« Personne n’ignore qu’entre Anjouan et Mayotte, il y a un bras de mer qui est devenu un cimetière »

Question : Depuis la réouverture du consulat de France à Anjouan, au début du mois de janvier dernier, le taux d’obtention de visas s’élève à 98 %. Ce chiffre explique-t-il une ouverture des frontières ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Et qu’est-ce qui a vraiment motivé cette décision ?

Fréderic de Souza : Anjouan a connu par le passé une période un peu mouvementée. Nous étions obligés de fermer le consulat. Aujourd’hui, la stabilité est revenue. Dans le souci de pérenniser les rapports, de conserver les bonnes relations entre la France et les Comores, notre premier acte était d’ouvrir le consulat, qui répond à une véritable demande de la part des Anjouanais. Les Anjouanais devaient aller à Moroni où ils passaient des mois pour un visa. Imaginez les dépenses qu’ils étaient amenés à faire. La réouverture du consulat est un signe plus qu’amical. Il y a aussi une question humanitaire essentielle. Personne n’ignore qu’entre Anjouan et Mayotte, il y a un bras de mer qui est devenu un cimetière. Des gens qui cherchent à entrer à Mayotte à bord de kwassa y périssent. Et pire, il y a des gens qui profitent de ces traversées sans issue. Nous voulons juste permettre aux gens d’aller à Mayotte légalement. D’ailleurs quand on allait ouvrir le consulat on s’attendait juste à 3 à 6 personnes par jour. Et quand je vois ces 90 à 100 personnes qui se présentent tous les jours au consulat pour demander un visa, pour moi c’est un grand contentement.

Frédéric de Souza, consul de France à Anjouan, de janvier 2009 à mai 2010.

Frédéric de Souza, consul de France à Anjouan de janvier 2009 à mai 2010.

Question : Certains estiment que la réouverture du consulat et le taux élevé d’obtention de visas  sont deux mesures pour éviter qu’il ait une rupture du dialogue entre les Comores et la France au lendemain du référendum du 29 mars à Mayotte.

F.S. : Rien à voir. Le référendum est dans l’emploi du temps depuis très longtemps. C’est dans un esprit de bonne volonté qu’on a ouvert le consulat. Je ne me mettrais pas à faire tout ce que je fais si on devait fermer. D’ailleurs la réouverture du consulat représente une somme très importante qui s’élève à plus de 100 millions de francs comoriens.

Question : Quels critères tenez-vous compte pour donner suite favorable ou défavorable à une demande de visa ?

F.S. : Il faut bien comprendre que le consulat à Anjouan n’applique pas la réglementation en vigueur pour le visa. Avant mon arrivée, le demandeur devait présenter une quarantaine de documents. Il devait justifier son état civil et sa fonction. On a réduit la liste de 40 à 3 documents indispensables. Et parmi ces trois documents, la base du dossier est l’attestation d’accueil. Et nous donnons suite défavorable à une demande de visa si les documents présentés ne sont pas authentiques ; ou si, par simple déclaration, le demandeur nous a fait comprendre que son intention n’était pas de revenir.
J’essaie d’établir une relation de confiance. Je demande aux demandeurs de visa qui partent à Mayotte soit pour un mariage, soit pour des affaires, soit pour rendre visite à la famille, de revenir à la fin de leur visa. Et de bien respecter ce contrat moral. Et s’ils n’honorent pas leur engagement, ils seront recherchés et retrouvés par la PAF (Police aux Frontières). Et la confiance est rompue.

Question : Peu d’Anjouanais à Mayotte ont la nationalité française. Et ceux qui n’ont pas des parents, des proches, qui peuvent les héberger, que doivent-ils faire pour se rendre à Mayotte ?

F.S. : En fait, ce qui prouve qu’on n’a pas l’intention de fermer le consulat c’est qu’on cherche par tous les moyens d’influencer les gens à venir faire des demandes de visa. Les gens de Nyumakélé surtout. Puisqu’ils sont nombreux à partir à Mayotte à bord de kwassa et croient qu’ils ne peuvent pas fournir les documents requis. Mon cheval de bataille c’est d’influencer les gens. Je me déplace dans le Nyumakélé de temps en temps, pour voir les mairies et pour leur expliquer comment les gens doivent faire pour avoir un visa. Dans le souci d’influencer le plus de candidats possible ? Je suis même allé à la RTA (Radio télévision Anjouan) et j’ai accordé une interview à des journalistes de l’ORTC.
En ce qui concerne la question de la nationalité, permettez-moi de vous dire que ce ne sont que des rumeurs. On n’est pas obligé d’avoir la nationalité française pour héberger quelqu’un. Dès que la personne est légale et responsable, il peut le faire. Parce que si la personne hébergée ne revient pas, celui qui a établi l’attestation d’accueil peut être inquiété et sanctionné par la préfecture à Mayotte.

Question : Vous exigez une assurance voyage à chaque bénéficiaire de visa. Selon vous, les assureurs sont-ils fiables, sont-ils honnêtes ? Ou sont-ils juste des assureurs fictifs, des imposteurs, qui ne sont même pas représentés à Mayotte et qui se font de l’argent sur le dos du petit Comorien ?

F.S. : Les assureurs ont des statuts. C’est aux responsables anjouanais de s’assurer que les ces derniers sont dans la légalité. Cependant, l’assurance voyage est vraiment fait pour le bien des gens. En cas d’accident, on est couvert. L’assurance peut couvrir le rapatriement pour Anjouan. C’est vraiment pour la protection de l’assuré. D’ailleurs au début, j’étais appelé à résoudre un simple problème mathématique. Et je me suis rendu compte que la traversée en kwassa (500 euros) coûte plus cher qu’un visa. Et suite à de nombreuses plaintes des bénéficiaires estimant que l’assurance et le transport sont chers, je suis allé voir en premier lieu les assureurs pour leur dire que leurs contrats sont chers. Certains ont compris. Et maintenant l’assurance coûte 50% moins cher. En second lieu, je suis allé voir les transporteurs, Comores Aviation y compris. Seul Maria Galanta a accepté de faire une réduction de 50% du tarif de ses billets pour les personnes munies d’un visa.

Question : Beaucoup de parents anjouanais partent à Mayotte à bord de kwassa-kwassa dans le seul but d’aller scolariser leurs enfants. Puisque, selon eux, l’éducation scolaire aux Comores laisse à désirer. Envisagez-vous de mettre en place une coopération qui porte beaucoup plus sur l’éducation ?

F.S. : Aux jeunes qui font des études à Mayotte, mais qui sont en situation illégale, je leur dis qu’il ne faut plus vivre dans la semi-clandestinité. Ces jeunes doivent régler leur situation. Ils doivent revenir à Anjouan pour faire un passeport. Et quand ils auront leur passeport, ils peuvent régulariser leur situation auprès de la préfecture à Mayotte. Moi ce que je peux faire, une fois qu’ils m’auront soumis un dossier de demande de visa, j’appellerai la préfecture, et au cas par cas, je demanderai la réglementation de leur séjour à Mayotte. Ces jeunes ont aussi des parents. Donc, je demande aussi à ces parents de ne plus rester dans la clandestinité. Il faut revenir faire un passeport et demander un visa. Qu’ils viennent en confiance. Parce qu’il y a des gens qui se présentent au consulat et qui nous racontent des histoires abracadabrantes.

Question : Beaucoup de Comoriens cherchent à entrer à Mayotte dans l’espoir d’aller se faire soigner. Y a-t-il une coopération entre Mayotte et les Comores indépendantes dans le domaine de la santé ?

F.S. : Quand un malade est admis à l’hôpital de Hombo et que les médecins se sont aperçus qu’ils ne peuvent pas le soigner, comme par exemple s’il demande une chirurgie importante, son dossier est transféré à un comité de médecins à Mayotte. Ce comité s’appelle Evasan (Evacuation sanitaire). Et après examen du dossier, une réponse favorable ou défavorable est donnée aux médecins d’Anjouan. En cas de réponse favorable, le malade est évacué à Mayotte et bénéficie du soutien du comité. Par contre si quelqu’un souffre d’une maladie qui peut se soigner à Anjouan mais qui veut tout de même partir à Mayotte, il n’a qu’à présenter un dossier de demande de visa et justifier ces ressources.
Question : L’Anjouanais vit avec moins de 25000 francs comoriens (50 euros) par mois. Beaucoup de gens sur l’île qui considèrent Mayotte comme un « eldorado » s’endettent pour avoir les frais de visa, d’assurance, du transport et un peu d’argent de poche pour subvenir à leur besoins une fois à Mayotte. D’ailleurs certaines personnes voient dans cette immigration une fuite de capitaux, une perte de devises, un appauvrissement du Comorien et de l’économie nationale au profit de l’économie française. Autrement dit, le petit Comorien fait du tourisme et l’eau va à la rivière. Que pensez-vous de cette remarque ?

F.S. : Ce n’est pas trop mon domaine. Toutefois au consulat on a ouvert un bureau qui s’appelle Co-développement. Si des personnes ont des projets, quelque soit le projet, elles peuvent venir nous le présenter. Nous les étudions et aidons à leur réalisation. D’ailleurs, il y a déjà des promoteurs qui verront bientôt leur projet mis en œuvre. Nous sommes actifs et ouverts à toutes propositions.

Questions : Et les passeurs ? Qu’envisagez-vous pour eux. Puisque la plupart d’entre eux, sont devenus passeurs malgré eux. Ils s’adonnent à cette activité seulement pour subvenir aux besoins de leur famille.

F.S. : Anjouan est un pays d’agriculture. Un pays très favorable à l’agriculture. De la bonne terre. Un bon climat. L’idée est d’aider à développer ce domaine. Le paysan de Nyumakélé produit 300 kg de pomme de terre. Et comme il vend sa récolte sur la route, il a du mal à l’écouler. Mon idée est de garantir que la production soit entièrement achetée. C’est à nous de l’acheminer à Mayotte pour permettre la vente de la totalité de la récolte. Le consommateur de Mayotte aura un produit moins cher et la paysan aura quant à lui vendu toute sa récolte. Comme le paysan n’est pas instruit, il lui sera difficile de vendre lui-même sa récolte. C’est la raison pour laquelle, nous allons le faire à sa place. D’ailleurs le SNAC [syndicat national des agriculteurs comoriens] a déjà tous les moyens pour accomplir cette tâche. Nous allons les accompagner. Et si la production atteint 100 kg, le Maria Galanta peut faire un tarif spécial pour le fret.

Question : Etes-vous optimiste pour ce que vous êtes en train de faire ? Croyez-vous que les traversées en kwassa-kwassa cesseront un jour ?

F.S. : Optimiste? Les résultats sont déjà là. Il y aura toujours des gens qui continueront à faire de trafic d’hommes. Il y aura toujours des gens qui auront de l’influence. C’est tout un système. Ils payent même les policiers de la région pour arriver à leurs fins.

Questions : Quels policiers ? Les policiers mahorais ?

F.S. : Non, des policiers anjouanais. Mais il ya aussi des Mahorais qui appartiennent à ces réseaux. Ils font venir des gens à Mayotte pour les faire travailler dans l’agriculture et la maçonnerie.
D’ailleurs la semaine dernière, on a arrêté un trafiquant. En effet, c’est facile d’influencer des personnes analphabètes et illettrées.

NB: L’interview date d’avril 2009. 

Saïd Ahamadi

Interview avec le Vice-président Saïd Ahamadi sur la Coopération Régionale

Saïd AHAMADI est Conseiller Général PSM de Koungou. 3ème Vice-président au Conseil Général de Mayotte, il est à la tête de la commission chargée de la Coopération Régionale et des Affaires Européennes. Fin diplomate, profondément humaniste, doté naturellement d’un sens de la communication et de la politique, il est celui qui a pu constituer in extremis la nouvelle majorité, qui gère depuis le mois d’avril 2011, le Conseil général du nouveau département français. Il nous parle, à travers cette interview, de la coopération régionale entre Mayotte et les autres îles de l’Océan indien.

Saïd Ahamadi

Mr Saïd Ahamadi

No man’s land : Tout juste après être désigné Vice-président chargé de la Coopération Régionale et des Affaires Européennes au Conseil Général de Mayotte, votre première volonté a été d’importer des produits de Madagascar, des zébus surtout. Où en est le projet ?

Saïd AHAMADI : Le projet est en bonne voie. Le Conseil Général a donné son accord en Commission Permanente, le 13 juillet 2011. Une mission officielle se rendra à Madagascar, où sera signé début octobre 2011 « l’Accord de Coopération décentralisée » entre le Président du Conseil Général de Mayotte , Daniel Zaïdani, et le Chef de Région Boeny (Majunga). Cet Accord est transmis à l’Ambassade de France à Madagascar dans un souci de transparence avec notre Etat qui a la charge de faciliter notre insertion dans la région Océan indien et la sous région.

No man’s land : Mayotte et Madagascar se limiteront à des échanges économiques, ou étendront-ils leur coopération sur d’autres champs ?

Saïd AHAMADI : Les échanges avec Madagascar concerneront plusieurs domaines :
• La connaissance réciproque des populations et des territoires ;
• Le développement des deux territoires entraînant une amélioration des conditions de vie des populations ;
• L’amélioration des échanges commerciaux entre la Région Boeny et Mayotte ;
• Le développement économique et touristique des deux territoires ;
• L’agriculture et l’élevage ;
• Les échanges professionnels ;
• La formation professionnelle, technique et universitaire.


No man’s land : On a l’impression que vous vous intéressez peu aux échanges entre Mayotte et l’Union des Comores. Est-ce exact ?

Saïd AHAMADI : Ce n’est pas exact. Nous nous intéressons aux échanges avec l’Union des Comores.

No man’s land : Alors qu’envisagez-vous entreprendre, dans le cadre de votre fonction, pour les échanges entre Mayotte et l’Union des Comores ?

Saïd AHAMADI : Nous attendons cependant une évolution de la vision politique des autorités de l’Union des Comores. Les nouveaux élus de l’Union et des îles autonomes doivent enfin accepter que le Choix des Mahorais de rester Français est définitif. Le statut de Mayotte, Département français d’outre Mer (depuis le 31 mars 2011) et bientôt Région Ultra Périphérique de L’Union Européenne (2014), est également une chance pour les pays du Canal de Mozambique, et en particulier l’Union des Comores qui entretient des liens de proximité et historique.
De ma part, il ne doit plus y avoir de contentieux politicien à propos d’un prétendu « Contentieux franco-comorien sur l’île de Mayotte ».
Nos préoccupations communes doivent s’inscrire dans le développement des échanges économiques indispensables à la création des richesses, d’emplois durables dans l’intérêt de nos populations respectives. C’est dans ce cadre que des filières économiques stratégiques, telles que l’élevage de cabris, de volailles, de bovins sans oublier la pêche dont les Anjouanais ont une grande maîtrise, doivent être développées dans un réel esprit de partenariat dans un respect mutuel et dans un climat de confiance.
Dans le domaine de la santé, Mayotte dispose d’un plateau technique performant et de normes européennes accessible à nos partenaires et voisins comoriens dans le cadre d’une coopération décentralisée comportant des droits et des obligations réciproques.

No man’s land : Avez-vous des projets pour Maurice, les Seychelles, le Mozambique et les autres pays anglophones et lusophones de la zone ?

Saïd AHAMADI : Je suis ravi de la question. Nos avons des projets économiques, éducatifs et culturels à développer avec ces pays. Nous projetons de signer des conventions de coopération décentralisée avec Maurice, les Seychelles et l’Afrique du Sud pour former nos jeunes qui souhaitent se perfectionner en Anglais ou qui souhaitent travailler dans le domaine du tourisme. Avec le Mozambique, les projets porteraient sur le bois et la culture. Vous n’êtes pas sans savoir que l’essentiel des ethnies qui composent le peuplement originel de Mayotte vient de cette partie du continent africain. Nous ne devons pas nous couper de nos racines africaines sous aucun prétexte.

No man’s land : Mayotte participe aux 8ème jeux des îles de l’Océan Indien en ce mois d’août aux Seychelles, mais sans emblème ni hymne national. D’après vous, est-ce normal que Mayotte soit le seul pays au monde qui participe à des compétitions internationales sans symboles particuliers ?

Saïd AHAMADI : Mayotte participe aux jeux des îles avec l’hymne des jeux et le drapeau olympique ; c’est le règlement de la charte organisant ces compétitions depuis 2003.
Je propose qu’à l’avenir Mayotte participe avec le drapeau de notre île « RAHACHIRI » et l’hymne produit par un jeune artiste talentueux BO HOUSS. Cela permettrait de faire mieux connaître notre archipel au lagon dans la région. Et les Réunionnais garderaient le drapeau français et l’hymne national. L’essentiel pour moi, c’est que les jeunes se rencontrent dans un bon esprit de partage, de reconnaissance mutuelle et dans la fraternité.

No man’s land : Avec la départementalisation de Mayotte, une flopée de jeunes diplômés des pays membres de l’Union Européenne arrivera sur le marché du travail de l’île. Que vont devenir les jeunes mahorais qu’on dit peu formés, moins qualifiés, et, avant le changement statutaire de l’île, on disait déjà peiner à s’insérer dans la vie active ?

Saïd AHAMADI : Les jeunes diplômés de l’Union Européenne, une fois à Mayotte, sont sur leur territoire au même titre que les jeunes mahorais qui sont en Europe. La question de l’emploi dépend aujourd’hui du positionnement personnel et des entreprises. En développant tous les secteurs de productions endogènes, les jeunes mahorais ont une longueur d’avance sur les autres candidats venus de l’extérieur dès lors qu’ils maîtrisent l’environnement insulaire et régional. Ils n’auront pas de problème d’intégration. Ils seront immédiatement opérationnel, ce que recherchent en réalité les employeurs.

No man’s land : L’Union Européenne, à travers l’accord unanime de ses Etats membres, en votant les différentes résolutions de l’ONU, reconnaît Mayotte comme partie à part entière de l’Union des Comores. En toute franchise, la rupéisation de Mayotte sera-t-elle possible ?

Saïd AHAMADI : L’Union Européenne a déjà reconnu la personnalité juridique des Mahorais depuis très longtemps. Les Mahorais sont des citoyens européens depuis 1979. Pour preuve, les citoyens européens originaires de Mayotte ont participé à l’élection des députés européens en juin 2009.
Département d’outre-mer le 31 mars 2011, la rupéïsation de Mayotte est de fait acquise. Il reste aux élus que nous sommes de la construire effectivement en répondant aux exigences d’adhésion (bonne gouvernance à travers un plan de mandature 2011-2013). Pour votre gouverne, l’Union Européenne n’est pas membre de l’ONU.

No man’s land : Dans le dernier numéro de la revue XXI, dans un article intitulé « Mayotte, une « sentinelle » dans l’Océan indien », lit-on que le centre d’écoute qui se trouve en Petite-terre, à Mayotte, « associé aux autres sites implantés sur le territoire français, permet de contrôler la quasi-totalité des appels téléphoniques, e-mails, SMS et fax, échangés sur la planète, sur le modèle du réseau Echelon, conduit par les Etats-Unis ». D’après vous, quand on voit le peu de développement qu’il y a à Mayotte, le Département ne serait-il pas, en conscience, qu’une simple base arrière de l’espionnage français ?

Saïd AHAMADI : je ne m’intéresse pas à ce genre d’élucubrations. Ma mission, c’est de participer à l’amélioration des conditions de vie des habitants de Mayotte et de sa région.

No man’s land : Pourtant le Préfet Hubert Derache a presque approuvé l’affirmation de la revue XXI dans un documentaire diffusé sur France Télévision, à la veille de la Départementalisation de Mayotte ?

Saïd AHAMADI : Pour la sûreté de notre Patrie, je suis fier que ces installations soient sur notre territoire ; c’est la marque d’une reconnaissance et de la valeur géostratégique de Mayotte.
En matière de développement, notre archipel au lagon est devenu une référence dans le Canal de Mozambique. Et certains ressortissants des pays de la zone risquent leur vie chaque jour, malheureusement, pour entrer illégalement dans le pays à bord d’embarcation de fortune : « les kwassa-kwassa ».

Nassurdine Haïdari, élu français d'origine comorienne

« La délinquance des jeunes comoriens est une réalité de plus en plus prégnante à Marseille » rencontre avec Nassurdine Haïdari

Né en 1978 à Marseille, Nassurdine Haïdari, de parents originaires des Comores, est adjoint au maire du 1er secteur de la cité phocéenne, en charge de la vie associative, des sports et de la jeunesse. Après une maîtrise de littérature et langue arabe, il intègre l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, où il est admis en thèse doctorale après avoir obtenu un DESS et un Master II recherche. Sa thèse est consacrée aux pratiques de l’Islam en France. Interview.

Nassurdine Haïdari, adjoint au maire du 1er secteur de Marseille

Nassurdine Haïdari, adjoint au maire du 1er secteur de Marseille

No man’s land : Peut-on vraiment parler de diaspora comorienne en France ?

Il faut une conscience « diasporique » pour faire diaspora. Or, chez les Comoriens il n’y a pas cette conscience et cette unité de corps. Quoique ce qui est intéressant, c’est qu’il y a une logique d’aide aux Comores. Cette aide financière n’a pourtant pas d’ancrage économique. Car cette aide financière est très localisée. Elle commence et s’arrête au périmètre de la famille. Cette diaspora n’est donc pas arrivée à créer des structures d’aides globales, qui sortiraient du cadre villageois. Par exemple il n’y a pas de grande structure comorienne à Marseille ou en France qui aide les Comores sans prendre en compte les logiques villageoises. C’est-à-dire aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin. Donc, il n’y a pas d’unité d’action et de vision. Cependant, il y a ici plus qu’ailleurs deux dénominateurs communs qui sont l’ « origine » et l’« expérience commune ».

No man’s land : Qu’entendez-vous par expérience commune ?

L’expérience commune est un parcours d’intégration et d’insertion sociale qui pour la communauté comorienne a d’importantes similitudes. En France cette expérience commune repose sur une grande précarité de la communauté comorienne. Sur une incapacité à travailler avec les administrations locales et les institutions nationales. Et sur un repli communautaire qui s’accompagne par une certaine violence notamment des plus jeunes qui, exposés à la souffrance et au manque de moyen dû à une aide outrancière des parents vers les Comores, se réfugient malheureusement dans la délinquance. Je condamne tout en essayant de comprendre.

No man’s land : Donc ce qui est dit dans les médias au sujet des Comoriens comme étant la cause de la plus grande partie de la délinquance à Marseille est vrai ?

Non. Cependant la délinquance des jeunes comoriens est une réalité de plus en plus prégnante à Marseille. Cette triste réalité a des racines économiques et sociales, elle est la résultante d’un déséquilibre financier entre une aide vers les Comores qui palie aux défaillances d’un Etat qui n’assume pas ses responsabilité et qui n’a jamais su gérer son indépendance. Telle est la réalité. L’Etat comorien tue aux Comores comme il tue aussi en France. Les propos que je tiens sont durs, ce sont des accusations lourdes mais c’est la réalité. Tuer quelqu’un ce n’est pas l’éliminer physiquement, c’est en premier lieu l’éliminer socialement. Et quand vous avez un Etat qui ne fait pas ce qu’un Etat devrait faire, et, que vous avez parallèlement des personnes qui se substituent à cet Etat, qui vont lever des sommes importantes vers les Comores ; c’est l’éducation de leurs propres enfants qui est mise en péril.
Ces sommes ponctionnées directement du foyer créent de la frustration, de la révolte, de la délinquance, voire même un rejet de la communauté comorienne.


No man’s land : C’est-à-dire ?

Ces enfants-là rejettent même la culture comorienne parce qu’ils pensent qu’elle ne repose que sur un rapport mercantile. Ces enfants ne sont pas dans le rejet de la culture française parce qu’ils sont profondément Français. Ils sont en révolte contre le système dans lequel la France les a mis. Ils sont en révolte contre cette réalité française qui est discriminante à leur égard et qui ne leur donne pas les mêmes possibilités d’accès au travail, d’accès à l’éducation, d’accès à la culture. Mais la révolte ne veut pas dire le rejet. Par contre ces jeunes-là sont en rejet de la culture comorienne, ou de ce qu’ils pensent être la culture comorienne. C’est-à-dire que ces jeunes-là ne comprennent pas comment une communauté n’arrive pas à se structurer, comment aujourd’hui l’entre soi ne fonctionne pas. Enfin, comment expliquer à ces jeunes qu’une partie non négligeable de la communauté ne pense qu’à construire un pays dans lequel ils ne vivent pas, tout en délaissant complètement la vie dans laquelle ils sont. Ces jeunes ont des besoins et souvent les familles ont d’autres préoccupations. On ne peut pas vivre ici comme si on n’était pas là. Je pense que cette appartenance à la communauté comorienne devient problématique pour une partie des plus jeunes d’entre nous.

No man’s land : Corrigez-moi si je me trompe mais à Marseille qui dit Comorien dit Grand-comorien. Les autres compatriotes sont désignés par le qualificatif Anjouanais, Mohélien, Mahorais ou tout simplement m’masiwa (insulaire).

C’est vrai, en France comme aux Comores il n’y a pas d’unité comorienne. C’est une chose que notre génération devra construire. Nous devons construire l’unité nationale. C’est quelque chose que nous ne connaissons pas. Le sentiment d’appartenance ne dépasse pas pour certains le village. Par exemple à Marseille nous devons avoir des relations plus qu’intimes avec nos frères Anjouanais, nos frères Mohéliens et nos frères Mahorais. Et cela implique un défi culturel et linguistique. En effet, nous avons une belle langue commune mais qui connait des variantes que nous devons respecter et apprendre pour créer cette unité linguistique. Je pense que la France est un terrain extraordinaire pour apprendre des Anjouanais, des Mohéliens, des Mahorais, et des gens de Ngazidja. Mais pour créer cette culture comorienne que nous appelons tous de nos vœux, il faut un effort collectif. Et cet effort collectif n’est pas présent. Il ne se prononce pas. Peut-être acculée par nos problèmes du quotidien, la communauté comorienne ne peut se projeter. Cette absence de projection est accentuée par des conditions de vie extrêmement difficile dans les quartiers sensibles de Marseille et notamment dans les quartiers nord de la ville. Des quartiers qui sont ravagés par le trafic de drogue, par le chômage de masse, par l’insécurité, par la violence et par tous les maux. Donc nous avons cette expérience-là, cette expérience de l’immigration, de l’insertion, de l’intégration, qui est une expérience traumatologique.

Néanmoins, c’est bien d’avoir parlé de cela. Parce que moi je viens de Ngazidja. Je pense qu’en raison du repli communautaire à dimension villageoise, certain ne voit pas plus loin que le bout de leur nez. Il faut que nous puissions d’une manière collective insérer tous les Comoriens dans un projet commun. Parce que lorsque vous êtes à Marseille, que vous êtes de Mayotte, d’Anjouan, de Mohéli, ou de Ngazidja, vous êtes Comorien. De plus, nos familles respectives ont des liens historiques avec les Anjouanais, les Mahorais, et les Mohéliens. Donc vous voyez qu’il y a un brassage naturel et historique. Maintenant il faut que nous puissions fortifier ces liens en donnant une consistance socio-pratique tout en inventant les Comores de demain.

No man’s land : Cela veut dire ?

Cela veut dire que ce sentiment d’appartenance à une communauté existe. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises où la communauté dans son ensemble a été éprouvée, par exemple lors du meurtre d’Ibrahim Ali, ou lors du crash du vol Yemenia. Toutes les barrières que nous avons citées se sont envolées. Il n’y avait que des Comoriens. Une seule communauté. Tous unis face à l’adversité. Mais cette même union que l’on peut voir dans ces moments de peine, de drame, on ne la rencontre pas toujours dans les moments où il faut construire ensemble. On ne la rencontre que dans l’épreuve. Et je pense qu’il faudrait rencontrer cette énergie-là lorsqu’on est appelé à construire quelque chose ensemble. Mais il faut un cap. Maintenant je pense qu’au sein de cette communauté il va falloir voir apparaître des leaders d’opinion. Des gens qui poussent, qui parlent, qui dénoncent, qui pointent les véritables problèmes de la communauté et qui trouvent les solutions appropriées.

No man’s land : Mais des leaders ont toujours existé au sein de la communauté comorienne ?

Oui, mais des leaders de tables ! Pour moi ces gens-là ne sont pas des leaders d’opinion, ce sont plutôt des « conteurs ». Ceux qui ont cette mémoire collective, qui ont cette prestance, qui ont ce langage pour faire passer quelque chose, mais il n’y pas de message politique. Nous sommes (si vous voulez) dans une crise politique qui ne dit pas son nom, car il n’y a pas de vision. Il n’y a pas de perspective d’avenir. Quand on regarde les autres communautés à Marseille ils ont une perspective. Ils ont des écoles de formations dans lesquels les plus jeunes sont suivis scolairement. Aujourd’hui, nous ce que nous faisons, c’est reproduire le système des shioni (école coranique) que nous avons aux Comores, sans y apporter une once de modernité, sans y apporter une once d’adaptabilité.

Aujourd’hui nous devons, nous nouvelle génération, être au rendez-vous de tous les défis que nous pose la vie en France. Il faut des gens qui feront référence, qui donneront à la jeunesse l’envie de progresser. Mais de grâce évitez de nous parler de ces notables comme seule remède aux maux de la communauté ! Ou de cette notabilité à acquérir pour devenir un homme ou une femme au sein de la communauté. Pensez-vous qu’il suffise de faire le anda (Grand mariage) pour être et devenir respectable ? Moi ce n’est pas de cette façon-là que je vois les choses. Pour moi un leader d’opinion, c’est quelqu’un qui, par sa droiture, son humanité, son parcours de vie, professionnel, universitaire, son exemplarité dans la société, son engagement social, donne envie de réussir. La société qui est la nôtre est une société qui se base sur le travail, le mérite, la méritocratie, l’effort, mais pas sur un simple anda qui ouvre souvent les portes de la respectabilité à des personnes qui en sont très éloignées.

Nassurdine Haïdari, élu français d'origine comorienne

Nassurdine Haïdari, élu français d’origine comorienne

No man’s land : On a l’impression que deux habitus, sinon deux visions du monde, s’affrontent au sein de la communauté comorienne à Marseille. D’un côté, il y aurait les ainés qui vivent avec des mécanismes villageois, sinon holiste et fataliste, et d’un autre des cadets animés par des mécanismes individualiste et cartésien dont seule la société capitaliste connait le secret.

Je me suis construit dans un autre monde que celui de mon père. Et, ceux qui naissent ici ne peuvent pas prendre une culture qui n’est pas adaptée à leur environnement. Aujourd’hui, la communauté comorienne c’est quoi ? Vous avez 30, 40% de gens qui sont arrivés du pays, nos parents, mais les 60, 70% c’est nous. Il y a un partage des responsabilités. Les vieux ne sont pas les seuls responsables de notre situation. Qu’est-ce qu’elle fait cette génération de jeunes nés ici? Elle est où cette génération qui doit aujourd’hui porter quelque chose ? Porter un avenir ? Porter un message ? Porter une vision ? Si on n’y arrive pas, ce sera très dur pour nous. On s’éteindra. J’ai peur que cette communauté en mal d’organisation disparaisse culturellement.

Vous savez, je ne partage pas trop la thèse de l’habitus. Parce que l’habitus ce sont des stratégies que l’on met en place .Et chacun a sa stratégie. Je pense en parlant du modèle comorien que c’est une stratégie d’organisation sociale que les gens ont mise en place pour palier à certains défis sociétaux. Cette organisation sociale qui peut-être a raison d’exister aux Comores n’a pas de raison d’exister en France. Nous devons faire autre.

No man’s land : Quelles solutions préconisez-vous pour remédier au problème ?

Etant donné que le mal est bicéphale, il faut agir sur les deux sources du mal. Toute intégration de la communauté comorienne pleine et entière passera par une amélioration de la situation politique aux Comores. J’en suis persuadé. Tant qu’il y aura une perfusion économique, il y aura une dépendance…… Je pense qu’on doit arrêter la perfusion financièrement. Nous devons demander aux Comoriens qui vivent aux Comores de prendre leur responsabilité, de se révolter contre le simulacre d’Etat, ce grand n’importe quoi où personne ne gère rien, où tout est géré n’importe comment, où il n’y a pas de responsable. C’est une partie du problème. Et tant que ce problème ne sera pas géré les Comoriens auront des difficultés.

Bien que je pense que dans un temps le problème sera différent parce que ceux qui sont nés ici n’entretiennent pas une relation financière avec le pays comme nos parents. Car la nouvelle relation des jeunes comoriens avec le pays d’origine a changé et petit à petit le volume d’argent qui part vers les Comores va s’étioler. Et là va se poser la question de la responsabilité comorienne des Comoriens vivant aux Comores. Cela est une question que nous ne pourrons pas éluder.

La deuxième question va être celle de la participation de cette communauté à la vie locale. Tant que les Comoriens n’auront pas compris qu’il faut se structurer, qu’il faut être ensemble pour peser, ils seront la cinquième roue du carrosse. Il faut se rassembler. Il faut peser politiquement. Il faut qu’on puisse exister politiquement. Qu’on puisse s’organiser financièrement. Il faut faire des choses, mettre en place des actions. On est dans le combat permanent dans ce pays. Rien n’est acquis. Pour améliorer la situation des Comoriens, tout doit passer par une amélioration économique, par une amélioration de l’insertion sociale, une insertion dans les milieux du pouvoir, tout cela doit faire partie de cette stratégie commune.

No man’s land: Faire diaspora?

Oui, il faut créer cette communauté de vision, de destin. Cette communauté qui transcendera les différences et qui ira vers quelque chose qui ressemblera à quelque chose. La communauté comorienne à Marseille ne ressemble à rien. Moi je crois en la vertu de la rupture. Je crois que pour avancer des fois il faut briser les chaînes, qu’il n’y ait pas de demi-chaînes. Toute tradition n’est qu’une façon de penser le réel à un moment donné. Ce qui était bon il y a 200 ans pour la population comorienne ne peut pas être bon aujourd’hui, et ne sera pas bon dans 200 ans. L’adaptabilité est le mot clef. Sans trahir. Sans renier.

Qui faisait le anda à l’époque de mon grand-père ? A l’époque, le système correspondait au niveau de vie des gens. Les gens faisaient le anda en fonction des moyens qu’ils avaient. Le système que nous défendons aujourd’hui n’est pas approprié à la population. Le système moderne contredit la tradition. Le système n’est pas adapté aux réalités sociales et économiques du pays. C’est un système qui est devenu un poison pour ceux qui le défendent. Je suis donc pour la rupture. Il faut que la communauté comorienne vive dans son temps .Certes il faut s’inspirer du passé pour voir ce que fut l’intelligence, l’ingéniosité de nos ancêtres d’avoir pensé leur société. Le anda n’est pas qu’un mariage, c’est un système social assez intéressant. C’est un système qui hiérarchise et organise tous les paliers de la vie. C’est quelque chose de beau à voir. Mais sincèrement ce système n’est plus adaptable aujourd’hui à la société que nous connaissons.

No man’s land : Mais le anda est considéré comme le pilier majeur de la solidarité comorienne ?

Ce mariage n’est qu’une opération d’autopromotion orgueilleuse. Une mise en scène. L’acte n’est pas désintéressé. Nous n’avons pas trouvé les chemins qui nous réconcilient avec la solidarité alors que nous sommes d’une société basée sur l’entraide. Il faut inventer des nouvelles formes de solidarité voire un autre mariage qui correspondrait aux codes comoriens, dans la pure tradition des Comores, et qui permettrait ou à l’ensemble ou à une petite minorité de gens solvables comme c’était le cas avant, de faire perdurer la tradition.


No man’s land : Mais à Marseille ce sont ceux qui sont nés ici qui font le anda ?

Oui c’est vrai. J’ai fait le « anda marseillais » avec beaucoup d’argent.

No man’s land : Alors pourquoi l’avez-vous fait ?

J’aime ma femme et pour me marier avec elle j’aurais dépensé des cents et des milles. Lorsque vous voyez des mariages dans d’autres communautés, vous êtes dans le même rapport de prix. Ce n’est pas le rapport de prix qui me gêne. C’est cette concurrence frénétique, c’est-à-dire « Si toi tu le fais, moi je dois faire plus que toi ». Et c’est cela qui est malsain. Ce qui est malsain c’est aussi l’hypocrisie dans certains mariages. Quand vous voyez des familles aller marier leur fille à un homme aux Comores tout en sachant que le petit copain est en France et que la mariée reviendra vivre avec lui, c’est de la prostitution légalisée. On est vraiment dans la loi du plus pervers avec la bénédiction des parents et de ces imams aveugles de toute déontologie.

No man’s land : Le 14 mars 2012, lors de la campagne présidentielle, François Hollande a tenu un meeting au Dôme de Marseille. On a vu que des Comoriens étaient au premier rang de la scène. Sincèrement le vote comorien dont parlent souvent les médias existe vraiment ?

Les Comoriens sont passionnés de politique. Ils font de la politique sans s’impliquer activement dans la vie de la cité. Le vote comorien existe, mais il ne correspond pas aux aspirations et aux attentes de la communauté Comorienne. Les Comoriens font plutôt de l’affichage politique.

No man’s land : Voyez-vous une lueur d’espoir?

Oh que oui ! En une génération la communauté comorienne a fait un pas de géant. En une génération des docteurs, des avocats, des dentistes, des ingénieurs, des ratissant de qualités, bref une pénétration sociale intéressante et le phénomène va s’amplifier. Je vois aussi une combativité émerger, une volonté de sortir des injustices sociales et une profonde attente de connaitre les richesses de la culture comorienne.

Bakri Nadhurou , primatologue comorien

Bakri Nadhurou, jeune primatologue comorien

Disons-le d’entrée, Bakri NADHUROU a un parcours atypique. Dans une société en proie à une dérive consumériste, diluée dans une bureaucratie et une technocratie à outrance, où il n’y a plus d’autres valeurs que l’économique, le matériel, ce dernier a fait le choix original de suivre un cursus qui le met en contact permanent avec la nature. Primatologue de formation, ce biologiste est spécialiste des espèces de l’ordre des primates et de leur habitat, notamment les lémuriens des Comores et de Madagascar. Il soutiendra prochainement un mémoire de thèse dirigé par l’éminente professeure italienne Cristina Giacoma, du Département de la Science de la vie et des Systèmes, à l’Université de Turin.

Bakri Nadhurou , primatologue comorien

Bakri Nadhurou , primatologue comorien

On ne rentre pas bredouille d’une rencontre avec Bakri NADHUROU, tellement son propos est nourrissant. Cet érudit des lémuriens des Comores et de Madagascar explique toujours, avec le plus grand soin, comment se sont opérés les échanges faunistiques et floristiques entre la Grande île et l’archipel des Comores. « Il n’y a qu’une seule espèce de lémurien aux Comores. Et c’est le Lémur mongoz (Eulemur mongoz). Cette espèce qu’on retrouve dans les forêts d’Anjouan et de Mohéli est endémique de Madagascar et serait introduite par l’homme aux Comores. Les quelques individus rencontrés à la Grande Comore sont par contre introduits à partir d’Anjouan et Mohéli. » dixit M. Nadhurou. Bien que les îles des Comores aient une même zone climatique tropicale maritime, une même origine volcanique, chaque île constitue une entité singulière au niveau de la flore et de la faune. « Le nombre de lémuriens se réduit progressivement surtout du côté d’Anjouan ,en raison des pressions anthropiques tant sur les animaux que sur leur milieu naturel. On détruit la forêt pour la plantation de culture vivrière et aussi pour la construction de maison. A Ngazidja, les forêts ne sont pas totalement détruites. Certes les pressions anthropiques y sont fréquentes mais ce n’est pas comme à Anjouan. Anjouan est l’île la plus menacée, et la déforestation ne cesse d’accroitre de jour en jour. Si les autorités comoriennes ne prennent pas rapidement des mesures adéquates pour la protection des zones sensibles anjouanaises, la couverture forestière restante disparaitra complètement de la carte les années à venir. A l’inverse, l’île de Mohéli était épargnée par les activités humaines mais depuis peu elle commence à y être touchée. Et selon les Mohéliens ce sont les personnes venant des îles voisines qui sont à l’origine de ces dégâts. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme car Mohéli est l’île la moins touchée : il s’agit en plus d’une zone propice pour la conservation des espèces végétales et animales, entre autres, les lémuriens, les tortues marines géantes et les roussettes de Livingston. » alerte M. Nadhurou.

L’écosystème comorien comme source de revenus

Lémur mongoz (Eulemur mongoz)

Lémur mongoz (Eulemur mongoz)

De nos jours, beaucoup de pays de la zone Océan Indien, soucieux d’un développement endogène de leur pays, s’inscrivent dans des initiatives de tourisme responsable et équitable. Un tourisme qui prend en compte le respect de l’environnement naturel et culturel, et, privilégie les rencontres et les échanges entre les touristes et les autochtones. Randonnée, bivouac, plongée sous-marine, sont autant des activités génératrices de revenus qui peuvent être développées pour le développement du pays. Mais pour ce faire, il faut « sensibiliser et responsabiliser la population quant à la protection de la flore et de la faune. Les Comores ont une spécificité faunistique et floristique exceptionnelle à l’instar des tortues, des oiseaux, des baleines, des dauphins et autres espèces animales et végétales. Toute cette richesse peut attirer du monde si elle est bien valorisée. On peut ajouter le Karthala et le Lac Dzialandzé, des sites qui peuvent être prisés par les aventuriers de la nature une fois valorisés. Par ailleurs, un des grands problèmes qui prévalent en ce moment aux Comores c’est que les chemins menant à des zones de cette nature sont inaccessibles pour les touristes -parce que enclavées. La mer constitue une autre alternative pour des activités génératrices de revenus; le modèle qui me parait idéale serait « l’écotourisme marin et littoral » qui consisterait à organiser des circuits en mer pour les touristes à partir de la capitale des Comores vers Mutsamudu (Anjouan) et Fomboni (Mohéli) afin que les visiteurs puissent apprécier la beauté de la mer avec ses merveilles à l’exemple des dauphins et des baleines au large de notre Parc maritime. Qui sait si on ne tombera pas sur un cœlacanthe ? »

Bakri Nadhurou est né le 12 mars 1981 à Tsembehu. Après un Master 2 de science naturelle –Option primatologie et évolution- de l’Université malgache de Majunga, il s’inscrit, sur les conseils d’un de ses professeurs, en thèse au Département de la Science de la vie et des Systèmes, à l’Université de Turin, en Italie. En 2010, avec le concours du projet européen BIRD (Biodiversity Integration and Rural Development), il a travaillé au sein de l’Université des Comores en qualité de guide de recherche. Depuis il arpente monts et vaux des Comores et de Madagascar pour étudier les lémuriens- ceux-là mêmes qui sont appelés communément makis par les profanes. Des études qui sont portées par des revues scientifiques de langues italienne, anglaise et française. Il a été à maintes reprises conférencier dans l’Océan indien et en Europe. Il défendra son mémoire de thèse fin 2013. On ne peut qu’encourager Bakri Nadhurou à l’heure où la revue scientifique britannique Nature Geoscience révèle la découverte d’un micro-continent préhistorique sous les îles de la Réunion et Maurice, confirmant la thèse des auteurs Jules Hermann de l’île de la Réunion, Robert Edward Hart et Malcom de Chazal de l’île Maurice, qui stipule que l’Océan indien est le vestige d’un continent englouti habité par des lémuriens. Lequel continent qu’ils ont baptisé la Lémurie. Enfin, qu’on se le dise : « M. Nadhurou a embrassé un métier d’avenir ! »

Antoissi Said Allaoui, lors de la réunion annuelle de samedi 9 février

ACUM une association de Mohéliens en diaspora

Maintenir une solidarité dans la dispersion. Adoucir l’épreuve migratoire. Promouvoir et entretenir avec la terre originelle des relations de natures diverses : économiques, financières, humanitaires, informationnelles et/ou culturelles. Tels sont les objectifs que se sont fixés les adhérents de l’ACUM, unique association de Mohéliens à Marseille, qui, en ce samedi 9 février, se sont réunis dans l’enceinte de l’association Espace-Accueil aux Etrangers sise dans la rue Mathieu Stilati.

Antoissi Said Allaoui, lors de la réunion annuelle de samedi 9 février

Antoissi Said Allaoui, lors de la réunion annuelle de samedi 9 février

Mohéli est l’île comorienne numériquement la plus sous-représentée à Marseille. Pourtant l’histoire de l’installation des Mohéliens dans la cité Phocéenne est concomitante de celle des Grand-Comoriens et des Anjouanais. Elle est amorcée à l’époque coloniale par les Comoriens recrutés dans la marine de guerre mais aussi dans la marine marchande, qui s’y installèrent d’une manière sporadique surtout au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale, et qui servirent de « têtes de pont » aux rapatriés de Majunga de 1976 et aussi à un bon nombre de réfugiés économiques à la recherche d’un meilleur confort matériel et financier (à l’accession des Comores à l’indépendance). « On était 78 Mohéliens à Marseille en 1979, date à laquelle on a fondé notre association » se souvient Boinaissa Maoudjoudi, originaire de Fomboni, actuellement vice-président de l’ACUM.

Au jour d’aujourd’hui les Mohéliens se comptent par centaines à Marseille. Les maigres moyens de l’ACUM seraient impuissants à comptabiliser correctement les ressortissants mohéliens. Forte d’une cinquantaine d’adhérents, l’ACUM (Association Comores Unie Mohélienne), bien que fondée en 1979, est demeurée inactive durant une trentaine d’années. Ce n’est qu’en 2009 qu’elle a repris du poil de la bête. « Quand je suis arrivé en France en 2001, j’ai tout de suite remarqué que ce n’était que les Grand-comoriens, réunis en associations villageoises, qui, par sentiment d’empathie et de solidarité, menaient des actions ici et là-bas (dans leur localité d’origine) en vue d’un bien-être collectif. Touché dans mon orgueil, je me suis renseigné auprès de mes co-insulaires de Mohéli pour apprendre qu’il y avait une association de Mohéli mais qui n’était pas active. Du coup, j’ai pris contact avec Ahamada Madi, natif de Mbantsé, alors président de l’ACUM, pour relancer l’association » confie Antoissi Said Allaoui, du village de Boigoma, présentement secrétaire général de l’ACUM. Et depuis, l’association est pourvue d’un numéro de compte, son statut a été mis à jour et un site internet est en création.

L’ACUM un levier de développement pour Mohéli

De droite à gauche , Mounir Hamada Hamza, Boinaissa Maoudjoudi,Antoissi Said Allaoui, Taendhuma Attoumani

De droite à gauche , Mounir Hamada Hamza, Boinaissa Maoudjoudi,Antoissi Said Allaoui, Taendhuma Attoumani, Haloi Houtoibou

Si la Grande-Comore et Anjouan comptent chacune des centaines d’associations villageoises à Marseille, Mohéli n’en compte qu’une. Et c’est l’ACUM. Les ressortissants de Mohéli dans la cité Phocéenne comptent fédérer toutes leurs forces vives en diaspora afin de lancer le développement sur leur île d’origine. La preuve ! l’Association des femmes de Mohéli a été dissoute et ses membres ont tous rejoint l’ACUM. D’ailleurs, aujourd’hui c’est une des membres les plus actifs de cette association féminine qui est à la tête de l’ACUM pour un mandant de deux ans, madame Taendhuma Attoumani, née à Ziroudani. En ce qui concerne les actions à mener au pays, l’ACUM, en partenariat avec le Programme Co-développement en Union des Comores, l’association humanitaire Aide Médicale et Développement sise à Grenoble, et, la fondation Haloitété de la première dame des Comores, projettent d’améliorer le système de santé à Mohéli. Par le biais de ce projet de démocratisation des soins de santé, l’association diasporique et ses partenaires comptent réhabiliter le centre hospitalier de Fomboni et aussi de construire des dispensaires dans les zones rurales. Doter les centres de santé de base d’échographies mobiles et prendre en charge les enfants malades figurent en premier place dans leurs projets. Enfin, la rénovation du marché de Fomboni fait aussi partie des projets en cours.

A Marseille, dans le but de promouvoir l’unité et la solidarité de ses membres, et surtout dans un souci d’insertion et d’intégration dans le pays d’installation, des ateliers de théâtre en langue française seront animés prochainement par le comédien Mounir Hamada Hamza. « On fera, à travers ces ateliers, d’une pierre deux coups. Etant donné que le théâtre est un organe culturel, il nous permettra de transmettre les pratiques et les croyances de notre pays aux plus jeunes. Et compte tenu du fait que les textes seront en français, l’association aura une très grande visibilité auprès des autres communautés. » nous a appris Mounir Hamada.

Enfin, dans une cité Phocéenne où la communauté comorienne a toujours souffert d’éclatement, de fragmentation, d’une absence d’une identité comorienne, nationale, dont les heurts entre Comoriens de différentes îles sont récurrents, l’ACUM se veut ouverte à tous les ressortissants des Comores sans distinction aucune. Ses adhérents veulent faire œuvre de pionnier !

Communauté mahoraise de Marseille : le revers de l’Etat providence

Marseille. Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans une cité des Quartiers nord, des policiers encerclent des bâtiments, des jeunes profèrent des injures : l’atmosphère est tendue. Entre-temps, dans une cage d’escalier, un vieil homme houspille une bande d’adolescents : « C’est encore à cause de vos histoires de drogue, qu’ils sont là ». Cette cité réputée sensible est habitée par une importante population d’origine mahoraise. La population mahoraise en Hexagone est estimée à plus de 13 670 personnes, dont 44% ont moins de 20 ans. En 1999 l’INSEE avait recensé 2519 Mahorais à Marseille. Visite des lieux.

Mahoraises dansant une danse traditionnelle /crédit photo : Mouinate Mahamoud

Mahoraises dansant une danse traditionnelle /crédit photo : Mouinate Mahamoud

Haïra ,42 ans, est mère de 5 enfants. Originaire de Bandraboua, elle est arrivée en France hexagonale le 30 septembre 1997. Elle nous a accueillis dans son salon, une salle modeste où un voile à l’effigie de Mayotte est collé au mur. Des enfants d’à peine 10 ans jouent à la Playstation 3, un jeu de « baston ». A chaque fois que du sang couvre l’écran, ils rient à gorge déployée …

Timidement, Haïra nous soulève un pan de cette famille monoparentale : « La France d’avant n’est plus celle d’aujourd’hui. De nos jours, rien ne va. Avant, on bénéficiait, sans la moindre difficulté, de nombreuses aides sociales, pour payer le loyer, les factures, etc. Au moindre pépin, on avait l’aide d’une assistante sociale. Au jour d’aujourd’hui, on ne bénéficie presque de rien au niveau des aides. Moi personnellement, j’ai droit à 150 euros mensuels de la Caisse d’Allocations Familiales. Et mes enfants bénéficient de 800 euros d’allocations. Il y a aussi 800 euros qui sont versés directement au propriétaire pour le loyer. Croyez-vous qu’on peut vivre décemment avec 1000 euros dans ce pays où tout s’achète, où tout est cher ? Honnêtement on survit. D’ailleurs si le peu que je gagne ici je pouvais le gagner à Mayotte, je serais partie depuis longtemps ! » Néanmoins, Haïra nous a discrètement partagé un secret. Les 150 euros dont elle est bénéficiaire chaque mois, elle les épargne dans une tontine. Tradition oblige : elle est en train de construire petit à petit une maison pour sa fille à Mayotte. Sachant que la maison de la fille, comme l’hymen, est indispensable pour le mariage coutumier.

« Nos enfants ne veulent plus aller à l’école. Et puisqu’on a du mal à les entretenir financièrement, on a perdu toute autorité sur eux. Ils nous méprisent, ne veulent plus nous écouter, et sont tous tombés dans la délinquance. Nos filles sortent avec des petits voyous d’origine maghrébine, qui les font croire ostentatoirement qu’ils sont riches avec leur argent sale de la drogue. Pendant ce temps, beaucoup de nos garçons sont en prison pour trafic de drogue ou vol à la tire » rajoute Haïra.

Toujours dans le même immeuble. Sarah nous a accueillis chez elle. Née à Tsingoni en 1977, elle est mère de 4 enfants. Elle est arrivée en France en 2002. « Je n’ai pas de mari !» nous a-t-elle répondu vertement, quand on lui a demandé où était son mari. Au même moment, une voisine qui est venue quémander un aspirateur nous a fait un clin d’œil, histoire de nous signifier que le propos de notre interlocutrice n’était pas vrai. En effet, Sarah était persuadée que nous étions des agents de la Caisse d’Allocations Familiales, qui souvent débarquent à l’improviste chez les allocataires pour vérifier l’authenticité des demandes faites auprès de leur institution. Nous avons dû démontrer longuement nos bonnes intentions à Sarah pour qu’elle accepte de nous révéler qu’elle fait partie de ces Mahoraises qui ont recours à des moyens contournés pour avoir beaucoup plus d’aides sociales . « J’ai bel et bien un mari, avec qui j’ai contracté un mariage coutumier. On n’a pas déclaré notre mariage auprès des institutions étatiques. Puisque mon mari a un travail, gagne plus que le SMIC, sinon je n’allais pas avoir droit aux prestations sociales. Pour l’instant, je bénéficie du Revenu Solidarité Active (RSA), j’ai droit à la Couverture Maladie Universelle (CMU) et j’utilise le transport en commun gratuitement. On n’a pas aussi déclaré nos enfants, de toute façon ils sont français, je ne vois pas d’inconvénients. Et mon mari a loué une boite à lettres quelque part je ne sais où pour la réception de ses courriers. »

Délinquance et chômage vont croissant.

Haïdari, 42 ans, père de 3 enfants dont l’aîné a 21 ans, est responsable associatif. Il a émigré en 1998. Il nous raconte : « La délinquance gagne du terrain dans la communauté mahoraise, du moins celle de Marseille. La tranche d’âge comprise entre 12 et 25 ans est la plus concernée. Beaucoup de jeunes sont devenus dealers, et se font arrêter tout le temps. Parfois je me dis qu’on a affaire à une contagion. Il y a des mômes qui paraissent timides, bons élèves et du jour au lendemain ils finissent délinquants. En fait, ils se font influencer par les pairs. On a affaire à un phénomène de bande. Et comme le chômage est important dans notre communauté, les parents, eux aussi perdus dans un monde qui les échappent, ont dû mal à maîtriser leurs enfants. Le RSA ne suffit plus, et pour avoir l’ASSEDIC, l’assurance chômage, il faut d’abord avoir travaillé. Et il n’est pas facile de trouver un emploi de nos jours. Du coup tout est compliqué. Par contre, on avait monté une association pour remédier à tout ça. Mais il y a eu tellement de magouilles au sein de l’association qu’on a dû tout arrêter. De toute façon c’est le Conseil Général de Mayotte et la Maison de Mayotte en France hexagonale qui devraient s’impliquer, puisque cette jeunesse constitue socialement une bombe à retardement. Aujourd’hui ils sont ici, mais un jour ils vont rentrer à Mayotte et là il faut s’attendre à tout ».

D’après l’INSEE, dans la communauté mahoraise de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le taux de chômage des Mahorais est très élevé : 64 % contre 17 % pour l’ensemble des habitants de la région. Le chômage atteint 77 % chez les femmes mahoraises. Plus de la moitié des Mahorais sont inscrits à l’ANPE mais peinent à trouver un travail , puisqu’ils n’ont pas de diplôme et très peu sont allés au lycée.

Néanmoins, certains parents soucieux de l’avenir de leurs enfants, surtout lassés de survivre en France hexagonale, décident de retourner à Mayotte. Mais au bout de quelques mois, ils se sentent obligés de retourner en France. Fatima, mère de 5 enfants, fait partie de cette minorité. « On avait décidé de rentrer définitivement à Mayotte. Mais en l’espace de six mois, on a été dégoûté d’y rester. Mon mari ne trouvait pas de travail, sachant que le marché du travail là-bas est limité. On avait ouvert une petite épicerie, mais personne n’achetait. Au demeurant, je crois qu’on avait été marabouté par nos voisins. De toute façon, ils ne nous parlaient plus dernièrement. S’il y avait les minima sociaux comme ici, on serait resté. Mais il n’y a rien là-bas. »

Pour Rifka, une mère de trois enfants âgée de 26 ans, « c’est vrai les Mahorais viennent en France pour les prestations sociales. Mais une fois ici, ils se construisent leur petit monde, s’adaptent à la vie en Hexagone. J’en connais beaucoup qui pour rien au monde ne partiraient s’installer à Mayotte. Désormais pour eux leur vie est ici. Quand quelqu’un a grandi ici, a toute sa famille et ses amis ici, je me demande ce qu’il va chercher à Mayotte, à moins qu’il n’y aille que pour des vacances. Je crois que le mal est déjà fait. Ces aides sociales dont tout le monde rêve, auraient dû être accessibles à Mayotte depuis le début des années 1990, date à laquelle les Mahorais ont commencé à émigrer en masse à la Réunion. Maintenant, si cette arlésienne de minima sociaux, arlésienne puisque ça fait longtemps qu’on les attend en vain, arrive, il faut s’attendre juste à beaucoup de chômeurs et des analphabètes comme à la Réunion où beaucoup de jeunes ont quitté les bancs de l’école et refusent de travailler pour cause de prestations sociales. Rien de plus. La mythologie selon laquelle les Mahorais qui sont en France vont y retourner est à déconstruire. »

Enfin, la non intégration des Mahorais à la société de la terre d’installation crève les yeux. Déjà les parents et leurs enfants ne parlent pas la même langue et ne partagent pas les mêmes valeurs. Les enfants ne maîtrisent pas du tout le mahorais et leurs parents pratiquent mal le français. Du coup, le courant ne passe pas. Autre fait marquant, les repas ne se prennent pas en famille. Et à l’heure des repas, la télévision, les jeux vidéo et la chaîne stéréo remplacent les conversations. Pour ce qui est des valeurs, les parents ont démissionné de leur rôle d’éducateurs, tellement ils sont tourmentés par leurs soucis de chômeurs ou d’ouvriers payés au rabais. Du coup les enfants n’ont pas de repères : ni Mahorais par la religion musulmane ni par la langue et ni par la culture des parents ni Français par les valeurs républicaines transmises par l’école, une école dont, certains, à 16 ans se font exclure car non obligatoire/facultative. Par conséquent, certains enfants perdent à 16-18 ans les aides sociales. A Marseille, le nombre de ménages mahorais est de 1 293. Le nombre de personnes par ménage est en moyenne de 4,1 personnes. Plus de 28 % de ces ménages sont composés de 6 personnes ou plus contre seulement 14 % comprenant plus de quatre enfants de moins de 18 ans. Enfin, les parents qu’on a eu à rencontrer avaient au minimum 3 enfants, comme si plus d’enfants signifiait plus de prestations sociales. Conscients que c’est grâce à eux que l’Etat verse à leurs parents des prestations sociales, les enfants considèrent peu l’autorité parentale. Et du moment où ils perdent les droits sociaux, ces enfants préfèrent la rue au foyer familial.

Saïd AHAMADI

Interview avec Saïd Ahamadi « La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores « 

Saïd AHAMADI est, depuis le 3 avril 2011, le 3ème Vice-Président du Conseil Général de Mayotte : il est en charge de la coopération régionale et des affaires européennes. Rencontré par No man’s land, il évoque son combat mené autour de la rupéisation de Mayotte et ses nombreux projets axés sur la promotion d’une coopération régionale concrète et fructueuse entre Mayotte et l’ensemble des pays du Canal du Mozambique.

Saïd AHAMADI, 3ème Vice-Président du Conseil Général en charge de la coopération régionale et des affaires européennes depuis le 3 avril 2011.

1) No man’s land : En ce mois de juillet, Mayotte vient d’accéder au statut de Région ultrapériphérique de l’Union européenne (RUP). En votre qualité de vice-président chargé de la Coopération régionale et des Affaires Européennes, pouvez-vous nous dire ce que représente un tel statut pour Mayotte ?

Réponse : Après la consultation populaire du 2 juillet 2000, le législateur français fait évoluer par la loi du 11 juillet 2001 l’ancien statut de Collectivité territoriale de la République (TOM) en Collectivité Départementale qui prévoit la départementalisation à l’horizon 2010. La réforme constitutionnelle de 2003 permet l’inscription de notre archipel de Mayotte dans la Constitution de la 5ème République. Mayotte vient alors de tourner le dos définitivement au statut de territoire d’outre-mer (TOM) et par conséquent à la famille des pays et territoires d’outre-mer de l’Europe (PTOM). Par délibération du Conseil Général N°10/2003/CG du 31 janvier 2003 en effet, les conseillers généraux sous la Présidence du feu Younoussa BAMANA adoptent le principe de l’éligibilité de Mayotte au statut de région ultrapériphérique (RUP) à l’instar des 4 départements français d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, La Réunion).
La validation du statut de RUP de Mayotte par la Commission Européenne, cet été, représente aujourd’hui l’aboutissement d’un combat politique initié par nos aînés, que nous avons su relayer avec efficacité. Mais, cette rupéisation va provoquer des conséquences économiques, sociales et culturelles majeures à Mayotte dès son entrée en vigueur en 2014.

2) No man’s land : Virtuellement, ce nouveau statut (RUP) ne devait être effectif qu’en 2014, pourquoi une anticipation du processus ?

Réponse : Le statut de « département d’outre-mer » approuvé le 29 mars 2009 à 95% des suffrages par les Mahorais, est intervenu le 31mars 2011 avec le renouvellement du Conseil Général. Cette anticipation du processus s’explique par les négociations liées à la réforme de l’Union européenne par l’adoption de la stratégie « Europe 2014-2020 » qui concerne également les régions ultrapériphériques (RUP).

3) No man’s land : Vous êtes en quelque sorte à l’origine de cette anticipation, dîtes-nous comment se sont déroulées les négociations ?

Réponse : Vous pouvez en effet le dire à propos des élus de Mayotte. Aux élections européennes de juin 2009, alors porte-parole des Forces progressistes (Alliance, MPM, Parti communiste rénové de Mayotte et Parti Social Mahorais), j’ai obtenu du député européen de la circonscription océan Indien Elie HOARAU, la nomination d’un cadre Mahorais en la personne d’ADACOLO Kira comme attaché parlementaire en charge du dossier « Europe » de Mayotte à Bruxelles.
Installé à Bruxelles dès janvier 2010 aux côtés d’Elie HOARAU, ADACOLO Kira a permis que Mayotte obtienne l’Instrument de préadhésion ; c’est à dire une enveloppe de près de deux millions d’euros pour assurer la formation des acteurs du public ou du privé qui auront à connaître l’utilisation des Fonds structurels européens.
Elu 3ème Vice Président du Conseil Général le 3 avril 2011, et chargé par le Président du Conseil Général de Mayotte Daniel ZAIDANI de la coopération régionale et des affaires européennes, je n’ai jamais ménagé mes efforts à propos de la mission qui m’a été confiée.
Les négociations se sont déroulées dans de bonnes conditions étant entendu que nous avons été capables de fédérer toutes les capitales européennes à notre projet porté par notre Gouvernement, et au final, par le Président de la République Nicolas SARKOZY lui-même.

4) No man’s land : Quels étaient les soutiens ?

Réponse : Depuis l’adoption du principe par la délibération du Conseil Général en 2003, les élus de Mayotte se sont contentés de voter des « vœux » transmis au Gouvernement par l’intermédiaire du Préfet de Mayotte. Mais, jamais un élu local avant moi ne s’est réellement attelé au travail de lobbying. A l’échelle de l’Europe et au sein des autres RUP, j’ai porté avec force et enthousiasme le dossier de Mayotte. On dit chez nous, « maji ya chijavou woujiva chijavouni[On défend mieux ses intérêts soi-même.]». Les soutiens ont été multiples.

Mon premier déplacement a eu lieu au Département et Région de La Réunion pour participer à la conférence de coopération régionale des 19 et 20 mai 2011. J’ai pu obtenir le soutien des collègues de La Réunion, notamment le Président de la Région ainsi que le Vice-Président délégué aux affaires européennes. Lors de cette conférence, j’ai rencontré madame Anne CROZAT, Chef de secteur-Secrétariat Général pour les affaires européennes au Ministère à Paris. Je l’ai sensibilisée sur la nécessité d’intégrer Mayotte dans les simulations financières dans le cadre des négociations européennes, notamment dans les perspectives financières concernant l’outre-mer.

En juin 2011, je me suis rendu en Sicile où j’ai sensibilisé, en marge des jeux des jeunes des îles européennes, les élus accompagnant leurs délégations sur le dossier RUP de Mayotte.

Du 26 au 30 septembre 2011, j’ai participé à l’assemblée générale de la Conférence des Régions Périphériques maritime d’Europe (CRPM) sous la présidence de Jean-Yves LE DRIAN qui a accepté d’être l’un des relais de la rupéisation de Mayotte dans les différents rencontres organisées avec les commissaires européens et le gouvernement français. A cette conférence, nous avons présenté notre département ; et nous avons insisté sur les atouts de notre archipel notamment dans la géopolitique et dans la richesse de sa biodiversité maritime. Notre présence a été saluée par tous les participants y compris les commissaires européens présents qui ont noté notre réel engagement d’intégrer la famille des RUP.

Du 11 au 16 octobre 2011, pendant la grève contre la vie chère, j’ai conduit une délégation de 27 personnes (cadres, élus et militants progressistes) à Bruxelles pour vivre l’Europe au Parlement. Durant ce déplacement, nous nous sommes entretenus le député européen Elie HOARAU et moi avec le Commissaire Michel BARNIER en charge du Marché intérieur et de la lutte contre les monopoles commerciaux, le mercredi 12.
A près avoir visité le parlement européen le 13 avec toute la délégation mahoraise, j’ai rencontré le 14, assisté de l’attaché du député européen et des camarades Darouèche BOINA, Hamada-Hamidou SIDI, Chamsidine BOURA à la Représentation française permanente à Bruxelles Jean- Noël LADOIS, chargé des RUP. Nous avons fait le point sur l’avancement de notre dossier RUP. Il m’a certifié que le dossier était bien ficelé et ne souffrait d’aucune contestation au niveau de la Commission européenne. Et que le Président de la République devait le déposer lui-même officiellement avant la fin du mois. Et que le Commissaire Johannes HAHN était favorable à notre proposition d’être acceptée comme « Membre observateur » au sein des RUP dès 2012.

Du 1er au 5 novembre 2011, je me suis rendu aux Antilles, en Martinique où a lieu la 17ème Conférence des Présidents des RUP sous la présidence de Serge LETCHIMY. Le vendredi 4 novembre, dans son intervention de clôture des travaux, le Commissaire Johannes HAHN a confirmé l’intégration de Mayotte dans la famille des RUP comme « Membre observateur » dès la 18ème Conférence des Présidents qui aura lieu en septembre 2012 aux Açores. A ce titre, j’ai été convié à la photo de famille des Présidents avec le Commissaire européen.
Ce travail de lobbying n’a pas été de tout repos. J’ai eu un agenda très chargé sur la scène nationale et européenne jusqu’au 6 juillet 2012.

5) No man’s land : Les conditions pour accéder au statut de RUP ?

Réponse : Seules les régions d’outre-mer des Etats membres de l’Union européenne peuvent accéder au statut de RUP. Les autres conditions tiennent à la bonne gouvernance (le respect de la démocratie, une transparence dans la gestion des fonds publics, etc.), à la capacité de respecter les directives européennes, autrement dit l’acquis communautaire…

6) No man’s land : Que bénéficiera Mayotte à travers ce statut ?

Réponse : Le département de Mayotte qui bénéficie seulement du FED à cause de son statut de PTOM jusqu’au 31 décembre 2013 recevra l’ensemble des Fonds structurels européens afin de rattraper ses retards en matière de développement économique et social. Le Fonds Européen Développement Régional (FEDER) et le Fonds Social Européen (FSE) restent les dispositifs financiers phares de l’Europe à propos des RUP. Mais il en existe au moins six, notamment le FEADER, le FEP. C’est une manne importante qui peut permettre la réalisation d’équipements d’envergure régionale ou internationale sur le territoire mahorais. A ces aspects économiques et financiers, les Mahorais renforcent en l’élargissant leur espace de liberté, de sécurité et de justice. Enfin, bien qu’éloigné du continent européen, Mayotte fait désormais partie de ce grand ensemble constitué de réseaux transeuropéens.

Saïd AHAMADI au milieu de ministres, Présidents de RUP, chefs de gouvernement des PTOM au 10ème Forum de l’OCTA-UE, le 25 janvier 2012, Bruxelles, au hall de « The Hotel »,

Saïd AHAMADI au milieu de ministres, Présidents de RUP, chefs de gouvernement des PTOM au 10ème Forum de l’OCTA-UE, le 25 janvier 2012, Bruxelles, au hall de « The Hotel »

 

7) No man’s land : L’Union des Comores, par la voix de son Ministère des affaires étrangères, a dénoncé la rupéisation de Mayotte par le Conseil Européen. Quel message adressez-vous à vos homologues de l’Union des Comores concernant la rupéisation de Mayotte ?

Réponse : La rupéisation de Mayotte est une chance de développement pour les îles de l’Union des Comores. Nos frères élus ou ministres comoriens ne doivent pas continuer à adopter une position rétrograde au vu de l’évolution du monde. Cette attitude qui consiste à critiquer toute évolution de l’archipel mahorais voisin pénalise en premier lieu les ressortissants comoriens sur place ou installés à Mayotte.
C’est surtout une position défendue par une élite politique et un corps intermédiaire (composé de journalistes, intellectuels, responsables d’associations) qui, même minoritaires, tentent de masquer leurs propres insuffisances dans la gestion des affaires publiques aux Comores.
Je leur demande enfin de regarder la vérité en face en abandonnant leur projet désuet de vouloir intégrer Mayotte dans l’ « Etat » comorien. Les autorités comoriennes ont tout à y gagner en nouant des relations saines de coopération régionale avec nous au lieu de pousser à la mer leurs ressortissants à bord d’embarcations de fortune, les « japawa » et périr le plus souvent dans les eaux du lagon de Mayotte.
Je voudrais qu’ils pensent au Jugement dernier puisqu’ils se disent musulmans.


8) No man’s land : Une mission sénatoriale française, composés d’élus de différents bords politiques, en visite ce mois-ci à Mayotte, préconise la suppression du visa Balladur et une coopération sérieuse entre la France et l’Union des Comores. Quelle est votre réaction vis-à-vis d’un tel projet ?

Réponse : La suppression de ce visa n’est pas la panacée, même si cela aura un effet positif psychologiquement aux Comores et dans les îles du Canal de Mozambique en général.

Les Mahorais et les habitants des trois îles autonomes (Anjouanais, Mohéliens et Grand- Comoriens) de l’Union des Comores doivent s’asseoir autour d’une table et régler les problèmes existentialistes qui se posent à nous. Le problème, ce n’est pas tant le « visa Balladur » même s’il cristallise les tensions. C’est plutôt le mal vivre aux Comores, le désespoir qui engendre l’immigration irrégulière disproportionnée à Mayotte, ravivant ainsi les haines primaires et les rancoeurs. La mauvaise gestion administrative et financière aux Comores est parmi les réelles de la faillite de l’Etat comorien. Il est urgent de réhabiliter la notion d’Etat dans la conscience des Comoriens, et surtout le respect des institutions fondées sur des bases démocratiques partagées par l’ensemble de la population.

9) No man’s land: Vous serez à Moroni au mois d’octobre prochain. Quel est le but de cette visite ? Autrement dit, que doit-on s’attendre de ce séjour ?

Réponse : Maire de Koungou de 2001 à 2007, j’allais régulièrement dans les îles de l’Union des Comores. Ainsi, j’ai appris beaucoup de l’histoire et de la société comorienne. J’ai pu relever les points de convergence et les points de discorde avec notre société mahoraise. J’ai noué des contacts précieux dans la recherche d’une solution au dilemme de nos îles du Canal de Mozambique.

Depuis 2007, le revirement politique inattendu du Président comorien Sambi m’a décontenancé, et je ne suis plus jamais retourné à Moroni. L’orientation islamique du régime était devenue un facteur de blocage. Les Comoriens, musulmans mais laïcs, ne parlent pas l’arabe pour la grande majorité d’entre eux.

Aujourd’hui, de par mes responsabilités au sein du Conseil Général de Mayotte, je me dois de ma rendre à Moroni après avoir rempli avec succès la mission européenne et après la conclusion de deux conventions stratégiques de coopération régionale avec deux régions malgaches, Diana au Nord et Boeny au Sud-ouest en octobre 2011.

Je me dois d’accompagner et de favoriser l’intensification des économiques et commerciaux avec les Comores, notre principal partenaire dans la région. Les sources de notre douane attestent que dans les échanges en valeur dans la zone océan Indien, les Comores restent le premier partenaire économique de Mayotte, de loin devant tous les autres. Les Mahorais exportent aux Comores à hauteur de 707 millions d’euros par an (chiffres douane France 2004). Dans le contexte de crise mondiale actuelle, nous devons travailler de manière intelligente avec nos principaux partenaires dans un esprit de co-développement ; autrement dite, la coopération « gagnant -gagnant ». Je m’inscris dans les orientations de notre Gouvernement, notamment celles du ministre des affaires étrangères et européennes Laurent FABIUS qui place le développement économique comme sa première priorité dans le cadre de la diplomatie française.

10) No man’s land : Le président du Conseil Général de Mayotte, notamment Daniel Zaïdani, envisage d’intégrer Mayotte dans la Commission de l’Océan indien. Sachant que seul un Etat a le droit d’intégrer la COI, que même Zanzibar après maintes demandes a toujours essuyé un refus et que c’est seulement la France qui est membre de la COI, mais pas la Réunion, dites-nous, vous qui êtes dans le secret des dieux, comment Mayotte va-t-elle procéder pour être membre de la COI ?

Réponse : Que Mayotte siège dans la COI, c’est un projet que je partage. Malgré la difficulté de la réalisation d’un tel projet comme vous le suggérez, nous travaillerons avec les différents acteurs (en particulier notre Etat et la région Réunion) pour relever le défi de la cohérence dans la coopération régionale avec notre reconnaissance comme Département et Région ultrapériphérique de l’Europe.


11) No man’s land : Une délégation de jeunes mahorais a participé au 8 ème jeu des îles de l’Océan Indien qui se sont déroulés ce mois-ci à Moroni. Quelles sont les leçons que nous devrions tirer de cet évènement ?

Réponse : Tout ce qui participe au développement des rencontres entre les jeunes de l’océan Indien doit être encouragé. Ces échanges permettent aux uns et aux autres de corriger leurs préjugés négatifs, et d’appréhender l’avenir avec sérénité. La connaissance mutuelle des populations de la zone océan Indien permettra de mieux identifier des projets communs de développement. Mayotte doit se doter des équipements sportifs adéquats pour accueillir un jour ces jeux, en 2020 par exemple. Au-delà nos devises nationales respectives (Unité, Solidarité et Développement pour l’Union des Comores, et Liberté, Égalité et Fraternité pour la France), j’invite les différents responsables à plus de courage et d’audace dans nos relations communes afin de relever les nombreux défis qui se présentent à nous. Assez de faux-fuyants!

Etudiants mahorais en Hexagone, AUTOPSIE D’UN ÉCHEC

Les Mahorais qui étudient en Hexagone dans le supérieur sont estimés à 2 200. Les uns s’orientent vers des études courtes, les autres, peu nombreux, font des études longues. Néanmoins, il n’y a que 16 % des primo étudiants qui parviennent en 2èmeannée à l’Université : un taux de réussite très faible, comparé au taux national qui avoisine les 50%. Aussi, 18 % mettent-ils fin à leurs études dès la première année contre une moyenne de 6% en Hexagone. Cette situation alarmante a fait couler beaucoup d’encre et de salive, mais jamais une réponse appropriée n’a été apportée à ce problème qui hypothèque l’avenir du nouveau département. Des étudiants ont accepté de décortiquer ce problème avec nous, ils se prénomment Bensoumeitte Diva Toybou, étudiant à l’Institut National des Sciences Appliquées de Rennes, Ibrahim Assane , étudiant en Lettres Arabes à Aix-Marseille Université, Radhuya Saïd , étudiante en seconde année de BTS Science Technologie des Aliments à Limoges , Ali Amir , doctorant en Droit et chargé de Travaux dirigés à l’Université Paul-Cézanne d’Aix-en-Provence et, enfin, Fahoullia Mohamadi, doctorante en Chimie à l’Université de Perpignan . A l’ombre des statistiques et des discours politiciens, ces derniers se livrent.

Bensoumeitte Diva Toybou / Rennes

Limoges, vendredi 23 mars. Entre deux arrêts de bus, Radhuya Saïd, née à Labatoire il y a 22 ans et étudiante en seconde année de BTS Science Technologie des Aliments, nous confie : « Je suis arrivée en Hexagone en 2009 pour faire des études de sociologie. Une filière que j’ai dû abandonner au bout d’une année en raison de difficultés d’ordre pédagogique. Déjà mon Bac STG Communication n’était pas adapté à la filière que je faisais et surtout mon niveau de français n’était pas bon pour pouvoir me frayer un chemin à la faculté. Je ne suis pas la seule dans ce cas, comme à Mayotte on ne parle pas français entre nous dans les foyers, le niveau de langue laisse à désirer. Du coup, je n’ai pas pu valider mon premier semestre, Le second, je l’ai réussi mais difficilement. Suite à cet échec, j’ai décidé de faire un BTS Science Technologie des Aliments. Et depuis, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. »

Né à Kaweni il y a vingt ans, Bensoumeitte Diva Toybou est arrivé en Hexagone en aout 2010. Il est titulaire d’un Bac S option Mathématiques. Rencontré à Rennes où il est en 1ère année dans une école d’Ingénieur connue sous le nom d’INSA, il nous raconte : « J’ai fait une année de Prépa PCSI (Physique, Chimie et Sciences de l’Ingénieur), que j’ai validé tant bien que mal. Donc j’ai changé pour faire une 1ère année à l’INSA de Rennes. J’ai remarqué que le système de prépa classique qui est en vigueur dans la première école où j’étais n’est pas adapté aux étudiants mahorais désireux de faire un cursus d’Ingénieur. Par contre, le système de ma nouvelle école est beaucoup plus souple, il est à la portée des étudiants mahorais. En fait, à Mayotte le niveau de français en particulier et le niveau scolaire en général sont défaillants. Je faisais partie des meilleurs de ma classe et même du lycée Younoussa Bamana. Ici, je me sens perdu, parce que je me rends compte que je ne suis pas du tout à la hauteur des attentes des professeurs, et pour que je réussisse, je suis obligé de redoubler d’efforts. Pourtant un de mes anciens professeurs de mathématiques au lycée m’avait prévenu qu’à Mayotte les professeurs s’adaptent aux élèves en fonction de leur niveau scolaire et de leur tempérament. Ils favorisent le travail collectif afin que tout le monde avance ensemble presque au même rythme… Donc je ne devais pas dormir sur mes lauriers m’avait-il conseillé. Mais comme j’étais trop sûr de moi et de mes compétences, je m’étais dit qu’avec mon niveau scolaire de Mayotte je pouvais tout surmonter en Hexagone. Hélas, en arrivant ici, je me suis vite rendu compte que mon professeur avait raison. Les professeurs en Hexagone sont très stricts et rigides, ils ont un programme à finir dans un temps donné et privilégient surtout le travail individuel. A Mayotte, on se contente des cours donnés à l’école et on ne révise qu’à la veille des examens. Ici, au contraire, il faut un grand apport en matière de travail personnel pour combler les lacunes, du coup il faut beaucoup lire, faire des recherches sur Internet, en somme, travailler de manière intensive. » En effet, le psychologue et pédagogue Rosenthal soutient à travers ce qu’il a appelé « l’effet Pygmalion » qu’on peut influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse positive sur son devenir scolaire. Ainsi des étudiants à qui on avait fait croire à Mayotte qu’ils étaient géniaux et qui avaient fini par le croire tombent des nues quand ils se retrouvent avec des notes en dessous de la moyenne à l’université.

Adaptation des étudiants à la vie hexagonale

Beaucoup amputent l’échec des étudiants mahorais en Hexagone aux us et coutumes locaux. Certains condescendant et adoptant une position de relativisme culturel, considèrent l’étudiant mahorais comme un être fermé sur lui-même, qui, à cause de son ethnocentrisme , refuse d’aller vers autrui. Ainsi lit-on dans un rapport du Conseil Général de Mayotte en date de février 2008 : « Le jeune Mahorais a la fâcheuse réputation de s’enfermer sur lui-même et de ne côtoyer que les personnes da sa communauté. Ce manque d’ouverture de l’étudiant dans son lieu d’études l’empêche d’aller vers l’Autre, n’ayant pas les mêmes référents culturels que lui. Cet état d’esprit est renforcé par la logique villageoise, donc familiale, prédominante à Mayotte. » Cet argument est court compte tenu du fait qu’en Hexagone les jeunes mahorais entretiennent des liens très étroits [voire des relations amoureuses] avec des jeunes d’autres communautés, notamment européennes , sub-sahariennes et nord-africaines. Par ailleurs, une vérité est manifeste : un tiers des étudiants mahorais s’installe dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, notamment à Marseille où il y a une très forte population mahoraise. Une autre partie qui n’est pas moindre s’établit en Ile-de-France où la population mahoraise est aussi importante. Limoges est une ville où il y a autant d’étudiants mahorais que de familles mahoraises. « Les 460euros de bourse que me verse le CROUS ne sont pas suffisants pour me payer un studio. Ma tante et mon oncle m’ont donc proposé de vivre chez eux. » nous dit Radhuya Saïd. Enfin, il est à souligner que beaucoup d’étudiants étrangers en France, notamment asiatiques, américains et africains vivent en communauté, que ce soit dans la vie réelle ou que ce soit sur internet à travers les réseaux sociaux. Pourtant ils s’en sortent sans difficulté à l’université, parce que décidés à aller au bout de leur motivation.

« Certes dans ce pays, l’anonymat prime, la solitude prévaut, l’individualisme est roi, on est en permanence seul au monde. On peut crever dans une foule de gens, personne ne viendra à notre secours. Mais ce n’est pas la raison de l’échec des étudiants mahorais. La raison, selon moi, est le manque de persévérance des étudiants. A Mayotte, ce sont les parents qui font tout que ce soit les affaires administratives que ce soit les affaires familiales. Plus les familles se modernisent, plus les parents donnent de la valeur à leurs enfants : ils les traitent comme des petits princes. Du coup, arrivés en Hexagone, les étudiants mahorais se sentent abandonnés à eux-mêmes. N’ayant pas la culture administrative, ils ont du mal à régler leur problème administratifs ou le moindre pépin : un retard de versement de bourse et ils paniquent. Défaitistes, au moindre échec à l’Université, ils abandonnent les études ou ils optent pour des études courtes. Moi je suis né à Moya, sur l’île d’Anjouan. J’ai commencé ma scolarité à Mayotte. Depuis tout petit j’ai appris à me débrouiller tout seul, à ne jamais baisser les bras malgré la dureté de la vie, et venant d’une famille très pauvre, je me suis toujours dit que je n’avais pas droit à l’erreur, et je me suis fixé la réussite scolaire comme unique but. Cette année, je suis en Master de lettres arabes à Aix-Marseille Université. Honnêtement j’ai connu péripéties. Je suis tout le temps endetté, parce que le CROUS verse tardivement les 500 euros de bourse. Pourtant je n’ai jamais lâché prise, je distribue chaque matin des journaux pour pouvoir arrondir mes fins de mois » nous apprend Ibrahim Hassane, âgé de 24 ans, et originaire de Labattoire. « Depuis Mayotte les étudiants considèrent l’Hexagone comme un eldorado, ce qui brouille complètement la vision des jeunes et du coup les pousse à faire n’importe quoi une fois sur place. Sinon ,certains viennent ici pour de mauvaises raisons. En ce qui concerne l’éloignement familial, il ne se ressent qu’après de grosses difficultés scolaires, quand on se rend compte qu’on n’a pas d’épaule pour pleurer. Et cet éloignement restreint alors la motivation et annihile complètement l’envie d’intégration ici et réduit à zéro toute envie de remonter la pente. » insiste Bensoumeitte Diva Toybou.

Pour Fahoullia Mohamadi, doctorante en Chimie à l’Université de Perpignan « Les difficultés ont été présentes mais grâce à l’aide et le soutien de ma mère j’ai pu m’en sortir. J’ai également connu des difficultés pédagogiques la première année en Hexagone, mais j’ai persévéré et j’ai travaillé plus dur encore pour réussir. La réussite dans les études dépend souvent du facteur « motivation » : en effet c’est celui qui sera le plus persévérant, bosseur, et ambitieux qui se distinguera. Il ne suffit pas d’être intelligent, il faut aussi le vouloir et être motivé, avoir un objectif et s’y investir. Malheureusement pour beaucoup les problèmes financiers, d’adaptation et autres auront eu raison de leur motivation. »

La DASU est-elle responsable de l’échec des étudiants mahorais ?

La DASU (Division des affaires scolaires et universitaires) est une institution du Conseil Général de Mayotte. Elle a pour but d’accompagner les étudiants mahorais en les octroyant des prestations sociales, c’est-à-dire, des versements d’argent. Néanmoins, certains étudiants se plaignent que les prestations arrivent tardivement, d’autres affirment que la DASU n’a jamais respecté l’engagement de verser leurs bourses. « J’ai envoyé toutes les pièces nécessaires pour avoir droit à la bourse de la DASU. Et on m’a répondu par l’affirmatif. Mais depuis que je suis arrivée en Hexagone, jamais ils ont tenu leur engagement. », nous a appris Radhuya Saïd. « D’ailleurs, si j’avais cette bourse j’aurais fait des études longues. Parce que, si j’ai arrêté la faculté c’est pour raisons pécuniaires. » rajoute Radhuya . «Je perçois 82,4 euros de la DASU et 160€ du CROUS. Le CROUS a toujours respecté son engagement, mais la DASU ,je ne sais pour quelle raison , a souvent du retard. Vous savez que ça nous arrive d’envoyer 5 voire 10 fois le même document à la DASU et ,enfin de compte , on nous dit que ce même document manque à notre dossier. On ne comprend pas comment cela puisse être possible alors qu’on multiplie les communications téléphoniques à Mayotte et surtout que les documents sont remis en main propre par nos parents aux agents de la DASU. De toute façon, on m’a dit à mon arrivée en Hexagone de ne pas trop compter sur la bourse de la DASU! », confie Bensoumeitte Diva Toybou. «Heureusement pour moi , je fais partie des chanceux qui ont des parents qui ont fait des études et qui peuvent envoyer de l’argent tous les mois » conclut Bensoumeitte, dont le père est professeur au lycée Younoussa Bamana et la mère, conseillère pédagogique. « Depuis toujours ma mère nous a poussé mes sœurs et moi à travailler à l’école et avoir de bonne notes. Elle a beaucoup investi financièrement dans du matériel pédagogiques et dans nos études en général. Mes grandes sœurs ont fait de longues études. C’est également un exemple pour moi et une motivation. J’ai fait des études car je suis curieuse : plus j’en apprends, plus je veux en savoir. Je suis vraiment passionnée pas les énigmes de la vie et c’est au fur et à mesure que mon parcours s’est construit. En somme, c’est surtout grâce à l’aide et au soutien de ma mère que j’ai pu m’en sortir. En ce qui concerne la DASU , elle a toujours assuré ses prestations mais ces dernières étaient irrégulières . Or l’étudiant doit s’acquitter de certains règlements financiers à des dates régulières (loyer, factures, transports). Le retard apportait donc des disfonctionnement à ces niveaux. Et si l’étudiant n’est pas dans de bonnes conditions mentales car trop préoccupé par des problèmes financiers, son travail et sa concentration en sont directement affectés. Je pense que beaucoup ont arrêté pour travailler et subvenir aux besoins vitaux et primaires, mais encore une fois c’est au cas par cas. Il y en a qui se tournent vers des études courtes notamment le BTS puisqu’il conduit le plus souvent à un métier, ce qui peut être une motivation et un très bon argument quand on a peu de moyens. Mais je ne crois pas que le fort taux d’échec soit uniquement lié au problème du retard de prestations de la part de la DASU . » affirme Fahoullia Mohamadi.

Pour Ali Amir, natif de Passamainty, chargé de travaux dirigés en Droit civil à l’Université Paul-Cézanne : « le fait que la DASU fasse des promesses et ne les tienne pas est une chose, mais ce n’est pas une raison pour amputer toutes les responsabilités à la DASU. Je prends l’exemple des étudiants africains qui sont inscrits dans les Universités françaises : beaucoup arrivent sur le territoire sans connaître personne. Ils sont obligés de travailler pour financer leurs études, payer leur logement et se nourrir. Pourtant , ils s’en sortent sans difficulté dans leurs études. D’ailleurs, c’est grâce à eux que le taux de thésards est en hausse en France. Par contre, les étudiants mahorais bénéficient de tous les avantages pour réussir sans ambages leur cursus universitaire. Ils ont droit à un logement en résidence universitaire, et ils perçoivent la bourse du CROUS, sans compter celle de la DASU. Certes cette dernière arrive en retard, mais bon ! »

Pour conclure , la défaillance du système scolaire à Mayotte est la principale cause du taux élevé d’échecs des étudiants mahorais en Hexagone. Les chiffres sont là pour le confirmer :seulement 20% des élèves du CM2 ont des acquis convenables. Et ces 20% sont des enfants issus des milieux favorisés. Notons qu’il n’y a que la moitié des élèves scolarisés à Mayotte qui atteint la 6e . Et seulement 15 % d’une tranche d’âge qui arrive au bac. En outre, le fait que les élèves mahorais n’ont pas l’habitude de la lecture est problématique , puisque par manque de lecture , on a du mal à déterminer le contexte d’utilisation d’une expression . Par conséquent , les étudiants mahorais confondent les registres de langues , certains utilisent le registre pour s’exprimer par écrit à l’Université . Et comme la documentation est importante à l’université , si on a pas l’habitude de la lecture , on ne peut pas s’en sortir . Quand bien même le système scolaire à Mayotte est de toute évidence lacunaire, certains Mahorais parviennent à mener leurs études de front. Il y a donc aussi une question de motivation personnelle qui est en jeu.

Des diplômés petits commerçants au marché de Volo volo

Moroni, jeudi 12 juin 2008 (No Man’s Land) – Ils sont nombreux, pas moins d’une centaine, mais discrets ; ces jeunes diplômés, venus des différentes îles de l’Union des Comores, qui s’improvisent petits commerçants au marché de Volo Volo. Ils se prénomment Zaïdou, Saïd Ali, Maira, Ali Saïd Aboudou, etc. De la patience, ils n’en ont plus. De la frustration, ils en ont à revendre. Seul ce secteur informel, ce petit commerce, reste le recours de ces laissés-pour-compte. A l’ombre des marchands d’illusions, les vendeurs du désespoir se livrent. Reportage !

Kuni

Au marché de Volo Volo plus de cent petits commerçants sont diplômés. Les uns ont fait leurs études à l’étranger, à Madagascar surtout, les autres, la plus grande partie, sont issus des deux universités du pays, Mvouni et Patsy. Saïd Ali, âgé de 37 ans, a une Maîtrise de Géographie, dispensée par l’Université malgache de Tuléar. Ce père de famille, originaire de M’ramani, au sud de l’île d’Anjouan, est rentré au pays en 2004.

Dans l’espoir d’être recruté par l’île autonome d’Anjouan, il a été bénévole pendant six mois au Lycée de Louara, dans la presqu’île des Nyumakélé. En fait, il a dû tout arrêter parce qu’il ne pouvait plus payer ses frais de transports. A son arrivée à Moroni, en mai 2005, il a d’abord enseigné dans des écoles privées. Comme il était payé au rabais et avait plusieurs mois d’arriérés de salaires, il a fallu qu’il renonce. Encore une fois. Ne pouvant plus attendre une suite de sa demande d’emploi au ministère de l’Education Nationale, il s’est alors décidé à devenir petit commerçant au marché de Volo Volo.

Depuis, grâce au soutien de gros commerçants de la ville, il est là, devant le siège de la société d’eau et d’électricité (Ma-Mwé), en train de vendre des chaussures. « J’ai commencé à faire ce travail depuis l’âge de 20 ans, à Mayotte. Mais à cette époque, pendant mes années de collège et lycée, c’était pour pouvoir m’acheter des cahiers, des stylos et des vêtements. Maintenant, collaborer avec des gros commerçants est devenu ma seule issue. Je vends ici pour subvenir aux besoins de ma petite famille » confie Saïd Ali.

Loutfi, vendeur de vêtements, a lui aussi fait cinq ans à Madagascar- dommage qu’il n’ait pas répondu à nos questions. Parmi les bouchers de Volo Volo, des diplômés, il y en a plein. Ali Saïd Aboudou dit Victor en fait partie. Du village de Bandramadji la Mbadjini, il est titulaire d’une licence en Hôtellerie. Ayant travaillé, après son retour de Madagascar, pendant onze ans à l’Hôtel Galawa Beach jusqu’à sa fermeture en 2001, il a déposé plusieurs dossiers sur le marché du travail. Vainement.

Aujourd’hui, au côté de son ami Youssouf Madi Soilih, titulaire d’un DUT de l’Université des Comores – initiateur du Syndicat des Détaillants de Viande de Volo Volo (SDVV)- il nous a promis : « Je vais faire le plus d’économie possible. Après je vais me lancer dans une grande affaire. » Zaïdou Ben Daoud, 32 ans, originaire de Tsémbehou, qui ne se lasse jamais de traîner sa brouette pleine de tomates, nous a lancé, d’un air moqueur, dès qu’ils nous a vu : « J’ai un BTS en communication. Depuis 2005 que j’ai déposé un dossier à l’ORTC ( Office de la Radio et Télévision des Comores) , je n’ai toujours pas eu de réponse. Pourtant ma mère son rêve a toujours été de me voir devenir fonctionnaire. »
Ce qui est sûr, ces jeunes, que personne n’en parle, qui sombrent dans l’indifférence de l’Etat, ont tous des rêves brisés. Des rêves qui, se transformant en cauchemars, finissent par les rendre tous des desperados, comme tous ces jeunes diplômés dans l’espoir d’une vie meilleure ont péri dans la mer de Mayotte : où les plus chanceux, creusent des fossés ou deviennent taximen au noir.

Assade Moussa a lui un DEA en Physique Nucléaire. Il est rentré au pays depuis 2005. Jamais il n’a pu se trouver un job. Reprenant la phrase de Saïd Ali Bourhane, titulaire d’une licence en Biologie végétale de l’Université de Tananarive, « Toutes ces années de travail pour rien. »


Pendant ce temps que fait l’Etat ?

« L’Etat est pris dans l’engrenage. Il est obligé de scolariser les élèves, de plus en plus jeunes, de plus en plus nombreux. Et quand ils sont scolarisés, il les abandonne » déplore l’écrivain Aboubacar Saïd Salim. Abandonnés, sont sûrement ces jeunes diplômés, d’un pays selon Aboubacar Saïd Salim« on a éduqué depuis plusieurs générations les gens à devenir fonctionnaires ». 57, 4% de la population des Comores a moins de 20 ans, le taux net de scolarisation des 6-11 ans est de 60, 6%, mais le taux de chômage est de 14, 3%. Il est à rappeler ici qu’on dit chômeur toute personne à la recherche d’un emploi, sinon qui a postulé pour un emploi, et aux Comores rare sont les jeunes qui postulent sur le marché du travail ces derniers temps.

Après un tour à la Fonction Publique, un des responsables nous a mis dans la confidence : « Depuis 2006, à l’arrivée du président Sambi, on ne recrute plus à cause d’une masse salariale devenue insupportable. Toutefois, il y a eu une vingtaine de nouveaux recrus – qui n’ont subi aucun concours comme le suggère la loi -depuis le début de son mandat. Et c’est lui-même qui l’a dit lors d’un discours officiel. En tout cas, chaque jour il y a des nominations de gens qui ne sont pas fonctionnaires. D’ailleurs, s’ils l’étaient, ils auront, en plus de leurs salaires, perçu que des indemnités ; au lieu de ces salaires aux chiffres astronomiques. » Les Comores subissent discrètement depuis quelques années un plan d’ajustement structurel. Apparue vers 1980 , l’expression « ajustement structurel » est du FMI ( Fonds Monétaire International) . D’après cet organisme , pour développer un Etat déficitaire , il faut le dégraisser , réduire ses dépenses , privatiser les secteurs productifs , en l’occurrence ( aux Comores) , la société des hydrocarbures , les sociétés des entreprises de manutention maritime , la société des eaux et électricité etc… Toutefois , ce sont les effets à court terme des plans d’ajustement structurel que connaissent les Comores depuis , à savoir la hausse du chômage, inflation , et aggravation de la misère .

Selon toujours l’écrivain Aboubacar Saïd Salim, qui est secrétaire général à l’Assemblée nationale, « comme la filière vanille est morte, l’Etat doit créer une structure d’accueil des étudiants qui viennent d’être formés, encourager la création d’entreprises et d’une Ecole Nationale d’Administration ».

Et en parlant de ces jeunes diplômés « désoeuvrés » de Volo Volo dont « aucun recensement n’a été fait », d’après lui, « l’Etat doit, comme ces jeunes travailleurs se regroupent déjà, se cotisent pour envoyer quelqu’un à l’étranger [Dubai, Des-Es-Salam, etc.], leur construire un central d’achat, pour pouvoir améliorer leurs circuits de distribution par des points de ventes ». En tout cas , la créativité endogène nécessaire pour le développement d’un pays est belle et bien là , on le voit avec ces jeunes qui ont la fureur de vaincre … En fait la créativité endogène , sans relent de paternalisme , veut dire compter sur sa propre force et ses propres capacités pour résoudre ses problèmes . Cela dit ces jeunes n’attendent qu’un coup de main de l’Etat pour aller de l’avant.

En effet, le développement social, peu rentable par rapport au développement économique, mobilise moins les bailleurs de fonds, mais cela ne veut pas dire que les Comores qui ont participé au sommet social de Copenhague en 1995 doivent tout ignorer de ce qui a été convenu par les pays membres de l’ONU : « Les gens d’abord ». Et sans donner du travail à ces 2000 nouveaux jeunes cadres qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi, comment notre pays saura-t-il atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour espérer réduire la pauvreté et relancer la croissance économique, à l’horizon 2015.

A mi-chemin de son mandat, le président Ahmed Abdallah Sambi est confronté à un défi majeur, qui fait partie des trois grands chantiers de son programme qu’il s’est engagé de réaliser. Les seuls beaux discours ne suffiront plus à calmer le désarroi légitime de toute une génération qui avait placé en lui tous ses espoirs.

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Interview : « La vraie richesse des Comores ce sont les produits de rente »

Venu pour la première fois aux Comores en 1983 pour repartir en 1987, après avoir travaillé pour la société Bambao à Anjouan et à la Grande-Comore, le responsable sur place de la société Huiles Essentielles Comores (HEC), sise à Domoni sur l’île d’Anjouan, et qui est d’origine française, a accepté de répondre à nos questions. Mais pour des raisons personnelles, notre interlocuteur n’a pas souhaité que son nom soit mentionné ici.

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No Man’s Land : Comment avez-vous découvert les Comores ? Quelles sont les raisons qui ont motivé votre venue dans l’archipel ?

Le Responsable local HEC : Je suis revenu aux Comores en 2007 pour des raisons professionnelles. Un des actionnaires d’Huiles Essentielles Comores cherchait quelqu’un pour construire une distillerie d’ylang. Et comme on était en contact depuis bien longtemps, il a fait appel à moi. Pour dire que je ne suis pas propriétaire d’Huiles Essentielles Comores comme beaucoup le pensent. Je suis juste salarié.
Les actionnaires de HEC ont pris la décision de construire la distillerie dans laquelle je travaille parce qu’il fut un temps, à Anjouan, toutes les huiles d’ylang étaient frelatées. 55% ont été adultérés.
Ce qui fait qu’on est dans la situation actuelle. La fraude avait pris de l’ampleur, surtout, parce qu’il y avait une pénurie d’essence d’ylang. Et du coup, un beau jour, le commerce s’est arrêté. Les clients ont cessé d’acheter l’essence d’ylang venant d’Anjouan.
Donc, comme il n’était pas facile de trouver de l’ylang en collecte, pour satisfaire les clients, relancer le commerce, il avait fallu distiller l’ylang nous-mêmes.

No Man’s Land : De 1983 à 1987 par rapport à aujourd’hui comment se porte le commerce de l’ylang ?

RLHEC : On est dans une période qui est extrêmement difficile. Et avec les hauts et les bas de la crise mondiale, le marché de l’ylang a globalement baissé. Les clients ont réduit leurs commandes.
Pour ce qui est du marché de l’ylang aux Comores, il faut savoir que de 1983 à 2008, il est passé de 150 tonnes par an à 80 tonnes par an. D’où une baisse de 50%. Mayotte, qui était un grand fournisseur, a représenté la moitié de cette baisse. Elle qui produisait 30 à 35 tonnes par an est passée aujourd’hui à 7 tonnes par an. On ne peut pas être département et produire de l’ylang. Economiquement il n’est pas rentable de produire de l’ylang à Mayotte. Malgré les aides, s’il fallait payer les agriculteurs autour du Smig [salaire minimum garanti] ça s’arrêterait tout de suite. Aujourd’hui les exploitants sont obligés de faire travailler des clandestins. A la Grande-comore, les exploitations sont abandonnées. Et la production qui était de 10 tonnes avant est passée aujourd’hui à 2,3 tonnes. Par contre ce n’est pas trop grave pour Anjouan comme pour l’île malgache de Nosy-Be. Puisqu’Anjouan produit 50 tonnes par an.

No Man’s Land : Au jour d’aujourd’hui les producteurs d’ylang se plaignent que les prix ont baissé. Est-ce que cela est lié aux fluctuations des cours mondiaux ?

RLHEC : Il n’y a pas de cours mondial dans le commerce de l’ylang. Ce n’est pas un produit qui a une cotation boursière. C’est un marché de fournisseur à client. C’est une question de qualité. Il y a beaucoup de variétés de qualité d’ylang. Et chaque qualité a son prix. Je ne peux pas donner les prix actuels. Le marché est inactif depuis 6 mois. On ne vent quasiment plus.


No Man’s Land : Les matières semi-finies vous les acheminez où ? Vers quelles entreprises ?

RLHEC : Les meilleures qualités d’huile comme l’extra-sup et l’extra sont destinées à la parfumerie, à titre d’exemple à la préparation de l’eau de toilette. Et nos clients sont en Europe et aux Etats-Unis. Et les basses qualités sont destinées à la fabrication des lessives et des produits bas de gamme en cosmétique.

No Man’s Land : Ne peut-on pas transformer l’ylang comorien sur place ? En faire un produit fini sur place ?

RLHEC : Les Comores resteront un fournisseur d’ylang. On ne peut pas mettre plus de valeur à l’ylang comorien. On n’utilise pas l’ylang pour faire du parfum. Un parfum a une quantité variable d’alcool. Et dans l’essence d’ylang il y a plus de 50 produits différents. Ce n’est pas jouable. Les firmes qui produisent les parfums sont des grosses entreprises internationales.

No Man’s Land : Les petits distillateurs d’ylang déboisent la forêt pour pouvoir faire fonctionner leurs alambics. Y a-t-il une solution qui puisse éviter le déboisement sans que les petits distillateurs soient lésés ?

RLHEC : Il est facile d’accuser les distillateurs. Pourtant il faut qu’ils mangent. Il faut que chacun travaille et gagne de l’argent. On ne peut pas dire qu’il ne faut pas distiller au bois si on n’a rien à proposer. La solution n’est pas technique. Elle est économique. Il faut de l’argent. Aussi est-il que les distillateurs ne sont pas ouverts à l’idée de progrès. Tout ce qui est nouveau pour eux est difficile. Regardez depuis que je suis là, personne n’est jamais venue me questionner sur comment on fait fonctionner une distillerie INOX.
Même si c’est vrai, le Comorien ne vit pas pour demain. Il y a eu un temps, les distillateurs ont gagné beaucoup d’argent. Ils n’ont jamais pensé renouvelé leur alambic.
Le système à pétrole peut fonctionner partout du moins tant qu’il y a de l’électricité. S’il n’y a pas de courant, le distillateur ne peut pas fonctionner. Le système coûte moins cher que le bois. Mais ce n’est pas le paysan tout seul qui peut le faire. Il doit avoir le soutien de l’Etat puisque je sais qu’il y a des fonds internationaux aujourd’hui pour la protection de l’environnement. L’alambic traditionnel installé, prêt à fonctionner coûte 800 000 FC. Le petit paysan ne pourra jamais se le payer. Il est temps que l’Etat comorien pense acheter comme cela a été fait à Mayotte des alambics Inoxydables. A Mayotte, par l’intermédiaire du Conseil Général de l’île, 15 alambics INOX qui permettent de produire l’ylang aux normes européennes ont été financés par le STABEX (Système de stabilisation des exportations [des produits agricoles] financé par l’Union Européenne).

No Man’s Land : Votre métier a-t-il un avenir dans l’archipel des Comores ?

RLHEC : Il y a un avenir pour l’ylang. A condition de ne pas reproduire les bêtises qui ont été faites à Anjouan auparavant. L’ylang a un avenir étant donné que l’ylang est un produit de base de la parfumerie. Et tant qu’il y aura de la parfumerie, on vendra toujours de l’ylang. Dans 50 ans, l’ylang se vendra encore. La nature a protégé les Comores. Il faut savoir que l’ylang c’est les Comores. La meilleure qualité d’ylang, aujourd’hui, c’est Mayotte. Mais avec la départementalisation, il faut mettre une croix. Dans dix ans, c’est sûr il n’y aura plus d’ylang à Mayotte. Quand les gens sont riches ils ne veulent plus cultiver.
Il ne faut pas s’imaginer que le distillateur de la brousse fait de la mauvaise qualité d’ylang. Il faut faire un effort sur la modernité, mais ce n’est pas la peine de faire du luxe. Les paysans ont, durant ces dernières années, planté beaucoup d’ylang. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle aujourd’hui on arrive à en produire 50 à 60 tonnes par an. Maintenant il reste à entretenir ce qu’on a planté malgré la crise. Parce que je sais que d’ici peu la crise va passer.
Il est bon à savoir que la vraie richesse des Comores c’est sont les produits de rente. L’argent des « Je viens » est une fausse richesse. Donc, il est temps que l’Etat comorien s’intéresse à l’agriculture.
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L’ylang l’or des îles de la Lune

L’ylang est une plante importée des Philippines au début du siècle dernier pour reboiser les pentes caillouteuses et les padza .Elle appartient à l’espèce cananga odora var macrophylla. Sa fleur aux reflets d’or et de safran, exhalant une senteur douce et capiteuse, est un ingrédient essentiel pour les parfumeurs du monde entier . Du moins son hexane qui est utilisée pour l’extraction de l’essence. La première distillation des fleurs d’ilang remonte vers 1860 à Manille ,aux Philippines , et est l’œuvre du marin Albert Schwenger. Mais la première production commerciale de l’ylang-ylang à grande échelle sera entreprise par les planteurs des possessions françaises de l’océan Indien pour le compte des parfumeurs français. D’abord à la Réunion, puis à Nosy-Be ( Madagascar) et aux Comores .
Les Comores, malgré la mévente sur le marché international, avec 60 tonnes d’essence d’ylang distillées chaque année sur 100 tonnes au niveau mondiale, reste le premier producteur d’ylang du monde.
« Des pays comme l’île Maurice et le Ghana se sont mis récemment à planter de l’ylang. Mais leur ylang n’est pas de bonne qualité comme celui des Comores » nous a confié le responsable sur place de HEC à Domoni . Pour dire que l’ylang comorien est le meilleur du monde. « On cueille deux fois par mois l’ylang. Mais l’important ce sont les qualités d’essence. Parce que qu’il y a plusieurs qualités après fractionnement du produit eu après distillation : Extra S, Extra première, Seconde et Troisième. Donc les acheteurs nous payent selon le poids et le degré de l’huile » nous a dit Nakibou Souf , un jeune paysan âgé de 38 ans , père de 10 enfants et vivant à Limbi .
Deuxième source de devise pour le pays, l’ylang dont son élaboration et sa commercialisation durent toute l’année, reste, comme les autres produits de rente, le moyen de survie de 80% de paysans comoriens. « Nous, on nous paye pour cueillir l’ylang dans les champs. Nous cueillons l’ylang pendant 6 heures de temps, et on nous paye par kilos. Chaque kilo cueilli, on nous donne 75 fc. Honnêtement pour avoir un kilo de fleurs d’ilang, il faut faire au moins 3 heures de cueillette » nous a confié Makiliko de Mromaji , âgée de 60 ans et mère de 2 enfants . Par ailleurs, il faut compter environ 100 kg de fleurs pour faire 2 kg d’essence.
Même si les paysans ne produisent pas l’ylang comme avant, comme nous a confié Issouf Abdallah de la société Bambao Tropikal , la culture de l’ylang reste le moyen de survie de toute une population voire même l’avenir de tout un archipel .
Selon la note de conjoncture de la Banque centrale de mars 2009 , le prix plancher de vente du kg de fleurs est passé de 150 fc en 2007 à 350fc en 2008. L’on a observé une amélioration du prix de vente d’un degré variant de 1280 et 1350 fc en 2008 , contre une fourchette de 900 à 1300 fc l’année précédente.

Paille-en-queue et vol :Komedit éditions

Autopsie des origines

De la poésie avant toute chose et pour cela, je préfère celle de la rue…. Elle détonne.

Paille-en-queue et vol :Komedit éditions

Paille-en-queue et vol :Komedit éditions

Moroni. Route de Magoudjou. Longue lézarde entre le rond point Salimamoud et l’hôpital El Marouf. Un jeune homme marche, tenant un poisson séché puant, tête en bas, sous le brouhaha d’une circulation étouffante. C’est que l’île s’enrichit de pollution nouvelle ! Les taxis brousse insultent les conducteurs de gros cylindrés. Des politiciens ou des douaniers sûrement. Puis la pluie s’est mise à tomber brutalement. Le jeune homme au poisson cherchant un abri s’est prestement posté devant la devanture du magasin où je me trouvais. Je vendais des couches et des épingles à linge pour bébés.
La puanteur du poisson, sec comme une chambre à air, mêlée aux haleurs du goudron, a attiré l’attention de ma femme, derrière son comptoir, en train de faire les comptes.
C’est quoi cette odeur ?
La pluie sur le bitume assoiffé, lui ai-je dit.
Le jeune homme, ayant compris l’interrogation de Madame, s’est retourné. Je lui ai fait un clin d’œil et de go, l’ai invité à me rejoindre dans le magasin. Il m’a dit :
« Adjmaël ».
– « Oui, bien sûr ».
Il s’est mis à sourire. Madame usait de sa calculatrice tout en scrutant le poisson mort depuis mille ans, dans les mains d’un jeune homme. La pluie redoublait de violence.
Nous engageâmes une discussion protocolaire. C’est dans ce cadre que j’entendis pour la première fois parler du docteur Anssoufouddine.

Ce jeune homme coléreux, poète d’une excellence indicible, m’a expliqué qu’un jour avec un autre poète originaire de l’île d’Anjouan, ils ont lu mes textes et se sont bien marrés. Ils voulaient savoir qui j’étais où j’étais. J’étais très fier de cette dernière nouvelle. Ils ont eu de la joie en me lisant. La poésie est un plaisir.
« Veux-tu lui parler ? ». J’ai acquiescé de la tête, il me semble. Il a sorti son téléphone. Je crois que j’ai eu le temps de dire « bonjour…Sadani ». Et j’ai entendu un sourire au bout. Un rire de complicité. Puis comme on dit chez nous, kapvatsi rezo.
Un Gecko a dû courir après un insecte sur un fil de Comorestelecom. Puis, plus rien.

Nous avons ainsi convenu que nous nous connaissions à travers les mots et que la rue scellait une amitié. Après, nous partîmes bouffer du fruit à pain grillé et du poisson séché dans un bidonville de Moroni, avec Adjmaël. Il partageait ses jours avec des musiciens, des plasticiens, des slameurs, au milieu d’enfants mal nourris.
Le ciel signa une trêve. Se laissa traversa par un arc-en-ciel et par un homme repu.
J’ai pu ainsi rentrer à la maison.
Ma femme m’a rendu compte de la recette de la journée. J’ai souri. La journée était bonne.

Quelques années plus tard, sur une autre île, Adjmaël a pris l’habitude de me rendre visite, toujours coléreux, avec ses perles, ses textes d’une beauté satanique.

Un jour, il m’apporta un livre d’Anssoufouddine : « Paille-en-queue et vol ».

Vieille pirogue enfoncée sur une partie du territoire spolié, je ne m’interdis plus une recomposition convalescente à travers ce recueil digne d’un Stéphane Mallarmé.

Paille-en-queue et vol : Autopsie des origines.

Veuillez entendre ce que j’ai lu, en hommage à cette mer qui nous interroge. Acceptez donc, que je vous parle de ce recueil d’Anssoufouddine, médecin- poète et à quelques endroits, légiste avéré, non pas, armé d’un coupe-coupe comme j’aurai tendance à l’exhiber moi-même, mais d’un scalpel d’une justesse incomparable et de mots aussi beaux que la phrase portée par ces mots et qui nous
« Conte l’obsédante épopée
D’une citée vouée à l’errance »

A petits pas, « Paille-en-queue», saute d’îles en îles, de thème en thème, comme un oiseau habitué à fréquenter le même territoire, fait le tour de son existence. Oiseau migrateur aussi, « Paille-en-queue » vole et se met en quête de proto-détenteurs du hasard, entre la Perse et les légendes liées aux origines. Salomon et la reine de Saba ? Ou tout simplement la beauté sakalava posée violemment sur les hauteurs du Karthala ? Les nègres d’à-côté- ces-frères- de – sang-Bantou ?

A son retour d’un voyage qu’on imagine fécond, il écrit :
« Au terme de l’exil
La parenthèse s’autopsie
Cryptogame »

Du Bellay, un vieux type de l’occident chrétien disait « heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage ».Il regrettait souvent son pays natal. Ici, nous demeurons encore au stade du questionnement typiquement insulaire. Sans parti pris, les yeux vers l’horizon, les vents de partout traversières.

Anssoufouddine, soulève ce besoin de se poser puis de se poser des questions.
Cryptogamie passée au crible d’une voix qui susurre et qui nous rassure et décrypte notre réalité!

Cryptogamie, origine difficile à définir, comme ces algues, parsemant nos marées basses et sur lesquelles nos pieds déchirés par l’obsidienne, le goudron et ce putain de soleil sang, foulent vers la course aux Sim Sim, chinchards échoués devant nos côtes, pour le festin d’un peuple de mer.
Nous venons de quelque part et ce quelque part n’est pas immédiat. Ce quelque part, nous devons l’accepter avant d’envisager le partage de nos îles, avec ceux qui nous acceptent, en ramenant parmi nous leur part d’origine. Mais avant, nous disons comme dit le poète :
« Nous étions amants
A tressaillir avec
La phosphorescence
Des marées », autrement bercés par une géographie, avant d’être une géopolitique, des colonisateurs et des puissants en tout, qui ont convaincu une religion : La religion de la soumission qui a engendré des séparatismes et des ambitions opportunistes.

« Sur l’archipel des manigances
…………
Vers la cueillette
Et la conquête
Du miel et du ciel
Une meute de nuages
Prompte à inventer les frontières… »
Ces séparatistes aptes à toutes les options, ces séparatistes équilibristes qui usent pour le pouvoir des préceptes subtiles, déclinés par
« Des mages,
Versets incontinents,
Prédictions défectueuses,
Déluge »

Ces foundi, qui, au nom de tout et n’importe quoi, trempent leurs sourates dans l’abjection des reniements, et pour d’indignes intérêts tentent de nous extraire de la matrice, nous définir autrement, à travers une cristallisation exogène, nous, pétrifiés dans le creux des vagues, nous engagés à abolir l’exfoliation, de
« L’errance de tant d’esprits
Assoiffés non plus de butin
Mais d’une nidation
Conques en manque
De quel fortin
De quel hirizi »

Une naissance tout simplement, une renaissance pour tous ceux qui nous croient morts ! Et la poésie en ce sens est debout, comme le poète l’assène, tout au long de son texte. Ye hrizi hindri ? Ce talisman, ce gris-gris, pour nous protéger du mal, pour avancer notre étant, pour rivaliser sainement, avec ce que nous sommes, ce que nous apportons aux autres, car comme l’a dit,Césaire, il n’est « point vrai que l’œuvre de l’homme est finie… »*.

Cryptogamie ! Naissance erratique sans être bâtardise malsaine. Erection mal connue sans que nous soyons les orphelins de la Terre, comme des enfants,

« Pareils aux Talibés
De la Teranga
Affluent l’embarcadère
Bradant des cornets
De pistaches
Ombres ultimes
Des dictées ensanglantées ». L’enfance enfermée dans une réclusion consentie comme un destin et des lectures récalcitrantes qui nous effraient d’horreurs elliptiques.

« Paille-en-queue » décrit nos îles et toutes îles posées sur cet entrain contre l’oppression. Et sans le dire autrement qu’à travers la suggestion et la colère retenue, Anssoufouddine, nous réveille, pour un voyage vers un vaste monde, de justice et de beauté, chacun a sa juste mesure.
La pagure qui habite la maison de l’autre, gastéropode fainéant, peut aussi être celui qui aime les autres, de partout arrivé sur nos îles accueillantes.

Voleurs de chaleur !

Qu’ils nous respectent !

Puis, Mayotte, nos belles amours malgaches, l’Afrique, l’Occident, sont abordés de façon authentique. Il décline nos origines, notre rang et nos habitudes avec le souci du juste mot, toujours, dans ce rythme des marées dont on ne sait ni l’origine ni le rang et les habitudes des océans qui nous protègent.

La poésie d’Anssoufouddine est dense, exigeante, une médecine chirurgicale qui guérit lentement des blessures les plus profondes.

« J’exige une réincarnation
Douce »
Contre
« Toute une flottille [qui] vient à perdre le Nord ».

Saindoune* l’a écrit, Anssoufouddine le répète, et il est heureux que les poètes nous sauvent.

Anssoufouddine, est-ce par souci professionnel, lui, le médecin ? – fouille dans un océan d’histoires, la justesse qui sied mieux à la vérité, aux tréfonds des entrailles de la méthode Coué, usée et perfusée par les mauvais prédicateurs, faussaires historiques, qui font le lit de l’ignorance. (Une stratégie aurait notre assentiment, avec machettes et gros marteaux, pour la justice, cependant le choix opéré dans « Paille-en-queue et vol » a encore le mérite de nous ressembler) :
« Nous appartenons à ce fluide
Etendue criblée d’îles
Où peut-être circulent dissoutes
Les velléités erratiques
Des ancêtres »

Esprits de Djinn, nous sommes et les djinns ont leurs demeures dans la démesure des beautés indivises.
« Nous descendons sillage moiré
De l’anonyme route
Indo-céane ».
Naam !

Entre le mot et la chose, naît dans la poésie d’Anssoufouddine, le frisson de la découverte, pour qui veut s’initier à l’odyssée piroguière, d’un archipel en quête d’assise.

La poésie d’Anssoufouddine, c’est du miel que l’on s’en va chercher à la ruche en chassant à nos risques et périls, les abeilles ayant fini leur boulot, pour nourrir les palais de nos invités.

Bon app’ !

Sadani Tsindamii

Bibliographie de Mohamed Anssoufouddine
– « Paille-en- queue et vol ». Ed. Komedit, 2006
– « Le Rebelle » In Project-îles n°1. 2eme semestre 2010.
– « Lambeaux d’anarchipel » In Petites fictions comoriennes, nouvelles, Ed. Komédit 2010.
* Aimé Césaire -Cahier d’un retour au pays natal. Présence Africaine, 1983

*Saindoune Ben Ali- « Testament de transhumance »- Komedit, 2004

Sania de Sadani Tsindami

« La parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration »

SANIA est un livre qui vient à point nommé : à l’heure où des peuples de toute part se soulèvent contre des pouvoirs dictatoriaux. SANIA est une poésie de la révolte, de l’insoumission. Dans ce recueil de poèmes écrit avec une verve hors du commun, le poète Sadani Tsindami, au moyen de vers subversifs, s’est obstiné à ériger au fil des pages un Tour de Babel poétique. Ainsi espère-t-il commettre le déicide ultime : tordre le cou au silence qui hante les Comores depuis des millénaires. A travers un entretien qu’il a accepté de nous accorder, le poète Sadani Tsindami aborde cette poétique et cet imaginaire qui rendent atypique son œuvre et que lui seul connaît le secret.

SANIA de Sadani Tsindami

SANIA de Sadani Tsindami

No Man’s Land : Qui êtes-vous en fait, Sadani ?

Sadani : Je ne suis pas Sadani, justement, « je est un autre »…pour simplifier votre question, en chaque individu, il y a un corps et un esprit. Je comprends que votre question est directement liée à l’état civil, seulement, le poète n’a pas d’identité visible ou ne doit pas en avoir, dès lors qu’il a choisi de la refuser, cette identité. Je suis un esprit sensible qui décrit une réalité palpable au sein d’un peuple. Je suis Comorien, c’est tout…


No Man’s Land : Certains affirment que vous vous cachez, pour ne pas assumer vos prises de position publiques, souvent très dures et emportées….

Sadani : Ils ne me verraient pas si je me cachais, ils ne me connaîtraient pas ou ils ne sauraient jamais qui je suis. Croyez-vous vraiment que le fait de dire que je ne suis pas celui qui écrit, soit un jeu de cache-cache ? Beaucoup de gens savent qui est Sadani, mais pour eux, et je crois qu’ils ont raison, l’essentiel ne se situe pas à une curiosité sans effet. C’est ce qui se trouve sous la plume qui justifie la personne réelle. Vous, vous connaissez mon état civil, ma vie familiale, mes lieux communs et tout le reste…Est-ce pour autant que je ne suis pas Sadani ? Il faut éviter cette question confuse. Puis, je ne suis pas « anonyme » puisque je suis Sadani, un « pseudonyme ».

No Man’s Land : Vous êtes connu pour avoir un moment animé avec vos mots et vos histoires sur les réseaux sociaux (Bangwe), développé une approche d’écriture (qui connut un certain succès) pourriez-vous nous parler un peu de votre poétique ?

Sadani : C’est un regard porté sur les fondements de l’imaginaire comorien dans sa relation aux autres imaginaires. Je crois que Glissant appelle cela, sans prétention de ma part, « poétique de la relation ».Ce que nous sommes, ce que nous avons hérité de l’histoire et ce qui doit entrer dans le mouvement de la renaissance en opposition à une certaine dégénérescence que l’on constate dans le pays Comores. Il n y a rien de particulièrement nouveau dans cette démarche, qui est défendue avec beaucoup de talent par les poéticiens antillais, Chamoiseau et Confiant, par exemple, dans « Eloge de la créolité »… Il y a une certaine radicalité chez ces derniers, mais en fait, entre les « nègritudistes », Glissant et les chantres de la créolité, demeure une continuité revendicative, englobant l’Esthétique comme le politique, à des degrés variables. J’essaie de lier l’utile à l’agréable dans ce que vous appelez, la poétique.

Dans le choix des thèmes, l’écriture est la manière de valoriser mes idées, je me réfère à ce silence obsessionnel d’une appartenance mystique à une réalité opprimée. Le fait d’avoir voulu nous faire croire que Dieu est blanc….Ce qui limiterait toute tentative d’affranchissement de notre part….Vous voyez ce que je veux dire…


No Man’s Land : Comment dans des textes, ce silence obsessionnel, s’exprime-t-il ?

Sadani : Par une fureur instinctive, orale, publique et sans concession. La spontanéité du geste d’écrire est dictée par un instinct qui tire sa raison d’une appartenance à un lieu, une histoire et le désir de dire. Ma poésie est ainsi faite, enrichie par des lectures qui ont colporté cet instinct jusqu’à découvrir qu’en mes îles méconnues, ce frisson de l’impératif de dire avait déjà soulevé les grands hommes, que j’ai cités, des poètes îliens d’origine, ayant raconté l’être dans son universalité la plus incontestable…L’écrit cristallise une reconnaissance intellectuelle, tout simplement. Il affirme et défend l’idée selon laquelle, la parole est une arme contre le silence, lorsque le silence est lâcheté face à l’oppression et entraîne soumission et frustration. Contrairement à l’adage du silence qui serait d’or- silence peut-être sur un matelas en diamant-, au réveil, à un certain âge, on se rend compte que dans un pays aussi spécial que l’archipel, sous la coupe de pas mal de vérités contestables qui convergent en tous points vers l’oppression sociale, on ne peut pas défendre un art qui tourne le dos à la misère multiforme de la majorité. Je tente d’exprimer cette sensibilité car « le beau n’est pas dégradé pour avoir servi la multitude », disait Victor Hugo. C’est dans ce sens que l’art, la poésie en particulier, se doit d’être engagée. La forme adoptée doit obéir à une certaine beauté et il n y a pas plus beau que le regard d’une vie à travers le prisme matriciel.

No Man’s Land : En est-il ainsi de Sania ?

Sadani : Oui, bien sûr aussi bien dans le fond que dans la forme. Sania peut paraître comme une imitation de l’exacerbation romantique, telle que les Ronsard avec Hélène, Aragon avec Elsa, l’ont chanté…Mais si je vous disais que dans Sania, il y a une volonté de défendre la liberté de choisir sa vie, son homme, sa femme, et que l’on retombe dans une dialectique politique absolue, qui est celle de la révolte. Sania est une révolte. La révolte est consubstantielle à la liberté. Le contexte mercenarial dans « Sania » est un prétexte politico-littéraire, bien sûr. Et bien que tout cela soit ancré dans une vérité testimoniale. Le fond est cette douloureuse obsession d’une femme. La forme est certes moins virulente, mais je l’ai voulue immédiate, des coups de flash, si je puis le dire, correspondants à mes sentiments du moment.

No Man’s Land : Il est vrai que dans la forme de vos écrits connus, vous mélangez les langues et dans Sania, ce n’est pas trop présent…Y a-t-il une raison à ça ?

Sadani : Il y a une raison simple qui est que Sania est un dialogue entre deux personnes. Chacun dispose de son propre registre de langue et ne se doit en aucun cas d’imposer une vision différente de l’histoire commune. Je ne m’approprie pas cette démarche (développé dans un long article, repris dans la revue project-îles, de juillet 2011), car Sania n’est pas supposée adopter ma propre vision littéraire. Si vous voulez, Sania est une parenthèse formelle dans mon approche de l’oralité scripturale. Je compte ajouter aussi le fait que la littérature est une affaire personnelle…

No Man’s Land : Alors, pourquoi, avoir souhaité que l’on écrive d’une manière que vous n’utilisez pas dans votre premier texte vraiment public ?
Sadani : Parce que je vous le dis, Sania, est une identité parmi une somme d’autres. Je me suis adapté à la personne, par le caractère intime, solitaire et unique de la thématique sentimentale.
A d‘autres occasions, dans mon prochain ouvrage (qui est prêt), je me suis fait plaisir à cultiver cette théorie de la poésie qui ose dire son Non, car le point de vue adopté offre un large panorama qui rend favorable la tentative multilingue (je ne suis pas polyglotte, pour un sou).

No Man’s Land : Merci Sadani et au plaisir de pouvoir reparler de cette poésie de l’irrévérence, car on se pose encore beaucoup de questions sur ce concept littéraire.

Sadani : A la prochaine et merci .

Titre du livre : SANIA
Auteur : SADANI Tsindami
Genre : Poésie
Editions : Cœlacanthes
Date de Parution : 12/10/2011

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Les Comores, plaque tournante du trafic de drogue ?

L’archipel des Comores, en raison de sa position géostratégique et de ses difficultés socio-économiques et politiques, est devenu une plaque tournante du trafic international de drogue à destination de l’Europe et de l’Océan indien. Puisque les contrôles sont de plus en plus stricts sur les frontières entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord et aussi sur les frontières entre l’Afrique du Nord et l’Europe, les cartels sud-américains et libanais par la complicité de Comoriens travaillant dans le commerce, à la Douane, à la Chambre de Commerce, dans la police et dans l’armée, ont fait des Comores un point de transit de drogue, notamment la cocaïne et l’héroïne, vers l’Europe et d’autres îles de l’Océan indien à l’exemple de Mayotte, Maurice et la Réunion. Néanmoins, le bangue, herbe de cannabis, une drogue de mauvaise qualité et à bon marché, est en circulation sur le territoire national où il est cultivé et consommé par de nombreux jeunes en raison du relâchement des mœurs par les parents, de la perte de repères socioculturels due à la rapidité des mutations sociales et économiques et surtout à cause du dénuement et de l’absence d’un Etat en tant que tel dans le pays.

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Des enfants tentés par la drogue/Photo Ibn Bilal

Wazé a 26 ans et habite à Madjadjou, quartier défavorisé de Moroni. Il raconte : « En 1997, alors âgé de 12 ans, un ami m’a invité à fumer du cannabis avec lui. J’ai répondu à son invite. Et depuis, j’ai continué. A chaque fois que je consomme de l’alcool, je fume forcément de l’herbe de cannabis. Et dieu seul sait combien de fois je consomme d’alcool par semaine. » Al Pachino est âgé de 29 ans, ces propos reflètent une crise de dépersonnalisation puisque parle de mimétisme. « Je suis arrivé à la consommation de drogue en 1988 parce que je voulais devenir rasta. J’avais des dreadlocks. Et je fumais tous les jours. Et comme je n’avais pas de travail, je volais pour pouvoir me payer de l’herbe de cannabis. D’ailleurs, en 1989, j’ai été jugé et incarcéré pour vol. Etant souvent indexé, marginalisé et rejeté par mon entourage, je me suis exilé à Mayotte en 1992. Et c’est là-bas où une petite-amie créole réunionnaise m’a poussé à consommer pour la première fois du shit et aussi de la cocaïne et de l’héroïne par injection intraveineuse. Aujourd’hui, comme j’ai un travail, je ne vole plus pour acheter de la drogue. Toutefois, comme ici la cocaïne et l’héroïne ne sont pas à ma portée, puisque elles coutent les yeux de la tête, je suis obligé de fumer malheureusement de l’herbe de cannabis. La pression communautaire n’est plus comme avant, elle a perdu de sa force, la drogue est devenue quelque chose de banal, du coup je fume au su et au vu de tout le monde. Chaque jour je dépense 3500 fc… j’ai besoin de fumer et boire pour me sentir vivant ».

Franky a la quarantaine. Il est dealer au marché de Volo-Volo. Assis dans le coin des bouchers et des vendeurs de poisson, il fait semblant d’être lui-aussi boucher pour pouvoir se fondre dans la masse, pour pouvoir tromper la vigilance des policiers qui guettent dans les parages. Il nous a confiés « Je ne vends pas de la drogue pour faire fortune. Je risque plutôt ma vie pour survivre. J’ai une famille, une femme et des enfants en bas âge, et je n’ai pas de travail, la drogue est ma seule issue. » « Entre le vol des douaniers, le mensonge des politiques et la drogue, moi j’ai choisi la drogue. Quand on est sans-argent, on a des enfants qui ne mangent pas à leur faim, quand on n’arrive pas à soigner sa progéniture en cas de maladie ou à la scolariser, parfois on est appelé à faire des choses terribles, injustes. Je sais que je corrompe cette jeunesse peu éduquée, sans avenir, qui n’a d’autres choses à faire que se tourner vers la drogue comme passe-temps. Mais devant un cul-de-sac, on fait des pieds et des mains pour se frayer un chemin. C’est ce qu’on appelle l’instinct de survie, qui est propre à l’homme. En vendant de la drogue, je me soulève contre Dieu, qu’il pardonne mon péché, et surtout contre cet Etat qui m’a délaissé. La drogue me permet seulement de survivre, de pallier la misère. D’ailleurs, je vis dans la clandestinité, je suis obligé de me soustraire aux yeux des policiers, ma famille m’a tourné le dos, elle a honte de moi. Mais je ne peux arrêter ce travail bien que risqué, sinon ma petite famille et moi mourrons de faim » nous a appris Z, âgé de 36 ans.

« Les stupéfiants forcent même les portes de l’hôpital. Je vais vous raconter l’anecdote de Dany, un jeune de 14 ans qui a été hospitalisé à l’hôpital de Hombo pour greffe de peau sur brûlure des 2 membres inférieurs. A 14 ans, il fume du chanvre indien comme une locomotive. Etant dépendant, l’hospitalisation a sûrement été pour lui une sorte de séquestration, de sevrage. Etant en manque, Dany a activé son réseau depuis sa chambre d’hôpital. Sitôt une flopée d’enfants et de galopins, les amis de Dany, pénètre à l’hôpital, et glisse des tiges fortement roulées par les fenêtres. Dans tous ses états, il s’en prend aux infirmiers, provoque un remue-ménage dans les couloirs de l’hôpital, s’autoflagelle en arrachant les greffons de sa peau que lui avait faits un chirurgien venu de Belgique. La scène se répète tous les jours. L’hôpital a identifié la flopée de jeunes fournisseurs de Dany, et a porté plainte, mais l’affaire a été tout de suite classée » nous a témoigné Docteur Anssoufouddine Mohamed, cardiologue à l’hôpital de Hombo.

Jeannine est née au début des années 70. A 25 ans, alors mère de 7 enfants, elle a été dealer jusqu’à son arrestation. «  A l’époque, j’avais un voisin qui était dans le marché de la drogue. Je voyais les gens, des petits dealers, affluaient chez lui, et ressortir avec le sourire. Certains laissaient même entendre que le commerce de la drogue est vraiment juteux. Du coup, comme j’étais dans le besoin, je n’arrivais même pas à acheter du lait pour mon bébé de 3 mois, j’ai été tenté par la vente de drogue. Mais un mois après, j’ai été arrêté après avoir comparu devant la justice. En tout cas, je peux vous assurer que ce n’est pas un marché juteux du tout, du moins pour nous les petits».

Les gros bonnets restent impunis

En effet, les petits dealers ne sont que des victimes du système, ils sont l’arbre qui cache la forêt. Et la drogue de mauvaises qualité et à bon marché qu’ils vendent à savoir l’herbe de cannabis « ou la drogue des pauvres », si on peut reprendre le terme d’un rapport de la BRIMAD, ne sert qu’à brouiller les pistes, ou sinon qu’à camoufler la réalité. On inquiète le petit dealer pour faire croire à travers les médias qu’on lutte contre les narcotrafiquants, pendant que secrètement les gros bonnets s’enrichissent sur le trafic d’héroïne et de cocaïne. Ils sont souvent autorités de l’Etat, armateurs, transitaires, douaniers, hommes d’affaires, policiers, militaires, etc. D’ailleurs, un douanier s’est enrichi ces dernières années grâce au trafic, et est même devenu un homme influent du pays. Il corrompt les jeunes grâce au pactole. Il fait venir la drogue d’Afrique australe dans des conteneurs sous scellés, pour envoyer par la suite la marchandise vers l’Europe. En 1998, la BRIMAD (Brigade Mixte Anti-Drogue) dont la Coopération Française, à travers le service de Coopération Technique Internationale de Police [le S.C.T.I.P.] a contribué à sa mise en place en 1995, avait interpelé des militaires, des douaniers, et des agents de la Chambre de Commerce, impliqués dans une affaire de drogue. Ces derniers avaient tous été libérés pour manque de charges suffisantes.

« Le problème qui se pose c’est l’efficacité des sanctions. Nous au tribunal nous jugeons les suspects et quand ils sont coupables, nous les transférons à la maison d’arrêt. Et c’est là où beaucoup demandent une liberté provisoire pour se retrouver au-dehors. Toutefois, le marché de la drogue, étant juteux, a toujours été en expansion dans notre pays. Maintenant il est temps que l’Etat, la douane et la justice travaillent main dans la main afin de lutter efficacement contre le narcotrafic. La douane doit renforcer la surveillance sur les frontières, la justice doit juger d’une manière impartiale les coupables, et l’Etat doit aller au bout des sanctions. Et pour l’instant ce n’est pas le cas » nous a appris Youssouf Ali Djaé, 1er substitut du Procureur.

« Des Libanais, il y a quelques années, avaient fait venir de la drogue aux Comores depuis leur pays via le Zaïre. La drogue était destinée au marché français. Les trafiquants ont été expulsés manu militari des Comores » a-t-on appris de source militaire. A défaut d’informations suffisantes, nous n’avons pas pu remonter les réseaux sud-américains, toutefois nous savons que leurs marchandises transitent par des pays lusophones d’Afrique pour arriver aux Comores. Depuis 1995, pas moins de 9 tonnes ont été saisies sur le territoire national. Les saisies de cocaïnes sont fréquentes à Mayotte. Récemment deux cas d’overdose par injections intraveineuses ont nécessité une hospitalisation à l’hôpital El-Maarouf. En 2010 une ressortissante comorienne a été arrêtée dans un aéroport de l’île Maurice avec 600 grammes d’héroïne. En 2011, une jeune fille de 18 ans connue sous le nom de Roukia originaire de Mayotte est décédée à la suite d’une consommation d’héroïne qui provenait des Comores indépendantes.

Dans un rapport de la BRIMAD de Moroni de cette année 2011 lit-on : « D’une manière générale, l’entrée des drogues de toutes sortes étaient constatée, pour preuve le GIR [Groupe d’Intervention Régional, initié par M. Nicolas Sarkozy, alors ministre français de l’Intérieur pour lutter contre tout ce qui est économie souterraine] de la Réunion a témoigné dans un rapport du shite en provenance de Dar Es Salam [via les Comores] […] Il serait souhaitable de donner les moyens nécessaires à la BRIMAD pour mettre des garde-fous en vue d’endiguer ce trafic aux Comores, pays qui sert aussi de transit de drogue vers Mayotte et la Métropole. »

Comme au temps des mercenaires avec le trafic d’armes à feu, les Comores sont devenues un oasis de blanchiment d’argent sale, une plaque tournante du trafic international de drogue et de bois précieux. L’île d’Anjouan est surtout le point de transit idéal des trafiquants de tout bord, puisque depuis 1997, date à laquelle a été amorcée la crise séparatiste, l’île est devenue incontrôlée et incontrôlable.

Le laxisme des autorités de l’Etat

« La position géographique et le fond culturel swahili, arabe et européen de l’archipel font des Comores un lien, sinon un nœud entre l’Afrique continental et l’Océan indien. N’importe qui peut passer dans l’archipel sans se faire remarquer. Aussi est-il que le laxisme qui sévit dans l’Etat, le manque de contrôle au niveau des douanes, et le fait que la corruption est généralisée, il est facile de s’assurer des complicités. Quand même les quelques mouvements d’avion devraient facilement être contrôlés, du moins à l’arrivée. Les Comores ne sont pas tout de même une plate-forme touristique ? D’ailleurs, ce n’est un secret pour personne, le trafic maritime est tout à fait incontrôlé. Etant donné que le marché comorien n’est pas solvable, la drogue est envoyée vers Mayotte et ailleurs où l’écoulement est rentable » s’étonne M. Saïd Abdallah Mchangama, Président de la Fédération Comorienne des Consommateurs.

Aboubacar Ahmed Mzé, officier de police à la BRIMAD, nous apprend : « 90% de drogue importée saisie localement et aux frontières provient de Madagascar contre 10% de la Tanzanie. La production locale est vraiment moindre. La drogue une fois dans le pays circule entre les îles par le biais de vedettes rapides . Souvent elle est enfouie dans des produits vivriers quand elle n’est pas débarquée sur les côtes de nos îles. Et une fois dans le port de Moroni, elle passe inaperçue dans la mesure où les colis en provenance d’Anjouan et Mohéli ne font pas l’objet d’un contrôle systématique. Notre problème c’est que nous n’avons pas de moyens de locomotion, de détection et d’identification modernes nous permettant de faire face au fléau de la drogue. » Même son de cloche du côté de la Brigade de surveillance du port de Moroni. « Nous n’avons pas beaucoup de moyens pour contrôler le trafic des navires. Faute de moyens pour acheter les renseignements, du matériel d’identification et des chiens détectives pour détecter les stupéfiants, nous sommes obligés de faire avec nos petits moyens » se plaint le chef de brigade Djalim Ben Mohamed.

« Jusqu’en 2002, la BRIMAD a fait ses preuves. Ce n’est qu’entre 2005 et 2007 que les choses ont commencé à se détériorer. Les efforts entrepris ont été délaissés, ce qui a contribué à décourager tous les partenaires, jusqu’à la dispersion des éléments ayant servi à la cause de la lutte de narcotrafic au sein de la BRIMAD » s’attriste Elhad Abdérémane, secrétaire général de l’Association Comorienne de Prévention contre la Drogue.

Un citoyen est avant tout une personne qui, dans un pays, jouit des droits civils et politiques en particulier. Et parmi ces droits civils et politiques, il y a le droit à la vie et le droit à la santé. Et selon l’OMS, la santé est à la fois un bien-être physique, mental et social. Alors comment peut-on laisser ces 56% de jeunes de moins de 20 ans qui composent la population de ce pays, se noyer dans une marre de substances nocives et illicites. Dans quatre secteurs où nous avons été 2 jeunes sur 6 consomment de la drogue, 1 jeune sur 6 en vend, c’est un fait réel. Fait favorisé par l’absence d’un Etat en tant que tel et du fait que les parents et les maîtres du Coran se sont détournés de leur mission d’éducateurs. Peu éduqués, moins instruits, les jeunes comoriens ont un surmoi tellement fragile ; n’ayant pas de personnalité, ils sont, du coup, influençables. Et les narcotrafiquants en profitent pour faire du pays à la fois un fumoir et un bordel à ciel ouvert.

Procureur Soilihi Mahamoud

Interview avec Soilihi Mahamoud, procureur de la République

Pas d’aménagement de territoire sans une réglementation foncière

Soilihi Mahamoud est magistrat de profession. Anciennement à la tête du ministère de la culture, de la jeunesse et des sports, il est aujourd’hui Procureur de la République. Il nous parle à travers cette interview de l’insécurité dans les exploitations agricoles et des problèmes liés au foncier aux Comores.

Procureur Soilihi Mahamoud

Procureur Soilihi Mahamoud

No Man’s Land : Nombreux sont les agriculteurs qui se plaignent de l’insécurité dans leurs exploitations. Qu’avez-vous à dire par rapport à ces plaintes ?

Soilihi Mahamoud : L’insécurité dans les exploitations agricoles a toujours existé dans notre pays. Aucune génération d’agriculteurs n’a été à l’abri des maraudeurs, encore moins des animaux laissés en divagation. Toutefois, pour le bien-être de toute la société, plus de la moitié de notre population est paysanne, vit exclusivement grâce à l’agriculture et à l’élevage, il nécessite une application rigoureuse des lois, afin de mettre un terme à cette injustice. Il est temps que nos gouvernants fassent preuve d’éthique et de justice sociale, étant donné que tout Etat a pour devoir de protéger tous les hommes, ainsi que leurs biens. Dans beaucoup de localités de notre pays, ce sont les chefs de village qui essayent de remédier, d’une manière informelle, puisque cela ne relève pas de leurs compétences, les problèmes liés à l’insécurité dans les exploitations agricoles. On ne peut les condamner, en raison de la vacance de pouvoir que connaissent beaucoup de nos localités.
En somme, il est temps que nos gouvernants augmentent l’effectif des policiers et gendarmes, afin que ces derniers puissent faire respecter l’ordre sur tout le territoire, en ordonnant que les animaux soient tenus en laisse, en empêchant les maraudeurs de sévir. Et pour que ces derniers travaillent convenablement, il ne faut plus qu’ils soient payés au rabais.

No Man’s Land: Y-a-t-il des dispositions dans le code pénal qui punissent les maraudeurs et les personnes qui laissent leurs animaux divaguer ?

S.M. : Naturellement, il y a des textes, à l’instar de l’article 368 du code pénal, qui punit le vol de produits agricoles. Néanmoins, c’est surtout le vol de produits de rente qui est sévèrement puni par la loi, sûrement pour ce qu’ils représentent en valeur économique. Pour ce qui concerne la divagation d’animal, l’article 423 du code pénal interdit à tout exploitant agricole victime de dégât causé par un animal en divagation de mutiler ou d’abattre l’animal, surtout si cet animal a été attrapé en-dehors de la propriété. Si l’animal a été surpris dans la propriété de la victime, la loi est tolérante quand ce dernier ne s’est pas approprié de la viande de l’animal abattu. Néanmoins, moi j’entends par dégâts la dévastation totale d’un terrain par un animal, non pas deux pousses d’arachides ou de maniocs arrachées ou broutées par un animal. Toutefois, libre à chaque juge d’avoir sa propre appréciation des faits. Toute personne laissant son animal en divagation, en cas de dégât causé par l’animal, reçoit deux types de sanctions : une sanction publique, en raison du fait qu’il a laissé son animal divaguer, et une sanction pénale, en raison du préjudice causée par l’animal.

No Man’s Land : Après nous avoir parlé de l’insécurité dans les champs, si vous nous parliez aussi des problèmes liés au foncier ?

S.M. : Pour développer un territoire, il faut d’abord l’aménager. Et il ne saurait y avoir d’aménagement de territoire sans une réglementation foncière. Au jour d’aujourd’hui aux Comores, l’Etat est propriétaire de si peu de terrains. Il ne peut pas entreprendre des constructions d’intérêt public, notamment des infrastructures administratives, hospitalières, scolaires, sportives ou éducatives. Pendant l’Autonomie Interne, à l’époque coloniale, des particuliers se sont appropriés certains terrains délaissés par les colons ; et à l’Indépendance, des particuliers et des communautés villageoises se sont appropriés des terrains domaniaux, notamment ceux de la Société Bambao. Pourtant c’étaient des terrains qui revenaient de droit à l’Etat. C’était l’Etat qui devait exproprier les terrains aux sociétés coloniales. D’ailleurs, juridiquement, tous les terrains domaniaux appartiennent toujours aux colons, puisqu’aucun acte ne stipule que l’Etat les a expropriés, parce qu’il est le seul en droit de le faire. Il est temps que l’Etat mette fin à cette injustice. Mais aucun gouvernant n’oserait réclamer ces terrains, par peur de n’être élu en cas d’élections. Ici tout est politisé, personne ne voit l’intérêt public, seul l’intérêt individuel prime.
En vrai, les textes régissant le foncier aux Comores datent de l’époque coloniale, surtout de 1926-1928. Ils ne sont pas adaptés aux réalités actuelles du pays. Ils doivent être revus, pour l’intérêt de tous.
Le foncier est au cœur de nombreux conflits familiaux et villageois aux Comores. Il y représente un problème très grave. De nos jours, à défaut de titre foncier fiable, un champ peut être vendu à plusieurs reprises, par différentes personnes. Peu de propriétaires ont immatriculé leurs terrains, beaucoup se contentent du droit musulman et du droit coutumier, au lieu de se rendre au service des domaines où ils acquerront des documents fiables de propriété, à l’instar d’un titre foncier, d’un acte administratif ou d’une décision de justice. Malheureusement, des gens sont devenus propriétaires de terrain qui ne leur appartenaient pas légalement, puisque toute personne qui a occupée paisiblement un terrain pendant une trentaine d’année, le terrain lui revient de droit : c’est ce qu’on appelle l’acquisition trentenaire. Néanmoins rien n’est perdu d’avance. Il suffit que des dirigeants fassent preuve de patriotisme, d’humanisme et de sagesse pour que « l’injustice sociale » soit remédiée.

Rivo

Interview avec le syndicaliste Rivo sur la situation de l’enseignement à Mayotte

Rivo, de son vrai nom Rakotondravelo Rivomalala, est Secrétaire départemental de la corporation des instituteurs SNUIPP-Mayotte. A la veille de l’arrivée sur l’île de Luc Chatel, Ministre français de l’Education, il a accepté de nous parler de la situation actuelle de l’enseignement à Mayotte.

Rivo

Rivo

No man’s land : Dans l’après-midi du mercredi 15 juin dernier, des professionnels de l’enseignement et des responsables associatifs ont marché dans Mamoudzou pour dénoncer les propos du Vice-recteur François-Marie Perrin sur « l’accent des élèves maorais » et sur « les utérus des mères mahoraises » . Parlez-nous, monsieur Rivo, de cette marche ?

Rivo : Le Vice-recteur est un raciste [NDLR : Charles Maurras a créé le mot racisme pour signifier que les races nordiques et germaniques sont supérieures aux autres races]. Désolé, mais je n’ai pas d’autres termes pour le qualifier. C’est quelqu’un qui a perdu la notion du temps et de l’espace. Il se croit quelque part, pendant le colonialisme, où des colonisés bons à trimer devraient tout singer, jusqu’à la façon de parler. Tout le monde parle avec un accent. L’accent du Marseillais n’est pas celui du Parisien, encore moins du Martiniquais ou du Kanak. Alors, à quoi bon stigmatiser le jeune français des banlieues ou de Mayotte ? Pour ce qui concerne le propos sur « le rythme des constructions scolaires ne pouvant jamais suivre le rythme des utérus des Mahoraises », je tiens à rappeler à la personne qui l’a tenu que le temps où on traitait les Africains de primate est révolu.

Ce Vice-recteur fait partie de cette Droite décomplexée qui se croit tout permis. Et si le SNUIPP-Mayotte et le FSU ont organisé la marche, c’est pour demander le départ de cet énergumène qui tient sans pudeur des propos anachroniques, et, antirépublicains de surcroît.

No man’s land : Vous venez de suspendre un mouvement de grève qui a duré plusieurs semaines. Quelles raisons ont-ils motivé ce mouvement ?

Rivo : La grève a duré longtemps que prévu, parce que nous le SNUIPP, qui représente 70% de la profession, et l’Etat (le Vice-rectorat et la Préfecture) avions du mal à établir un dialogue. Nous avions fait part de nos propositions à l’Etat, mais jamais ce dernier n’a daigné nous répondre. Il n’a jamais voulu que nous trouvions un compromis. Du coup, pour que nos revendications soient entendues, nous avions pris nos responsabilités, en déposant un préavis de grève. Et la suite, vous la connaissez.

No man’s land : Quelles étaient ces revendications ?

Rivo : Nous demandions qu’il y ait :
• Des constructions scolaires, notamment des écoles primaires et maternelles ; d’après Médecins du Monde, plus de 50 00 enfants de plus de 6 ans ne sont pas scolarisés à Mayotte. D’après le Vice-rectorat de Mayotte, seulement 70% des enfants de 3 ans sont scolarisés, et seulement 40% de 4 ans, c’est une aberration dans un pays où l’éducation est un droit inaliénable. 75% des écoles mahoraises sont très insalubres, elles ne respectent pas les normes d’hygiène et de sécurité européennes. L’Etat a toujours dit supprimer les rotations, pourtant en raison de manque d’écoles, une salle de classe est partagée par 2 classes et 2 professeurs. Un groupe fait 5 heures d’affilée le matin, et un autre groupe, 5 heures d’affilée l’après-midi. Et à chaque rentrée scolaire, les Mairies n’achètent pas les fournitures scolaires, ce sont les instituteurs qui le font.
• L’indexation des salaires et la mobilité, les instituteurs de Mayotte demandent à avoir les mêmes droits que leurs collègues des autres Départements.

No man’s land : Si vous avez suspendu le mouvement de grève, c’est parce que vous aviez eu gain de cause ?

Rivo : Le blocage existe toujours. Pour les constructions scolaires, nous avons obtenu l’ouverture du dialogue, qui était au point mort depuis le mois de mai dernier. Pour les autres propositions, il y a eu une intervention des nouveaux élus de la nouvelle majorité du Conseil Général et le Député Abdulatif Aly : ils ont envoyé une requête au gouvernement. Nous sommes en attente d’une réponse. Je ne puis qu’être optimiste, puisque les choses ont un peu évolué.

No man’s land : Quel est le niveau scolaire des élèves mahorais actuellement ?

Rivo : L’enseignement à Mayotte laisse à désirer. La politique éducative mise en place sur le territoire a désormais échoué. Il n’y a que 20% des élèves de la CM2 qui ont des acquis convenables. Et ces 20% ne sont ni les enfants de l’agriculteur ni ceux du pêcheur. Ce ne sont pas les enfants de monsieur tout le monde ni du monsieur de la France d’en bas. Ce sont les enfants issus des milieux favorisés, où des parents ont les moyens pécuniaires pour mettre à la disposition de leurs enfants des fournitures scolaires, des livres, le câble, l’Internet et d’autres matériaux informatiques, indispensables aujourd’hui. En effet, les responsables de cet échec, ce ne sont pas seulement les 75% d’élèves qui n’ont pas acquis les compétences minimales inhérentes à la réussite scolaire. Les responsabilités sont partagées. Le Vice-rectorat, les parents d’élèves, les élus, les élèves, les professeurs, tout le monde est complice. Puisque ce sont eux tous qui devraient saisir l’Etat pour qu’il mette les moyens adéquats pour rehausser le niveau de l’enseignement à Mayotte. Enfin, seulement 15 % d’une tranche d’âge arrive au bac.

No man’s land : Monsieur Rivo, avez-vous des propositions à faire à l’Etat ?

Rivo : Déjà, l’Etat doit construire des écoles pour pouvoir scolariser tout le monde dès l’âge de 3 ans. Réhabiliter les écoles vétustes doit toujours rester une priorité. Ensuite, l’Etat doit mettre en place une politique éducative plus appropriée, notamment une méthode qui tient compte de la situation linguistique de l’île. La langue française à Mayotte n’est pas une langue native, elle est plutôt une langue étrangère. Cela dit, il faudra dispenser plutôt dans les écoles des cours de Français Langue Etrangère (FLE) pour la bonne réalisation des missions éducatives. Toutefois, scolariser les enfants dès l’âge de 3 ans permettra d’atténuer les difficultés de la langue. Je peux aussi citer le problème des professeurs payés au rabais et celui des Mairies qui ne respectent pas l’engagement qui est le leur et qui est d’acquérir les fournitures scolaires pour les élèves.

Il y a aussi le problème de la formation des professeurs. A Mayotte, comme partout à ailleurs, il y a des bons et de moins bons professeurs. L’incompétence n’est jamais généralisée. Depuis 1991, le niveau scolaire ne s’est pas amélioré. Il est donc temps de former les moins bons. Et toute formation doit prendre en compte les réalités locales. Je donnerai l’exemple des professeurs métropolitains, qu’une fois sur le territoire, prennent vite conscience de leurs incompétences et demandent à faire autre chose. L’ignorance de la sociologie des élèves mahorais et des langues natives peuvent être un frein pour beaucoup de professeurs. Et ce sont les élèves qui sont dans ce cas penalisés. En ce moment, il y a l’IFM (Institut de Formation des Maîtres) qui forme les instituteurs. Mais au lieu de solliciter notre collaboration, ils font tout pour qu’on n’ait pas un droit de regard.

No man’s land : Monsieur Rivo, c’est quoi réellement le rôle de l’école ?

Rivo : L’école, en conscience, ne consiste pas seulement à permettre à l’élève à savoir lire, écrire et compter. Son objectif à terme est de mettre à la disposition de l’enfant les moyens de comprendre les phénomènes de la vie, de les analyser et de les critiquer. L’école est le lieu par excellence où l’enfant apprend le vivre-ensemble, prend conscience de lui-même et du monde qui l’entoure. L’école est censée faire de l’enfant un citoyen libre capable de choisir en connaissance de cause. En somme, l’école a pour mission première de fabriquer des futurs intellectuels, des citoyens dotés d’une intelligence, qui sauront s’intégrer dans n’importe quelle société de ce monde. Tout cela est le rôle de l’école, tout cela devrait être le rôle de l’école à Mayotte.

Commerçant à Kaweni

LE VILLAGE DE KAWENI VEUT FAIRE SECESSION AVEC LA COMMUNE DE MAMOUDZOU

Ahmed Adama est responsable associatif à Kaweni. Il nous parle de l’état actuel de son village. Interview.

Jeune de Kaweni( N.S)

Jeune de Kaweni( N.S)

No man’s land : Le lundi 25 juillet dernier, les jeunes de Kaweni sont allés fermer la Mairie de Mamoudzou. Quelles raisons qui les avaient motivés ?

Ahmed Adama : Le village de Kaweni a toujours été délaissé par la Mairie de Mamoudzou. Il n’y a d’infrastructures ni socioculturelles ni éducatives. Et le peu d’infrastructures sportives qu’il y a sont en mauvais état. Tout est vétuste à Kaweni, les habitations sont insalubres, les voiries font défaut, et celles qui existent sont remplies d’immondices. Le Maire manifeste une insouciance totale vis-à-vis de l’avenir de la jeunesse de Kaweni. Depuis une dizaine d’années, presque tous les 2 ans, nous manifestons notre hargne. Le 4 octobre 2009, nous avons signé un protocole d’accord avec la Mairie de Mamoudzou pour la construction d’une MJC. Le Maire avait promis que les travaux allaient démarrer au mois d’avril 2010. Et depuis, rien.
Et le lundi 25 juillet dernier, le Maire a repris devant nous la même litanie : « Les travaux sont en cours, mais les financements font défaut ».

No man’s land : Le village de Kaweni a envoyé une requête à l’Etat français dans laquelle il explique vouloir faire sécession avec la commune de Mamoudzou. Où en êtes-vous avec les négociations ?

Ahmed Adama : Nous avons demandé un entretien avec le Préfet Hubert Derache, justement pour lui faire part de notre intention de s’affranchir de la commune de Mamoudzou. Nous avons réceptionné, quelques jours après, un courrier de son cabinet nous conviant à aller voir le sous-préfet délégué à la cohésion sociale et à la jeunesse, M. Grégory KROMWELL. Ce dernier nous a reçus, puis nous a déconseillé l’idée de faire sécession, en évoquant des raisons historiques, politiques[ NDLR : Kaweni a une forte population originaire des autres îles de l’archipel ] et économiques [NDLR : étant donné que c’est à Kaweni où il y a la zone industrielle de Mayotte, en cas de sécession, la nouvelle commune prélèvera certaines taxes sur les entreprises, au détriment de la Mairie de Mamoudzou et de la Préfecture]

Quant à nous, nous n’allons pas baisser les bras, nous allons continuer à faire montre de diplomatie, et, épuiserons toutes les voies légales de recours pour avoir gain de cause, quitte à porter l’affaire au haut sommet de l’Etat. Kaweni est la première maternité de France, 65% de la population a moins de 20 ans, et, officiellement, nous sommes 11 562 habitants, mais officieusement, nous avons dépassé les 12 000 habitants. Dans les prochaines élections cantonales, nous souhaitons que Kaweni soit érigé en canton, parce que le découpage se fait au nombre d’habitant.

No man’s land : Vous organisez une remise de prix chaque année à Kaweni. Comment l’événement s’est-il déroulé cette année ?

Ahmed Adama : Le 16 juillet dernier a eu lieu à Kaweni la 3ème édition de la remise de prix connue sous le nom de « la Nuit des Diplômés ». Nous avons octroyé des prix à tous les jeunes kaweniens qui ont été diplômés cette année, tous niveaux confondus. Et encore une fois, il y a eu une absence totale des élus. Seul le sous-préfet délégué à la cohésion sociale et à la jeunesse, M. Grégory Kromwell, a honoré la cérémonie de sa présence. D’ailleurs, il nous a fait cette remarque : « Mais où sont passés les élus ? » avant de nous renouveler son soutien en nous promettant de faire en sorte qu’il y ait un changement dans la localité. Et nous avons confiance en lui, parce qu’il vient souvent à Kaweni pour organiser des rencontres avec les jeunes.

Actuellement, grâce à la sous-préfecture déléguée à la cohésion sociale et à la jeunesse, il y a des centres d’accueil pour les jeunes ouverts durant toutes les vacances. Et des jeunes de Kaweni ont été formés, grâce à M. Kromwell, aux métiers de la pêche. De plus, le 4 avril de cette année, un chantier école a été inauguré officiellement à Kaweni en présence de la Ministre chargée de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, et le sous-préfet, Grégory Kromwell.

La Mairie de Mamoudzou n’a rien à gagner en écartant les jeunes de Kaweni, bien au contraire : ces jeunes représentent l’avenir de Mayotte. Kaweni est le poumon économique de Mayotte puisqu’il y a ici la zone industrielle de l’île. Ces jeunes, désœuvrés et abandonnés, peuvent faire de ce lieu le cœur d’attaques violentes. Donc, pour éviter que cette population, en majorité jeune, devienne une bombe sociale, il faut, pendant qu’il est encore temps, lui donner les moyens qui permettent de prévenir une délinquance juvénile.

No man’s land : Avez-vous des solutions à proposer ?

Commerçant à Kaweni

Commerçant à Kaweni (N.S)


Ahmed Adama :
J’ai deux solutions à proposer :

– Construire des infrastructures socioculturelles, éducatives et sportives adéquates pour les jeunes.
– Régulariser tous ces jeunes venus à Mayotte depuis l’âge de 3 ans, voire moins, et qui, à l’âge de 18 ans, se retrouvent injustement sans-papiers français. Ces jeunes ne sont pas des étrangers, ils sont désormais des Français à part entier.

Alcoolisme et tabagisme à MAYOTTE, un véritable fléau

Julie Jacquet est psychologue spécialiste des addictions. Elle exerce à l’IREPS Mayotte et a accepté de nous accorder un entretien sur le fléau de l’alcoolisme et du tabagisme qui prévaut dans le nouveau département.

No man’s land : Est-ce que les drogues posent vraiment problème à Mayotte ?

Julie Jacquet : Mayotte est au cœur de profondes mutations socioculturelles. Ainsi, même si les substances psychoactives sont considérées religieusement comme étant « haram », interdites, la consommation semble être en constante augmentation.

Peu d’études épidémiologiques existent sur le territoire, mais les données dont on dispose montrent que la plupart des jeunes consomment, et que cela se fait de manière excessive (plus de 5 verres en une occasion), dans un contexte festif, en groupe. D’après une étude Angalia menée en 2003, par le Centre Information Jeunesse auprès de 3 852 jeunes de Mayotte de 12 à 26 ans :
– 1 jeune sur 10 déclare boire
– 1 garçon sur 4 déclare boire
– l’alcool est impliqué dans 11% des accidents corporels et 28 % des accidents mortels.

Il y a aussi un nombre de contrôles positifs au test d’alcoolisme en hausse de 57% entre 2002 et 2006.
[NDLR: Certains Mahorais, arrivés à l’âge adolescent, pour manifester leur colère envers les parents et la société, pour exprimer leur besoin de liberté, se mettent à consommer des substances psychoactives. Hors-la-loi, comme tout adolescent, consommer ces substances permet de transgresser les valeurs et les normes des adultes, parents et maîtres d’école coranique : sont à la recherche de paricide (veulent tuer le père, comme aurait dit le psychanalyste Sigmund Freud). On peut aussi souligner que certains jeunes à Mayotte ont une faible personnalité, et, à cause de cette dépersonnalisation, tombent facilement dans le mimétisme, imitent le muzungu, l’Européen, qui est souvent, à cause de son influence économique, sociale et politique, pris pour modèle à Mayotte. Consommer des drogues peut parfois être considéré comme synonyme de réussite, d’ascension, de francité sur le territoire ]

No man’s land : Est-ce que l’alcool contribue à la délinquance ?

Julie Jacquet : L’effet de l’alcool sur l’organisme est notamment qu’il désinhibe. Ainsi adapte-t-on facilement un comportement nouveau, que jamais on ne se permettrait en état normal. Quelqu’un d’humeur bagarreuse passe donc plus facilement à l’acte, mais quelqu’un n’ayant pas de propension à se battre n’aura alors pas de raison de devenir bagarreur.

No man’s land : Pourquoi les jeunes du monde consomment-ils des substances psycho-actives (alcool, tabac, cannabis …) ?

Julie Jacquet : Plusieurs raisons sont possibles, un comportement est de plus toujours le résultat de plusieurs facteurs.
On peut citer notamment les facteurs suivants :
– L’influence des pairs : lorsque les amis consomment, on a davantage tendance à consommer soi-même. Cela est vrai pour toutes les personnes importantes pour nous.
– Certains traits de la personnalité tels que la curiosité, le goût du risque, la recherche de sensation, peuvent constituer des facteurs de risque pour la consommation.
– Certaines croyances poussent des jeunes à consommer , comme l’idée fausse que cela rend plus fort, qu’ils auront plus de facilité à séduire les filles/garçons ou que cela donne une bonne image auprès des pairs.
– Les jeunes citent souvent l’idée de plaisir à consommer, associée à la fête et aux partages entre amis.
– Certains disent consommer finalement pour se soulager, se détendre, ou oublier les problèmes, tout en reconnaissant que les problèmes restent irrésolus.

No man’s land : Qu’est-ce que l’addiction ?

Julie Jacquet : L’addiction est le mot anglais qui correspond à la dépendance en français.
On parle de dépendance quand une personne adopte un comportement (par exemple consommer une substance psychoactive) tout en connaissant les conséquences négatives pour sa santé (physique, mentale et /ou sociale), mais sans pour autant pouvoir s’en passer.


No man’s land : Qu’est-ce qu’une substance psychoactive ?

Julie Jacquet: C’est une substance agissant notamment sur le cerveau. On parle aussi de « drogue ». Et l’alcool aussi rentre dans la définition des substances psychoactives/drogues. Ces substances :
 provoquent des modifications des sensations, de la perception et du comportement.
 ont des conséquences négatives pour la santé
 peuvent entraîner une dépendance

No man’s land : Quels sont les risques de l’alcool pour la santé ?

Julie Jacquet: L’alcool nuit aux systèmes cérébral, digestif et cardiaque. Il peut également provoquer des problèmes au niveau social (relations avec les autres altérées) et professionnel.

No man’s land : Le tabac calme, vrai ou faux ?

Julie Jacquet: En réalité, le tabac augmente le rythme cardiaque. La sensation de relaxation provient du fait que l’état de manque est comblé par la prise de tabac après un certain temps d’abstinence.

No man’s land : Pourquoi la vente de l’alcool est-elle interdite aux moins de 18 ans ?

Julie Jacquet: On estime que le cerveau arrive à maturation entre 20 et 25 ans. La prise de substance psychoactive avant cela peut favoriser une dépendance future.
De plus, l’alcool est principalement éliminé par le foie, et les enzymes responsables de cette action sont présentes en plus petite quantité chez un jeune que chez un adulte.


No man’s land : Est-ce que les drogues procurent vraiment du plaisir ?

Julie Jacquet : Il existe dans le cerveau un circuit dit « du plaisir » qui est naturellement activé par toute activité qu’on aime pratiquer. Les drogues activent artificiellement ce circuit, ce qui procure du plaisir. Mais elles prennent ainsi progressivement la place des voies naturelles. Le risque est d’en devenir dépendant et que seules les drogues aient le pouvoir finalement d’activer cette voie.

No man’s land : Combien de temps faut-il pour éliminer 2 cannettes de bière ? ( )

Julie Jacquet : 2 canettes = 66 cl 0,66g /L de sang dans le corps.
On élimine entre 0,1 et 0,15 g/L par heure.
Il faut entre 4h 30 et 6h 30 pour éliminer 2 canettes de bière à . L’alcool passant dans le sang, rien ne peut accélérer ce processus.

évacuation sanitaire/ www.coloriage-dessin.com

Evacuations sanitaires des Comores indépendantes vers Mayotte

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Mme Nicole COGGHE est cadre supérieur de santé au Centre Hospitalier de Mayotte. Elle est responsable au pôle SMUR-Réanimation-EVASAN. Elle a accepté de nous parler des évacuations sanitaires faites des Comores indépendantes vers Mayotte.

No man’s land : Quel type de patient comorien a droit à une évacuation sanitaire vers Mayotte ?

Nicole COGGHE : Il existe deux types de patients qui peuvent être évacués à Mayotte.
– Le premier type est le patient qui demande un visa sanitaire hors extrême urgence. Celui-ci doit être solvable. Il doit avoir les moyens pécuniaires pour payer ses frais de voyage pour Mayotte et les soins hospitaliers, une fois sur le département. Il envoie un dossier médical, par l’intermédiaire du comité EVASAN-Comores, au service de santé concerné à Mayotte. Quand le chef de ce service donne son accord, un comité se réunit au Centre Hospitalier de Mayotte pour examiner le dossier et rendre une décision administrative.

Le Comité est constitué de 4 membres :

– Du médecin Conseil Caisse Sécurité Sociale Mayotte

– Du médecin inspecteur Agence Régionale de la Santé

– Du Médecin Président de la Commission Médicale d’Etablissement

– Du Médecin Responsable du service EVASAN

Après accord du comité, un dossier est envoyé au comité EVASAN à Anjouan ou à Moroni pour faire la demande du visa sanitaire aux Vice-consulats.

Néanmoins, il y a des institutions qui sont spécialisées dans les évacuations sanitaires telles que Mondial Assistance ou Assistance Océan Indien qui est basée à Madagascar. Ils ont des avions sanitaires, par contre, ils font souvent les évacuations vers la Réunion.

– Le deuxième type est le patient qui nécessite une urgence sanitaire. Ce peut être soit une victime d’une brûlure d’une étendue de plus de 40 %, soit une personne atteinte d’une pathologie qui ne peut être soignée aux Comores indépendantes.
Et sur décision médicale (d’un chirurgien ou du chef du service des brûlés), une décision administrative est prise par le comité EVASAN-CHM, et la Sécurité Sociale de Mayotte prend en charge le malade une fois à Mayotte. Le patient est évacué à Mayotte et soigné à l’aide du Fonds de la Coopération Régionale qui a été mis en place par l’État français pour lutter contre la clandestinité. Une fois le patient soigné au Centre Hospitalier de Mayotte, l’État français lui paie le billet retour. Quand un enfant est brûlé, l’État français paie également le billet d’un accompagnateur, qui, souvent, est un parent.

Néanmoins, les patients qui nous sont envoyés des Comores apportent des germes durs car les conditions d’hygiènes ne sont pas respectées dans les hôpitaux comoriens. Pour éviter des germes complémentaires au Centre Hospitalier de Mayotte, nous avons alors dû mettre en place des moyens là-bas, en construisant des sas sanitaires à l’hôpital El-Maarouf de Moroni, et bientôt, un autre à l’hôpital de Hombo, à Anjouan. En fait, un sas sanitaire est un îlot hyper-propre contenant tous les moyens modernes (des antibiotiques par exemple), pour prendre en charge des patients.

No man’s land : Beaucoup de Comoriens, des cancéreux pour la plupart, arrivent à Mayotte clandestinement pour se faire soigner. Parfois, ce sont des malades qui avaient fait, mais sans succès, des demandes de visas sanitaires. Apparemment, les malades qui ont le précieux sésame sont triés sur le volet ?

Nicole COGGHE : L’Hôpital de Mayotte a 130 lits. Déjà on n’a pas suffisamment de lits pour la population mahoraise, on ne peut pas, malheureusement, prendre tout le monde en charge. Toutefois, nous avons obligation d’accueillir les patients sans distinction de couleur, de sexe, de nationalité.
C’est vrai, il y a beaucoup de Comoriens souffrant de cancer qui viennent se faire soigner à Mayotte. Et dès qu’un cancer est détecté chez un malade, nous le prenons en charge. S’il y a lieu d’évacuation vers la Réunion, nous le faisons évacuer et prenons en charge son retour sur Mayotte. Par contre, s’il y a besoin de chimiothérapie, l’opération est faite ici à Mayotte.

No man’s land : Certains médecins comoriens se plaignent que des hauts placés de l’État comorien leur mettent la pression pour qu’ils montent des dossiers médicaux pour des non-malades. Pourriez-vous confirmer le fait ?

Nicole COGGHE : Des pressions politiques sur des médecins pour qu’ils accordent des autorisations à des non-malades, j’en ai déjà entendu parler. Néanmoins, nous n’avons jamais reçu des patients qui sont bien portants. Malheureusement, les gens qui arrivent dans nos services ont vraiment besoin de soin.

No man’s land : Pourquoi l’État français ne développe-t-il pas de moyens aux Comores afin que les Comoriens soient soignés chez eux ?

Nicole COGGHE : L’État français avait toujours aidé les Comores en matière de santé. Maintenant, ce n’est plus le choix fait par le gouvernement. Pourquoi ? Je ne sais pas. Cependant, dans le cadre du Fond de Coopération Régionale, l’État français forme des professionnels soignants comoriens, 70 sont venus faire des stages pendant 1 mois au Centre Hospitalier de Mayotte. Des Majors ont été aussi formés aux pratiques professionnelles, des sages-femmes formées à la prise en charge d’un accouchement sanitaire, et nous formons aussi les professionnels soignants en hygiène. De temps en temps, un apport en médicaments est donné au PNAC (pharmacie du ministère de la santé comorien).
En fin, il est à souligner que d’autres pays comme les Émirats Arabes Unis, la Chine et le Qatar aident aussi les Comores indépendantes en matière de santé.

Un bateau chavire au large de la Grande-comore

Le Madjiriha, un bateau comorien faisant la navette entre les îles de l’archipel des Comores, a chaviré ce mardi 9 août, à 3 heures du matin, au large du sud de la Grande-comore, pas loin de Sima ya M’bwani, dans le M’badjini. Il avait à son bord, d’après le service de l’Immigration, « 12 membres d’équipage, 93 passagers et des enfants dont le nombre est inconnu ». Des chiffres contestés par certains rescapés, rencontrés à l’hôpital El-Maarouf, qui parlent « de plus de 200 passagers: étant donné que des passagers du Ville de Sima, un autre bateau comorien qui n’a pas pu partir hier soir pour Anjouan, ont été transbordés dans le Madjiriha. »

Bateau à la dérive

Bateau à la dérive

Le bateau, qui a quitté le port de Moroni à 22 heures 30, est tombé en panne aux environs de minuit. « A minuit, notre moteur [le Madjiriha avait un moteur au lieu de deux] a commencé à chauffer, en raison de cette panne de pompe à eau, il n’y avait plus de liquide de refroidissement. Nous avons éteint le moteur pour pouvoir le réparer. Nous avons appelé la capitainerie du port de Moroni, pour qu’elle nous envoie des secours. On nous a faits comprendre que notre demande ne pouvait pas être satisfaite, faute de carburant. On a insistés, mais sans succès» nous a confié un rescapé qui travaillait dans le bateau. « Nous avions mis de l’eau dans le moteur en panne et l’avions démarré, mais à peine que le bateau a-t-il été démarré , l’ l’hélice a vite tourné , le bateau a dévié , percuté un rocher et chaviré. » nous a appris le rescapé Nadhir Abdou Saïd, graisseur dans le Madjiriha. L’armateur du bateau est l’homme d’affaire et producteur de disque Abdoulatuf Madjiriha. Le bateau était au mouillage pendant plusieurs mois, il n’a repris la mer que depuis 2 mois, après l’achat en Europe d’un moteur d’occasion. « Visiblement, le Madjiriha était en bon état, à moins que le commandant du bateau nous ait menti. » nous a-t-on expliqués au service de l’Immigration, le matin du naufrage. Ainsi, n’y a-t-il jamais eu lieu de visite technique ; par ailleurs, la vétusté du moteur ne serait-elle pas la cause de l’avarie au bateau ?

« On a dû nager pour atteindre le rivage. Et sitôt une voiture qui passait sur la route nous a évacué à l’hôpital El-Maarouf » nous a confié le rescapé Jaffar Mourchid, âgé de 23 ans. « J’ai pu examiner 1 cuisinier, 2 graisseurs et 2 passagers. Et j’ai constaté que psychologiquement ils se portent bien. » nous a rassurés Docteur Mistoihi, psychiatre à l’hôpital El-Maarouf. « On estime à 40 au moins le nombre de morts, dont 17 enfants. On a recensé, pour le moment, 61 rescapés, dont un bébé. Pour l’instant, le nombre de disparus est estimé à 23. » nous a dit Mohamed Cheick, journaliste à la radio nationale. Toutefois, aux environs de 13 heures, 25 corps, dont 11 enfants, ont été transportés pour conservation en chambres froides de l’hôpital El-Maarouf. D’autres corps sont attendus dans les heures à venir. Il est à souligner que les secours n’ont commencé à s’organiser que plusieurs heures plus tard, aux environs de 8 heures. [A 16 heures 30, « les corps transportés à l’hôpital El-Maarouf sont au nombre de 52, et 10 sont attendus dans les heures à venir. Les chambres froides sont suffisantes pour tous les corps » nous a appris Mounsuf Mohamed Saïd, Directeur de l’hôpital El-Maarouf. Des religieux, dont le prédicateur Jibril, viennent d’arriver à l’hôpital El-Maarouf. Ils vont faire la toilette mortuaire musulmane aux corps. Il est à noter que chez les musulmans une toilette purificatrice est effectuée suivant un rite bien précis. Ce matin, mercredi 10 août, « on a recensé 59 corps, dont un n’a toujours pas été dégagé de l’épave en raison des intempéries »a-t-on appris de source militaire. ]

En moins d’une décennie, il y a eu aux Comores plus de 4 naufrages qui ont faits des milliers de victimes. Les barques cherchant à atteindre clandestinement les côtes mahoraises sont exclues du compte. Maintenant, il est temps, à l’heure où plusieurs âmes comoriennes finissent leur destin dans les fonds sous-marins, d’établir les responsabilités de chacun dans ce pays en détresse.

femme comorienne/ archipelcomores.skyrock.com

JE SUIS UNE FEMME MAIS JE ME SOIGNE

Mayotte. Archipel des Comores. Des femmes se racontent, et au gré des lignes se dessinent les portraits instantanés de Comoriennes, qui tout en se refusant à voir leur histoire passées sous silence, s’évertuent à trouver une issue favorable dans les méandres d’un quotidien difficile.

Vendeur à la criée à Moroni

On peut juger du degré de civilisation d’un peuple à la situation sociale de la femme.
Domingo Faustino Sarmiento

Mariama, trentenaire, est célibataire. Elle a effectué des études universitaires en France hexagonale. Artiste et chroniqueuse télé, elle habite à M’tsagamuji. Elle témoigne : «En 1995, dès la fin de mes études en France, j’ai appelé ma mère pour lui annoncer que j’allais rentrer avec mon copain m’zungu (européen)». Elle m’a répondu sèchement : «Ton m’zungu qu’il reste en France.» J’ai du mal à comprendre la société mahoraise. Les Mahorais veulent l’argent de la France, mais ne veulent pas de la France dans leur lit. Ma mère a fait tout un pataquès parce que, selon la convention collective, c’est la mère et seulement la mère qui est jugée apte à effectuer le choix du mari et la demande en mariage. Et le mari idéal, l’époux convenable doit être de famille noble mahoraise. Pas question de choisir un Mahorais d’une famille inconnue par nos mères. Pas question de choisir un Métropolitain. Pas question de choisir un Comorien d’Anjouan, de la Grande-comore ou de Mohéli. Sinon, on couvre d’ignominie sa famille. En vrai, ce n’est plus un mariage des enfants, c’est un mariage de familles et de mères. Honnêtement, quand je vois tout ce que nous subissons dans nos familles, parfois je ne suis pas étonnée quand je vois une fille se faire mettre enceinte pour fuir la maison familiale…

En effet, j’ai repoussé toutes les propositions de ma mère. Et depuis, aucun membre de ma famille ne me parle convenablement. Pour eux, je suis la honte de la famille. Il faut savoir que dans la culture mahoraise, le droit à la révolte n’existe pas. Cependant, le fait que je sois devenue une femme instruite, une femme moderne, n’est pas si bien accepté que ça par les hommes mahorais. Les hommes mahorais sont effrayés par les femmes qui ont faits des études. De fait, ils veulent des femmes soumises, des femmes qui ne posent pas de questions. Dès qu’une femme se pose des questions, a envie de s’occuper d’elle-même, cherche à se développer personnellement, elle est mal vue. C’est vraiment difficile de s’épanouir à Mayotte en tant que femme. Dès qu’une femme est ouverte, parle avec tout le monde, on ne la respecte plus. L’homme mahorais au lieu de se réjouir qu’une femme ait fait des études, ait acquis un savoir, il se méfie d’elle. En effet, les hommes mahorais ont eu droit à un schéma, et se mettent à reproduire d’instinct le même schéma. Ils emboîtent le pas à leurs parents. »

Les mères mahoraises sont elles déterministes ou possessives ? Dans tous les cas, les mères mahoraises, et comoriennes en général, disent à leurs enfants qu’ils resteront à jamais débiteurs envers elles. Parce que sans elles, ils n’auraient jamais vu le jour. Cependant à Mayotte, et en Afrique noire en général, un enfant, une fois adulte, est une source essentielle du revenu familial. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les parents ne tolèrent aucune once de rébellion de leurs enfants. Toute tolérance, aussi moindre qu’elle puisse être, pourrait être à l’origine d’une libération, d’une liberté. Ainsi faut-il maintenir l’holisme, sinon les structures et les mentalités de la solidarité familiale, au détriment de l’individualisme ? L’intérêt de la famille doit-il toujours passer avant l’intérêt personnel ? Peut-on faire cohabiter l’individualisme et l’holisme dans une même société ? A vrai dire, l’individualisme est un concept né de la Déclaration des Droits de l’Homme puisque ce document affirme que « les êtres humains sont des individus, indépendamment de toute désignation collective ». Et à Mayotte, ceux qui osent regarder en arrière sans avoir peur d’être transformés en statue de sel comme la femme de Loth ou voir leur femme Eurydice rappelée aux Enfers par Hadès comme Orphée, se sont rendus compte que ces valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité que prône la Déclaration des Droits de l’Homme sont aussi celles qu’ont toujours défendues les traditions africaines, d’où l’universalité des valeurs. Puisque au-delà du folklore, des artifices, du superficiel des traditions -à savoir les danses , les vêtements , l’architecture et la cuisine,- les traditions mettent en exergue des valeurs de paix , d’unité , d’ égalité , de liberté et de respect mutuel.

Néanmoins, aucune tradition n’est figée, n’est statique. Toute tradition est dynamique et est influencée par d’autres traditions puisque l’esprit de l’homme est évolutif. Khalil Gibran Khalil compare l’esprit à une flamme qui brûle et augmente toujours davantage. Par ailleurs le Coran recommande aux musulmans la quête du savoir, des connaissances, durant toute leur vie, dussent-ils aller en Chine pour les acquérir. Et sachant que ce sont les jeunes qui portent souvent ce changement ou l’évolution des traditions, dans la mesure où ce sont eux qui sont physiquement et mentalement aptes à courir derrière le savoir, Khalil Gibran Khalil recommande alors aux aînés à prendre exemple sur les cadets. « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles du désir de la Vie pour elle-même. Ils passent par vous mais ne viennent pas de vous, et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées, car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez loger leur corps, mais pas leurs âmes, car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même en rêve. ».

Aujourd’hui, on parle çà et là d’identité plurielle ou d’ « identité rhizome » [si nous pouvons reprendre les termes de feu Edouard Glissant] pour qu’enfin la lâcheté des misonéistes cesse de se transformer en faiblesse. Et qui dit faiblesse dit peur de l’inconnu, du changement. D’ailleurs, c’était cette peur de l’inconnu, du changement, qui en s’éjectant dans le corps des Bretons avait pulvérisé ces derniers et fait qu’ils étaient incapables de retirer l’épée Excalibur de la pierre. La preuve, c’est la fougue et la témérité de l’enfant Arthur qui a fait retirer l’épée de la pierre. Cependant, aucun être humain ne peut embrasser une autre culture s’il ignore totalement sa propre culture. La culture de naissance est un tremplin ; pour mieux sauter il faut être bien ancré dans sa propre culture ou sinon avoir une culture d’ancrage: c’est en sachant dire MOI qu’on arrive à dire sans ambages NOUS. Pour dissiper le(s) « conflit(s) des générations », il faut qu’il y ait un vrai dialogue intergénérationnel : l’enfant doit oser porter son regard derrière et l’adulte doit oser porter son regard devant : l’interaction ne doit pas être à sens unique.

Famille monoparentale, phénomène récurrent à Mayotte

Domoni 2009

Domoni 2009

Hissane a 26 ans. Elle est psychologue de formation. Mère d’un nouveau-né, elle s’est séparée d’avec son mari quelque trois mois après la naissance de leur enfant. Elle raconte : « La société mahoraise est machiste. A Mayotte, la femme a comme principaux rôles : s’occuper de son mari comme un prince, faire les travaux domestiques et faire des enfants. Et dès qu’une femme cherche à se dégager du chemin battu, elle n’est plus épousable. La femme d’antan n’avait pas le choix. Analphabète, elle se contentait de jouir de son rôle de femme au foyer.

Mais nous qui avons fait des études, avons du mal à faire un couple puisque nous refusons d’être des femmes au foyer, des bonnes à tout faire. Beaucoup de femmes qui ont fait des études se retrouvent seules. Si elles n’ont pas emmené un époux m’zungu depuis la France hexagonale, il n’y a pas de Mahorais qui les demande en mariage. Si on proposait à un Mahorais de choisir entre une femme instruite et une femme de type traditionaliste, c’est sûrement celle qui est traditionaliste qui l’emporterait. Parce que la femme de type traditionaliste peut accepter sans rechigner l’inconstance de son mari. D’ordinaire, on ne coupe pas la main qui nous nourrit. Les femmes de type traditionaliste vivent dans cette peur qu’elles appellent respect. Nous autres, nous jouons au détective, nous faisons beaucoup de surveillance et en fin de compte cette surveillance accrue provoque une méfiance entre les partenaires. C’est pourquoi de nos jours les femmes instruites préfèrent être seules que mal accompagnées.

C’est la femme elle-même qui prend l’initiative de partir et élever seules les enfants. Elles ont du mal à vivre tout le temps au cœur d’un conflit conjugal, dans l’hypocrisie d’une famille normale d’apparence (signes extérieurs de richesse: vêtements chics, voiture de luxe, énorme maison en dur). Et pour préserver les enfants, nous sommes obligées de leur expliquer les choses telles qu’elles sont dans la réalité. Les hommes sont plus des géniteurs que des papas. Ils n’ont pas la fibre paternelle. Ils ne sont jamais présents. Ils ne s’occupent pas de leurs enfants comme il le faut. Pourtant, chaque enfant a besoin de l’amour de ses deux parents. Bien sûr qu’il y a des répercussions sur les enfants. Il y a des enfants qui, une fois adultes, sombrent soit dans les dépressions, soit dans la prostitution. Ce qui fait que nous les mères célibataires avons la double mission de subvenir aux besoins de nos enfants et de les encadrer pour qu’ils ne partent pas à la dérive. Néanmoins, il ne faut pas donner tous les torts aux hommes. Car ce sont nous les femmes qui sommes responsables de nos malheurs. Puisque ce sont nous-mêmes qui élevons nos filles à être d’excellentes femmes au foyer et inculquons à nos garçons des modes de penser machistes. »

La société mahoraise est complexe et compliquée étant donné qu’elle est machiste et matriarcale à la fois. Machiste puisque l’homme se croit supérieur à la femme. Et matriarcale puisque virtuellement c’est la femme qui fait tout, travaille la terre ou vend au marché pour celles qui le font encore ; élève les enfants, fait construire les maisons des filles (importante pour contracter le mariage), prépare les festivités de mariage, souscrit aux tontines (shikowa), initie et mène les mouvements de contestations ou part en France hexagonale où elle espère accéder à des prestations familiales.

Et pendant ce temps, l’homme se cachant derrière une historicité religieuse [la mythologie grecque considère la femme (Pandore) comme étant à l’origine du mal sur terre ; et les Religions du Livre impute le péché originel à la Femme (Eve pour les occidentaux ou Hawa pour les musulmans] ou juridique [la justice française ( et comorienne) consacre la puissance maritale et paternelle en déclarant l’autorité du père dans la famille conjugale ( le nom de famille est formé d’après le nom du père ( patronyme) ] a assujetti la femme comme ces maîtres des cieux ou maîtres de la terre qui grâce à une baguette magique ou au pouvoir des armes ont pu réduire à l’état d’esclavage des milliers d’hommes. Assurément une femme-Philomèle, bâillonnée, assujettie, arrange beaucoup d’hommes, et pas seulement à Mayotte.

Certains parleraient de syndrome de Stockholm, que la femme par amour pour son mari a fini par se plaire dans son état de servage, comme Sisyphe avec son rocher. Mais à vrai dire le mal est plus profond sachant que l’éducation donnée par la famille aux enfants, depuis leurs plus jeunes âges, est inégalitaire et fait que le machisme dans les attitudes des hommes à l’égard des femmes est flagrant. Le rôle domestique et expressif de la femme est naturel tout comme le rôle instrumental et professionnel des hommes. En parlant de profession, il est à noter qu’il existe une vraie discrimination sur le marché du travail à Mayotte « Pour qu’une femme ait un travail à Mayotte, il faut qu’elle connaisse les bonnes personnes. Un élu surtout. Sinon elle est obligée d’échanger ses charmes contre du travail. Avant c’étaient seulement les Mahorais qui s’adonnaient à ce chantage. Actuellement les wazungu aussi s’intéressent aux femmes mahoraises. Les hommes entrepreneurs se transforment en monstres lorsque la femme ne joue pas le jeu. A Mayotte, au lieu de parler de relations humaines, parlons plutôt de relations de séductions. »nous raconte une jeune femme , psychologue de formation au chômage ,blasée par le népotisme et le favoritisme sous-jacents à Mayotte.

Avoir une vie sexuelle épanouie à Mayotte, est-ce possible ?

Djawariya a 16 ans. Elle est scolarisée au lycée de Sada. Son fiancé a 30 ans et travaille dans un supermarché à l’entrée de Majicavo. « J’ai rencontré mon fiancé quand j’avais 14 ans. Et pour ne pas offenser ma mère, nous n’avons jamais essayé de faire une pénétration vaginale. Nous avons recours à d’autres formes de plaisirs. Ma mère veut vraiment que je garde ma virginité jusqu’au mariage ».

Moudhuhiri Abdoulhalim est professeur dans un madras de M’tsapéré. Il affirme : « A part Aïchat, que le Prophète Muhammad alors âgé de 58 ans avait prise pour épouse alors qu’elle n’avait que 9 ans, toutes les femmes du prophète avaient déjà connu des hommes avant lui. Ce qui veut dire que le Prophète aimait les femmes qui avaient de l’expérience. En effet, l’hymen ou la virginité est une sunna, ce n’est pas une obligation. Nulle part dans le Coran n’est mentionné que la virginité est obligatoire. Par ailleurs, Allah dit dans le Coran que le meilleur des musulmans est celui qui respecte la femme. Un bon musulman doit bien se comporter avec les femmes. Et quand une femme est bien considérée dans un foyer, elle donne une meilleure éducation aux enfants. Mais quand la femme est maltraitée, elle se détourne de son rôle d’éducatrice et les enfants finissent dans la débauche. En 632, lors de son dernier pèlerinage, le Prophète s’adressant à une foule de musulmans a dit : »Ne faites de tort à personne …Ô hommes, vous avez des droits sur vos épouses, et elles ont réciproquement des droits sur vous. Traitez les femmes avec douceur. « 

Le Prophète en s’adressant à nous les hommes a dit : « Avant de faire l’amour avec vos femmes, il faut leur faire d’abord des câlins, il faut les enchanter avec des mots doux jusqu’à ce qu’elles mouillent. Et surtout il faut attendre que la femme ait atteint l’orgasme pour jouir ».

« Pour ce qui est de la virginité, nous apprend Hamida, je ne saurais rien dire puisque j’ai été violée dans mon enfance par mon cousin. D’ailleurs, j’avais attaqué mon violeur en justice et j’ai eu gain de cause. Ma mère dit que je me suis laissée faire parce qu’au fond je voulais bien coucher avec mon violeur.

Pour ce qui est de faire l’amour, des relations sexuelles dans les couples, je peux vous assurer que la tendresse n’existe pas dans les couples mahorais. L’amour ne peut exister dans notre société de paraître. Les gens sont dans le copier-coller. Un jour j’ai entendu un homme dire à sa femme : « Je ne vais pas t’offrir des fleurs parce que mon père n’a jamais offert des fleurs à ma mère. » Les hommes mahorais sont brutaux au lit. Il n’y a jamais de jeux érotiques, il te rentre dedans et dès qu’ils ont fini de jouir, ils se lèvent et partent. Ils ne sont jamais à l’écoute de leur partenaire. Ils ne cherchent jamais à savoir si la partenaire a pris plaisir ou pas. Certains demandent aux femmes de leur faire une caresse bucco-génitale. Mais dès qu’une femme demande la réciproque, ce dernier se met en colère en criant que c’est mal. Comme si seule la caresse venant de la femme était normale. Il y a plus des viols que des relations sexuelles consentantes. »

Sittina est assistante sociale. Elle habite à Mamoudzou. « Lors de ma nuit de noces, des matrones m’ont appris les préliminaires amoureux. Et il faut savoir que cet apprentissage fait partie de nos traditions depuis toujours. La notion du plaisir a toujours existé dans nos sociétés. Elles m’ont fait comprendre, comme j’étais vierge, que j’allais sûrement avoir mal lorsque mon mari allait me déflorer. Elles m’ont explique que les premières fois que je ferais l’amour je ne sentirai que des douleurs. C’est après deux à trois rapports sexuelles que j’aurai du plaisir. Elles m’ont aussi appris qu’il y avait des positions pour faire l’amour et aussi qu’une femme ne doit pas demeurer immobile au lit, elle doit se déhancher, balancer son bassin pour qu’il y ait frottement du clitoris. Pour les matrones, la femme doit se faire belle, faire des bains intimes, s’embaumer de parfum à base d’encens, de muscade et de benjoin, c’est ce qu’on appelle uhereya, se farder de crème de bois de santal (msidzano), s’oindre d’huile aromatisante pour qu’elle soit désirée par son époux. Et enfin, elles m’ont dit de ne pas accepter que mon époux me fasse l’amour tout le temps. Il faudrait qu’ensemble nous fixions des jours pour faire l’amour. Parce que faire l’amour tout le temps avilit le sexe de la femme.»

Lucie, quarante quatre ans, enseignante originaire de métropole nous livre ses impressions sur les rapports homme/femme dans la société mahoraise : « J’habite Mayotte depuis 4 ans et déjà je constate une évolution chez la femme mahoraise. Par exemple, de plus en plus de femmes apprennent à conduire, s’habillent à l’occidental[NDLR : occidental sous-entend moderne c’est-à-dire avec un habillement soit de luxe soit factice que la société industrielle, à travers ses innombrables usines, fait fabriquer à grande échelle ( fabrication en série) et fait vendre à travers le monde grâce à la dictature des publicités] , ont de moins en moins d’enfants … Celles-ci manifestent de plus en plus la volonté d’avoir non seulement une vie d’épouse et de mère mais également de « femme active ». En effet, la majorité des sociétés n’accordent aucun statut aux femmes qui ne travaillent pas. Toutefois, ces dernières ne peuvent trouver un équilibre qui si elles sont secondées dans leurs foyers.

J’entends souvent dire que les jeunes mahoraises qui partent en métropole étudier ne trouvent pas de maris mahorais à leur retour, que ces derniers les rejettent car elles font preuve, à leurs yeux, de trop d’émancipation, voir d’insoumission. Mais ces femmes ont-elles envie de partager leur vie avec des hommes qui, sous couvert de tradition et de religion, n’ont nullement le désir d’évoluer eux-mêmes, leur situation actuelle à la maison étant plus que confortable ? J’ai du mal à comprendre les parents –et surtout les mères- qui envoient leurs filles étudier en Hexagone et s’étonnent de retrouver leurs enfants métamorphosés et refusant certaines traditions pouvant leur paraître désormais « archaïques ». A quoi bon découvrir la différence si ce n’est pour en ressortir soi-même transformé ? A quoi bon étudier et apprendre si ce n’est pour en ressortir grandi, fort d’une expérience décisive pour l’avenir ?

J’ai le sentiment qu’aujourd’hui se crée un déséquilibre entre les mentalités des unes qui envisagent leur vie dorénavant de façon dynamique, et la mentalité des uns dont le seul mot d’ordre semble être « immobilisme toujours ! ». L’occident a connu ce déséquilibre qui, malheureusement subsiste encore, même si à moindre échelle. Toutefois, on peut espérer que le mode de vie et de pensée des jeunes femme mahoraises étant en pleine évolution, celles-ci sauront transmettre à leurs enfants, garçons comme filles, une éducation tendant vers une plus grande égalité des sexes … »

Daniel Zaïdani / pat21150.skyrock.com

Mayotte un département mort-né ?

Jeudi 31 mars. Date à laquelle Mayotte devient officiellement le 101ème département français, 5ème département d’outre-mer français. Au Conseil Général, dans l’hémicycle Younoussa Bamana, les conseillers généraux se sont réunis pour désigner l’élu qui présidera dans les 3 ans à venir le nouveau département. Le président du Conseil Général sortant, Ahmed Attoumani Douchina de l’UMP, fait une annonce fracassante. « Le vote du président du Conseil Général a été reportée au dimanche 3 mars, faute de quorum». En effet, les élus de l’UMP et du Nouveau centre ont été absents de l’hémicycle.

Daniel Zaïdani

Daniel Zaïdani

Néanmoins, le cartel ou l’alliance des partis progressistes composée des partis NEMA de Saïd Omar Oili et Sarah Mouhoussouni Boudra, du PS de Ibrahim Aboubacar, du PSM de Saïd Ahmadi Raos et du MDM de Daniel Zaïdani, tout en dénonçant des menées orchestrées depuis Paris, a désigné à main levée le nouveau président du Conseil Général en la personne de Daniel Zaïdani, poulain du sénateur Adrien GIRAUD, dont l’élection au poste de conseiller général de Pamandzi est contestée par le conseiller général sortant Fadul Ahmed Fadul de l’UMP . « L’UMP cherche à gagner du temps. Et c’est vrai 48 heures c’est beaucoup pour rallier quelqu’un à sa cause. » nous a appris Bacar Ali Boto de l’Alliance.

De fil en aiguille, toutes les manifestations qui étaient prévues pour célébrer la départementalisation ont été annulées. La secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, Marie-louise Penchard, a annulé son voyage à Mayotte depuis l’île de la Réunion. Et les bus scolaires affrétés par le Conseil Général n’ont pas été envoyés récupérer les participants à la fête du parvis du Comité du Tourisme, sachant que les écoles ont été fermées juste pour que les bus soient disponibles. Et le préfet de Mayotte, Hubert Derache, n’a pas été présent à la séance du Conseil Général.

 

Le vote du Président du Conseil Général du dimanche est attendu avec impatience par les Mahorais. République bananière ou pas, à Mayotte le parti présidentiel UMP est désormais désigné à la vindicte publique.

Rencontre d'autorités comoriennes et françaises à Paris / Source : www.stephanetroussel.fr

Plus de visa pour les Comoriens désirant se rendre en France

Rencontre d'autorités comoriennes et françaises à Paris / Source : www.stephanetroussel.fr

Rencontre d’autorités comoriennes et françaises à Paris / Source : www.stephanetroussel.fr

La décision est tombée ce dimanche 27 mars. L’ambassade de France à Moroni déclare à travers un communiqué qu’elle va désormais « étendre, dès le lundi 28 mars, la suspension de la délivrance de visas pour le territoire français à tous les types de passeports, sans préjudice d’autres mesures qui pourraient être prises dans les prochains jours ». La restriction des visas français a été jusqu’à ce jour limitée qu’aux seules autorités comoriennes. D’ailleurs, le Président de l’Union des Comores Ahmed Abdallah Sambi avait essuyé un refus de visa lorsqu’il voulait se rendre sur l’île de la Réunion, le 18 mars dernier.

En effet, c’est une note de service émise par le ministère comorienne de la défense qui est à l’origine de la guerre diplomatique « une pièce d’identité est exigée à tout passager empruntant un avion ou un bateau à l’entrée comme à la sortie des postes frontaliers des Comores pour des raisons de sécurité ». Et depuis, les sans-papiers français expulsés de Mayotte ne sont plus autorisés à fouler le sol comorien, faute d’avoir présenté une pièce d’identité valide. L’ambassade de France à Moroni et la Préfecture de Mayotte ont répondu par des mesures de rétorsion en refusant d’accorder des titres de séjour à tous les Comoriens désirant se rendre ou s’établir sur le territoire français.

Des pourparlers ont été engagés mais sont à ce jour au point mort. « Depuis plusieurs jours, l’ambassade de France aux Comores a multiplié les entretiens et les réunions de travail avec les autorités comoriennes, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Des propositions concrètes ont été faites par la partie française pour répondre aux préoccupations exprimées par la partie comorienne, tant en ce qui concerne les questions de sécurité et de contrôle des flux migratoires, que s’agissant des questions humanitaires. Un projet d’accord comportant des dispositions concrètes et rapides a été finalisé samedi 26 mars. Ce projet devait être signé le 27 mars. Malheureusement, le gouvernement comorien a, une fois encore, préféré reporter cette signature et remettre ainsi en question le résultat de ces discussions constructives. L’ambassade de France exprime sa vive préoccupation face à ce revirement, qui semble témoigner que sa volonté de trouver rapidement un compromis satisfaisant pour les deux parties n’est pas partagée ». Les autorités comoriennes considèrent de leur côté « les propositions de la France insuffisantes » et « regrette[ent] que les Comores soient sanctionnées parce qu’elles ont appliqué le droit international, cela en protégeant ses ressortissants et en luttant contre la piraterie dans la région »

A Mayotte, le Préfet Hubert Derache a affirmé au cours d’une conférence de presse que les policiers « continuent à faire des interpellations. En dix jours, on a fait 31 kwassa (embarcations de fortune). On fait signer [aux personnes interpellées] leur APRS (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière) et on rentre leurs empreintes digitales dans notre base de données avant de les relâcher dans la nature. Le jour où on les arrêtera, on a déjà tous les éléments ».

La France a été le seul pays à avoir dénoncé les fraudes massives et les nombreuses atteintes aux Droits de l’Homme qui ont eu lieu lors des dernières élections présidentielles aux Comores. Et le Président Ahmed Abdallah Sambi soupçonne les diplomates de l’ambassade de France à Moroni d’être derrière les journalistes qui le rappellent à l’ordre en lui « sollicitant » de quitter le pouvoir sans délai puisque son mandat a expiré depuis plusieurs années.

Qui dit histrion dit politique, le narcissique et théoricien du complot Ahmed Abdallah Sambi aime bien offrir du spectacle à son peuple. Encore un (énième) quiproquo qui va lui permettre de s’éterniser au pouvoir.

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Interview avec Saïd Omar Oili, Président du parti NEMA

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Saïd Omar Oili . Source : www.typomag.net

Saïd Omar Oili, président du parti Nouvel Elan pour Mayotte (NEMA), est conseiller général de Dzaoudzi-Labattoir. Il a présidé, de 2004 à 2008, le Conseil Général de Mayotte. Suite à la grève générale qui a eu lieu du 20 janvier au 4 mars 2009 en France ultramarine, en particulier en Guadeloupe où elle a été amorcée par le Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), le gouvernement français à travers son secrétariat d’Etat à l’Outre-mer avait mis en place les états généraux d’outre-mer. Saïd Omar Oili a été à la tête de l’atelier local des états généraux consacré à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional. Interview.

No man’s land : Monsieur le Président, les états généraux de l’outre-mer qu’est-ce que c’est ?

Saïd Omar Oili : Les états généraux d’outre-mer ont été mis en place par le Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, suite aux événements des Antilles françaises, notamment en Guadeloupe : les Ultramarins étaient descendus dans les rues pour demander que l’égalité républicaine soit réelle. Les états généraux ont été une réponse aux nombreuses difficultés que rencontrent les Français d’outre-mer. Les Ultramarins subissent la vie chère étant donné qu’ils n’ont que leur salaire pour survivre.

C’est à partir des mouvements de contestations contre la vie chère que le Président Nicolas Sarkozy a mis en place dans chaque territoire français d’outre-mer des ateliers locaux. Et moi j’avais en charge l’atelier relatif à l’insertion de Mayotte dans son environnement régional.

No man’s land : Et quels sont les résultats de l’atelier que vous avez présidé ?

Saïd Omar Oili : Plusieurs réunions ont eu lieu à Mayotte. Et des propositions ont été faites. Parmi les actions à mettre en place rapidement, on peut citer :

• Le désenclavement numérique de Mayotte par le développement et la vulgarisation des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIIC). Si aujourd’hui les Mahorais se sentent complètement enclavés, c’est parce que les moyens de communication ne sont pas vraiment développés. Il y a une époque, nous arrivions à capter certaines stations de radio de la zone, notamment des stations de radio du Mozambique, de Madagascar, de Zanzibar, etc. Force est de constater que toutes ces stations de radio de la région ont disparu de nos postes.
• La création d’une zone d’activités régionale qui passera impérativement par une libre circulation des biens et des personnes et une acceptation de Mayotte par toutes les organisations régionales telles que la SADC (Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe), la COI (Commission de l’Océan Indien), le COMESA (Marché commun d’Afrique Orientale et Australe), etc. L’intégration économique régionale est indispensable car plus des pays voisins sont unis économiquement plus ils sont forts.
• L’entrepreneur mahorais qui aimerait investir à Madagascar ou aux Comores indépendantes veut être assuré par les autorités des ces pays-là que son investissement sera en sûreté. Ça doit être aussi le cas à Mayotte, l’Etat français doit procéder à une politique d’ouverture, c’est-à-dire permettre aux investisseurs de la région de venir investir à Mayotte en assouplissant le visa d’entrée.

Malheureusement, force est de constater que la montagne a accouché d’une souris. On nous a occupés pendant plusieurs mois à faire des propositions qui sont restées jusqu’à ce jour lettre morte. La coopération régionale est bloquée parce qu’il y a tellement de politique politicienne …On reproche souvent aux élus Mahorais de ne jamais faire de propositions de projets, et quand ils font des propositions, l’Etat n’accorde pas de suivi.

No man’s land : Mayotte a participé aux derniers jeux des Îles de la COI en tant que membre à part entière. D’a près vous est-ce une avancée dans ce combat que vous êtes en train de mener pour intégrer Mayotte dans son environnement régional ?

Saïd Omar Oili : Le sport peut être le vecteur principal dans la compréhension et la connaissance de nos jeunes de cette région et c’est une bonne chose.
Donc pour la coopération régionale je dirais que c’est un bon début.
Que Mayotte participe en tant que telle c’est bien.

No man’s land : Il se dit que c’est grâce à l’accord de l’Etat comorien que la convention régissant la COI a été bravée et permis alors à la France de présenter deux délégations à savoir une délégation mahoraise et une délégation réunionnaise. Est-ce exact ?

Saïd Omar Oili : Je ne suis pas au courant.

No man’s land : Monsieur le Président, si vous nous parliez de la coopération régionale entre Mayotte et les Comores indépendantes …

Saïd Omar Oili : On a mis en place le GTHN (Groupe de Travail de Haut Niveau) pour que les gens discutent de la coopération régionale. Malheureusement, force est de constater que les discussions sont au point mort. Au point mort puisque les gens ne se parlent plus et sont en train de se regarder en chiens de faïence. Et moi je trouve cela dommage. Aberrant. Parce qu’il faut vraiment réactiver les discussions pour que nous puissions trouver des solutions pérennes aux difficultés de la région.

Considérons que nous appartenons à une famille où un des frères a épousé la France. Bien sûr tant qu’on ne respectera pas les choix des uns et des autres, il y aura toujours des blocages. Donc il faudrait dépasser ces blocages et apporter des solutions à nos populations qui souffrent. Il ne faut pas croire qu’il n’y a qu’à la Grande-comore, à Anjouan et à Mohéli où les gens sont endeuillés quand il y a des naufrages de kwassa-kwassa. Nous aussi nous avons de la famille là-bas et sommes endeuillés quand il y a des morts. Il ne faut pas se voiler la face. Donc jusqu’à quand allons-nous continuer à se regarder en chiens de faïence et laisser nos populations souffrir ? Il faut s’asseoir enfin autour d’une même table et ensemble trouver enfin des solutions pérennes à nos difficultés. Moi personnellement je ne crois pas à un développement dans l’archipel sans une stabilité de nos relations.

La Chine intervient énormément aux Comores indépendantes. Les pays du Golfe, dont le Qatar, les Emirats Arabes Unis… aident énormément les Comores indépendantes. Je crois que les Comores n’ont pas besoin de l’aval de la France pour aller coopérer avec la Chine et les pays du Golfe. Mayotte non plus. Au nom d’une économie mondiale, Mayotte et les Comores indépendantes doivent fédérer les énergies, doivent monter des projets communs, des projets fédérateurs pour qu’ensemble nous puissions bénéficier de cette coopération avec la Chine et les pays du Moyen-Orient. Il faut ouvrir aussi Mayotte à cette coopération, parce que Mayotte aussi est dans une pauvreté incroyable. Il ne faut pas se mentir.

La réalité de la guerre froide n’existe plus. Le temps d’un monde bipolaire est révolu. Maintenant, nous sommes dans la globalisation, dans la mondialisation. Et Mayotte fait partie de cette globalisation, de cette mondialisation. Mayotte ne peut pas vivre à jamais en vase clos. Mayotte ne peut pas ignorer la région. Mayotte ne peut pas continuer à ignorer ce qui se passe chez ses voisins. C’est ensemble que nous pourrions trouver des solutions. En essayant de nous balkaniser, en s’enfermant aux autres, nous allons finir étouffés.

Il faut trouver des solutions pour qu’enfin nous atténuions cette méfiance entre nous. Parfois je me demande d’où vient cette méfiance, cette suspicion dans la mesure où nous avons la même culture, la même religion, les mêmes origines. Cette peur de l’autre en conscience ne doit pas exister. Bien au contraire.

Mayotte doit aussi bénéficier des retombées économiques des pays qui investissent aux Comores. Néanmoins, il faut d’abord que ces investissements arrivent à stabiliser les populations comoriennes aux Comores. On peut citer l’exemple du quotidien AlBald Mayotte (filiale du Groupe international Awi Company). C’est grâce aux Comores indépendantes, que le journal a pu s’implanter à Mayotte. A vrai dire, l’investissement se trouve aux Comores et à Mayotte les gens bénéficient de cet investissement qui est à l’origine de la création de nombreux emplois. Et c’est dans ce sens qu’il faut y aller. Il faut que les investissements soient profitables à toutes les îles de l’archipel voire de la région.

Sur le plan touristique, il serait mieux que toutes les îles de l’archipel des Comores créent un centre d’accueil commun de touristes. Pour que le touriste qui vient visiter Mayotte ou les Comores indépendantes ait la chance de découvrir toutes les faunes et les flores de tout l’archipel. A la Grande-comore, il y a le Karthala qui est le plus grand cratère du monde, à Anjouan il y a les arbres fruitiers, à Mohéli il y a les belles plages, à Mayotte il y le lagon. Et pour ce qui est de l’agriculture, il faut créer un marché commun pour que chaque île puisse importer et exporter des produits dans la région.

On peut aussi échanger le savoir-faire (know-how). Là-bas aux Comores indépendantes, il y a des gens qui sont bien formés sur le plan professionnel. A Mayotte peut-être avons-nous aussi des gens qui ont de l’expérience. Alors pourquoi ne pas échanger le savoir-faire. Et assurément ça nous coûterait moins cher puisque nous ferons dans ce sens des économies d’échelle. Pourquoi au lieu d’aller chercher un expert en France, ne pas demander les services d’un expert comorien qui connaît la réalité locale. Pour promouvoir le développement de Mayotte et des Comores indépendantes, il faut faire une vraie coopération régionale. C’est un faux problème le fait de dire que c’est à cause des autres que nous n’arrivons pas à avancer. A force de stigmatiser l’autre, nous oublions d’apporter des solutions à nos problèmes. C’est seulement ensemble que nous pourrons apporter des solutions pérennes à la région.

Marche à la mémoire des milliers de victimes en mer

Marche à la mémoire des victimes en mer/© MIB

Dans l’après-midi de ce mercredi 23 février, plusieurs centaines de personnes ont marché dans les rues de Mamoudzou, capitale de l’île de Mayotte,   à la mémoire des milliers de noyés en mer. La marche qui a été organisée par la CIMADE Mayotte, le RESFIM (Réseau Éducation Sans Frontière Ile de Mayotte), FSU Mayotte (Fédération Syndicale Unitaire) et  de SUD Éducation Mayotte a débuté devant la MJC de Mamoudzou et a pris fin  au parvis du Comité de Tourisme avec la mise à l’eau d’un cercueil et un lancer de fleurs.

En plus de la dénonciation du silence qui a autour des noyés en mer, les manifestants exprimaient leur hargne vis-à-vis du Vice-rectorat et des policiers en brandissant des photos d’élèves expulsés du territoire mahorais. Et parmi les élèves sur les photos, il y en a un qui a perdu la vie en voulant retourner à Mayotte en kwassa-kwassa.

Depuis 1995 date à laquelle  le visa Balladur a été imposé aux Comoriens désirant se rendre à Mayotte le nombre de victimes en mer se compte par milliers. Et à Mayotte pour gonfler le chiffre des sans-papiers français expulsés en France les atteintes aux droits et aux lois sont flagrantes.

 

Anjouan (c) Stéphanie Lepage

Documentaire « Archipel à reconstruire »

Un film de Stéphanie Lepage – Minute78 Production

Tourné aux Comores et à Mayotte au cours de l’été 2009

Diffusé en nov 2010 sur TV5 Monde et RTBF

Synopsis :

 

Niché en plein océan indien, l’archipel des Comores est une ancienne colonie française. En 1975, suite à un référendum d’autodétermination, l’ONU reconnait l’état comorien comme constitué des quatre îles. Mais dans les faits, seules trois d’entre elles prennent l’indépendance, alors que la quatrième, Mayotte, reste rattachée à la France. Futur département d’Outre-mer, l’île devient un véritable eldorado à seulement 80 km des côtes comoriennes.

En 95, le gouvernement Balladur instaure un visa préalable à toute traversée pour mettre un frein à l’immigration des comoriens vers Mayotte. Depuis lors, c’est sur des bateaux de pêche, surnommés kwassa-kwassa que les comoriens s’y rendent au péril de leur vie.

A l’arrivée, ils s’installent dans la précarité entre exploitation et vie cachée, par peur des rafles quotidiennes. En 2009, 19 972 comoriens ont été expulsés de Mayotte vers les Comores.

Pour 2010,  la France annonçait 25 000 expulsions. Des objectifs assignés qui seront probablement atteints alors que 12 321 reconduites à la frontière ont déjà été effectuées lors du premier semestre de cette année.

Tournés dans les 4 îles lunes, le film offre la parole aux migrants, passeurs, observateurs comoriens et mahorais,

…en questionnant leurs regards et expériences…


A l’ombre des badamiers

 Avant que Facebook soit ouvert à tous, les internautes comoriens dont la plupart vivent en France  se donnaient rendez-vous sur des forums (sic) de Yahoo.fr tels que Habari ou Bangwe Comores et Karibangwe pour converser sur des sujets sociétaux. Sadani Tsindami, ancien membre de ces réseaux sociaux, nous parle de ces ancêtres de Facebook et Twitter.  

Qasuda à Moroni

No man’s land : Comment avez-vous connu la liste d’échange d’information et de discussion Habari Bangwe-Comores?  

Sadani Tsindami : Le Bangwe, comment je l’ai connu ? En cherchant des infos sur le net, je suis tombé sur un lien proposé par un compatriote ; c’était en 1999, à une époque où mes relations avec la communauté comorienne s’étaient fortement distendues.

 No man’s land : Et quels étaient les thèmes de discussions à l’époque ?

 Sadani Tsindami : J’ai commencé par participer mollement aux débats dont les thèmes fusaient dans tous les sens, sans organisation : le Bangwe (place publique villageoise) à la comorienne. Il y avait à l’époque des interventions de qualité, orientées politiquement contre les putschistes qui venaient de s’approprier les rênes de l’Etat : c’était Azali Assoumani. J’ai pris part à la curée, puisque c’était l’homme à noyer dans la salive, sans savoir exactement ce qui s’y passait. Il faut dire que j’avais cessé de jouer au football avec la naissance des enfants. Il fallait que je trouve un autre terrain de jeu… Celui-là me convenait, était facile, moi caché derrière un écran et massacrant les bits et autres octets, sans coup férir.

Puis un jour, ô sublime autre hasard, j’ai découvert la rubrique littérature de ce Bangwe Habari Comores : les écrits compilés, surtout les textes poétiques, des extraits dont généralement on en retient le meilleur m’avaient énervés. Par contre, la bibliographie assez exhaustive sur les Comores m’a poussé à choisir quelques textes, puis à en parler autour de moi, en asseyant de déceler quelque chose, un frisson véritablement littéraire. Je ne le rencontrai pas. Du coup, j’ai remis le couvert sur le Bangwe et faisais la critique de quelques uns, dans un sens assez provocateur. La réaction ne s’est pas fait attendre : je me suis fait admonester sans dégâts. Dans cette arène, j’étais le toréador avec mon chiffon rouge et Dieu sait que des cornes ne se furent-elles pas acérées. On m’accusa de tout. On vérola mon ordinateur. On parla de ma famille alors que j’ai toujours écrit sous pseudo …

No man’s land : Quels impacts les forums ont eu  sur la société comorienne ?

 Sadani Tsindami : Bangwe Habari Comores, Karibangwe, m’ont sorti d’une sorte d’exil involontaire, travaillant dans le massif central et vivant de le Sud-ouest. Premier intérêt et non des moindres ; puis les joutes pluriformes ont quelquefois influencé parait-il des comportements « républicains » au bled. Personnellement, j’ai été surpris de lire mes opinions dans des journaux à Moroni. Le débat sur le Anda (grand mariage à Ngazidja), si je ne me trompe a été assez riche, foisonnant d’éclairage et a observé une certaine constance dans la durée et dans l’émergence des arguments des uns et des autres. Ces débats ont été constructifs dans l’émergence d’une nouvelle citoyenneté cybernétique : la reconnaissance des maux du pays que d’aucuns ne voulaient en entendre parler, soi-disant que chaque pays avaient ses tares et les nôtres devaient rester cachées. Puis il y eut le débat sur la littérature comorienne où des auteurs de talent comme Salim Hatubou avaient pris part, ce qui a mobilisé pas mal d’intervention, somme toute honorables et a permis la sortie de quelques textes d’excellence. Bien sûr il vit apparaitre aussi des bavardages d’un ennui à vouloir massacrer leurs auteurs, poètes à rimes doigtées, asthmatiques et éjaculateurs précoces sur des parchemins innocents. Je ne citerai pas de noms, mais bon, on ne canalise pas l’imaginaire avec des panneaux de signalisation comme on n’invente rien si dans la tête, il n’y a que de la flotte. Les poètes, écrivains opportunistes, atteints d’ hydrocéphalie  ont fini par avoir la grosse tête : je les ai mouchés avec «  Pour une poésie qui n’ose pas dire son Non » et j’ai retiré mon pied de l’arène. Et il paraît que les Bangwe virtuel sont moribonds, de toute façon, je vis dans un bled sans électricité et je n’ai plus d’ordinateur. Mon Bangwe a cessé d’être virtuel, il est désormais sous l’ombre des badamiers.

Facebook Tour de Babel numérique ?

Seuls les hommes instruits sont libres
Epictète

Ecrire sur le réseau social Facebook tel qu’il est exploité aux Comores est une entreprise complexe et compliquée en raison du nombre très restreint des internautes dans l’archipel. A peine 10 % des Comoriens résidant dans l’archipel naviguent sur la toile dont bon nombre habitent dans les milieux urbains. Il est à noter ici que près de 48% des pauvres aux Comores vivent dans les  milieux urbains contre 55 % dans les  milieux ruraux ; et peu de villages aux Comores ont l’électricité. La majorité des internautes comoriens se connectent à internet à partir de cybercafés d’où le foisonnement des cybercafés dans les villes comme Moroni, Mutsamudu et Mamoudzou. Toutefois avec le coût très élevé de la connexion, rares sont ceux qui s’attardent sur la toile : la plage horaire étant littéralement limitée faute de ressources, la consultation des messageries électroniques reste prioritaire.

N’empêche que depuis septembre 2006, date à laquelle Facebook est ouvert à tous, des Comoriens dont beaucoup font partie de la diaspora en France se sont appropriés le réseau social pour publier des trombinoscopes, pour affirmer leur attachement à leur village par des textes, des photos et des vidéos, ou tout simplement pour faire étalage d’un savoir.

Au demeurant, Facebook ne peut être le support d’idées subversives aux Comores comme fut le cas en Tunisie et aujourd’hui en Egypte. Pour les raisons suivantes :

–          aux Comores, il n’y a qu’une infime minorité qui a accès à Internet

–          80% des Comoriens sont illettrés*, pauvres et paysans. Cela dit ils ignorent autant  leurs droits que leurs devoirs.

–          sont visibles sur Facebook des débats houleux parfois entre Mahorais et autres Comoriens à cause du contentieux franco-comorien sur l’île de Mayotte , d’autre fois entre partisans du régime au pouvoir aux Comores indépendantes et sympathisants, si l’heure n’est pas à la diffusion de clips poussifs ou de photos ostentatoires.

Effectivement  sur Facebook on ne prend pas conscience que des dégâts que cause le brain drain .On se rend aussi compte combien le Comorien confond le terme patriotisme (l’attachement à une patrie) avec le terme nationalisme (attachement à une souveraineté d’une nation une et indivisible en rejetant ainsi les particularismes régionaux). Les facebookeurs comoriens se disent souvent nationalistes pendant que bon nombre d’entre eux se décarcassent à travers le réseau social à valoriser leur identité villageoise. Certes certains arrivent à se dégager des sentiers battus en publiant des réflexions sur la société comorienne dans sa généralité, mais d’aucuns ne les rejoignent, jugeant le travail intellectuel infructueux. Mais rien n’est étonnant dans cette indifférence vis-àvis du travail intellectuel quand nous savons que bon nombre des Comoriens n’ont plus foi dans l’Etat depuis qu’à la Grande-comore c’est la diaspora comorienne en France qui construit les écoles et les routes et réhabilite les hôpitaux et qu’à Anjouan, tout le monde nourrit, dans le désespoir, le projet d’émigrer à Mayotte. Aujourd’hui aux Comores, en plus de ceux qui votent par mimétisme ou par solidarité familiale, beaucoup échangent leur vote contre des billets de banque ou des bols de riz.

Si Facebook a pu être un support de la révolution tunisienne, c’est parce que depuis l’indépendance du pays, l’Etat tunisien a toujours investi dans l’instruction de son peuple. C’étaient des Tunisiens instruits, des nationalistes tunisiens au chômage qui avaient investi les rues pour pousser l’ex-Président Ben Ali à la porte.  La vulgarisation d’Internet par Ben Ali, pendant ses dernières années de règne sans partage, a manifestement  contribué à la montée des protestations. Par ailleurs en 2009, si le Liyannaj  Kont Pwofitasyon en Guadeloupe a pu par la voix de son leader Elie Domota mobiliser pendant plusieurs semaines les Guadeloupéens, c’est parce que cette île à une forte majorité de gens instruits. Si les facebookeurs tunisiens  se sont refusés à cautionner à tout jamais les injustices du régime de Ben Ali par le silence et l’indifférence en élevant la voix pour dire NON c’est parce que ce sont des jeunes ayant des capacités intellectuelles qui leur permettent du coup de prendre du recul, des capacités intellectuelles qui leur permettent de discerner le bien du mal.

*Illettré désigne ici et les analphabètes et ceux qui ont désappris, sachant que l’analphabétisme de retour est un phénomène important aux Comores. Dans cet archipel où l’Etat est à construire, toute révolution au sens propre du terme reste une arlésienne.

Ces fêtes qui nous ressemblent

F.D

F. D

Une fête, c’est comme un miroir. Elle nous renvoie ce que nous sommes. Et nous sommes d’un pays qui croule de plus en plus sous la précarité.

Il y a dix ans encore, à chaque début d’année musulmane, au mois de muharram, à la veille de la fête shiite de l’Achoura, les enfants du village de Tsembéhou se précipitaient dès l’aube à la rivière de Hamdou, où ils se purifiaient en se jetant dans l’eau et en lavant leur tablette en bois. Ce bain matinal était religieusement baptisé uhowa um’waha, qui signifie littéralement se baigner dans la nouvelle année. Ensuite, les bambins se rendaient aux madrasas où ils entamaient le djere, une lecture de l’alphabet phonique arabe et des derniers versets du Coran. Enfin, ils s’en allaient, les talibés en éclaireur, récolter des taros et des ignames dans les montagnes, notamment Dzialandze, Dzialautsuga, Hamuriyo et milimani Dindri. Les tubercules une fois récoltés étaient consommés au matin et au soir de la fête de l’Achoura. Et d’après les anciens de Tsembéhou, le début de l’année musulmane tombait toujours à pic entre la fin du kousi (l’été)  et le début du kashikazi (la saison des pluies). La récolte servait à  consommer la fête de l’Achoura en beauté mais aussi à avoir des provisions pendant toute  la saison des pluies. « Dans les années 60, se souvient un ancien, les denrées alimentaires comme le riz se faisaient rares. Et comme la société coloniale le Bambao avait fait de toutes les terres cultivables des plantations de sisal, d’ylang, de jasmin etc, les villageois n’avaient que de modestes parcelles sur les montagnes pour cultiver des tubercules et d’autres cultures vivrières».

Aujourd’hui, les villageois de Tsembéhou ne fêtent plus l’Achoura. Peut-être est-ce parce que le riz ne se fait plus rare avec le passage des kotria et autres djahaz (boutres) aux bateaux à moteur. Ou peut-être est-ce à cause de l’émigration vers Mayotte et la Grande-comore de ces jeunes qui considèrent le travail de la terre comme ingrat et qui ont du coup laissé  de nombreuses terres à l’abandon. Ou peut-être est-ce à cause des médecins qui disent que consommer beaucoup de tubercules provoque le goitre.

Toutefois, on célèbre le Miraj à Tsembéhou. Dans l’Islam, c’est dans la nuit du Miraj, que le nabi Muhammad est, du toit de la mosquée de Jérusalem, monté -à dos du Bouraq- aux cieux où Allah lui a recommandé les cinq prières quotidiennes. Mais à part l’abattage des zébus qu’une minorité de crésus va sauvagement se partager, l’ambiance de la fête du Miraj est plutôt morose que festive. Et cette ambiance morose est similaire à celle des fêtes des Aïd-Al Kabîr (fête qui marque  la fin du pèlerinage à la Mecque) et Aïd-El fitr (fête qui marque la fin du ramadan). Désormais depuis une décennie, plus de vêtements pour les enfants pendant les Aïd et le Miraj. Désormais depuis une décennie,  plus de bols copieux de riz pendant les Aïd et le Miraj. Désormais depuis une décennie, plus de galettes aux noix de coco pendant les Aïd et le Miraj. La société de consommation fraîchement atterrie sous nos tropiques avec ses acolytes, la cherté de la vie et la baisse du pouvoir d’achat, fait que les fêtes, qu’elles soient profanes ou religieuses, ne soient plus des moments formidables pour se rassembler. De nos jours les fêtes sont devenues des miroirs. Elles nous renvoient la morosité de nos faciès et la précarité de nos sociétés.

Wenka renga

KAWENI enfin dans la république ?

Wenka renga

Pour qu’il y ait éducation, il faut qu’il y ait en présence une génération d’adultes et une génération de jeunes, et une action exercée par les premiers sur les seconds. Il nous reste à définir la nature de cette action.

Emile Durkheim

Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons

Victor Hugo

 

Kawéni c’est avant tout deux mondes diamétralement opposés : une zone industrielle et un bourg aux allures de township. Réputé zone sensible et considéré comme étant le plus important bastion de sans-papiers français, les paniers à salade s’y rendent de tout temps. Reclus, discrédités, muselés se croient par le fait les jeunes de Kawéni. Ceux-là mêmes qui composent à eux seuls le 1/3 de la jeunesse mahoraise. Par ailleurs, Mayotte a le pourcentage de jeunes le plus élevé de tous les territoires français puisque 56% de sa population totale a moins de 20 ans. Cependant, derrière cette image négative que d’aucuns donnent  de Kawéni se cache une jeunesse forte et décente qui tente par tous les moyens de relever la tête.  Invitation à une plongée vertigineuse dans les arènes du bourg le plus complexe de Mayotte.

Manga-télé. 8h30. Housnou, 22 ans, et un groupe d’amis sont assis sous l’arbre à palabres. Housnou nous explique : « J’ai bien conscience que nombreux sont les gens à Mayotte qui n’aiment pas Kawéni. D’ailleurs, on est partout étiquetés délinquants ». « Même à l’école, on est mal vu. Par conséquent, on est renvoyé très tôt de l’école. Les professeurs n’ont que faire de la légalité, ils cherchent toujours la petite bête pour nous mettre à la porte. Les plus lésés sont ceux qui ont des parents qui sont en situation irrégulière. Comme ils espèrent régulariser leur situation grâce aux études, à leurs diplômes, et étant donné qu’une fois inscrit à un établissement scolaire on est inexpulsable, les professeurs font tout pour qu’ils deviennent des proies pour les gendarmes. » rajoute Saïd, âgé de 16 ans.

Au sénat, à l’entrée de Kawéni, Bolka, 19 ans, cheveux tressés, habillé comme une star de rap américaine, fait le pied de grue. Il raconte sous l’emprise de la frustration : « Quand on est jeune, renvoyé de l’école à 16 ans, et tout le temps en manque de liquidité, on n’a pas d’autre choix que voler. Tel est le système. » « Moi j’ai un CAP. Et j’ai cherché du travail sur le marché de l’emploi. En vain. Du coup, chaque après-midi, je me rends, comme beaucoup de jeunes de mon âge, sur le parking devant la SNIE de Kawéni où je noie mon chagrin dans l’alcool et me sers de la drogue comme exutoire. Et le soir venu je vais dévaliser les industries, les magasins et les maisons de tous ceux qui ont fait de ma vie un enfer. » conclut Bolka.

Sidi Nadjaydine est un enfant du pays. Il est fonctionnaire de la Direction de la Jeunesse et Sport du Conseil général. Et d’après lui «  les jeunes de Kawéni sont désœuvrés puisqu’ils n’ont ni plateau sportif ni Maison de la Jeunesse et de la Culture en tant que tels.  Le seul plateau sportif disponible à Kawéni est trop petit pour accueillir tous les jeunes du village. Il y a un temps, on a voulu faire une extension du plateau mais le terrain pour construire a fait défaut. En plus, bien que Kawéni accueille toutes les industries de Mayotte, il se trouve que le village enregistre un taux de chômage des plus importants. Et c’est inadmissible. Nos jeunes ont assez souffert de ce supplice de Tantale. Et si parfois, un des nôtres commet une déviance, casse une voiture ou cambriole une maison, c’est pour tout simplement dire qu’il en a marre de faire du lèche-vitrine. Êtes-vous au courant que dès qu’un CV est marqué Kawéni, il est directement mis de côté. Effectivement la mauvaise image qui nous colle à la peau  ne joue pas en notre faveur. » « Cette image erronée qu’on donne de Kawéni prend ses origines à l’époque où les habitants de Mamoudzou avaient leurs champs à Kawéni aux lieux-dits Majimbini, Kafeni, Pvilipvilini. En fait, quand les habitants de Mamoudzou se rendaient à leurs champs, les enfants de Kawéni, comme font tous les enfants du monde d’ailleurs, les taquinaient. Mais au jour d’aujourd’hui ces temps-là sont révolus. Autres temps, autres mœurs. Nos enfants se sont assagis. Néanmoins, ces mauvais souvenirs restent gravés dans les subconscients des habitants de Mamoudzou.  Aujourd’hui par contre comme il y a trop d’étrangers en situation irrégulière à Kawéni, à chaque descente des gendarmes, des enfants se retrouvent sans parents, sans repères. Donc pour survivre, ces jeunes sont obligés de se regrouper en bande et devenir en fin de compte des délinquants. » nous a appris Djamal, agent de la Mairie de Mamoudzou.

Pour relever l’image de Kawéni, une association s’est créée il y a deux ans.  L’association porte le nom de Wenka Culture. «  L’association Wenka Culture organise une remise de prix chaque année. Baptisé « La Nuit des Diplômés », nous remettons au cours de cet événement des cadeaux et des attestations de réussite à tous les jeunes fraîchement diplômés de Kawéni. Et nous avons remarqué que l’événement a un impact très positif sur les jeunes et leurs parents. Puisque ces deux dernières années, à chaque examen organisé sur le territoire, les pourcentages des jeunes diplômés de Kawéni surpassent ceux de tous les autres villages. Dommage qu’à chaque fois qu’on invite l’équipe de la radio et télévision Mayotte 1ère à venir couvrir l’événement elle ne vient jamais. Par contre, dès qu’il y a une bagarre, une grève, elle est la  première à être sur place ». nous a confié Ali Amassi alias Sakho, secrétaire de ladite association. En effet, les jeunes de Kawéni ont compris le mécanisme de l’effet Pygmalion visant à influencer l’évolution d’un élève ou d’une personne en émettant une hypothèse positive sur son devenir ( scolaire) .

Toutefois, depuis quelques temps, les gémissements de la jeunesse de Kawéni commencent à être entendus par les autorités françaises. No man’s land a pu prendre contact avec le sous-préfet délégué à la cohésion sociale et à la jeunesse M. Grégory KROMWELL : « En allant visiter Kawéni, nous nous sommes rendus compte qu’il y en a déjà une MJC, mais elle est complètement abandonnée. Elle est devenue un dépôt d’ordures. L’ État va  réhabiliter la MJC par l’intermédiaire d’un chantier école. C’est-à-dire nous allons remettre le bâtiment en état en collaboration avec les jeunes de Kawéni. Ce sont les jeunes eux-mêmes qui vont dire ce qu’ils veulent faire du bâtiment. Parce qu’il ne suffit pas d’avoir un bâtiment, une MJC, il faut surtout une vie culturelle autour ».

Et les autorités françaises ne comptent pas s’arrêter à une réhabilitation de la MJC de Kawéni. Elles ont à vrai dire fait d’une pierre deux coups après leur visite dans le village. Elles ont fait intégrer Kawéni sur la liste des secteurs pilotes d’où interviendra sous peu de temps les PEL. « Les PEL, c’est un dispositif d’accompagnement des communes pour les aider à construire une vraie politique de la jeunesse. Le projet se base sur ce qui existe déjà et associe tous les intervenants éducatifs ou sociaux. En particulier, nous associerons la parole des jeunes. Ce seront les jeunes eux-mêmes qui expliqueront ce qu’ils veulent vraiment. Dans la ville de Mamoudzou, nous avons ciblé un certains nombre de quartiers. Et nous avons fait intégrer Kawéni dans la liste  puisque c’est un quartier démuni et qui a toujours été délaissé. Pourtant c’est à Kawéni où se trouve une population de jeunes très importante. » a conclu M. Grégory KROMWELL.

Yssouf Rosette est chargée de mission au projet PEL. Elle nous explique : « Les PEL s’adressent aux jeunes de 0 à 28 ans des secteurs ci-nommés : M’gombani, Passamainty, Kavani et Kaweni. Et grâce aux PEL chaque problématique aura une réponse. Parce qu’avec des activités scolaires et extrascolaires, les PEL répondront à des besoins réels, notamment l’insertion professionnelle, la lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme, la prise en charge des enfants isolés, la prévention de la délinquance, l’éducation à l’environnement et à la citoyenneté, etc. En somme, les PEL (Politiques Educatives Locales) auront pour mission de mieux coordonner sur le plan territorial l’ensemble des actions et interventions éducatives en faveur de l’enfance et de la jeunesse. »

Il est à noter qu’il n’y a que la moitié des élèves scolarisés à Mayotte qui atteint la 6e et ce n’est que 16 % des bacheliers qui parviennent en 2ème année à l’Université. Et après s’être entretenus avec certains intellectuels mahorais, nous sommes arrivés à la conclusion suivante : l’école d’expression française à Mayotte est inadaptée aux situations et aux besoins réels des Mahorais. Puisque elle ne prend pas en compte la réalité socio-économique de l’île  ni ne prend racine dans ce qui forme l’identité culturelle et traditionnelle des Mahorais. En effet, la rapidité des changements socio-économiques actuels, les progrès précipités en matière d’infrastructures  et de technologies font perdre les repères socioculturels à de nombreux jeunes dont certains se retrouvent soit à la rue en devenant des inadaptés sociaux soit en prison.

Par ailleurs,  l’école doit viser sur le long terme. Elle doit essentiellement insérer l’élève dans son milieu naturel. Tout en l’aidant  à faire face aux défis de son temps, elle doit aussi toujours lui permettre d’être à jour à chaque transformation de sa société. De Socrate à Freinet en passant par Rousseau, l’éducation a toujours été perçue comme une sorte d’outil au service de la survie.  Cela dit, l’éducation doit assurer les meilleures chances à chacun de nous. Elle doit déclencher en chacun de nous les principes de la démarche scientifique, le besoin permanent d’une recherche constante et un esprit critique face au monde qui nous entoure. En somme, l’école moderne doit permettre à chaque membre des  différents groupes ethnolinguistiques de Mayotte et du reste de l’archipel des Comores d’influer sur son propre destin en suscitant chez lui des initiatives et des créations, individuelles et communautaires. Mais tout cela ne peut se faire sans une valorisation de la langue maternelle. Puisque c’est grâce à la langue de la mère, des premiers mots, des premières appellations, des premières réflexions,  des premières émotions que l’enfant développe ses capacités cognitives.

Notre équipe tient à rappeler qu’il est temps que les vrais acteurs de l’éducation des jeunes à Mayotte soient identifiés. Et une honnête identification ne peut se faire sans une comparaison entre éducation et instruction. Les jeunes mahorais, du moins ceux d’antan, ont toujours eu, avant de fréquenter l’école d’expression française, l’éducation de leurs parents et de leur maître du Coran. Dès le plus jeune âge, ces éducateurs traditionnels éduquaient les enfants à discerner le bien et le mal, à avoir du respect pour les grandes personnes et avoir des attitudes de tolérance, de justice et de solidarité.

Enfin, notre équipe a remarqué qu’à Kawéni, les enfants dont les parents arrivent à concilier traditions et modernités, éducation et instruction, s’en sortent facilement à l’école et s’épanouissent pleinement dans la vie, étant donné que ces parents  encadrent et soutiennent des enfants qui les écoutent et les respectent. Ce qui n’est pas effectivement le cas pour bon nombre de parents de Kawéni qui  croient que scolariser un enfant suffit ; que l’école du muzungu,  l’Européen, peut tout faire. En somme, il existe à Kawéni comme dans le reste des villages de Mayotte un conflit intergénérationnel aigu qui fait que parents et enfants ne communiquent plus. Beaucoup de jeunes sous-estimant et rejetant leurs parents qui sont pour la plupart pauvres, non francophones et analphabètes, et qui deviennent malgré eux des inadaptés sociaux.

Stop diabète

Entretien / Situation du diabète aux Comores avec le Docteur Anssoufouddine Mohamed

Stop diabète

Stop diabète

Cardiologue exerçant à l’hôpital de Hombo sur l’île d’Anjouan et poète à ses heures perdues, Docteur Anssoufouddine Mohamed  nous dresse un tableau de l’évolution du diabète aux Comores. Interview.

 

 1-      No man’s land : Est-ce vrai que le nombre de personnes atteintes de diabète prend une proportion importante à Anjouan ?

Il est de plus en plus connu que les pays pauvres sont confrontés au double fardeau des maladies infectieuses et des nouvelles maladies anciennement réputées maladies du Nord, telles que les maladies cardio-vasculaires, le cancer et bien sûr le diabète. Parlant de diabète, effectivement nous sommes en train de parler dans les milieux hospitaliers à Anjouan d’une épidémie du diabète, le terme n’est pas consacré, il est surtout utilisé pour les maladies transmissibles, mais c’est pour traduire la flambée de cette maladie dans notre pratique quotidienne.

2-      No man’s land : Parmi ces personnes souffrantes du diabète, la plupart sont de quelle couche sociale ?

Justement ce n’est plus la maladie du riche bon mangeur, gros mangeur. Le diabète à Anjouan n’épargne aucune couche sociale, mais il est vrai que les couches démunies sont les plus touchées contrairement à ce que pensaient les gens il y a une vingtaine d’année 

3-      No man’s land : Quelles sont les causes de cette maladie à Anjouan ?

Les causes sont essentiellement représentées par le changement du mode de vie : les gens mangent trop sucré, moins de légumes dans l’alimentation, la sédentarité. Il y a une globalisation du mode de vie, on ne parle plus d’alimentation spécifiquement comorienne, la boisson sucrée bue à Dubaï  est la même que celle qui est bue à Anjouan et partout ailleurs. Les gens, et surtout ceux des couches démunies, pensent qu’en mangeant avec sa boisson sur la table, c’est une marque d’aisance.

4-      No man’s land : Ces personnes malades arrivent-ils à se payer des soins, des médicaments ?

C’est le gros problème. Ces malades sont laissés pour compte car aux Comores, malheureusement, les actions de santé publiques portent sur le SIDA, le Paludisme et la santé de la mère. Des maladies comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires, le cancer, sont des maladies orphelines contre lesquelles aucune politique n’est mise en place. Du coup les malades sont livrés à eux-mêmes sans aucune éducation pour vivre avec leur maladie, les médicaments coûtent chers, il faudrait que l’Etat subventionnent ces médicaments.

Je dois toutefois nuancer car pour ces nouvelles maladies, il y a quelques lueurs d’espoir, je pense au Cancer où l’Union de lutte contre le Cancer (UCCC) est en train de faire un travail fabuleux, il y a également cette grosse enquête appelée STEPS que le pays, avec l’appui de l’OMS, va mener en début 2011 sur ces maladies

5-      No man’s land : Quels sont les médicaments dont ces malades ont besoin ?

Trois types de médicaments :

  •  Le régime
  • Des médicaments à avaler qu’on appelle antidiabétiques oraux
  •   Des médicaments à injecter qu’on appelle Insuline

6-      No man’s land : Les moyens matériels et humains de l’hôpital auquel vous exercez vous permettent-ils  d’assurer des soins adéquats à ces malades ?

Non

7-      No man’s land : Que doit-on faire naturellement pour ne pas contracter le diabète ?

Trois choses à faire :

  1. Faire une activité physique régulière
  2. Eviter tout ce qui est sucré, les boissons, les confiseries
  3. Et surtout privilégier les légumes dans l’alimentation.

Entretien /Hachimiya AHAMADA : Une cinéaste du terroir

 Née en France en 1976 de parents d’origine comorienne, Hachimiya AHAMDA est effectivement une cinéaste du terroir. Sa caméra toujours braquée sur sa terre d’origine, l’archipel des Comores, ses thèmes de prédilection sont l’identité et la mémoire. En 2008, elle a réalisé la fiction « La résidence Ylang Ylang ». Co-produit par Aurora Films à Paris et Washko Ink à Moroni, ce court-métrage a été projeté dans une soixantaine de festivals internationaux : du festival de Cannes au festival International du Film Black de Montréal en passant par le Women’s Films Festival in Chennai en Inde. « La Résidence Ylang Ylang »  a remporté rien qu’en 2009 de nombreux prix comme le Grand Prix du court métrage du Festival Quintessence de Ouidah, le Prix du meilleur scenario du Festival Francophone de Vaulx en Velin, la Mention Spéciale du Jury au Festival du Cinéma d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine de Milan . A travers cet entretien qu’elle nous a accordé, Hachimiya nous révèle un pan de sa vie professionnelle et intime.
HACHIMIYA AHAMADA
HACHIMIYA AHAMADA

 1-        No man’s land : Hachimiya, comment s’est faite votre arrivée dans le cinéma ?

 Adolescente, je passais tous mes samedis après midi dans un atelier vidéo à Dunkerque : l’Ecole de la Rue. Dans cet atelier avec une bande de copains passionnés de cinéma, j’avais fait mes premiers pas en réalisant de petits portraits documentaires. Il y avait eu une telle cohésion dans le groupe et un tel engouement pour les films qu’aujourd’hui certains d’entre nous ont transformé cette passion en métier. Parmi nous il y a des réalisateurs, un producteur, un projectionniste (qui est comorien d’ailleurs) et des programmateurs de films. Par ailleurs, cet atelier se trouvait dans le même bâtiment qu’une salle de cinéma d’Art et d’Essai dont le programmateur de l’époque organisait chaque année un festival de rencontres internationales de cinéma dans lequel on avait eu la chance d’échanger avec des cinéastes venant de pays différents. Ils nous aidaient à aiguiser notre regard sur le monde et à construire un discours cinématographique avec l’aide de l’image et du son. A mon regret ce festival n’existe plus. Cette période de jeunesse est ma persistance rétinienne qui aujourd’hui encore me pousse à aller plus loin dans cette voie.

 Par la suite, je me suis inscrite à l’INSAS, une école de cinéma à Bruxelles. J’ai suivi une formation de Réalisation et j’en suis sortie diplômée en 2004. 

 2-        No man’s land : Vous êtes une jeune femme, musulmane de surcroît, née dans une famille d’origine comorienne. Comment votre famille a réagi lorsque vous leur avez annoncé que vous alliez désormais embrasser une carrière de cinéaste ?

 Depuis mon adolescence, mes parents m’avaient toujours vue avec une caméra en main. Ils savaient que je passais tous mes samedis dans cet atelier. En dehors de ça, je filmais parfois des mariages traditionnels qui se faisaient dans la communauté comorienne de Dunkerque. Je prenais aussi des images propres à la famille … ça allait de soi que je voulais poursuivre cette passion comme un métier. Toutefois, ne comprenant pas le terme ‘cinéaste’ ma famille est en train de le découvrir au fil de mon parcours.  J’essaie de faire comprendre que je ne suis pas une ‘journaliste ‘! Un terme plus facile à conceptualiser.  

 Femmes ou hommes cinéastes issus du milieu musulman (et comorien de surcroît) on est tous dans le même bateau. Ce n’est pas le fait d’être une femme qui serait un obstacle ou la religion qui serait un frein pour embrasser cette carrière.  C’est l’ignorance sur les métiers qui touche à l’art en général. Nos parents ont été bercés par le cinéma de Hollywood, de Bollywood et du cinéma asiatique et comme nous n’avons pas encore conquis industriellement ce terrain là, il est normal qu’un parent craigne que son enfant se lance dans ce monde qui lui est inconnu. Pour notre jeune génération, femmes ou hommes, il faut aller de l’avant, ne pas se poser de faux problèmes ou de fausses questions sur la religion ou les traditions : on a vivement besoin d’artistes, et, dans mon domaine de cinéastes, d’acteurs qui en se mettant dans la peau de super héros seraient nos miroirs, de producteurs, de techniciens … A ce jour, on est dans une phase où l’on pose des jalons pour la génération future. 

 3-        Quel regard portez-vous sur la femme comorienne, qu’elle soit de la diaspora en France ou des Comores en général ? La femme comorienne, vous la trouvez comment ?

 J’avoue que j’ai du mal à répondre à ce genre de question très féministe.

La femme comorienne est intérieurement très forte. Quelque soit le milieu dans lequel elle se trouve, quelque soit sa dépendance à la tradition (car la femme comorienne en reste la gardienne de génération en génération), elle arrive à imposer sa place face aux hommes. C’est par elle que se font les grandes décisions familiales ou collectives contrairement à ce que l’on peut penser. Les femmes ont de la poigne ! Par ailleurs, on reste quand même une société dont la vie des femmes se fait plus ou moins en gynécée et cela renforce les femmes entre elles, elles se soutiennent vraiment. Le côté positif, c’est la solidarité pour apaiser leurs maux individuels, ô combien nombreux ! Je suis très admirative de la jeune génération de femmes qui est très dynamique, très ambitieuse, très combative et qui sait allier Modernité et Tradition. Elles donnent un bel espoir pour notre futur idéal comorien. Qu’il en soit ainsi !

 4-        Vous avez passé toute votre vie en Europe. Pourquoi avez-vous choisi de tourner votre film « Résidence Ylang Ylang » aux Comores ? La langue de ce film est le comorien, est-ce un hasard ?

  Après ma formation à l’INSAS, j’ai voulu me lancer dans une fiction. « La Résidence Ylang Ylang » est mon premier court métrage de fiction. J’ai toujours fait du documentaire qui est une très bonne école pour passer vers la fiction ou vers la fiction détournée vers le réel. Je suis partie d’un sujet qui me tient à cœur : la maison. Ce court métrage est très important pour moi car il y a des inspirations autobiographiques et il fallait aussi que je retourne à mes origines par le biais du cinéma. Je suis née à Dunkerque donc j’appartiens à la diaspora comorienne et forcément mon regard reste celui du « Je viens ».  Par « La Résidence Ylang Ylang » je voulais en moi-même casser ce regard. Le film effectué je n’arrive toujours pas à savoir si j’y suis arrivée.

 Par contre c’est ma meilleure introspection vers les Comores. Lors de mes phases de recherche pour préparer le film,  j’ai fait des rencontres qui m’ont fait comprendre ce qu’était le quotidien comorien quel que soit le milieu social. L’expérience de ce court métrage est aussi une preuve que l’on peut faire des projets de toute sorte dans le pays et que les insulaires sont en attente de ce type d’initiative. Il y a du potentiel et une telle énergie qu’on ne peut pas passer à côté de ça. La problématique majeure reste tout de même toujours : par quel moyen y arriver ?

Pour la question de la langue, un film reflétant un pays doit se faire dans la langue du pays où l’on tourne. Les insulaires sont nés et ont baigné dans la langue comorienne : cela n’aurait eu aucun sens si les acteurs avaient joué en langue française. Et, les spectateurs comoriens doivent s’accaparer un imaginaire qui se base sur leurs propres repères. Pour cela, j’ai tourné en comorien même si moi-même je ne maîtrise pas bien la langue. Je dois faire des progrès pour pousser encore plus loin mes travaux.

 5-        Vous avez présenté votre film un peu partout dans le monde, dans des festivals qui ne sont pas des moindres, de renommée internationale. Quels souvenirs avez-vous gardé de ces rencontres du 7ème art ?

 Le film a effectivement bien tourné. Un court métrage vit normalement deux ans. En deux ans et demi, « la Résidence Ylang Ylang » a été diffusé dans plus de  35 festivals internationaux. C’est génial et inattendu car je ne pense pas que mes prochains films auront un tel parcours. Le souvenir que j’en garde, c’est l’immense curiosité des spectateurs envers un pays qu’ils ne connaissent pas vraiment. Ils ont déjà entendu le nom mais ne savent pas vraiment où cela se situe dans le Monde : les Comores, dans l’imaginaire des autres, c’est un monde très reculé. Ce qui me marque c’est aussi leur surprise à voir l’omniprésence du vert (végétation luxuriante) ou à entendre une langue qui leur est inconnue. Ces rencontres en festival sont stimulantes pour continuer à travailler dans cette voie. Sans le vouloir, j’étais un peu un porte-drapeau ou un porte-parole des Comores à chaque rencontre avec un public différent. Il y a une réelle soif de voir des images venant de l’Océan Indien en cinéma, non pas en télévision mais en Cinéma. Pour cela, il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine là pour apaiser cette soif extérieure (et intérieure aussi d’ailleurs).

 6-        Le prochain Hachimiya parlera de quoi et dans quel pays sera-t-il tourné ?

 Je travaille actuellement sur un projet de documentaire long qui s’intitule ‘L’Ivresse d’une Oasis’ produit par Shõnagon Film et le CBA à Bruxelles. Cinq ans de travail qui sont en train d’aboutir. Un vrai parcours du combattant en terme de production. Ce temps de réalisation a été très long car je me focalise sur un thème qui apparemment ne plaît pas aux télévisions. Ce n’est pas plus mal car j’ai une liberté d’écriture et de format pour le moment. Je tourne toujours autour de ce même thème : la maison non terminée qui attend le retour de son propriétaire exilé ailleurs. Pour un ‘Je viens’ ce qui nous fait revenir au bled c’est la fierté du père : la maison familiale qu’il a construite dans son village  natal.

 Mais, en tant qu’enfant de la diaspora, que fait-on de cette maison en dur demeurant inoccupée durant de longues années?

 Et plus largement, que fait-on de notre héritage culturel comorien quand on est de France ou quand on s’en va de l’Archipel des Comores -qu’on soit de la Grande Comore, d’Anjouan, de Mohéli ou de Mayotte-?

 Je suis partie seule en 2006 faire un repérage sur les 4 îles de l’archipel et je suis revenue avec une petite équipe cette année pour filmer à nouveau dans ces îles. C’est un film d’introspection sur l’identité comorienne qui part de ma famille pour aller vers les autres. Encore une fois, les pérégrinations à travers les îles ont été de vraies révélations sur ma quête identitaire en rencontrant des gens du peuple, dans le sens noble du terme. Toutefois, ils m’ont fait comprendre chacun à sa manière ce que pouvait être un idéal comorien. Je suis actuellement en phase de montage à Bruxelles. Avec le monteur, nous essayons de réunir les 4 îles au sein de ce long film road-movie. J’espère au final avoir un film en ‘Cinéma’ qui reflète vraiment la température actuelle de l’ensemble de l’archipel.

 7-         No man’s land : Que peut le cinéma dans nos sociétés actuelles ?  Que peut apporter de positif le cinéma dans les sociétés Comoriennes en particulier et dans les sociétés du monde en général?

 Quelque soit la forme du film (fiction, documentaire, fiction-docu, cinéma expérimental), faire du cinéma, c’est donner une vision singulière sur le Monde qui nous entoure. On partage avec l’Autre nos histoires en image et en son. Dans les pays où il y a carence de cinéma, même s’il y a évasion, ce moyen d’expression a un rôle politique. Il donne la température contemporaine des pays en crise ou en expansion. Plus il y a crise, plus il y a de la matière à narrer. Plus il y a crise, plus il y a censure et plus cette contrainte oblige l’auteur à trouver une forme particulière à son œuvre (je pense au cinéma iranien et chinois dont les auteurs s’en sortent par des propositions stylistiques intéressantes malgré les condamnations lourdes dont ils écopent pour juste avoir eu envie de filmer leur pays). Cela en est de même pour les pays sans moyens industriels cinématographiques. 

 En ce qui concerne nos îles, il y a tellement d’histoires à raconter dans la culture comorienne… On est une société riche en contradictions et il y a de quoi puiser en nous pour réaliser des milliers de films avec des sujets très forts. Faire le portrait de cette société par le biais du cinéma, sans faire de concession, aurait un impact infini sur nos projections en nous-mêmes et sur notre imaginaire. Car actuellement, dans le Nord (voire aussi dans les îles mêmes), quelles images sont véhiculées sur nous ? Nous reconnaissons-nous en ces images ? Je n’arrive pas à savoir si nos images sont encore floues sur nous ?

 Il y a un besoin énorme de mettre en place un miroir pour corriger nos propres maux, pour réfléchir, pour se divertir ou pour s’évader avec un héros qui ressemble aux insulaires. On est en manque d’identification avec des personnages comoriens face à la circulation massive de films américains, asiatiques et de Bollywood en DVD. A part à Mayotte (mais il faut s’interroger sur le public qui fréquente les salles obscures), on est surtout en manque d’une salle de cinéma sur les autres îles. Au moins une dans chaque capitale, ce serait déjà pas mal.  

 8-        No man’s land : Quand on parle de cinéma, on parle toujours d’investissement, de salles de cinéma, de téléspectateurs qui se déplacent et qui achètent des tickets, de distribution, en un mot, d’industrie du cinéma. Ne pensez-vous pas qu’un développement du cinéma aux Comores implique une création d’une industrie du cinéma à l’instar de Nollywood au Nigéria, de Bollywood en Inde et de Hollywood aux Etats-Unis ?

 Avec quels moyens faire et diffuser le cinéma comorien?

C’est une question cruciale qui touche également tout le cinéma d’Afrique noire francophone à ce jour. Dans le Nord, on s’inquiète sur le manque de représentation africaine plus franche à diffuser dans les salles obscures (en dehors des festivals pour l’Afrique) alors que dans le Sud, il existe tout de même des productions qui se font chaque année (avec difficulté selon la nécessité budgétaire) sur des supports différents et de qualités différentes. Néanmoins, il y a une réelle absence de structures qui s’occuperaient essentiellement de la circulation de ces films entre les pays africains et en dehors des festivals ponctuels.

 Pour le moment je suis un peu pessimiste sur l’existence d’une industrie du cinéma comorien. Je suis plutôt dans l’ordre du rêve : il faudrait une création industrielle qui serait un mélange entre un Nollywood, un Bollywood et aussi un cinéma exigeant d’auteur. Chacun y trouverait son compte.

 Mais par quel procédé ? Par l’Etat comorien qui créerait comme cela se fait dans quelques pays africains une Commission du Film qui dépendrait du Ministère de la Culture ? Si déjà une structure de la sorte n’existe pas pour les autres formes d’art, comme la littérature ou comme le spectacle vivant dans le pays, je peux encore rêver longtemps.

 Puis, il y a une autre alternative qui est l’ensemble des aides culturelles venant du Nord ou du Moyen Orient, mais cette solution là doit-elle en être l’unique réponse pour faire accoucher nos créations?  

C’est à  méditer…

 

F Dharma Eldorado 3

Wikileaks, venez nous sauver !!!!

Hacker

De nouveaux câbles diplomatiques mis en ligne sur le site consacré aux fuites d’information Wikileaks dévoilent au grand jour qu’Omar Bongo a, de son vivant bien sûr, détourné des fonds en faveur de partis politiques français. En vérité, cette nouvelle, secret de polichinelle par surcroît, a  laissé indifférents de nombreux comoriens. Pour une seule et unique raison : Les Comoriens ont toujours attendu de pieds ferme que cet « organe de renseignements le plus puissant au monde », comme aime à le vanter son fondateur, le cyberactiviste Julian Assange, leur dévoile enfin ce qui se cache derrière le tandem composés du président des Comores Sambi, qui est aussi connu sous les noms Père noël, Docteur Jekyll ou Mr Hyde et de l’homme d’affaire franco-syrien Bashar Kiwan.

Il y a quelques jours, un employé du quotidien Al-Balad Mayotte nous a mis dans le secret : « A ce qu’il paraît les renseignements généraux français se demandent d’où provient le fonds de fonctionnement du journal. Et ils ont même ouvert une enquête sur nous. D’ailleurs, parfois même, je me mets à douter du journal. Surtout quand nos salaires peinent à tomber à chaque fin de mois. Un de mes collègues m’a d’ailleurs appris que nos salaires sont versés de Moroni. Et c’est la raison pour laquelle ils arrivent toujours en retard.»

Et depuis notre équipe ne pense qu’en toucher deux mots aux hackers de Wikileaks. Elle ne pense qu’à la diffusion salvatrice de câbles diplomatiques mettant en cause le tandem docteur Jekyll-alias-Sambi-Bashar Kiwan. Que les hackers de Wikileaks jettent un œil sur les SMS et les courriels du maudit tandem et  disent aux Comoriens où sont passés les 200 millions de dollars de la vente de la citoyenneté économique à 4000 familles bédouines qui jusqu’à maintenant n’ont jamais foulé le sol comorien.  Toujours est-il que Bashar Kiwan s’est vu attribuer par Sambi alias Mr Hyde, en juin 2009, 175 millions de dollars, prélevés sur le fonds de la vente des passeports comoriens [oui en guise  de citoyenneté économique  plutôt utiliser le mot passeports comoriens parce qu’il paraît que  la société belge SEMLEX qui est à l’origine des passeports biométriques aux Comores a aussi été complice de cette transaction mafieuse].

En fait, les bédouins sont des apatrides  qui vivent aux Koweït. Et pour pouvoir voyager ou demander la nationalité koweitienne, il leur faut impérativement des papiers d’identités . En effet l’acquisition d’une quelconque titre d’identité est  naturellement impossible vu le fait que les bédouins n’ont pas de patrie. Autrement dit , l’achat de la citoyenneté comorienne leur a permis enfin de concrétiser leurs projets.

Beaucoup de Comoriens s’impatientent de savoir à quoi a servi la liasse de billets verts. Puisqu’aucun document officiel ne l’atteste jusqu’à ce jour. A part les rumeurs que le journal Al-Balad Mayotte fonctionne avec le fonds de la vente de la citoyenneté économique, personne ne sait ce que le tandem a fait de la liasse de billets verts. A part les rumeurs que bientôt Bashar Kiwan va créer une chaîne de télévision et une station de radio privées à Mayotte, personne ne sait ce que le tandem a fait de la liasse de billets verts. Ce qui est sûr, c’est que le 16 juillet 2008, Sambi a fait un communiqué au cours duquel il implique l’Emir du Koweït dans la transaction douteuse. Et quelque temps après, l’Emir du Koweït, par l’intermédiaire de son ambassadeur aux Comores avec résidence en Egypte, a fait un démenti formel à toute implication dans la transaction.

En 2009, Bashar Kiwan a été arrêté à Dubaï pour une affaire l’opposant au richissime Talal Alkhoury.  En fait, voilà la petite histoire. Talal Alkhoury avait investi 34 millions de dollars dans le projet d’une mise en place aux Comores d’une deuxième société de téléphonie mobile. Et l’Etat comorien, au nom de Mr Hyde, s’était associé à ce projet en délivrant gratuitement une licence d’exploitation à Bashar. Mais comme le projet ne voyait jamais le jour, Bashar avait vendu la licence d’exploitation à un autre opérateur de téléphonie mobile, le richissime Talal a porté plainte contre Bashar. Et certains disent que c’est grâce à l’intervention du Père Noël que Bashar a été relaxé par les autorités émérites.

Vraiment nous espérons que Wikileaks fasse la lumière sur ces affaires.

Julien Assange est né le 3 juillet en Australie. Il est le créateur de Wikileaks. Et après les révélations des télégrammes de la diplomatie américaine au mois de novembre dernier sur son site, il est accusé d’avoir eu des relations sexuelles consentantes mais sans préservatif avec une jeune femme suédoise. Il vient de révéler au monde entier que la prochaine guerre mondiale sera sans l’ombre d’un doute électronique : une cyberguerre.

 

Mayotte …au rendez-vous du porno international

« Car, qu’est-ce qu’un peuple ? Un peuple est une population .C’est pour moi la même chose. Mais le peuple, c’est la population consciente d’elle-même. Consciente de son histoire, consciente de sa culture, consciente de sa dignité. Et c’est ça qui devient un peuple. La population devient un peuple par un processus de conscience. Laquelle conscience se conquiert au fur et à mesure que les peuples brandissent leur fierté, leur propre reconnaissance. »

Aimé Césaire.

Ce n’est un secret pour personne, la population de Mayotte est musulmane à 95 %. La plupart des Mahorais, avant de fréquenter l’école d’expression française, doivent nécessairement passer à l’école coranique dès l’âge de 4 ans pour être initié à l’alphabet phonique arabe et à la lecture du coran. D’ailleurs, pour ne pas vexer les Mahorais, l’Etat français a, pendant qu’il interdisait le port de signes religieux dans les milieux scolaires à l’hexagone, permis le port du voile à Mayotte ; prétextant que le voile mahorais est culturel et non pas religieux : les femmes zanzibarites grinceront sûrement des dents en entendant ce truisme, elles dont les aïeules ont emboîté le pas aux femmes voilées venues d’Hadramaout. Néanmoins, au lendemain du vote pour la départementalisation de Mayotte, les chefs religieux sont convaincus de tomber de leur piédestal, de ne plus avoir voix au chapitre. En ce samedi 23 octobre, quand les cadis et autres musulmans de Mayotte se sont réunis à la Maison des Jeunes de Mamoudzou, sise au quartier Mgombani,  pour parler de l’avenir de l’Islam sur leur île, No man’s land a profité de l’occasion pour recueillir les avis des religieux et autres citoyens sur le spectacle érotique de la n°1 du X français, Katsuni, qui aura lieu ce 6 novembre à la discothèque le Koropa. Reportage.

La porno-star française Katsumi

La porno-star française Katsumi

 « C’est grave. Ce spectacle doit être interdit à Mayotte. Mayotte est une terre musulmane, la population doit se soulever contre des pratiques de ce genre. D’ailleurs, un hadith du prophète interdit à la femme de montrer sa nudité à une personne autre que son époux. Nous allons faire des invocations… peut-être même investir les rues pour dénoncer ce spectacle. Et sûrement les Mahorais qui ont  foi dans l’Islam vont se joindre à nous. » nous a appris Mouridi Halidi, cadi de Sada. Pour Ibrahim Souleïmane « ce spectacle est contraire à notre religion musulmane. Des orgies pareilles existent déjà à Mayotte, mais se font en cachette. Mais faire venir carrément une professionnelle du porno à Mayotte et inviter des gens à aller la voir est inadmissible. C’est un virus qui risque de se propager dans toute l’île. »

 Après les religieux, nous avons aussi interrogé le citoyen lambda. « Les mahorais veulent être département. Ils doivent accepter les lois qui vont avec le département. Mayotte ne sera pas un département musulman, il sera un département comme les autres. » nous a dit Patrice Roux, qui est responsable d’usine. Pour Gabriel qui est artisan « à Mayotte, on est Français avant tout. C’est vrai que la majorité de la population est musulmane, mais la France n’est pas musulmane ». Pour Stéphane qui est barman «  Mayotte a voté département donc elle doit accepter les lois de la république, la laïcité y compris. Toute culture a droit à une ouverture d’esprit. Koropa est un endroit clos et privé. Et personne n’est obligé d’aller voir ce spectacle. »

 Pour Saïd Soilihi, qui est enseignant au collège de Doujani, « c’est bien qu’un spectacle pareil soit fait à Mayotte. Il faut que les jeunes grandissent d’une manière ou d’une autre. Ces pratiques vicieuses vont de pair avec la situation actuelle de Mayotte. Cette orgie va aveugler davantage cette jeunesse sacrifiée, détruire l’avenir de Mayotte. Les jeunes mahorais ne sont pas avertis, n’ont pas l’esprit critique, ils vont adhérer facilement… ». Djamal est chargé d’exécution des marchés scolaires et selon lui « les jeunes mahorais ont tourné le dos à leurs traditions. Et cela est lamentable. A force de se tourner vers tout ce qui est moderne, les jeunes n’ont plus le temps de réfléchir parce qu’ils n’ont plus de repères. Ils sont incapables de séparer le bon grain de l’ivraie. Raison pour laquelle, ils se laissent influencer facilement. Et rassurez-vous que la mention qui est  apposée sur le dépliant «  EXCLUSIVEMENT RESERVE AUX ADULTES CONSENTANTS» est un miroir aux alouettes. Puisque ce qui fait la réputation du Koropa, c’est les mineures de 15-17 ans… ».

 Pour Bacar Ali Boto « par rapport à la religion, c’est interdit. Devant les lois traditionnelles, c’est une mauvaise chose. Mais il ne faut pas oublier qu’à Mayotte on vit en démocratie. Chacun de nous a le droit de faire ce que bon lui semble à condition que ça ne dérange autrui. Ce spectacle aura lieu dans un endroit clos et privé, alors pourquoi pas. Moi personnellement je n’irai pas à ce spectacle, mais je ne peux pas empêcher les autres de ne pas y aller ». « J’ai vécu un peu partout dans le monde. Et je suis marin. Et il ne faut pas oublier que le métier de marin et la prostitution font partie des plus vieux métiers du monde. Toutefois, si Mayotte est un pays super musulman, ce n’est pas bien de faire un spectacle pareil ici. Si Katsuni vient juste pour visiter l’île, ce n’est pas un problème. Mais si elle vient faire des spectacles de folie, là c’est grave. C’est une insulte aux gens d’ici, moi non plus je n’accepterais pas qu’en Belgique on se mette à faire de la drogue dans les rues. » nous a affirmé Ray , qui est Belge . « Mayotte est un pays où il y a un brassage de population. Et moi je suis pour le multiculturel. Mais des spectacles de cette envergure vont inciter les jeunes à se prostituer. Et département ne veut pas dire se porter à la débauche. Même la culture judéo-chrétienne des Français interdit ces pratiques vicieuses qui banalisent la femme, la réduisent à quelque chose de sans importance, la rabaisse. » nous a appris Mondroha Saïd Ali, qui travaille au bureau Justice musulmane du Conseil général de Mayotte.

 Geneviève Klaver nous fait part de ses sentiments : « En tant que femme et  mère de famille, je suis choquée que mon fils âgé de 12 ans ait accès à des images pornographiques, dégradantes pour la femme, en allant tout simplement acheter son pain à la boulangerie. Là, je fais référence à cette plaquette censée annoncer les événements de la semaine à Mayotte et que l’on peut trouver un peu partout. Annoncer ce genre de spectacle, pourquoi pas, mais l’illustrer par de telles photos, c’est inacceptable. Il n’est pas là question de culture ni de religion, mais de valeur morale, bien loin de celle que je tente d’inculquer à mon fils, tout comme beaucoup de mères, j’imagine.»

 Pour Papajan, qui est artiste peintre, « sur l’échelle des vices, les strip-teases sont moins graves que les débauches alcooliques. Dans une île comme Mayotte, où l’on propose aux consommateurs un grand choix de produits… ». Loin de vouloir enfoncer le clou, il est à noter que le Qatar et Dubaï sont des terres musulmanes, pourtant les étrangers qui y vivent ont le droit de construire des églises, des synagogues … Pour rafraîchir les mémoires, il ne faut pas oublier que la liberté des uns commence là où s’arrête la liberté des autres. En somme,  les Mahorais doivent marcher dans le sillage des Qataris et des Emiriens quant au respect des choix et des religions des autres. Ils doivent être tolérants en un mot. Et les exemples à ne pas suivre sont ceux de la Suisse qui interdit les minarets et de la France qui ôte le voile à ses citoyennes. « Pour moi, il faut respecter la spécificité culturelle de l’île, je ne dis pas religieuse, mais bien culturelle, c’est-à-dire que ce genre d’évènement peut se produire, mais dans un espace clos et privé. Par contre, afficher des fesses dans un dépliant disponible partout et accessible à tous me paraît choquant par rapport à la culture de Mayotte. On parle de départementalisation adaptée et ce doit être le cas, Mayotte n’est pas l’Auvergne ni la Bretagne. Tout ça, c’est du pain béni pour les djaoulas. » nous a confié Fred, animateur de l’émission la 7ème vagues à la radio Kwezi FM. .

 En effet, la démocratie est d’abord  un contrat social. Et en démocratie, c’est la majorité qui fait la loi. Maintenant il reste à savoir ce que pensent tous les Mahorais du spectacle de Katsuni. Toutefois, Aimé Césaire a forgé au milieu des années 40 l’expression départementalisation progressive et adaptée, parce que lucide. Il savait désormais que les changements brusques et précipités peuvent avoir des impacts négatifs sur les sociétés. Reste à savoir combien de jeunes inadaptés sociaux ont fait la perte des repères socioculturels à Mayotte ces dix dernières années.  Néanmoins, soucieux de conserver la culture et le mode de vie des Mahorais, l’Etat français a proposé aux Mahorais un département progressif et surtout adapté à la réalité, aux spécificités et aux particularités de la société mahoraise. Une proposition qui n’est pas bien vue par beaucoup d’élus mahorais à l’instar du député Abdoulatuf Aly qui, lui, demande un département muhakaka : un département qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux départements de la France hexagonale et des autres Dom. Ce qui est sûr, c’est que l’entêtement de certains élus aura un effet boomerang, si jamais les Mahorais ne se réveillent pas dès à présent … parce qu’il est encore tôt. Et pour ceux qui disent qu’il  est tard, qu’ils sachent que mieux vaut tard que jamais.

 Katsuni, anciennement appelée Katsumi, est une actrice de films pornographiques franco-vietnamienne née en 1979 à Lyon.  Après des études Politiques et de Lettres Modernes, elle s’oriente vers les films pornographiques. Elle vit entre la France et les Etats-Unis où elle fait partie des actrices les plus cotées du cinéma X américain. Elle a tourné dans une cinquantaine de films à gros ou petit budget et a reçu plus d’une trentaine de récompenses internationales. En 2006, elle se fait poser des implants mammaires, et la taille de ses seins est passée de 85 B à 90D. En France, elle a été invitée à des émissions de France-Télévision comme ON EST PAS COUCHE ou CE SOIR OU JAMAIS. Et sur le câble, elle anime aussi une émission de Manga pour adulte (connus sous le nom d’ Hentaï au Nippon )sur la chaîne musicale MCM, et a participé au clip du rappeur Doc Gynéco Funky Maxime. A Mayotte, Katsuni mettra surtout en avant ses performances de show-girl, en interprétant une partie de strip-tease sur la scène de la discothèque le Koropa. Elle fera également la promotion de sa marque de lingerie Petit cœur. Elle parlera aussi de sa carrière, des prouesses de la chirurgie plastique, des prothèses et signera des autographes. Une boutique de sex toy sera mise à la disposition des clientes.

Saïd AHAMADI

Entretien avec Saïd AHAMADI dit RAOS, président du Parti Social Mahorais

« Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite » RAOS

Ancien maire de la commune de Koungou, historien de profession, Saïd AHAMADI dit RAOS préside le Parti Social Mahorais (PSM). Quinquagénaire, père d’un enfant, cet ancien maire est, d’après un sondage IPSOS, l’homme politique le mieux écouté de la population mahoraise et a été classé par ce même sondage 2ème personnalité politique le plus appréciée des jeunes de Mayotte. Véritable Robin des bois moderne,  RAOS ne fait pas de la politique pour épater la galerie. C’est vraiment par pur esprit de générosité qu’il s’est lancé dans le combat politique. La preuve, c’est avec honnêteté et franchise qu’il a répondu à nos questions. Interview.

Saïd AHAMADI

No man’s land : Monsieur RAOS, parlez-nous de votre entrée en politique ?

RAOS : Je me suis engagé dans la politiqueà Mayotte car la plupartdes Mahorais connaissent une souffrance sociale. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’emploi bien rémunéré. Les adultes femmes ne bénéficient pas d’allocations familiales au même niveau que leurs compatriotes des autres DOM et de l’hexagone. Il n’y a pas d’Assedic à Mayotte pour aider les personnes qui ont perdu leur travail. Il n’y pas de revenu minimum d’insertion (RMI) pour les actifs de plus de 26 ans qui n’arrivent pas à avoir du travail. Les enfants ne sont pas valorisés parce qu’ils n’ont pas de cantines scolaires. Beaucoup de Mahorais ont des difficultés administratives parce que l’école publique a été négligée par le ministère de l’éducation nationale depuis la présence de la France à Mayotte qui remonte à 1843. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont poussé à m’engager dans la vie politique après avoir œuvré depuis des années dans le milieu associatif, en particulier dans l’association ENFANTS DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE que j’ai créée en 1996 pour venir en aide à tous les habitants de Mayotte qui rencontrent des difficultés administratives à obtenir des papiers d’identité.

No man’s land : Un petit mot sur cette association, monsieur RAOS…

RAOS : Cette association aidait les habitants qui sont nés à Anjouan, Mohéli, Grande-Comore, Madagascar et qui se sont installés à Mayotte avant l’indépendance des Comores en 1975. Parce que ces derniers sont Français dès lors qu’ils le réclament. Depuis 1946 ces îles ci-dessus citées formaient le territoire français d’outre-mer des Comores. L’association n’est pas dissoute, elle existe encore. Seulement le temps me fait défaut. A partir de 1998, j’ai commencé à militer à Mayotte dans la formation socialiste pour mieux aider ces populations démunies car ne parlant pas correctement français et par conséquent ignorant leurs droits.

No man’s land : Résumez-nous en une phrase les visées de votre parti le PSM.

 

RAOS : Le Parti Social Mahorais vise à l’égalité républicaine à Mayotte. C’est pour qu’il n’y ait plus de français de seconde zone à Mayotte que j’ai créé mon parti.

No man’s land : D’après des chiffres officiels, à Mayotte il y a plus de 60% d’analphabètes en français.

 

RAOS : Ce n’est pas vrai. C’est une utopie. 65% des Mahorais ont moins de 25ans. Déjà la population de Mayotte est une population scolarisée depuis 1985. La scolarisation depuis cette année-là est obligatoire. Par contre dire que 50% de plus de 50 ans ne parlent pas français, ça je peux l’accepter.

No man’s land : Au jour d’aujourd’hui on dénombre beaucoup de jeunes déscolarisés à Mayotte.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas déscolarisés. Ces sont les enfants d’étrangers qui le sont. Comme ils n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas s’inscrire à la Mission locale ni faire des formations en alternance. Les Mahorais eux peuvent faire des études jusqu’en 3ème. Mais au-delà de la 3ème, beaucoup ont des difficultés d’orientation pour cause de manque de structure scolaire.  Les établissements pour accueillir les élèves font défaut. Soit ces jeunes se retrouvent dans la rue sans qualifications soit selon les possibilités des familles, ils partent à la Réunion ou en France.

No mans’ land : Monsieur RAOS, appelons un chat un chat. D’après vous la plupart des jeunes Mahorais se retrouvent après la 3ème déscolarisés…

 

RAOS : Non pas la plupart. Beaucoup vont au lycée. Néanmoins c’est malheureux qu’un élève ne puisse pas avoir d’orientation par manque de structure. Mais tout cela c’est la responsabilité du ministère de l’éducation nationale.

No man’s land : Vous vous intéressez beaucoup à la société comorienne. Autrement dit, pourquoi accordiez-vous beaucoup d’intérêt à la société comorienne ?

 

RAOS : Je ne connaissais pas la société comorienne avant 2001. Je n’avais jamais mis les pieds aux Comores indépendantes avant 2001. C’est après avoir été élu maire de Koungou et confronté à un problème d’investissement que je me suis mis à m’intéresser à la société comorienne. J’ai investi parallèlement beaucoup d’énergie et d’argent pour connaître les voisins. Parmi les élus de Mayotte, je suis le seul qui ai pu œuvrer dans la compréhension des voisins comoriens qui sont pour beaucoup des frères, des cousins et des sœurs.

No man’s land : Vous venez d’évoquer un problème d’investissement. C’était quoi exactement ?

 

RAOS : En 2001, j’avais un projet de construction d’un lycée technique dans la commune de Koungou, au lieu-dit Mgombani entre Kangani et Longoni pour justement faire en sorte que les jeunes mahorais soient qualifiés dans le domaine technique. A Mayotte, les lycées techniques il y en a mais peu. Les élèves ne connaissent alors que l’enseignement théorique, les études longues. Pourtant la formation technique est importante pour développer Mayotte. Il faut vraiment former des cadres spécialisés dans le domaine technique. Le lycée devait être construit dans la zone industrielle de Longoni. Mais le Directeur de l’Equipement de l’époque était hostile au projet. Alors que le terrain existait pour accueillir le projet. Les services de l’Etat comme la direction de l’Equipement avaient une autre visée sur le terrain. Comme il y avait une entreprise de gaz dans la zone, le Directeur de l’Equipment m’a dit qu’il n’était pas possible d’y construire un établissement scolaire. Et il m’avait donné l’exemple de l’accident du ZEDF à Toulouse. Le propriétaire de l’entreprise de gaz était originaire de la Grande-Comore et était aussi propriétaire de l’entreprise Gaz-Com basée à Moroni. C’est dans ce sens que je me suis rendu à Moroni pour discuter avec ce responsable. Et j’ai constaté que le Directeur de l’Equipement avait bluffé. C’était une unité de production de gaz médical non pas de gaz combustible. Une suspicion s’est installée entre moi et quelques services de l’Etat qui avait voulu mentir à un élu de la République. J’ai donc pris mes distances avec les services de l’équipement … A la fin le projet n’a pas eu lieu

No man’s land : Ce n’est un secret pour personne. Mayotte est une île, elle ne peut vivre en autarcie. Elle a besoin d’ouverture. Et elle peut recevoir chaque année tout l’or des réserves d’or français, elle ne saurait s’en sortir sans une coopération avec les pays limitrophes. Vous, monsieur RAOS, lorsque vous étiez maire qu’avez-vous fait dans le domaine de la coopération régionale ?

 

RAOS : J’avais envisagé d’aider la commune de Mutsamudu à Anjouan parce que je trouvais le maire monsieur M’Baldé très actif. Je voulais lui céder des camions réformés de la commune de Koungou parce que son institution était prête à réparer les camions afin que le ramassage des ordures soit fait dans la commune. Et nous avions entrepris des démarches auprès de l’ambassade de France à Moroni et auprès du ministère de la coopération à Anjouan, mais le projet a été torpillé. Par qui ? Je ne sais pas.

J’avais aussi entrepris des projets de jumelage en vue d’entreprendre une formation des agents de la commune de Mutsamudu par des cadres municipaux mahorais.

En 2007, j’appliquais juste le contenu des accords du 27 janvier 2000, signés à Paris par tous les partis politiques de Mayotte représentés au Conseil général à l’exception du Mouvement Départemental Mahorais (MDM). Cet accord stipulait que l’insertion de Mayotte dans son environnement régional est une priorité.

J’ai aussi mené un travail auprès de l’ambassade de France à Moroni dans le domaine de l’état-civil au niveau de la lutte contre la fraude de papiers d’état-civil. On a été bien reçu par les agents de l’ambassade. Et plein d’actions et facilitations de régularisations ont été obtenues pour des ressortissants comoriens à Mayotte. C’est dans ce sens que je suis devenu l’élu de la coopération régionale.

No man’s land : Au début du mois, monsieur Saïd Omar Oili, ancien Président du Conseil général de Mayotte, a saisi le ministère des affaires sociales françaises quant au problème des enfants des rues à Mayotte. Des enfants dont les parents sont soit morts dans un naufrage en voulant rentrer clandestinement à Mayotte soit expulsés de l’île faute de papiers français.

 

RAOS : Saïd Omar Oili n’a pas été le premier à évoquer cette question. Le travail que j’ai fait durant tout mon mandat a été de sensibiliser les services étatiques et les autorités locales sur ce problème lié au visa Balladur. Je suis indigné de voir qu’aujourd’hui dans un pays comme la France, on observe sur le territoire de Mayotte des proches de non-droit. Et le fait que Saïd Omar Oili saisisse le ministère des affaires sociales est une bonne chose. Il faut que le ministère des affaires sociales à travers la DASS aide ces enfants à avoir des familles d’accueil et à accéder à l’éducation scolaire. Il ne faut pas oublier qu’à Mayotte l’école est obligatoire de 6 ans à 16 ans. Il ne faut surtout pas que ces enfants constituent des bombes à retardement dans les années à venir. L’Etat français a signé la Charte internationale des Droits des Enfants. Et dans cette charte chaque enfant a droit à un nom, à un prénom, à une famille, à une éducation, à la santé quelque soit l’origine sociale, éthnique, raciale ou religieuse de l’enfant. Dans mon livre intitulé « Mayotte j’écris ton nom », je dis clairement à la page 291 que « certains enfants, dont les parents ont été expulsés par les garants des « droits de l’homme », errent malheureusement dans les rues de Mayotte comme Cosette à l’époque de Victor Hugo en métropole. Cette situation inhumaine de ces « enfants clochards » est le résultat d’un travail administratif pensé et réalisé aveuglement par des fonctionnaires armés qui ne pensent qu’à leur carrière. »

No man’s land : Mais récemment à la télévision, le Préfet de Mayotte, représentant du gouvernement français sur le territoire, a affirmé que chaque année, de l’argent destiné à aider ces enfants en difficulté est donné au Conseil général de Mayotte.

RAOS : J’ai donné mon ouvrage au préfet en mars 2010. Bien avant l’intervention de Saïd Omar Oili. Juste pour rectifier que je suis à l’origine de ce travail. Et entre ce que dit et fait le préfet, il y a deux mondes. Moi ce que je veux c’est des actes. Les enfants errent toujours et aucune solution n’a été trouvée. Et quand il parle du Conseil général, il faut savoir que cette institution est endettée. Le Parti Social Mahorais est scandalisé par cette situation qui montre la faiblesse de l’Etat et du Conseil général dans leurs missions respectives dans la protection des personnes les plus démunies.

No man’s land : Partout en France, les gens descendent dans les rues, se mobilisent contre la réforme des retraites. A Mayotte, personne ne parle de la réforme, comme si elle n’intéressait pas les Mahorais.

 

RAOS : Les Mahorais ne sont pas intéressés par cette réforme. Parce qu’ils ne sont pas sûrs de partir à la retraite un jour. C’est quand on est sûr de mourir au-delà de 60 ans qu’on pense à la retraite. L’espérance de vie à Mayotte est maximum de 60 ans. Le Mahorais qui est confronté à maints problèmes sociaux qui écourtent sa vie souhaite une amélioration de la vie d’aujourd’hui, non pas d’une mobilisation contre une réforme qu’il ne maîtrise pas du tout. Le pacte sarkozyste de la départementalisation annonce l’égalité sociale en 2020-2035.

No man’s land : Beaucoup de Mahorais partent à la Réunion ou en France où ils espèrent avoir une vie meilleure et subvenir aux besoins de leur famille restée sur l’île…

 

RAOS : Chaque Mahorais a envie de rester à Mayotte. J’ai créé mon parti dans le seul but de pousser les Mahorais à rester à Mayotte. Le Mahorais est considéré comme l’égal du Métropolitain une fois arrivé dans l’hexagone. Là-bas, il recouvre ses droits sociaux. J’ai bien conscience que c’est une politique soumise de l’Etat français d’exiler les Mahorais en métropole et à la Réunion. Si l’aide sociale était à l’identique à Mayotte, aucun Mahorais ne quitterait l’île. Les Mahorais revendiquent l’égalité républicaine. Par ailleurs, ce n’est pas 30 000 personnes qui vont bénéficier des aides sociales qui feront en sorte que le gouvernement français soit en faillite. Parce qu’encore une fois, selon le pacte sarkozyste de la départementalisation, il faut attendre 2025 pour que l’égalité sociale arrive à Mayotte.

A vrai dire, on ne peut pas dire que ceux qui sont partis soutiennent financièrement ceux qui sont restés à Mayotte. C’est un préjugé qu’il faut détruire. Tu ne peux pas faire des économies en France. Le seuil de pauvreté en France est à 900 euros. Et la plupart des Mahorais vivent sur le seuil de pauvreté là-bas. Dans une société de consommation comme la France, comment arrivera-t-on à vivre avec 900 euros par mois. Pour être honnête, ceux qui sont partis survivent et ceux qui sont restés survivent aussi. La différence c’est que ceux qui sont partis sont loin de leur terre, de leur famille, des regards des gens, donc ils vivent bien la chose. Et à vrai dire cette émigration fait qu’il n’y a pas de développement social à Mayotte.

Vous êtes-vous rendu compte qu’on parle aujourd’hui à Mayotte de surendettement. Les plupart des Mahorais sont endettés. Ici aussi on n’est pas épargné par la société de consommation, le téléphone portable, les voitures … Et s’il n’y avait pas la solidarité mahoraise, beaucoup de Mahorais seraient à la rue. A Mayotte, les salaires ne sont pas conformes à la réalité seule de l’île. Et les centres de distribution de l’île pratiquent des prix qui ne sont pas calculés selon le niveau de vie des Mahorais. Ce qui fait que beaucoup de Mahorais sont insolvables.  Les prix ne sont pas à  la portée du pouvoir d’achat du Mahorais, seuls les fonctionnaires expatriés arrivent à s’en sortir dans cette situation puisqu’ils perçoivent des primes. Toutefois, si ces fonctionnaires sont Français, les primes qu’ils perçoivent ne sont pas justifiées.  Parce que normalement les primes sont octroyées à des fonctionnaires travaillant sur un territoire étranger à la France. Donc le mot expatrié n’a pas de sens à Mayotte. Parce que Mayotte fait partie de la patrie française. Donc ces fonctionnaires ne sont expatriés à Mayotte.

No man’s land : On vient d’annoncer à la radio, que vous vous porterez candidat aux prochaines élections cantonales . Est-ce exact ?

 

RAOS : Je suis Mahorais. Je vis au jour le jour. Je ne peux pas parler de l’avenir. Et si je suis candidat, cela ne veut pas dire que je serai élu. Je trouve qu’il est très tôt pour moi de présenter mon programme. Toutefois, je n’ai pas de projet particulier. Sinon peut-être celui de faire en sorte que Mayotte ait l’égalité sociale. D’ailleurs le jour où Mayotte aura l’égalité sociale, mon parti n’aura plus de raison d’être.

Pêcheurs comoriens ( Crédit photo : Said Mchangama)

Madi Saïd ou le quotidien d’un pêcheur comorien

Pendant que maints pays de l’Océan Indien (les Seychelles, Maurice, Madagascar) font fortune grâce à leurs industries thonières, aux Comores le secteur pêche reste le dernier des soucis de l’Etat. Les  pêcheurs  comoriens, bien que, contre vents et marées, triment comme des damnés pour fournir du poisson à l’ensemble des ménages de l’archipel, aucune considération, même pas la moindre- être secouru en cas d’égarement en mer- n’est portée à leurs égards. Aujourd’hui, à bout, et surtout, pour qu’il y ait du changement, ils ont accepté de nous ouvrir les portes de leur vie. Des vies que seuls la misère, le mensonge et le désespoir se côtoient à la fierté de pêcheur.

Pêcheur comorien / crédit photo M. Saïd Mchangama

Pêcheur comorien / crédit photo M. Saïd Mchangama

Madi Saïd, la quarantaine et père de quatre enfants, quitte sa maison, sise Météo, dès les premiers versets du Coran qui annoncent l’appel à la prière de l’aube. Arrivé à Chezani, pas loin de l’hôtel Le Moroni, en contrebas de la Direction Générale de la Pêche, il va d’abord chercher sa pagaie qu’il avait enfouie sous un tas d’herbes, pour ensuite pousser avec force sa pirogue pour rejoindre la mer.

Après avoir passé huit heures d’entre les vagues, il nous rejoint sur la rive. Ereinté. « Vous voyez, seul un pêcheur peut rester à jeun plus longtemps », nous lance-t-il. Et quand on lui demande de nous montrer sa prise, il nous dit « Je peux être fier, parce que, parfois, je rentre bredouille. Je suis sûr d’apporter 10.000 fc (20 euros) à ma femme aujourd’hui ».

Depuis trente ans qu’il pêche, il n’a jamais eu une quelconque aide venant de l’Etat, bien qu’il laisse sa pirogue dans la cour du ministère de la pêche. Dans la plupart du temps il a du mal à subvenir aux besoins de sa famille. Il peut aller pendant trois semaines à la mer sans pouvoir pêcher des poissons d’une valeur de 5000 fc (10 euros). Toutefois les pêcheurs qui sillonnent les côtes de Chezani, et qui sont au nombre de dix, se sont réunis en une association. Ils se cotisent et s’entraident à chaque fois qu’un des leurs à des problèmes.

Il voudrait bien, Madi Saïd, s’acheter une vedette motorisée parce que la pêche sur les côtes n’est plus rentable. « Les gens qui utilisent les filets font qu’il n’y ait plus de poissons sur les côtes. Ils pêchent les petits poissons, alors que les gros poissons viennent surtout au littoral  pour assouvir leur faim. Et comme il n’y a plus de petits poissons, les gros restent au large, où seules les vedettes motorisées ont accès » dit-il.

Et quand on lui pose la question « aviez-vous déjà parlé de cela au ministère ? », sa réponse est la suivante : « c’est l’Etat qui est à la source de tous ces problèmes. On s’est rendu plusieurs fois au ministère pour leur parler des ces gens qui utilisent des filets et détruisent l’environnement. Jamais il n’a réagi. Des gens se sont tués tout près du port à cause de ce problème de filet. On n’a rien fait. Maintenant, seuls les pêcheurs, à l’instar de ceux d’Iconi et Itsandra protègent leurs côtes. »

D’ailleurs, pendant notre entretien avec Madi Saïd, en ce lieu qui se trouve quasiment dans la cour de la Direction Générale de la Pêche, une femme et sont fils extraient du sable destiné à la vente, et six hommes pêchaient avec un filet. Après qu’on lui ait prodigué le conseil d’intégrer le Syndicat National pour le Développement de la  pêche aux Comores, ils nous a répondu : « Le syndicat ne défend que les intérêts de ceux qui font la pêche artisanale. D’ailleurs un jour un des nôtres s’était égaré en mer. On a sollicité leur aide et puis celle de l’Etat. Aucun d’eux n’a voulu nous aider. Il a fallu secourir notre ami en affrétant une vedette. »

Mais très pressé d’aller vendre ses poissons, Madi Saïd nous dit : « Revenez si vous voulez encore me voir à la fin de la journée. Puisque je retourne en mer à 17 heures pour revenir à 4 heures du matin. »

Que disent le ministère et le syndicat ?

A la Direction Nationale de la Pêche, on a pu s’entretenir avec le Directeur national adjoint, M. Youssouf Ali Mohamed. Selon lui, « grâce au ministère de la pêche, le syndicat des pêcheurs est devenu une institution à part entière. Le ministère a mis à la disposition des pêcheurs des chambres froides, des poissonneries, des fabriques de glaces, des vedettes et des matériaux informatiques. Elle assure leur sécurité en mer et leur facilite les crédits dans les banques et microfinances [Sanduk, Meck, AMIE]. De temps en temps, elle fait des suivis et des évaluations par rapport à leurs activités et leurs productions ».

Propos démenti par les membres du Syndicat. Ali Mroimana, conseiller technique du président régional, et Chaoil Ali Abdallah, nous ont confié : « Déjà pour avoir les trois poissonneries construites dans les trois îles, il a fallu qu’on se batte. Le ministère n’a jamais accepté qu’elle ait reçu une enveloppe de 80 millions d’euros du Fed. C’est quand on est parti au siège de l’Union Européenne, saisi les responsables, que le ministère a bien voulu débourser la somme. On a d’abord mené une rude bataille. A part un bateau en mauvais état et deux camions frigorifiques, on n’a rien reçu d’eux. Quant aux crédits, les banques et les microfinances exigent des cautionnaires. Le ministère n’a jamais accepté d’être cautionnaire. Les intérêts de ces instituions sont tellement élevés que beaucoup d’entre nous n’ont jamais pu s’acquitter de leur dettes et ont perdu leurs vedettes, des maisons et  des terres. D’ailleurs, on croyait que Sambi allait faire appel à nous quand il a reçu les deux bateaux de pêches de l’Iran. En effet, depuis que Mohamed Halifa n’est plus à la Direction Nationale de la Pêche, on ne sait vraiment rien de ce qui se passe au ministère. »

Dans le monde de la pêche comorienne, les gros poissons mangent les petits, pendant qu’au sein de l’Etat, on  navigue en pleine schizophrénie. « Toutes les recettes perçues par l’Etat servent à payer les fonctionnaires de l’administration. C’est vraiment une absurdité. Il est l’heure d’inverser la tendance ; il faut que l’Etat soit au service de tous les citoyens », exige Mr Assoumani Saandi, Ministre de la Fonction publique de l’île autonome de Ngazidja. Enfin,  en matière de  « gouvernance » et « bonne gouvernance », de réduction de la pauvreté, l’Union des Comores a encore beaucoup de chemin à parcourir

Koni, le paradis des damnés

Si quelqu’un te dit qu’il a le courage de supporter la faim, c’est qu’il n’a jamais été abandonné en sa compagnie

Le Livre de la sagesse nègre

Nombreux sont ceux qui croient à tort que les populations des localités comoriennes sont clairsemées à cause des mouvements migratoires vers la France ou Mayotte. Sachant que Mayotte est pour l’Anjouanais ce qu’est Marseille pour le Grand-comorien. Evidemment la répartition de la densité entre les îles reste importante et inégalitaire : 517h/km² pour Anjouan, 227 h/km² pour la Grand-comore et 99 h/km² pour Mohéli : soit une moyenne de 273 h/km² pour l’ensemble du pays. Cette surpopulation résulte aussi d’une absence de centres d’intérêt en tant que tels pour les jeunes, qui se tournent facilement vers le sexe, et, deviennent précocement parents. Encore si la lutte contre la mortalité infantile enregistre des succès éloquents, les campagnes de sensibilisation pour le planning familial restent vaines. Conséquence, l’insécurité alimentaire ou la dépendance de l’agriculteur vis-à-vis de la prochaine récolte n’est plus que source d’exode rural, elle incite l’homme à détruire la faune et la flore pour étendre ses parcelles, mais aussi pour avoir du bois de chauffe, du charbon de bois, du sable pour construire un gîte. Reportage.

Dimanche 18 avril. Après avoir parcouru durant une heure layons et monts, croisé bambins en proie à la sous-alimentation, avec moins de 2000 calories par jour, [squelettiques, ventres ballonnés, cheveux jaunâtres] et des femmes en haillons que ne leur restent que la peau sur les os, nous arrivons enfin à Koni N’gani.

« Ce faix de bois, je vais le vendre, si jamais il y a quelqu’un qui veut bien le prendre, à 1000fc (2 euros) maximum. Puis avec cet argent je vais payer une dette à l’épicier pour pouvoir encore acheter à crédit deux autres kilos de riz. J’ai commencé à couper les arbres pour avoir du bois de chauffe depuis 2002, après que je me suis fait expulser de Mayotte. Je fais de la culture maraîchère à côté .Mais ce n’est pas tous les jours qu’on récolte ce qu’on a semé. C’est grâce au bois de chauffe que j’arrive à entretenir mes 3 enfants et ma femme. Bien sûr qu’on détruit l’environnement, mais on n’a pas le choix. On doit vivre… » nous a confié, tout méfiant, Maoulida Saïd, âgé de 25 ans et analphabète en français.

A Koni Jojo et Koni N’gani, la misère se lit dans les yeux des gens. La pauvreté crève les yeux. A part quelques bornes fontaines, empruntes vivaces de la présidence de Bacar, personne n’a l’eau dans sa case. Et il faut aller la puiser dans une rivière qui tarit tous les jours, comme une centaine d’autres sources d’eau de l’archipel. Et bien qu’Anjouan soit réputée d’avoir des cours d’eau en abondance, c’est seulement 15% de sa population qui a accès à l’eau courante. Pour ne pas dire eau potable vu les nombreuses maladies qu’elle provoque pendant les saisons de pluies : typhoïde, choléra etc. A la Grande-Comore et Mohéli, se sont respectivement 30% et 80% des habitants qui ont accès à l’eau courante.

« Tous ces padzas sont récents. Avant les plaines étaient parsemées d’arbres. Mais au fur et à mesure que le village s’agrandit, les villageois coupent les arbres pour en faire du fagot et les vendre. La vente du fagot nous permet juste d’acheter le riz. On mange rarement de la viande ou du poisson. Par contre on mange beaucoup de feuilles de tarots ou de maniocs. Comme élever des bœufs n’est plus possible à cause des voleurs, la vente de fagot est la seule activité génératrice de revenue » nous a dit Ahmadi Halidi de Koni Jojo, la soixantaine, père de 9 enfants, et qui dans ses bras, il tenait un enfant rachitique dont les yeux affichaient une manque de protéine.

Les padzas, la mise à nu ou la stérilisation des sols prévaut dans tout l’archipel. Et personne n’ignore que le déboisement accéléré par les délestages et la hausse du prix du pétrole lampant et la construction de maisons a favorisé comme érosions et inondations ces dernières semaines. Et si la faune comorienne est appelée à disparaître bientôt, si rien ne se fait rapidement, la flore quant à elle n’est pas épargnée. En plus des ordures et déchets qui longent, pullulent et polluent les côtes des îles, les gens s’y pressent chaque jour pour extraire du sable et différentes roches pour la revente.

« Pour extraire du sable les chauffeurs de camions payent 10 000 fc (20 euros) pour le trajet. L’argent recueilli permet la construction d’un marché et d’une mosquée dont les travaux ont déjà commencé » nous a dit à Bambao M’tsanga Amadi Houmadi. Qui bien que né vers 1975, ignore, puisque pas informé, tout ce que l’extraction du sable peut avoir comme retombés sur l’environnement.

Néanmoins, tous les opérateurs économiques d’Anjouan, comme à la Grande-Comore, se sont tournés vers l’extraction du sable et de différentes roches qui est devenue un business vraiment juteux. Si florissant que créer une pseudo-association de protection de l’environnement. Ces businessmen sont convaincus que le Comorien, trop rattaché à ses coutumes, consomme plus de fers et de ciment que de riz. D’ailleurs, comme partout dans le monde les riches polluent et détruisent plus la terre que les pauvres étant donné que leur commerces reposent en partie sur cette destruction.

En parlant de construction, il est à savoir que toutes les belles maisons des médinas sont le fruit d’une importante destruction de divers écosystèmes puisque anciennement construite de coraux et de bois. Toutefois, la pêche au filet, source de nombreux conflits inter-villageois, et au thephrosia vogelii, que pratiquent beaucoup de femmes de Bimbini à l’instar de Salima Mouendhui, ne sont point du reste dans la dégradation de la nature.

Enfin, ce qui est surprenant dans l’histoire, c’est que tous les gens qu’on a eu à rencontrer étaient méfiants parce qu’ils croyaient qu’on était des policiers. Parce qu’ils sont tout le temps persécutés et sanctionnés par ces derniers. Nous, en tout cas, nous faisons part aux autorités étatiques cette phrase tirée du Livre de la sagesse nègre : « Si quelqu’un te dit qu’il a le courage de supporter la faim, c’est qu’il n’a jamais été abandonné en sa compagnie ».

Au lieu de construire un bureau de poste et télécommunication- mettre en place une machine à arnaque, à Koni Djodjo- il fallait d’abord savoir que dans ce village les gens n’ont ni accès à l’électricité, à l’eau courante, à la santé, à l’école (le taux de déscolarisés atteint les 60%). Reste à dire qu’il est temps de suivre à la lettre et ce qui a été dit lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992 et les Objectifs du Millénaire pour le Développement. « Pour faire des grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux » disait Montesquieu. Pour dire que le développement doit prendre en compte la réalité du pays.

Nassurdine Haidari , élu Ps de Marseille

« Mandela » un poème-hommage de l’élu Ps Nassurdine Haidari

Nelson Mandela et sa femme Winnie le jour de sa libération, le 11 février 1990 (ALEXANDER JOE / FILES / AFP)

Nelson Mandela et sa femme Winnie le jour de sa libération, le 11 février 1990 (ALEXANDER JOE / FILES / AFP)

Ferme les Yeux… Madiba

Le silence soufflera

sur des montagnes de tristesse

de ces gorges tourmentées un cri

retentira Madiba… s’est éteint.

Ferme les yeux Madiba…

Et contemple la vie

la paix retrouvée

de ces âmes réunies

face au vent déchainé

poing levé

d’une Afrique forte… retrouvée,

poing levé

d’une Afrique digne…endeuillée.

Ferme les yeux Madiba…

Et regarde

pour une dernière fois

ton Afrique murmurée

le courage et la force

d’un homme et d’un peuple

qu’aucune chaine n’a brisé.

Liberté sans demeure…

Fraternité sans rancœur …

Egalité, sang, douleur…

Ferme les yeux Madiba…

indoda iyambona umntwana

L’homme regarde l’enfant

au bord de la rivière Mbashe

ton rêve  a traversé nos vies…

Ton rêve a détruit ces murs de la honte

qui séparaient les hommes…

De ces couleurs merveilleuses

qu’ils avaient érigées en souffrance

ton regard a transpercé

la haine, la brutalité aveugle et les différences

pour enfin dessiner la réconciliation, l’espérance…

Yebo ! Madiba ferme les yeux

car le monde se souviendra

que la force du cœur

peut encore changer le monde…

 Haidari Nassurdine,

militant de l’égalité

Nassurdine Haidari , élu Ps de Marseille

Nassurdine Haidari , élu Ps de Marseille

Mot de l’auteur : Mandela est sous assistance respiratoire et le monde retient son souffle. Nous sommes  également en France triste de voir qu’une figure de l’Égalité entre les peuples va certainement nous quitter. Son combat pour la réconciliation des peuples sera pour nous militants de l’égalité un chemin, un espoir.
En écrivant ce poème, je veux rendre hommage de son vivant , dans ces dernières heures qui nous séparent de la fin, à une légende encore vivante qui a marqué son temps.