parce que je me rends compte que je ne suis pas du tout à la hauteur des attentes des professeurs, et pour que je réussisse, je suis obligé de redoubler d’efforts. Pourtant un de mes anciens professeurs de mathématiques au lycée m’avait prévenu qu’à Mayotte les professeurs s’adaptent aux élèves en fonction de leur niveau scolaire et de leur tempérament. Ils favorisent le travail collectif afin que tout le monde avance ensemble presque au même rythme… Donc je ne devais pas dormir sur mes lauriers m’avait-il conseillé. Mais comme j’étais trop sûr de moi et de mes compétences, je m’étais dit qu’avec mon niveau scolaire de Mayotte je pouvais tout surmonter en Hexagone. Hélas, en arrivant ici, je me suis vite rendu compte que mon professeur avait raison. Les professeurs en Hexagone sont très stricts et rigides, ils ont un programme à finir dans un temps donné et privilégient surtout le travail individuel. A Mayotte, on se contente des cours donnés à l’école et on ne révise qu’à la veille des examens. Ici, au contraire, il faut un grand apport en matière de travail personnel pour combler les lacunes, du coup il faut beaucoup lire, faire des recherches sur Internet, en somme, travailler de manière intensive. » En effet, le psychologue et pédagogue Rosenthal soutient à travers ce qu’il a appelé « l’effet Pygmalion » qu’on peut influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse positive sur son devenir scolaire. Ainsi des étudiants à qui on avait fait croire à Mayotte qu’ils étaient géniaux et qui avaient fini par le croire tombent des nues quand ils se retrouvent avec des notes en dessous de la moyenne à l’université.

Adaptation des étudiants à la vie hexagonale

Beaucoup amputent l’échec des étudiants mahorais en Hexagone aux us et coutumes locaux. Certains condescendant et adoptant une position de relativisme culturel, considèrent l’étudiant mahorais comme un être fermé sur lui-même, qui, à cause de son ethnocentrisme , refuse d’aller vers autrui. Ainsi lit-on dans un rapport du Conseil Général de Mayotte en date de février 2008 : « Le jeune Mahorais a la fâcheuse réputation de s’enfermer sur lui-même et de ne côtoyer que les personnes da sa communauté. Ce manque d’ouverture de l’étudiant dans son lieu d’études l’empêche d’aller vers l’Autre, n’ayant pas les mêmes référents culturels que lui. Cet état d’esprit est renforcé par la logique villageoise, donc familiale, prédominante à Mayotte. » Cet argument est court compte tenu du fait qu’en Hexagone les jeunes mahorais entretiennent des liens très étroits [voire des relations amoureuses] avec des jeunes d’autres communautés, notamment européennes , sub-sahariennes et nord-africaines. Par ailleurs, une vérité est manifeste : un tiers des étudiants mahorais s’installe dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, notamment à Marseille où il y a une très forte population mahoraise. Une autre partie qui n’est pas moindre s’établit en Ile-de-France où la population mahoraise est aussi importante. Limoges est une ville où il y a autant d’étudiants mahorais que de familles mahoraises. « Les 460euros de bourse que me verse le CROUS ne sont pas suffisants pour me payer un studio. Ma tante et mon oncle m’ont donc proposé de vivre chez eux. » nous dit Radhuya Saïd. Enfin, il est à souligner que beaucoup d’étudiants étrangers en France, notamment asiatiques, américains et africains vivent en communauté, que ce soit dans la vie réelle ou que ce soit sur internet à travers les réseaux sociaux. Pourtant ils s’en sortent sans difficulté à l’université, parce que décidés à aller au bout de leur motivation.

« Certes dans ce pays, l’anonymat prime, la solitude prévaut, l’individualisme est roi, on est en permanence seul au monde. On peut crever dans une foule de gens, personne ne viendra à notre secours. Mais ce n’est pas la raison de l’échec des étudiants mahorais. La raison, selon moi, est le manque de persévérance des étudiants. A Mayotte, ce sont les parents qui font tout que ce soit les affaires administratives que ce soit les affaires familiales. Plus les familles se modernisent, plus les parents donnent de la valeur à leurs enfants : ils les traitent comme des petits princes. Du coup, arrivés en Hexagone, les étudiants mahorais se sentent abandonnés à eux-mêmes. N’ayant pas la culture administrative, ils ont du mal à régler leur problème administratifs ou le moindre pépin : un retard de versement de bourse et ils paniquent. Défaitistes, au moindre échec à l’Université, ils abandonnent les études ou ils optent pour des études courtes. Moi je suis né à Moya, sur l’île d’Anjouan. J’ai commencé ma scolarité à Mayotte. Depuis tout petit j’ai appris à me débrouiller tout seul, à ne jamais baisser les bras malgré la dureté de la vie, et venant d’une famille très pauvre, je me suis toujours dit que je n’avais pas droit à l’erreur, et je me suis fixé la réussite scolaire comme unique but. Cette année, je suis en Master de lettres arabes à Aix-Marseille Université. Honnêtement j’ai connu péripéties. Je suis tout le temps endetté, parce que le CROUS verse tardivement les 500 euros de bourse. Pourtant je n’ai jamais lâché prise, je distribue chaque matin des journaux pour pouvoir arrondir mes fins de mois » nous apprend Ibrahim Hassane, âgé de 24 ans, et originaire de Labattoire. « Depuis Mayotte les étudiants considèrent l’Hexagone comme un eldorado, ce qui brouille complètement la vision des jeunes et du coup les pousse à faire n’importe quoi une fois sur place. Sinon ,certains viennent ici pour de mauvaises raisons. En ce qui concerne l’éloignement familial, il ne se ressent qu’après de grosses difficultés scolaires, quand on se rend compte qu’on n’a pas d’épaule pour pleurer. Et cet éloignement restreint alors la motivation et annihile complètement l’envie d’intégration ici et réduit à zéro toute envie de remonter la pente. » insiste Bensoumeitte Diva Toybou.

Pour Fahoullia Mohamadi, doctorante en Chimie à l’Université de Perpignan « Les difficultés ont été présentes mais grâce à l’aide et le soutien de ma mère j’ai pu m’en sortir. J’ai également connu des difficultés pédagogiques la première année en Hexagone, mais j’ai persévéré et j’ai travaillé plus dur encore pour réussir. La réussite dans les études dépend souvent du facteur « motivation » : en effet c’est celui qui sera le plus persévérant, bosseur, et ambitieux qui se distinguera. Il ne suffit pas d’être intelligent, il faut aussi le vouloir et être motivé, avoir un objectif et s’y investir. Malheureusement pour beaucoup les problèmes financiers, d’adaptation et autres auront eu raison de leur motivation. »

La DASU est-elle responsable de l’échec des étudiants mahorais ?

La DASU (Division des affaires scolaires et universitaires) est une institution du Conseil Général de Mayotte. Elle a pour but d’accompagner les étudiants mahorais en les octroyant des prestations sociales, c’est-à-dire, des versements d’argent. Néanmoins, certains étudiants se plaignent que les prestations arrivent tardivement, d’autres affirment que la DASU n’a jamais respecté l’engagement de verser leurs bourses. « J’ai envoyé toutes les pièces nécessaires pour avoir droit à la bourse de la DASU. Et on m’a répondu par l’affirmatif. Mais depuis que je suis arrivée en Hexagone, jamais ils ont tenu leur engagement. », nous a appris Radhuya Saïd. « D’ailleurs, si j’avais cette bourse j’aurais fait des études longues. Parce que, si j’ai arrêté la faculté c’est pour raisons pécuniaires. » rajoute Radhuya . «Je perçois 82,4 euros de la DASU et 160€ du CROUS. Le CROUS a toujours respecté son engagement, mais la DASU ,je ne sais pour quelle raison , a souvent du retard. Vous savez que ça nous arrive d’envoyer 5 voire 10 fois le même document à la DASU et ,enfin de compte , on nous dit que ce même document manque à notre dossier. On ne comprend pas comment cela puisse être possible alors qu’on multiplie les communications téléphoniques à Mayotte et surtout que les documents sont remis en main propre par nos parents aux agents de la DASU. De toute façon, on m’a dit à mon arrivée en Hexagone de ne pas trop compter sur la bourse de la DASU! », confie Bensoumeitte Diva Toybou. «Heureusement pour moi , je fais partie des chanceux qui ont des parents qui ont fait des études et qui peuvent envoyer de l’argent tous les mois » conclut Bensoumeitte, dont le père est professeur au lycée Younoussa Bamana et la mère, conseillère pédagogique. « Depuis toujours ma mère nous a poussé mes sœurs et moi à travailler à l’école et avoir de bonne notes. Elle a beaucoup investi financièrement dans du matériel pédagogiques et dans nos études en général. Mes grandes sœurs ont fait de longues études. C’est également un exemple pour moi et une motivation. J’ai fait des études car je suis curieuse : plus j’en apprends, plus je veux en savoir. Je suis vraiment passionnée pas les énigmes de la vie et c’est au fur et à mesure que mon parcours s’est construit. En somme, c’est surtout grâce à l’aide et au soutien de ma mère que j’ai pu m’en sortir. En ce qui concerne la DASU , elle a toujours assuré ses prestations mais ces dernières étaient irrégulières . Or l’étudiant doit s’acquitter de certains règlements financiers à des dates régulières (loyer, factures, transports). Le retard apportait donc des disfonctionnement à ces niveaux. Et si l’étudiant n’est pas dans de bonnes conditions mentales car trop préoccupé par des problèmes financiers, son travail et sa concentration en sont directement affectés. Je pense que beaucoup ont arrêté pour travailler et subvenir aux besoins vitaux et primaires, mais encore une fois c’est au cas par cas. Il y en a qui se tournent vers des études courtes notamment le BTS puisqu’il conduit le plus souvent à un métier, ce qui peut être une motivation et un très bon argument quand on a peu de moyens. Mais je ne crois pas que le fort taux d’échec soit uniquement lié au problème du retard de prestations de la part de la DASU . » affirme Fahoullia Mohamadi.

Pour Ali Amir, natif de Passamainty, chargé de travaux dirigés en Droit civil à l’Université Paul-Cézanne : « le fait que la DASU fasse des promesses et ne les tienne pas est une chose, mais ce n’est pas une raison pour amputer toutes les responsabilités à la DASU. Je prends l’exemple des étudiants africains qui sont inscrits dans les Universités françaises : beaucoup arrivent sur le territoire sans connaître personne. Ils sont obligés de travailler pour financer leurs études, payer leur logement et se nourrir. Pourtant , ils s’en sortent sans difficulté dans leurs études. D’ailleurs, c’est grâce à eux que le taux de thésards est en hausse en France. Par contre, les étudiants mahorais bénéficient de tous les avantages pour réussir sans ambages leur cursus universitaire. Ils ont droit à un logement en résidence universitaire, et ils perçoivent la bourse du CROUS, sans compter celle de la DASU. Certes cette dernière arrive en retard, mais bon ! »

Pour conclure , la défaillance du système scolaire à Mayotte est la principale cause du taux élevé d’échecs des étudiants mahorais en Hexagone. Les chiffres sont là pour le confirmer :seulement 20% des élèves du CM2 ont des acquis convenables. Et ces 20% sont des enfants issus des milieux favorisés. Notons qu’il n’y a que la moitié des élèves scolarisés à Mayotte qui atteint la 6e . Et seulement 15 % d’une tranche d’âge qui arrive au bac. En outre, le fait que les élèves mahorais n’ont pas l’habitude de la lecture est problématique , puisque par manque de lecture , on a du mal à déterminer le contexte d’utilisation d’une expression . Par conséquent , les étudiants mahorais confondent les registres de langues , certains utilisent le registre pour s’exprimer par écrit à l’Université . Et comme la documentation est importante à l’université , si on a pas l’habitude de la lecture , on ne peut pas s’en sortir . Quand bien même le système scolaire à Mayotte est de toute évidence lacunaire, certains Mahorais parviennent à mener leurs études de front. Il y a donc aussi une question de motivation personnelle qui est en jeu.

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1 mars 2012

Des diplômés petits commerçants au marché de Volo volo

Moroni, jeudi 12 juin 2008 (No Man’s Land) – Ils sont nombreux, pas moins d’une centaine, mais discrets ; ces jeunes diplômés, venus des différentes îles de l’Union des Comores, qui s’improvisent petits commerçants au marché de Volo Volo. Ils se prénomment Zaïdou, Saïd Ali, Maira, Ali Saïd Aboudou, etc. De la patience, ils n’en ont plus. De la frustration, ils en ont à revendre. Seul ce secteur informel, ce petit commerce, reste le recours de ces laissés-pour-compte. A l’ombre des marchands d’illusions, les vendeurs du désespoir se livrent. Reportage !

Kuni

Au marché de Volo Volo plus de cent petits commerçants sont diplômés. Les uns ont fait leurs études à l’étranger, à Madagascar surtout, les autres, la plus grande partie, sont issus des deux universités du pays, Mvouni et Patsy. Saïd Ali, âgé de 37 ans, a une Maîtrise de Géographie, dispensée par l’Université malgache de Tuléar. Ce père de famille, originaire de M’ramani, au sud de l’île d’Anjouan, est rentré au pays en 2004.

Dans l’espoir d’être recruté par l’île autonome d’Anjouan, il a été bénévole pendant six mois au Lycée de Louara, dans la presqu’île des Nyumakélé. En fait, il a dû tout arrêter parce qu’il ne pouvait plus payer ses frais de transports. A son arrivée à Moroni, en mai 2005, il a d’abord enseigné dans des écoles privées. Comme il était payé au rabais et avait plusieurs mois d’arriérés de salaires, il a fallu qu’il renonce. Encore une fois. Ne pouvant plus attendre une suite de sa demande d’emploi au ministère de l’Education Nationale, il s’est alors décidé à devenir petit commerçant au marché de Volo Volo.

Depuis, grâce au soutien de gros commerçants de la ville, il est là, devant le siège de la société d’eau et d’électricité (Ma-Mwé), en train de vendre des chaussures. « J’ai commencé à faire ce travail depuis l’âge de 20 ans, à Mayotte. Mais à cette époque, pendant mes années de collège et lycée, c’était pour pouvoir m’acheter des cahiers, des stylos et des vêtements. Maintenant, collaborer avec des gros commerçants est devenu ma seule issue. Je vends ici pour subvenir aux besoins de ma petite famille » confie Saïd Ali.

Loutfi, vendeur de vêtements, a lui aussi fait cinq ans à Madagascar- dommage qu’il n’ait pas répondu à nos questions. Parmi les bouchers de Volo Volo, des diplômés, il y en a plein. Ali Saïd Aboudou dit Victor en fait partie. Du village de Bandramadji la Mbadjini, il est titulaire d’une licence en Hôtellerie. Ayant travaillé, après son retour de Madagascar, pendant onze ans à l’Hôtel Galawa Beach jusqu’à sa fermeture en 2001, il a déposé plusieurs dossiers sur le marché du travail. Vainement.

Aujourd’hui, au côté de son ami Youssouf Madi Soilih, titulaire d’un DUT de l’Université des Comores – initiateur du Syndicat des Détaillants de Viande de Volo Volo (SDVV)- il nous a promis : « Je vais faire le plus d’économie possible. Après je vais me lancer dans une grande affaire. » Zaïdou Ben Daoud, 32 ans, originaire de Tsémbehou, qui ne se lasse jamais de traîner sa brouette pleine de tomates, nous a lancé, d’un air moqueur, dès qu’ils nous a vu : « J’ai un BTS en communication. Depuis 2005 que j’ai déposé un dossier à l’ORTC ( Office de la Radio et Télévision des Comores) , je n’ai toujours pas eu de réponse. Pourtant ma mère son rêve a toujours été de me voir devenir fonctionnaire. »
Ce qui est sûr, ces jeunes, que personne n’en parle, qui sombrent dans l’indifférence de l’Etat, ont tous des rêves brisés. Des rêves qui, se transformant en cauchemars, finissent par les rendre tous des desperados, comme tous ces jeunes diplômés dans l’espoir d’une vie meilleure ont péri dans la mer de Mayotte : où les plus chanceux, creusent des fossés ou deviennent taximen au noir.

Assade Moussa a lui un DEA en Physique Nucléaire. Il est rentré au pays depuis 2005. Jamais il n’a pu se trouver un job. Reprenant la phrase de Saïd Ali Bourhane, titulaire d’une licence en Biologie végétale de l’Université de Tananarive, « Toutes ces années de travail pour rien. »


Pendant ce temps que fait l’Etat ?

« L’Etat est pris dans l’engrenage. Il est obligé de scolariser les élèves, de plus en plus jeunes, de plus en plus nombreux. Et quand ils sont scolarisés, il les abandonne » déplore l’écrivain Aboubacar Saïd Salim. Abandonnés, sont sûrement ces jeunes diplômés, d’un pays selon Aboubacar Saïd Salim« on a éduqué depuis plusieurs générations les gens à devenir fonctionnaires ». 57, 4% de la population des Comores a moins de 20 ans, le taux net de scolarisation des 6-11 ans est de 60, 6%, mais le taux de chômage est de 14, 3%. Il est à rappeler ici qu’on dit chômeur toute personne à la recherche d’un emploi, sinon qui a postulé pour un emploi, et aux Comores rare sont les jeunes qui postulent sur le marché du travail ces derniers temps.

Après un tour à la Fonction Publique, un des responsables nous a mis dans la confidence : « Depuis 2006, à l’arrivée du président Sambi, on ne recrute plus à cause d’une masse salariale devenue insupportable. Toutefois, il y a eu une vingtaine de nouveaux recrus – qui n’ont subi aucun concours comme le suggère la loi -depuis le début de son mandat. Et c’est lui-même qui l’a dit lors d’un discours officiel. En tout cas, chaque jour il y a des nominations de gens qui ne sont pas fonctionnaires. D’ailleurs, s’ils l’étaient, ils auront, en plus de leurs salaires, perçu que des indemnités ; au lieu de ces salaires aux chiffres astronomiques. » Les Comores subissent discrètement depuis quelques années un plan d’ajustement structurel. Apparue vers 1980 , l’expression « ajustement structurel » est du FMI ( Fonds Monétaire International) . D’après cet organisme , pour développer un Etat déficitaire , il faut le dégraisser , réduire ses dépenses , privatiser les secteurs productifs , en l’occurrence ( aux Comores) , la société des hydrocarbures , les sociétés des entreprises de manutention maritime , la société des eaux et électricité etc… Toutefois , ce sont les effets à court terme des plans d’ajustement structurel que connaissent les Comores depuis , à savoir la hausse du chômage, inflation , et aggravation de la misère .

Selon toujours l’écrivain Aboubacar Saïd Salim, qui est secrétaire général à l’Assemblée nationale, « comme la filière vanille est morte, l’Etat doit créer une structure d’accueil des étudiants qui viennent d’être formés, encourager la création d’entreprises et d’une Ecole Nationale d’Administration ».

Et en parlant de ces jeunes diplômés « désoeuvrés » de Volo Volo dont « aucun recensement n’a été fait », d’après lui, « l’Etat doit, comme ces jeunes travailleurs se regroupent déjà, se cotisent pour envoyer quelqu’un à l’étranger [Dubai, Des-Es-Salam, etc.], leur construire un central d’achat, pour pouvoir améliorer leurs circuits de distribution par des points de ventes ». En tout cas , la créativité endogène nécessaire pour le développement d’un pays est belle et bien là , on le voit avec ces jeunes qui ont la fureur de vaincre … En fait la créativité endogène , sans relent de paternalisme , veut dire compter sur sa propre force et ses propres capacités pour résoudre ses problèmes . Cela dit ces jeunes n’attendent qu’un coup de main de l’Etat pour aller de l’avant.

En effet, le développement social, peu rentable par rapport au développement économique, mobilise moins les bailleurs de fonds, mais cela ne veut pas dire que les Comores qui ont participé au sommet social de Copenhague en 1995 doivent tout ignorer de ce qui a été convenu par les pays membres de l’ONU : « Les gens d’abord ». Et sans donner du travail à ces 2000 nouveaux jeunes cadres qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi, comment notre pays saura-t-il atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour espérer réduire la pauvreté et relancer la croissance économique, à l’horizon 2015.

A mi-chemin de son mandat, le président Ahmed Abdallah Sambi est confronté à un défi majeur, qui fait partie des trois grands chantiers de son programme qu’il s’est engagé de réaliser. Les seuls beaux discours ne suffiront plus à calmer le désarroi légitime de toute une génération qui avait placé en lui tous ses espoirs.

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Article : Interview : « La vraie richesse des Comores ce sont les produits de rente »
Economie
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20 février 2012

Interview : « La vraie richesse des Comores ce sont les produits de rente »

Venu pour la première fois aux Comores en 1983 pour repartir en 1987, après avoir travaillé pour la société Bambao à Anjouan et à la Grande-Comore, le responsable sur place de la société Huiles Essentielles Comores (HEC), sise à Domoni sur l’île d’Anjouan, et qui est d’origine française, a accepté de répondre à nos questions. Mais pour des raisons personnelles, notre interlocuteur n’a pas souhaité que son nom soit mentionné ici.

ilang-ilang
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No Man’s Land : Comment avez-vous découvert les Comores ? Quelles sont les raisons qui ont motivé votre venue dans l’archipel ?

Le Responsable local HEC : Je suis revenu aux Comores en 2007 pour des raisons professionnelles. Un des actionnaires d’Huiles Essentielles Comores cherchait quelqu’un pour construire une distillerie d’ylang. Et comme on était en contact depuis bien longtemps, il a fait appel à moi. Pour dire que je ne suis pas propriétaire d’Huiles Essentielles Comores comme beaucoup le pensent. Je suis juste salarié.
Les actionnaires de HEC ont pris la décision de construire la distillerie dans laquelle je travaille parce qu’il fut un temps, à Anjouan, toutes les huiles d’ylang étaient frelatées. 55% ont été adultérés.
Ce qui fait qu’on est dans la situation actuelle. La fraude avait pris de l’ampleur, surtout, parce qu’il y avait une pénurie d’essence d’ylang. Et du coup, un beau jour, le commerce s’est arrêté. Les clients ont cessé d’acheter l’essence d’ylang venant d’Anjouan.
Donc, comme il n’était pas facile de trouver de l’ylang en collecte, pour satisfaire les clients, relancer le commerce, il avait fallu distiller l’ylang nous-mêmes.

No Man’s Land : De 1983 à 1987 par rapport à aujourd’hui comment se porte le commerce de l’ylang ?

RLHEC : On est dans une période qui est extrêmement difficile. Et avec les hauts et les bas de la crise mondiale, le marché de l’ylang a globalement baissé. Les clients ont réduit leurs commandes.
Pour ce qui est du marché de l’ylang aux Comores, il faut savoir que de 1983 à 2008, il est passé de 150 tonnes par an à 80 tonnes par an. D’où une baisse de 50%. Mayotte, qui était un grand fournisseur, a représenté la moitié de cette baisse. Elle qui produisait 30 à 35 tonnes par an est passée aujourd’hui à 7 tonnes par an. On ne peut pas être département et produire de l’ylang. Economiquement il n’est pas rentable de produire de l’ylang à Mayotte. Malgré les aides, s’il fallait payer les agriculteurs autour du Smig [salaire minimum garanti] ça s’arrêterait tout de suite. Aujourd’hui les exploitants sont obligés de faire travailler des clandestins. A la Grande-comore, les exploitations sont abandonnées. Et la production qui était de 10 tonnes avant est passée aujourd’hui à 2,3 tonnes. Par contre ce n’est pas trop grave pour Anjouan comme pour l’île malgache de Nosy-Be. Puisqu’Anjouan produit 50 tonnes par an.

No Man’s Land : Au jour d’aujourd’hui les producteurs d’ylang se plaignent que les prix ont baissé. Est-ce que cela est lié aux fluctuations des cours mondiaux ?

RLHEC : Il n’y a pas de cours mondial dans le commerce de l’ylang. Ce n’est pas un produit qui a une cotation boursière. C’est un marché de fournisseur à client. C’est une question de qualité. Il y a beaucoup de variétés de qualité d’ylang. Et chaque qualité a son prix. Je ne peux pas donner les prix actuels. Le marché est inactif depuis 6 mois. On ne vent quasiment plus.


No Man’s Land : Les matières semi-finies vous les acheminez où ? Vers quelles entreprises ?

RLHEC : Les meilleures qualités d’huile comme l’extra-sup et l’extra sont destinées à la parfumerie, à titre d’exemple à la préparation de l’eau de toilette. Et nos clients sont en Europe et aux Etats-Unis. Et les basses qualités sont destinées à la fabrication des lessives et des produits bas de gamme en cosmétique.

No Man’s Land : Ne peut-on pas transformer l’ylang comorien sur place ? En faire un produit fini sur place ?

RLHEC : Les Comores resteront un fournisseur d’ylang. On ne peut pas mettre plus de valeur à l’ylang comorien. On n’utilise pas l’ylang pour faire du parfum. Un parfum a une quantité variable d’alcool. Et dans l’essence d’ylang il y a plus de 50 produits différents. Ce n’est pas jouable. Les firmes qui produisent les parfums sont des grosses entreprises internationales.

No Man’s Land : Les petits distillateurs d’ylang déboisent la forêt pour pouvoir faire fonctionner leurs alambics. Y a-t-il une solution qui puisse éviter le déboisement sans que les petits distillateurs soient lésés ?

RLHEC : Il est facile d’accuser les distillateurs. Pourtant il faut qu’ils mangent. Il faut que chacun travaille et gagne de l’argent. On ne peut pas dire qu’il ne faut pas distiller au bois si on n’a rien à proposer. La solution n’est pas technique. Elle est économique. Il faut de l’argent. Aussi est-il que les distillateurs ne sont pas ouverts à l’idée de progrès. Tout ce qui est nouveau pour eux est difficile. Regardez depuis que je suis là, personne n’est jamais venue me questionner sur comment on fait fonctionner une distillerie INOX.
Même si c’est vrai, le Comorien ne vit pas pour demain. Il y a eu un temps, les distillateurs ont gagné beaucoup d’argent. Ils n’ont jamais pensé renouvelé leur alambic.
Le système à pétrole peut fonctionner partout du moins tant qu’il y a de l’électricité. S’il n’y a pas de courant, le distillateur ne peut pas fonctionner. Le système coûte moins cher que le bois. Mais ce n’est pas le paysan tout seul qui peut le faire. Il doit avoir le soutien de l’Etat puisque je sais qu’il y a des fonds internationaux aujourd’hui pour la protection de l’environnement. L’alambic traditionnel installé, prêt à fonctionner coûte 800 000 FC. Le petit paysan ne pourra jamais se le payer. Il est temps que l’Etat comorien pense acheter comme cela a été fait à Mayotte des alambics Inoxydables. A Mayotte, par l’intermédiaire du Conseil Général de l’île, 15 alambics INOX qui permettent de produire l’ylang aux normes européennes ont été financés par le STABEX (Système de stabilisation des exportations [des produits agricoles] financé par l’Union Européenne).

No Man’s Land : Votre métier a-t-il un avenir dans l’archipel des Comores ?

RLHEC : Il y a un avenir pour l’ylang. A condition de ne pas reproduire les bêtises qui ont été faites à Anjouan auparavant. L’ylang a un avenir étant donné que l’ylang est un produit de base de la parfumerie. Et tant qu’il y aura de la parfumerie, on vendra toujours de l’ylang. Dans 50 ans, l’ylang se vendra encore. La nature a protégé les Comores. Il faut savoir que l’ylang c’est les Comores. La meilleure qualité d’ylang, aujourd’hui, c’est Mayotte. Mais avec la départementalisation, il faut mettre une croix. Dans dix ans, c’est sûr il n’y aura plus d’ylang à Mayotte. Quand les gens sont riches ils ne veulent plus cultiver.
Il ne faut pas s’imaginer que le distillateur de la brousse fait de la mauvaise qualité d’ylang. Il faut faire un effort sur la modernité, mais ce n’est pas la peine de faire du luxe. Les paysans ont, durant ces dernières années, planté beaucoup d’ylang. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle aujourd’hui on arrive à en produire 50 à 60 tonnes par an. Maintenant il reste à entretenir ce qu’on a planté malgré la crise. Parce que je sais que d’ici peu la crise va passer.
Il est bon à savoir que la vraie richesse des Comores c’est sont les produits de rente. L’argent des « Je viens » est une fausse richesse. Donc, il est temps que l’Etat comorien s’intéresse à l’agriculture.
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L’ylang l’or des îles de la Lune

L’ylang est une plante importée des Philippines au début du siècle dernier pour reboiser les pentes caillouteuses et les padza .Elle appartient à l’espèce cananga odora var macrophylla. Sa fleur aux reflets d’or et de safran, exhalant une senteur douce et capiteuse, est un ingrédient essentiel pour les parfumeurs du monde entier . Du moins son hexane qui est utilisée pour l’extraction de l’essence. La première distillation des fleurs d’ilang remonte vers 1860 à Manille ,aux Philippines , et est l’œuvre du marin Albert Schwenger. Mais la première production commerciale de l’ylang-ylang à grande échelle sera entreprise par les planteurs des possessions françaises de l’océan Indien pour le compte des parfumeurs français. D’abord à la Réunion, puis à Nosy-Be ( Madagascar) et aux Comores .
Les Comores, malgré la mévente sur le marché international, avec 60 tonnes d’essence d’ylang distillées chaque année sur 100 tonnes au niveau mondiale, reste le premier producteur d’ylang du monde.
« Des pays comme l’île Maurice et le Ghana se sont mis récemment à planter de l’ylang. Mais leur ylang n’est pas de bonne qualité comme celui des Comores » nous a confié le responsable sur place de HEC à Domoni . Pour dire que l’ylang comorien est le meilleur du monde. « On cueille deux fois par mois l’ylang. Mais l’important ce sont les qualités d’essence. Parce que qu’il y a plusieurs qualités après fractionnement du produit eu après distillation : Extra S, Extra première, Seconde et Troisième. Donc les acheteurs nous payent selon le poids et le degré de l’huile » nous a dit Nakibou Souf , un jeune paysan âgé de 38 ans , père de 10 enfants et vivant à Limbi .
Deuxième source de devise pour le pays, l’ylang dont son élaboration et sa commercialisation durent toute l’année, reste, comme les autres produits de rente, le moyen de survie de 80% de paysans comoriens. « Nous, on nous paye pour cueillir l’ylang dans les champs. Nous cueillons l’ylang pendant 6 heures de temps, et on nous paye par kilos. Chaque kilo cueilli, on nous donne 75 fc. Honnêtement pour avoir un kilo de fleurs d’ilang, il faut faire au moins 3 heures de cueillette » nous a confié Makiliko de Mromaji , âgée de 60 ans et mère de 2 enfants . Par ailleurs, il faut compter environ 100 kg de fleurs pour faire 2 kg d’essence.
Même si les paysans ne produisent pas l’ylang comme avant, comme nous a confié Issouf Abdallah de la société Bambao Tropikal , la culture de l’ylang reste le moyen de survie de toute une population voire même l’avenir de tout un archipel .
Selon la note de conjoncture de la Banque centrale de mars 2009 , le prix plancher de vente du kg de fleurs est passé de 150 fc en 2007 à 350fc en 2008. L’on a observé une amélioration du prix de vente d’un degré variant de 1280 et 1350 fc en 2008 , contre une fourchette de 900 à 1300 fc l’année précédente.

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Article : Autopsie des origines
Culture
3
26 novembre 2011

Autopsie des origines

De la poésie avant toute chose et pour cela, je préfère celle de la rue…. Elle détonne.

Paille-en-queue et vol :Komedit éditions
Paille-en-queue et vol :Komedit éditions

Moroni. Route de Magoudjou. Longue lézarde entre le rond point Salimamoud et l’hôpital El Marouf. Un jeune homme marche, tenant un poisson séché puant, tête en bas, sous le brouhaha d’une circulation étouffante. C’est que l’île s’enrichit de pollution nouvelle ! Les taxis brousse insultent les conducteurs de gros cylindrés. Des politiciens ou des douaniers sûrement. Puis la pluie s’est mise à tomber brutalement. Le jeune homme au poisson cherchant un abri s’est prestement posté devant la devanture du magasin où je me trouvais. Je vendais des couches et des épingles à linge pour bébés.
La puanteur du poisson, sec comme une chambre à air, mêlée aux haleurs du goudron, a attiré l’attention de ma femme, derrière son comptoir, en train de faire les comptes.
–C’est quoi cette odeur ?
–La pluie sur le bitume assoiffé, lui ai-je dit.
Le jeune homme, ayant compris l’interrogation de Madame, s’est retourné. Je lui ai fait un clin d’œil et de go, l’ai invité à me rejoindre dans le magasin. Il m’a dit :
« Adjmaël ».
– « Oui, bien sûr ».
Il s’est mis à sourire. Madame usait de sa calculatrice tout en scrutant le poisson mort depuis mille ans, dans les mains d’un jeune homme. La pluie redoublait de violence.
Nous engageâmes une discussion protocolaire. C’est dans ce cadre que j’entendis pour la première fois parler du docteur Anssoufouddine.

Ce jeune homme coléreux, poète d’une excellence indicible, m’a expliqué qu’un jour avec un autre poète originaire de l’île d’Anjouan, ils ont lu mes textes et se sont bien marrés. Ils voulaient savoir qui j’étais où j’étais. J’étais très fier de cette dernière nouvelle. Ils ont eu de la joie en me lisant. La poésie est un plaisir.
« Veux-tu lui parler ? ». J’ai acquiescé de la tête, il me semble. Il a sorti son téléphone. Je crois que j’ai eu le temps de dire « bonjour…Sadani ». Et j’ai entendu un sourire au bout. Un rire de complicité. Puis comme on dit chez nous, kapvatsi rezo.
Un Gecko a dû courir après un insecte sur un fil de Comorestelecom. Puis, plus rien.

Nous avons ainsi convenu que nous nous connaissions à travers les mots et que la rue scellait une amitié. Après, nous partîmes bouffer du fruit à pain grillé et du poisson séché dans un bidonville de Moroni, avec Adjmaël. Il partageait ses jours avec des musiciens, des plasticiens, des slameurs, au milieu d’enfants mal nourris.
Le ciel signa une trêve. Se laissa traversa par un arc-en-ciel et par un homme repu.
J’ai pu ainsi rentrer à la maison.
Ma femme m’a rendu compte de la recette de la journée. J’ai souri. La journée était bonne.

Quelques années plus tard, sur une autre île, Adjmaël a pris l’habitude de me rendre visite, toujours coléreux, avec ses perles, ses textes d’une beauté satanique.

Un jour, il m’apporta un livre d’Anssoufouddine : « Paille-en-queue et vol ».

Vieille pirogue enfoncée sur une partie du territoire spolié, je ne m’interdis plus une recomposition convalescente à travers ce recueil digne d’un Stéphane Mallarmé.

Paille-en-queue et vol : Autopsie des origines.

Veuillez entendre ce que j’ai lu, en hommage à cette mer qui nous interroge. Acceptez donc, que je vous parle de ce recueil d’Anssoufouddine, médecin- poète et à quelques endroits, légiste avéré, non pas, armé d’un coupe-coupe comme j’aurai tendance à l’exhiber moi-même, mais d’un scalpel d’une justesse incomparable et de mots aussi beaux que la phrase portée par ces mots et qui nous
« Conte l’obsédante épopée
D’une citée vouée à l’errance »

A petits pas, « Paille-en-queue», saute d’îles en îles, de thème en thème, comme un oiseau habitué à fréquenter le même territoire, fait le tour de son existence. Oiseau migrateur aussi, « Paille-en-queue » vole et se met en quête de proto-détenteurs du hasard, entre la Perse et les légendes liées aux origines. Salomon et la reine de Saba ? Ou tout simplement la beauté sakalava posée violemment sur les hauteurs du Karthala ? Les nègres d’à-côté- ces-frères- de – sang-Bantou ?

A son retour d’un voyage qu’on imagine fécond, il écrit :
« Au terme de l’exil
La parenthèse s’autopsie
Cryptogame »

Du Bellay, un vieux type de l’occident chrétien disait « heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage ».Il regrettait souvent son pays natal. Ici, nous demeurons encore au stade du questionnement typiquement insulaire. Sans parti pris, les yeux vers l’horizon, les vents de partout traversières.

Anssoufouddine, soulève ce besoin de se poser puis de se poser des questions.
Cryptogamie passée au crible d’une voix qui susurre et qui nous rassure et décrypte notre réalité!

Cryptogamie, origine difficile à définir, comme ces algues, parsemant nos marées basses et sur lesquelles nos pieds déchirés par l’obsidienne, le goudron et ce putain de soleil sang, foulent vers la course aux Sim Sim, chinchards échoués devant nos côtes, pour le festin d’un peuple de mer.
Nous venons de quelque part et ce quelque part n’est pas immédiat. Ce quelque part, nous devons l’accepter avant d’envisager le partage de nos îles, avec ceux qui nous acceptent, en ramenant parmi nous leur part d’origine. Mais avant, nous disons comme dit le poète :
« Nous étions amants
A tressaillir avec
La phosphorescence
Des marées », autrement bercés par une géographie, avant d’être une géopolitique, des colonisateurs et des puissants en tout, qui ont convaincu une religion : La religion de la soumission qui a engendré des séparatismes et des ambitions opportunistes.

« Sur l’archipel des manigances
…………
Vers la cueillette
Et la conquête
Du miel et du ciel
Une meute de nuages
Prompte à inventer les frontières… »
Ces séparatistes aptes à toutes les options, ces séparatistes équilibristes qui usent pour le pouvoir des préceptes subtiles, déclinés par
« Des mages,
Versets incontinents,
Prédictions défectueuses,
Déluge »

Ces foundi, qui, au nom de tout et n’importe quoi, trempent leurs sourates dans l’abjection des reniements, et pour d’indignes intérêts tentent de nous extraire de la matrice, nous définir autrement, à travers une cristallisation exogène, nous, pétrifiés dans le creux des vagues, nous engagés à abolir l’exfoliation, de
« L’errance de tant d’esprits
Assoiffés non plus de butin
Mais d’une nidation
Conques en manque
De quel fortin
De quel hirizi »

Une naissance tout simplement, une renaissance pour tous ceux qui nous croient morts ! Et la poésie en ce sens est debout, comme le poète l’assène, tout au long de son texte. Ye hrizi hindri ? Ce talisman, ce gris-gris, pour nous protéger du mal, pour avancer notre étant, pour rivaliser sainement, avec ce que nous sommes, ce que nous apportons aux autres, car comme l’a dit,Césaire, il n’est « point vrai que l’œuvre de l’homme est finie… »*.

Cryptogamie ! Naissance erratique sans être bâtardise malsaine. Erection mal connue sans que nous soyons les orphelins de la Terre, comme des enfants,

« Pareils aux Talibés
De la Teranga
Affluent l’embarcadère
Bradant des cornets
De pistaches
Ombres ultimes
Des dictées ensanglantées ». L’enfance enfermée dans une réclusion consentie comme un destin et des lectures récalcitrantes qui nous effraient d’horreurs elliptiques.

« Paille-en-queue » décrit nos îles et toutes îles posées sur cet entrain contre l’oppression. Et sans le dire autrement qu’à travers la suggestion et la colère retenue, Anssoufouddine, nous réveille, pour un voyage vers un vaste monde, de justice et de beauté, chacun a sa juste mesure.
La pagure qui habite la maison de l’autre, gastéropode fainéant, peut aussi être celui qui aime les autres, de partout arrivé sur nos îles accueillantes.

Voleurs de chaleur !

Qu’ils nous respectent !

Puis, Mayotte, nos belles amours malgaches, l’Afrique, l’Occident, sont abordés de façon authentique. Il décline nos origines, notre rang et nos habitudes avec le souci du juste mot, toujours, dans ce rythme des marées dont on ne sait ni l’origine ni le rang et les habitudes des océans qui nous protègent.

La poésie d’Anssoufouddine est dense, exigeante, une médecine chirurgicale qui guérit lentement des blessures les plus profondes.

« J’exige une réincarnation
Douce »
Contre
« Toute une flottille [qui] vient à perdre le Nord ».

Saindoune* l’a écrit, Anssoufouddine le répète, et il est heureux que les poètes nous sauvent.

Anssoufouddine, est-ce par souci professionnel, lui, le médecin ? – fouille dans un océan d’histoires, la justesse qui sied mieux à la vérité, aux tréfonds des entrailles de la méthode Coué, usée et perfusée par les mauvais prédicateurs, faussaires historiques, qui font le lit de l’ignorance. (Une stratégie aurait notre assentiment, avec machettes et gros marteaux, pour la justice, cependant le choix opéré dans « Paille-en-queue et vol » a encore le mérite de nous ressembler) :
« Nous appartenons à ce fluide
Etendue criblée d’îles
Où peut-être circulent dissoutes
Les velléités erratiques
Des ancêtres »

Esprits de Djinn, nous sommes et les djinns ont leurs demeures dans la démesure des beautés indivises.
« Nous descendons sillage moiré
De l’anonyme route
Indo-céane ».
Naam !

Entre le mot et la chose, naît dans la poésie d’Anssoufouddine, le frisson de la découverte, pour qui veut s’initier à l’odyssée piroguière, d’un archipel en quête d’assise.

La poésie d’Anssoufouddine, c’est du miel que l’on s’en va chercher à la ruche en chassant à nos risques et périls, les abeilles ayant fini leur boulot, pour nourrir les palais de nos invités.

Bon app’ !

Sadani Tsindamii

Bibliographie de Mohamed Anssoufouddine
– « Paille-en- queue et vol ». Ed. Komedit, 2006
– « Le Rebelle » In Project-îles n°1. 2eme semestre 2010.
– « Lambeaux d’anarchipel » In Petites fictions comoriennes, nouvelles, Ed. Komédit 2010.
* Aimé Césaire -Cahier d’un retour au pays natal. Présence Africaine, 1983

*Saindoune Ben Ali- « Testament de transhumance »- Komedit, 2004

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Article : « Il est urgent de conserver la musique traditionnelle comorienne »
Culture
2
12 octobre 2011

« Il est urgent de conserver la musique traditionnelle comorienne »

Patrice Cronier est formateur à l’Institut de Formation des Maîtres de Dembéni, à Mayotte. Il mène des recherches sur les instruments de musique traditionnels des îles Comores, notamment le gabusi, le dzendzé et le ngoma. Dans un entretien qu’il nous a accordé, il fait part des découvertes et des rencontres qu’il a faites dans l’archipel. Interview !

Patrice Cronier / Photo ElPadre
Patrice Cronier / Photo ElPadre

No Man’s Land : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser aux instruments de musique comoriens ?

Patrice Cronier : Je suis arrivé à Mayotte en 2008 pour travailler à l’Institut de Formation des Maîtres de Dembéni. Je devais y former les futurs instituteurs de Mayotte dans le domaine de l’éducation musicale. La musique à l’école, ce n’est pas uniquement Mozart ou Beethoven. Il faut au contraire partir de ce que les élèves connaissent bien et les amener peu à peu à découvrir et à savoir apprécier d’autres univers sonores. Par conséquent, je devais tenir compte de la culture musicale de mes stagiaires et des jeunes élèves dont ils auraient la charge à la fin de leur formation. Or, cette culture musicale, je ne la connaissais pas du tout. Il m’a donc fallu me documenter très sérieusement sur cette musique mahoraise qui est une des branches de la musique comorienne.

J’ai donc entrepris une longue enquête qui est loin d’être achevée. J’ai commencé à filmer toutes les manifestations musicales dont j’étais témoin : concerts, cérémonies, festivités… Je présentais ensuite ces petits films aux stagiaires de l’IFM, ce qui donnait lieu à des échanges très fructueux. Ils m’apportaient des éléments du contexte social, rituel ou historique que j’ignorais, tandis que de mon côté, je leur présentais un regard extérieur, plus spécifiquement musicologique, en leur fournissant les termes techniques qui leur manquaient.

Ceci, c’est l’aspect professionnel. Mais il y a aussi l’aspect humain, plus immédiat qui veut que j’aime la musique, les gens qui en jouent et les instruments qu’ils utilisent. La première fois que j’ai entendu des mbiwi en descendant de l’avion à l’aéroport de Pamandzi, je suis tombé sous le charme de ces petits bouts de bambous. Ensuite, j’ai découvert le gabusi , le dzendzé et de nombreux autres instruments très peu connus en dehors des Comores.

No Man’s Land : D’où viennent ces instruments ? Connaissez-vous des instruments similaires en Afrique ou ailleurs ?

Patrice Cronier : Les instruments comoriens sont les témoins de la grande diversité des peuples qui au cours des siècles ont élaboré dans l’archipel une culture originale. J’aimerais en donner trois exemples caractéristiques :

Le plus lointain ancêtre du dzendzé est une cithare tubulaire sur bambou qui vient d’Indonésie où elle est encore utilisée de nos jours. Cette cithare s’est perfectionnée à Madagascar sous le nom de valiha. Puis, toujours à Madagascar, des musiciens se sont mis à fabriquer des valiha, non plus sur des bambous, mais sur des caisses en bois. De petites cithares sur caisse étaient utilisées par des pêcheurs malgaches pour se concilier certains esprits marins. Ce sont ces instruments qui sont connus sous le nom de dzendzé aux Comores.

L’exemple le plus célèbre et le plus vivant d’instruments d’origine bantu est la famille des ngoma qui sont des tambours à deux membranes utilisés sous ce nom dans toute l’Afrique de l’Est.

Enfin le gabusi est le lointain cousin du qanbus yéménite qui s’est diffusé dans l’Océan Indien, le long de la côte africaine, jusqu’aux Comores et à Madagascar, mais aussi jusqu’en Indonésie et en Malaisie.


No Man’s Land : Pouvez-vous nous parler des rencontres musicales que vous avez faites dans l’archipel ?

Patrice Cronier : D’une façon générale, toutes les personnes que j’ai interrogées au sujet de la musique comorienne et de ses instruments m’ont toujours répondu avec beaucoup de bienveillance. Parmi ces nombreux informateurs, je ne citerai que ceux que je consulte le plus souvent. À Mayotte, ce sont principalement Colo Hassani de Chiconi, connu également sous le nom de Zama Colo, ainsi que Soundi de Chirongui. Tous deux sont des fundi qui fabriquent des instruments remarquables. On trouve également des musiciens plus proche de la world music mais qui ont gardé un bon contact avec les instruments et les styles traditionnels. Je pense notamment à Lathéral et à sa passion pour le gabusi ou à Diho qui continue à faire vivre le dzendzé la shitsuva.

À Anjouan, j’ai rencontré dans la médina de Mutsamudu un flûtiste nommé Moulé. Malheureusement, la flûte firimbi dont il joue en virtuose modeste a fini par disparaître de Mayotte du fait des très grandes difficultés que connaissent les Anjouanais qui veulent résider à Mayotte.

Un autre Anjouanais m’a beaucoup impressionné, c’est Saïd Abassi, dit Chirondro, un ancien pilier du groupe Gaboussi des îles de Domoni. Ce monsieur porte en lui une mémoire musicale d’une valeur exceptionnelle et pourtant, après une riche carrière musicale, il vit de la pêche, très simplement et dans un anonymat paisible.

Dans un autre registre, j’ai rencontré à Mamoudzou, Mwényé Mmadi, un musicien de Ngazidja qui était de passage pour un concert. Il joue du dzendzé et chante dans un style très personnel. Nous nous étions trouvés chez des amis et avions passé plusieurs soirées à jouer ensemble. C’est pour moi un véritable bonheur de jouer avec lui. C’est d’ailleurs pour lui rendre visite que je suis venu à Moroni où, grâce à lui, j’ai pu rencontrer et filmer dans de bonnes conditions Soubi, le célèbre joueur de dzendzé de Mohéli. Comme Saïd Abassi, Soubi est lui aussi un des derniers gardiens d’un patrimoine très fragile.

No Man’s Land : Justement, ce patrimoine, comment peut-on le préserver ?

Patrice Cronier : C’est une question qui présente plusieurs aspects très compliqués et à laquelle on ne peut pas répondre en quelques mots. Par exemple, il est très difficile de maintenir vivante une tradition en train de se perdre et qui semble ne plus correspondre au goût de l’époque. La meilleure politique culturelle ne pourrait rien changer au fait qu’il est normal que les musiques et les instruments évoluent. Il est cependant tout à fait souhaitable que le capital culturel soit préservé en dépit des effets de mode et des changements du goût. C’est une question d’identité culturelle, et cette identité a nécessairement un arrière-plan historique. Un comorien du XXIe siècle peut très bien préférer le rap au toirab et le synthétiseur au gabusi, mais ce serait pour lui une perte si voyant ou entendant un gabusi il ne ressentait pas, faute d’un minimum de connaissances, cette émotion particulière qu’un être humain éprouve devant un symbole fort de sa culture, même si ce symbole est éventuellement ancien. On voit qu’il y a là un travail pédagogique à fournir et une réflexion à développer sur l’identité culturelle.

Cependant, d’un point de vue matériel, la préservation de ces symboles n’est pas si compliquée que cela, mais c’est une tâche urgente car la musique traditionnelle n’est pas écrite. Si elle n’est plus pratiquée régulièrement, elle disparaît avec les derniers interprètes qui savent la jouer et ce sont alors des pans entiers de la mémoire d’un peuple qui s’effondrent. C’est pourquoi il est important de conserver et de rendre facilement accessibles des enregistrements audio et vidéo des derniers musiciens qui connaissent encore le répertoire qui a ému les générations précédentes, les a modelées et a contribué à leur donner leur identité propre.

Lors de mon voyage à Moroni, j’ai eu le plaisir de voir qu’un travail de ce genre était engagé au CNDRS dans le cadre d’un projet de numérisation et de conservation des archives audio-visuelles. J’espère que le futur musée de Mayotte, actuellement en projet, contribuera également à conserver les éléments de ce patrimoine immatériel commun à tout l’archipel.

Pour amples informations, prière de consulter les sites internet :

https://www.instruments-mahorais.site90.net
https://gaboussi.blogspot.com

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Article : « La parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration »
Culture
1
11 octobre 2011

« La parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration »

SANIA est un livre qui vient à point nommé : à l’heure où des peuples de toute part se soulèvent contre des pouvoirs dictatoriaux. SANIA est une poésie de la révolte, de l’insoumission. Dans ce recueil de poèmes écrit avec une verve hors du commun, le poète Sadani Tsindami, au moyen de vers subversifs, s’est obstiné à ériger au fil des pages un Tour de Babel poétique. Ainsi espère-t-il commettre le déicide ultime : tordre le cou au silence qui hante les Comores depuis des millénaires. A travers un entretien qu’il a accepté de nous accorder, le poète Sadani Tsindami aborde cette poétique et cet imaginaire qui rendent atypique son œuvre et que lui seul connaît le secret.

SANIA de Sadani Tsindami
SANIA de Sadani Tsindami

No Man’s Land : Qui êtes-vous en fait, Sadani ?

Sadani : Je ne suis pas Sadani, justement, « je est un autre »…pour simplifier votre question, en chaque individu, il y a un corps et un esprit. Je comprends que votre question est directement liée à l’état civil, seulement, le poète n’a pas d’identité visible ou ne doit pas en avoir, dès lors qu’il a choisi de la refuser, cette identité. Je suis un esprit sensible qui décrit une réalité palpable au sein d’un peuple. Je suis Comorien, c’est tout…


No Man’s Land : Certains affirment que vous vous cachez, pour ne pas assumer vos prises de position publiques, souvent très dures et emportées….

Sadani : Ils ne me verraient pas si je me cachais, ils ne me connaîtraient pas ou ils ne sauraient jamais qui je suis. Croyez-vous vraiment que le fait de dire que je ne suis pas celui qui écrit, soit un jeu de cache-cache ? Beaucoup de gens savent qui est Sadani, mais pour eux, et je crois qu’ils ont raison, l’essentiel ne se situe pas à une curiosité sans effet. C’est ce qui se trouve sous la plume qui justifie la personne réelle. Vous, vous connaissez mon état civil, ma vie familiale, mes lieux communs et tout le reste…Est-ce pour autant que je ne suis pas Sadani ? Il faut éviter cette question confuse. Puis, je ne suis pas « anonyme » puisque je suis Sadani, un « pseudonyme ».

No Man’s Land : Vous êtes connu pour avoir un moment animé avec vos mots et vos histoires sur les réseaux sociaux (Bangwe), développé une approche d’écriture (qui connut un certain succès) pourriez-vous nous parler un peu de votre poétique ?

Sadani : C’est un regard porté sur les fondements de l’imaginaire comorien dans sa relation aux autres imaginaires. Je crois que Glissant appelle cela, sans prétention de ma part, « poétique de la relation ».Ce que nous sommes, ce que nous avons hérité de l’histoire et ce qui doit entrer dans le mouvement de la renaissance en opposition à une certaine dégénérescence que l’on constate dans le pays Comores. Il n y a rien de particulièrement nouveau dans cette démarche, qui est défendue avec beaucoup de talent par les poéticiens antillais, Chamoiseau et Confiant, par exemple, dans « Eloge de la créolité »… Il y a une certaine radicalité chez ces derniers, mais en fait, entre les « nègritudistes », Glissant et les chantres de la créolité, demeure une continuité revendicative, englobant l’Esthétique comme le politique, à des degrés variables. J’essaie de lier l’utile à l’agréable dans ce que vous appelez, la poétique.

Dans le choix des thèmes, l’écriture est la manière de valoriser mes idées, je me réfère à ce silence obsessionnel d’une appartenance mystique à une réalité opprimée. Le fait d’avoir voulu nous faire croire que Dieu est blanc….Ce qui limiterait toute tentative d’affranchissement de notre part….Vous voyez ce que je veux dire…


No Man’s Land : Comment dans des textes, ce silence obsessionnel, s’exprime-t-il ?

Sadani : Par une fureur instinctive, orale, publique et sans concession. La spontanéité du geste d’écrire est dictée par un instinct qui tire sa raison d’une appartenance à un lieu, une histoire et le désir de dire. Ma poésie est ainsi faite, enrichie par des lectures qui ont colporté cet instinct jusqu’à découvrir qu’en mes îles méconnues, ce frisson de l’impératif de dire avait déjà soulevé les grands hommes, que j’ai cités, des poètes îliens d’origine, ayant raconté l’être dans son universalité la plus incontestable…L’écrit cristallise une reconnaissance intellectuelle, tout simplement. Il affirme et défend l’idée selon laquelle, la parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration. Contrairement à l’adage du silence qui serait d’or- silence peut-être sur un matelas en diamant-, au réveil, à un certain âge, on se rend compte que dans un pays aussi spécial que l’archipel, sous la coupe de pas mal de vérités contestables qui convergent en tous points vers l’oppression sociale, on ne peut pas défendre un art qui tourne le dos à la misère multiforme de la majorité. Je tente d’exprimer cette sensibilité car « le beau n’est pas dégradé pour avoir servi la multitude », disait Victor Hugo. C’est dans ce sens que l’art, la poésie en particulier, se doit d’être engagée. La forme adoptée doit obéir à une certaine beauté et il n y a pas plus beau que le regard d’une vie à travers le prisme matriciel.

No Man’s Land : En est-il ainsi de Sania ?

Sadani : Oui, bien sûr aussi bien dans le fond que dans la forme. Sania peut paraître comme une imitation de l’exacerbation romantique, telle que les Ronsard avec Hélène, Aragon avec Elsa, l’ont chanté…Mais si je vous disais que dans Sania, il y a une volonté de défendre la liberté de choisir sa vie, son homme, sa femme, et que l’on retombe dans une dialectique politique absolue, qui est celle de la révolte. Sania est une révolte. La révolte est consubstantielle à la liberté. Le contexte mercenarial dans « Sania » est un prétexte politico-littéraire, bien sûr. Et bien que tout cela soit ancré dans une vérité testimoniale. Le fond est cette douloureuse obsession d’une femme. La forme est certes moins virulente, mais je l’ai voulue immédiate, des coups de flash, si je puis le dire, correspondants à mes sentiments du moment.

No Man’s Land : Il est vrai que dans la forme de vos écrits connus, vous mélangez les langues et dans Sania, ce n’est pas trop présent…Y a-t-il une raison à ça ?

Sadani : Il y a une raison simple qui est que Sania est un dialogue entre deux personnes. Chacun dispose de son propre registre de langue et ne se doit en aucun cas d’imposer une vision différente de l’histoire commune. Je ne m’approprie pas cette démarche (développé dans un long article, repris dans la revue project-îles, de juillet 2011), car Sania n’est pas supposée adopter ma propre vision littéraire. Si vous voulez, Sania est une parenthèse formelle dans mon approche de l’oralité scripturale. Je compte ajouter aussi le fait que la littérature est une affaire personnelle…

No Man’s Land : Alors, pourquoi, avoir souhaité que l’on écrive d’une manière que vous n’utilisez pas dans votre premier texte vraiment public ?
Sadani : Parce que je vous le dis, Sania, est une identité parmi une somme d’autres. Je me suis adapté à la personne, par le caractère intime, solitaire et unique de la thématique sentimentale.
A d‘autres occasions, dans mon prochain ouvrage (qui est prêt), je me suis fait plaisir à cultiver cette théorie de la poésie qui ose dire son Non, car le point de vue adopté offre un large panorama qui rend favorable la tentative multilingue (je ne suis pas polyglotte, pour un sou).

No Man’s Land : Merci Sadani et au plaisir de pouvoir reparler de cette poésie de l’irrévérence, car on se pose encore beaucoup de questions sur ce concept littéraire.

Sadani : A la prochaine et merci .

Titre du livre : SANIA
Auteur : SADANI Tsindami
Genre : Poésie
Editions : Cœlacanthes
Date de Parution : 12/10/2011

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Article : La Fédération Comorienne des Consommateurs repense le système éducatif comorien
News
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20 septembre 2011

La Fédération Comorienne des Consommateurs repense le système éducatif comorien

Les 10 et 11 septembre derniers, la Fédération des Consommateurs Comorienne a organisé, à l’Ecole de Santé de Moroni, un séminaire sur l’Education. De nombreux personnalités avaient répondu présent à l’invitation de cette Fédération présidée par Saïd Abdallah Mchangama, notamment Mohamed Ismaïla, Ministre de l’Education nationale, Bourhane Hamidou, Président de l’Assemblée de l’Union des Comores, Pierre Laye, Responsable de la Coopération Française, Lionel Laignel, Conseiller technique au Ministre de l’Education, Djaffar Ladhati, Administrateur pays à l’UNICEF.

séminaire FCC

Nourdine Bourhani, fonctionnaire au Ministère de l’Education Nationale, a ouvert les ateliers par une présentation des textes relatifs au système éducatif aux Comores. Et au bout d’un état des lieux des écoles, publiques et privées, Bourhani a partagé une liste de la centaine d’écoles privées existantes à Ngazidja, et dont seulement 53 ont un agrément de l’Etat, suivent les normes établies par le Ministère de l’Education Nationale. Selon Ibrahim Mweva du Commissariat chargé de l’Education à Ngazidja « pour ouvrir une école privée, une autorisation des autorités compétentes est primordiale. D’ailleurs, la plupart des écoles privées ont eu des autorisations. Néanmoins, pour avoir un agrément, des critères pédagogiques et physiques sont exigés. En fait, après l’ouverture d’une école, un agrément est octroyé ou non au terme d’une inspection. » La FCC compte aller lentement dans la mission qu’elle s’est investie et qui consiste à responsabiliser et conscientiser les consommateurs, à savoir les parents d’élèves et les élèves eux-mêmes. Consciente que l’Education est à la fois le moteur et le but de tout développement d’un pays, la FCC a choisi le thème de l’Education pour qu’enfin il ait un peuple comorien responsable puisque sensibilisé de ses droits et devoirs . «  Il est temps de nous réapproprier notre pays. Et pour ce faire, il faut une révolution des mentalités  » a été, d’ailleurs, le leitmotiv du Président Saïd Abdallah Mchangama. Un peuple mieux éduqué et bien instruit est exigeant, il n’a pas honte de se plaindre et se bat pour son bien-être.

«  L’éducation n’est pas un bien de consommation, c’est plutôt un droit. Tous les enfants, du moins les plus jeunes, doivent être scolarisés, peu importe les moyens de leurs parents. » a expliqué Djaffar Ladhati, Administrateur à l’UNICEF. Pour Mohamed Moussa Moindjié, Conseiller municipal de Mdé, «  l’initiative est louable dans le sens où nous apportons un plus dans le système éducatif de notre pays. Je considère cette initiative comme un second souffle, puisque en impliquant tous les acteurs de l’Education, nous allons sûrement trouver des réponses appropriées aux réalités de l’éducation de notre pays. » Mme Nasrat Mohamed Issa, Vice-présidente de la FCC, a présidé le séminaire. «  Je suis satisfaite du séminaire. Car, d’une part, tout le monde a répondu favorablement à l’invitation. Et d’autre part, tout le monde a donné le meilleur de lui-même afin d’identifier les problèmes de notre système éducatif et d’apporter les réponses adéquates. En effet, personne n’est dupe. Tout le monde sait qu’il y a beaucoup de problèmes dans le domaine de l’Education : les résultats des examens nationaux de chaque année sont la preuve. Nous avons fait d’une pierre deux coups : le séminaire a été à la fois un cri d’alarme et un tremplin qui certainement nous propulsera vers un redressement du système éducatif. » nous a confiés la Vice-présidente. Les séminaristes s’étaient repartis en deux groupes. Dans un premier temps, ils ont identifié les problèmes, quels soient pédagogiques, administratifs ou infrastructurels. Et dans un second temps, ils ont fait des propositions. Le premier groupe a été présidé par Aboubacar Saïd Salim, homme de lettres et enseignant. Et le second par Mohamed Moussa Moindjié, Directeur Général chargé des Politiques et Programmes de l’Enseignement de Base au Ministère de l’Education Nationale.

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Article : Les Comores, plaque tournante du trafic de drogue ?
Société
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17 septembre 2011

Les Comores, plaque tournante du trafic de drogue ?

L’archipel des Comores, en raison de sa position géostratégique et de ses difficultés socio-économiques et politiques, est devenu une plaque tournante du trafic international de drogue à destination de l’Europe et de l’Océan indien. Puisque les contrôles sont de plus en plus stricts sur les frontières entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord et aussi sur les frontières entre l’Afrique du Nord et l’Europe, les cartels sud-américains et libanais par la complicité de Comoriens travaillant dans le commerce, à la Douane, à la Chambre de Commerce, dans la police et dans l’armée, ont fait des Comores un point de transit de drogue, notamment la cocaïne et l’héroïne, vers l’Europe et d’autres îles de l’Océan indien à l’exemple de Mayotte, Maurice et la Réunion. Néanmoins, le bangue, herbe de cannabis, une drogue de mauvaise qualité et à bon marché, est en circulation sur le territoire national où il est cultivé et consommé par de nombreux jeunes en raison du relâchement des mœurs par les parents, de la perte de repères socioculturels due à la rapidité des mutations sociales et économiques et surtout à cause du dénuement et de l’absence d’un Etat en tant que tel dans le pays.

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal
Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Wazé a 26 ans et habite à Madjadjou, quartier défavorisé de Moroni. Il raconte : « En 1997, alors âgé de 12 ans, un ami m’a invité à fumer du cannabis avec lui. J’ai répondu à son invite. Et depuis, j’ai continué. A chaque fois que je consomme de l’alcool, je fume forcément de l’herbe de cannabis. Et dieu seul sait combien de fois je consomme d’alcool par semaine. » Al Pachino est âgé de 29 ans, ces propos reflètent une crise de dépersonnalisation puisque parle de mimétisme. « Je suis arrivé à la consommation de drogue en 1988 parce que je voulais devenir rasta. J’avais des dreadlocks. Et je fumais tous les jours. Et comme je n’avais pas de travail, je volais pour pouvoir me payer de l’herbe de cannabis. D’ailleurs, en 1989, j’ai été jugé et incarcéré pour vol. Etant souvent indexé, marginalisé et rejeté par mon entourage, je me suis exilé à Mayotte en 1992. Et c’est là-bas où une petite-amie créole réunionnaise m’a poussé à consommer pour la première fois du shit et aussi de la cocaïne et de l’héroïne par injection intraveineuse. Aujourd’hui, comme j’ai un travail, je ne vole plus pour acheter de la drogue. Toutefois, comme ici la cocaïne et l’héroïne ne sont pas à ma portée, puisque elles coutent les yeux de la tête, je suis obligé de fumer malheureusement de l’herbe de cannabis. La pression communautaire n’est plus comme avant, elle a perdu de sa force, la drogue est devenue quelque chose de banal, du coup je fume au su et au vu de tout le monde. Chaque jour je dépense 3500 fc… j’ai besoin de fumer et boire pour me sentir vivant ».

Franky a la quarantaine. Il est dealer au marché de Volo-Volo. Assis dans le coin des bouchers et des vendeurs de poisson, il fait semblant d’être lui-aussi boucher pour pouvoir se fondre dans la masse, pour pouvoir tromper la vigilance des policiers qui guettent dans les parages. Il nous a confiés « Je ne vends pas de la drogue pour faire fortune. Je risque plutôt ma vie pour survivre. J’ai une famille, une femme et des enfants en bas âge, et je n’ai pas de travail, la drogue est ma seule issue. » « Entre le vol des douaniers, le mensonge des politiques et la drogue, moi j’ai choisi la drogue. Quand on est sans-argent, on a des enfants qui ne mangent pas à leur faim, quand on n’arrive pas à soigner sa progéniture en cas de maladie ou à la scolariser, parfois on est appelé à faire des choses terribles, injustes. Je sais que je corrompe cette jeunesse peu éduquée, sans avenir, qui n’a d’autres choses à faire que se tourner vers la drogue comme passe-temps. Mais devant un cul-de-sac, on fait des pieds et des mains pour se frayer un chemin. C’est ce qu’on appelle l’instinct de survie, qui est propre à l’homme. En vendant de la drogue, je me soulève contre Dieu, qu’il pardonne mon péché, et surtout contre cet Etat qui m’a délaissé. La drogue me permet seulement de survivre, de pallier la misère. D’ailleurs, je vis dans la clandestinité, je suis obligé de me soustraire aux yeux des policiers, ma famille m’a tourné le dos, elle a honte de moi. Mais je ne peux arrêter ce travail bien que risqué, sinon ma petite famille et moi mourrons de faim » nous a appris Z, âgé de 36 ans.

« Les stupéfiants forcent même les portes de l’hôpital. Je vais vous raconter l’anecdote de Dany, un jeune de 14 ans qui a été hospitalisé à l’hôpital de Hombo pour greffe de peau sur brûlure des 2 membres inférieurs. A 14 ans, il fume du chanvre indien comme une locomotive. Etant dépendant, l’hospitalisation a sûrement été pour lui une sorte de séquestration, de sevrage. Etant en manque, Dany a activé son réseau depuis sa chambre d’hôpital. Sitôt une flopée d’enfants et de galopins, les amis de Dany, pénètre à l’hôpital, et glisse des tiges fortement roulées par les fenêtres. Dans tous ses états, il s’en prend aux infirmiers, provoque un remue-ménage dans les couloirs de l’hôpital, s’autoflagelle en arrachant les greffons de sa peau que lui avait faits un chirurgien venu de Belgique. La scène se répète tous les jours. L’hôpital a identifié la flopée de jeunes fournisseurs de Dany, et a porté plainte, mais l’affaire a été tout de suite classée » nous a témoigné Docteur Anssoufouddine Mohamed, cardiologue à l’hôpital de Hombo.

Jeannine est née au début des années 70. A 25 ans, alors mère de 7 enfants, elle a été dealer jusqu’à son arrestation. «  A l’époque, j’avais un voisin qui était dans le marché de la drogue. Je voyais les gens, des petits dealers, affluaient chez lui, et ressortir avec le sourire. Certains laissaient même entendre que le commerce de la drogue est vraiment juteux. Du coup, comme j’étais dans le besoin, je n’arrivais même pas à acheter du lait pour mon bébé de 3 mois, j’ai été tenté par la vente de drogue. Mais un mois après, j’ai été arrêté après avoir comparu devant la justice. En tout cas, je peux vous assurer que ce n’est pas un marché juteux du tout, du moins pour nous les petits».

Les gros bonnets restent impunis

En effet, les petits dealers ne sont que des victimes du système, ils sont l’arbre qui cache la forêt. Et la drogue de mauvaises qualité et à bon marché qu’ils vendent à savoir l’herbe de cannabis « ou la drogue des pauvres », si on peut reprendre le terme d’un rapport de la BRIMAD, ne sert qu’à brouiller les pistes, ou sinon qu’à camoufler la réalité. On inquiète le petit dealer pour faire croire à travers les médias qu’on lutte contre les narcotrafiquants, pendant que secrètement les gros bonnets s’enrichissent sur le trafic d’héroïne et de cocaïne. Ils sont souvent autorités de l’Etat, armateurs, transitaires, douaniers, hommes d’affaires, policiers, militaires, etc. D’ailleurs, un douanier s’est enrichi ces dernières années grâce au trafic, et est même devenu un homme influent du pays. Il corrompt les jeunes grâce au pactole. Il fait venir la drogue d’Afrique australe dans des conteneurs sous scellés, pour envoyer par la suite la marchandise vers l’Europe. En 1998, la BRIMAD (Brigade Mixte Anti-Drogue) dont la Coopération Française, à travers le service de Coopération Technique Internationale de Police [le S.C.T.I.P.] a contribué à sa mise en place en 1995, avait interpelé des militaires, des douaniers, et des agents de la Chambre de Commerce, impliqués dans une affaire de drogue. Ces derniers avaient tous été libérés pour manque de charges suffisantes.

« Le problème qui se pose c’est l’efficacité des sanctions. Nous au tribunal nous jugeons les suspects et quand ils sont coupables, nous les transférons à la maison d’arrêt. Et c’est là où beaucoup demandent une liberté provisoire pour se retrouver au-dehors. Toutefois, le marché de la drogue, étant juteux, a toujours été en expansion dans notre pays. Maintenant il est temps que l’Etat, la douane et la justice travaillent main dans la main afin de lutter efficacement contre le narcotrafic. La douane doit renforcer la surveillance sur les frontières, la justice doit juger d’une manière impartiale les coupables, et l’Etat doit aller au bout des sanctions. Et pour l’instant ce n’est pas le cas » nous a appris Youssouf Ali Djaé, 1er substitut du Procureur.

« Des Libanais, il y a quelques années, avaient fait venir de la drogue aux Comores depuis leur pays via le Zaïre. La drogue était destinée au marché français. Les trafiquants ont été expulsés manu militari des Comores » a-t-on appris de source militaire. A défaut d’informations suffisantes, nous n’avons pas pu remonter les réseaux sud-américains, toutefois nous savons que leurs marchandises transitent par des pays lusophones d’Afrique pour arriver aux Comores. Depuis 1995, pas moins de 9 tonnes ont été saisies sur le territoire national. Les saisies de cocaïnes sont fréquentes à Mayotte. Récemment deux cas d’overdose par injections intraveineuses ont nécessité une hospitalisation à l’hôpital El-Maarouf. En 2010 une ressortissante comorienne a été arrêtée dans un aéroport de l’île Maurice avec 600 grammes d’héroïne. En 2011, une jeune fille de 18 ans connue sous le nom de Roukia originaire de Mayotte est décédée à la suite d’une consommation d’héroïne qui provenait des Comores indépendantes.

Dans un rapport de la BRIMAD de Moroni de cette année 2011 lit-on : « D’une manière générale, l’entrée des drogues de toutes sortes étaient constatée, pour preuve le GIR [Groupe d’Intervention Régional, initié par M. Nicolas Sarkozy, alors ministre français de l’Intérieur pour lutter contre tout ce qui est économie souterraine] de la Réunion a témoigné dans un rapport du shite en provenance de Dar Es Salam [via les Comores] […] Il serait souhaitable de donner les moyens nécessaires à la BRIMAD pour mettre des garde-fous en vue d’endiguer ce trafic aux Comores, pays qui sert aussi de transit de drogue vers Mayotte et la Métropole. »

Comme au temps des mercenaires avec le trafic d’armes à feu, les Comores sont devenues un oasis de blanchiment d’argent sale, une plaque tournante du trafic international de drogue et de bois précieux. L’île d’Anjouan est surtout le point de transit idéal des trafiquants de tout bord, puisque depuis 1997, date à laquelle a été amorcée la crise séparatiste, l’île est devenue incontrôlée et incontrôlable.

Le laxisme des autorités de l’Etat

« La position géographique et le fond culturel swahili, arabe et européen de l’archipel font des Comores un lien, sinon un nœud entre l’Afrique continental et l’Océan indien. N’importe qui peut passer dans l’archipel sans se faire remarquer. Aussi est-il que le laxisme qui sévit dans l’Etat, le manque de contrôle au niveau des douanes, et le fait que la corruption est généralisée, il est facile de s’assurer des complicités. Quand même les quelques mouvements d’avion devraient facilement être contrôlés, du moins à l’arrivée. Les Comores ne sont pas tout de même une plate-forme touristique ? D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne, le trafic maritime est tout à fait incontrôlé. Etant donné que le marché comorien n’est pas solvable, la drogue est envoyée vers Mayotte et ailleurs où l’écoulement est rentable » s’étonne M. Saïd Abdallah Mchangama, Président de la Fédération Comorienne des Consommateurs.

Aboubacar Ahmed Mzé, officier de police à la BRIMAD, nous apprend : « 90% de drogue importée saisie localement et aux frontières provient de Madagascar contre 10% de la Tanzanie. La production locale est vraiment moindre. La drogue une fois dans le pays circule entre les îles par le biais de vedettes rapides . Souvent elle est enfouie dans des produits vivriers quand elle n’est pas débarquée sur les côtes de nos îles. Et une fois dans le port de Moroni, elle passe inaperçue dans la mesure où les colis en provenance d’Anjouan et Mohéli ne font pas l’objet d’un contrôle systématique. Notre problème c’est que nous n’avons pas de moyens de locomotion, de détection et d’identification modernes nous permettant de faire face au fléau de la drogue. » Même son de cloche du côté de la Brigade de surveillance du port de Moroni. « Nous n’avons pas beaucoup de moyens pour contrôler le trafic des navires. Faute de moyens pour acheter les renseignements, du matériel d’identification et des chiens détectives pour détecter les stupéfiants, nous sommes obligés de faire avec nos petits moyens » se plaint le chef de brigade Djalim Ben Mohamed.

« Jusqu’en 2002, la BRIMAD a fait ses preuves. Ce n’est qu’entre 2005 et 2007 que les choses ont commencé à se détériorer. Les efforts entrepris ont été délaissés, ce qui a contribué à décourager tous les partenaires, jusqu’à la dispersion des éléments ayant servi à la cause de la lutte de narcotrafic au sein de la BRIMAD » s’attriste Elhad Abdérémane, secrétaire général de l’Association Comorienne de Prévention contre la Drogue.

Un citoyen est avant tout une personne qui, dans un pays, jouit des droits civils et politiques en particulier. Et parmi ces droits civils et politiques, il y a le droit à la vie et le droit à la santé. Et selon l’OMS, la santé est à la fois un bien-être physique, mental et social. Alors comment peut-on laisser ces 56% de jeunes de moins de 20 ans qui composent la population de ce pays, se noyer dans une marre de substances nocives et illicites. Dans quatre secteurs où nous avons été 2 jeunes sur 6 consomment de la drogue, 1 jeune sur 6 en vend, c’est un fait réel. Fait favorisé par l’absence d’un Etat en tant que tel et du fait que les parents et les maîtres du Coran se sont détournés de leur mission d’éducateurs. Peu éduqués, moins instruits, les jeunes comoriens ont un surmoi tellement fragile ; n’ayant pas de personnalité, ils sont, du coup, influençables. Et les narcotrafiquants en profitent pour faire du pays à la fois un fumoir et un bordel à ciel ouvert.

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Auteur·e

L'auteur: Adjimaël HALIDI
a collaboré au magazine économique mahorais Horizon Austral , à l’hebdomadaire Mayotte Avance , au quotidien La Gazette des Comores et à l'Agence de presse HZK-Presse.

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